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Full text of "Poésies populaires latines du moyen age: Latina quae, medium per aevum, in ..."

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POESIES POPULAIRES 



LATINES 



BU KOTBir AOS. 



" « ^ * 



■ 

l 



LA.TINA 



QUAE , MEDIUM PER AEVUM , IN TRIVIIS NEC NOiN 

M0N4STERIIS VULGABANTUR , 

CARMINA, 



SEDULO ITERUM COLLEGIT , QUAMPLUBA VERMIBUS ARRIPUIT ET VARII9 

1LLU8TRATA DISQUI8ITION1BU8 GRATANTER 
ERUDITI8 DONAVIT 



<&hiU»tanh H MhxL 






EBROIGIS, 



TYPIS LUDOVICl TAVERNIER ET S", 

TIA yUL60 DICTA DU MBILET. 
MDCCCXLVII. 



POESIES POPULAIRES 



lATINES 



pij moirEiii AfiKt 



PAK 



M. <&hiU»tanh N Mivil 






PARIS, 



FIRMIN DIDOT FRfiRES, ] 

Libraires et Imprimeurs de riDStitnt, 

56, RUB JACOB. 



A. FRANCK, LIBRAIRE-IEDITEUR. 

60, Rue Ricbelieu. 

LEIPSIGK, Mi^ME MAISON. 



1847. 






* • 






U U>tK - ^ ^ 



IJNTRODUCTION, 



Quand , sous rinfluence d'une heureuse circonstance , un 
poi^te est plus vivement penetre de la beaute d'une action ou 
d'une idee ; quand en un mot Finspiration a double la puissance 
de son esprit et mis k sa disposition une forme en harmonie 
avec ses pensees, il fait de la poesie litteraire, et sa personnalite 
s*y reflechit tout entiire. Cette expression du poete dans ses 
oeuvres est m^me la principale cause du plaisir que Ton eprouve 
k les lire; en nous donnant une idee plus elev^ de notre nature , 
elles nous elevent nous-m^mes, comme le spectacle d'une belle 
action , k des pensees pius nobles et k des sentiments plus desin- 
teresses. Dans les epoques de decadence ou de civiiisation pr^- 
maturee, ou toute puissance manque k Vkme humaine, la poesie 
est vide des hautes conceptions et des elans passionnes qui font 
son essence ^ ses idees sont communes k tous et uniformes jus- 
qu!k la piatitude : le seul merite qui iui soit accessible est un 
rhythme harmonieux, un heureux choix d'expressions et I'ele- 
gance soutenue de la forme. Cette poesie , si toutefois la patiente 
elaboration d'une versification sans pensee merite un pareil 
nom , s'appelle poesie artistique. Tout le plaisir qu'on en peut 
attendre est celui d'une difficulte habilement vaincue et d'une 
sorte de musique de mots , necessairement bien imparfaite. U 
est enfin une troisi^me esp^ce de poesie qui n'a rien d'individuel 
dans la nature des pensees ni dans le travail du style. Toujours 
generale , sans jamais devenir vague ni obscure, elle exprime le 
sentiment expansif des masses par une forme simple et, pour 
ainsi dire, instinctive. Improvisee par lepremier venu etper- 
fectionnee au hasard par cent improvisateurs secondaires , per- 
sonne n'y appose le cachet de son talent et tout le monde y 
met son mot ^ le veritable auleur est le peuple qui la chante en 

i 



[ 



— 2 — 

y introduisant les changementif successifis qui la font repondre 
plus fid^Iement k son esprit (1); ce n'est plus une jouissance 
esthetique qu'il faut lui demander, mais un temoignage de ia 
civilisation nationale, un utile renseignement pour ia philoso- 
phie de Fhistoire. On peut donc reconnaltre le caractfere popu- 
iaire d'un chant sans Fentendre retentir en choeur dans quelque 
veiliee, ou lui trouver des titres dans un vieux grammairien 
plus ou moins suspect d'erreur. Quels que soient ie temps et 
les circonstances oix on Fait recueilli, il est populaire quand k 
une signification historique ou mythique il reunit rimperson-^ 
nalite de la pensee et la nalvete de la forme. 

Par malheur, tous les chants que des raisons quelconques 
font adopter au peuple sont indistinctement aiq)el^ populaif es , 
et ils n'ont pas tous ce sens profond et cette forme naturelle qui 
en rendent quelques-uns si curieux et si importants. Lespeuples 
c^dent plus facilement encore que les individus a des exalta*^ 
tions factices, dont les louanges et les accusations sont trop 
passionnees pour ne pas viser k Teffet des details, et trop ^vi*^ 
demment fausses pour ite pas ^tre bientot oubli^ ; mais lors 
m^me que Techo des places publiques repeterait pendant long- 
temps ces poesies fortuites, il serait impossible de les consid^rer 
comme populaires , si ce mot n'est pas seulment rindication 
d'un fait grossier, indigne d'occuper rhistoire^ parce qu'il ne s'y 
rattache aucune idee. Ainsi, la popularite des chansons pc^ 
tiques de 1815 ne prouve pas que Napoleon et le souvenir de ses 

(l]Getteincessanteparlicipationdupeuple des chaDgements consid^aUes 8'y iMr»-> 

k la rdtadlioii to pofeies v^laMement po- duisaient d*ano6e en ann^ ou m^me de 

pulaires se oaaoifeste avec une singali^ nuMMSt^ es moiiasC^. Voltt poittqaoi IM 

iTkteoc^ daos la double version du Ra^ mss. de VlmikUion de JSiui-Chri$t sont si 

Moyoiuk Malgr^ la base toute rellgieaae de difllreDta et oot ^\i attrtbu^ k taot d'aa> 

ce potaie et rimmobilit^ des id^s dans teurs. On lit en t^te du SpeaUwm hwiumae 

riudoostan, la rMaclioB q«i t'esi ooiiservM nUvaHonit qui est conserv^ k la Bibliotbi- 

dans le nord diflKre compl^lemeut de celle que royale, soppl. lat. oo <04t , fol. 1 , v« 

da Bengale ; la forme a ^t^ renouvelee et col. 1 : Incipit probemium cujusdam novae 

les id^ elles-mdmes oot subi gik et 14 dloH compilatloois editae sub aooo miHeshM 

portaotes modificatioos ; voyez r^dilioo de cccxxiv : oomeo ooslri auctoris bumililale 

Scblegel ei celle de M. Goreiio. Uh ftiit sitetor. Lo m^e iodicaiioo se trouvc k la 

semblable s'e8t produil peodaot le moyeo Biblioth^ue de TArsenal , Th^olog. 0« 384, 

Jige pour les ouvrages mystiqoes qoi eiaieot io-fol. 
devenus le br^viaire quotidieD des moioes ; 



triompbes fussent tout a coup devenus ocUeux aux masses , el 
Ton ne saurait conclure des cantiques religieux qui retenUs- 
saient de ville en ville k la suite des missionnaires, que la France 
de la Restauration se ftlt jetee dans la vie devote. Quelquefois 
m^e cette poesie banale n'a aucune valeur pour rintelligenee 
du peuple qui l^ chante ; c'est un accessoire qui ne sert qn'k 
nmrquer plus fortement hi mesure d^une danse k la mode , ou k 
foumir un th^me k un air que sa beaute rtelle ou les souvenirs 
qu'il rappelle ont rendu national (1). Malgre la s^v^rit^ passion- 
nee du caract^re espagnol , rien n'est plus platement insigni- 
fiant que les paroles du Fandango(2), et la vogue passag^re que 
la Marseilkise retrouva en 1830 , ne fera croire k personne que 
les excitations k la vengeance et au meurtre , ramenees par le 
refrain, expriment fidilement la plus placide revolution qui ait 
jamais chang^ la face d'un grand pays. 

A cdte de ces poesies nalves qui sortent de la bouche du 
peuple coflUBe les fleurs s*epanouisaent sur les arbres des 
champs, il en est dont le principe est entierement oppos^ , mais 
qui mettent tout leur art k parattre n*en avoir aucun , et revien- 
nent a la simplicite k force d'affectation. Lapersonne deTauteur 
y disparait sous des expressions tellement g6n^rales, qu'on n'en 
retrouve plus aucone trace •, ses id^es ne sont point les siennes , 
mais ceUes d'un peuple dont il se fait la conscience et la voix ; 
les sentiments wx-m^es ne sont k lui que parce qu'ils appar- 
ttennent k tout ie monde. Les AUemands donnent k ce genre de 
poesie un nom particulier (3) , dont nous ne comprenons pas la 
neoessite : rartifice de la composition.et le travail de Felabora- 
tion n'importent en riai aux caracteres de Foeuvre. Quand Tau- 
teur a rempli son but, il a r^lement (kit de la po^sie populaire, 

(1) Presqiie toute§ nos poMes po^Uires Les parolee du Bolero ne Mnt pet beiu- 

sontdans cecas, Malbrou, Le potU d*Am- coop plus sighificalives : 

gmn , La botme titeniun et meme Vive Ei tmor qne te tengb 

Benri-Qualre . Mansieur de la Paline et „S;^ "^^l^iJiW.do . 

Lei Franfaii dan* la Lorraxne, uum oiierpo tomo .- 

,af. . ... ^ . . U ausencia «i ayre 

(21 Ayer me foi aCn»«ch.oo« ^, ^ J 

a rezarie a Chnsto un credo . ^ v>S.U«rf. -S «rmnd^ ' 

y al deeir : Creo en Dlo* Padre , ^ y enclende el grwide. 

dixe : Creo en la qne quiero. [a) r OlnSffUMfty. 



-^4 — 

qui ne se distingue de ses modeles par aucune difference essen<- 
tielle. 11 faut seulement que la critique contr61e la verite du pas- 
tiche et Fexactitude de la date, tandis que la poesie faite nalve- 
ment par le peuple est toujours vraie et toujours historique, 
quelles que soient son epoque et sa nuUite litteraire. II est enfin 
une derniere espece de po^mes qui , guoique n'ayant plus rien 
de populaire dans Texpression , conserve par le fond des idees 
toute sa valeur primitive. Tel est, par exemple, le Waltharius, 
dont rancienne redaction germanique ne nous est plus conriue 
que par la version latine d'Ekkehardus ; si par sa mesure eru- 
dite il appartient k la poesie litteraire , les sentiments, les idees , 
les caracteres et les aventures ont certainement passe dans sa 
uouvelle forme avec leur nalvete premiere et toute leur impor- 
tance historique. 

Dans le premier periode de Thistoire d'un peuple , lorsque sa 
destinee et son existence elle-m^me sont remises en question par 
des perils sans cesse renaissants , il a des chants communs k 
tous comme les dangers qui le menacent et les victoires qui as- 
surentson avenir^ mais avec le temps, les inter^ts se multi- 
plient .et se divisent ^ iis fractionnent le peuple en classes dis- 
tinctes, et chacune exprime ses propres sentiments par des 
poesies qui deviennent de plus en plus etrangeres aux autres. 
De nos jours encore, chaque diflFerente societe d'ouvriers a des 
chants qui lui appartienneiit exclusivement, et malgre cette 
sorte d'individualite , leur caract^re populaire est incontestable. 
Pendant le moyen kge , ou Fimpuissance du pouvoir social ne 
lui permettait point de rattacher a un centre commun tous 
les inter^ts particuliers et d'eflfacer, par une legislation uni- 
forme et une politique generale, les diflTerences que cr^ait in- 
cessamment la diversite des industries et des conditions, les 
classes etaient plus nettement tranchees et leurs poesies bien 
plus speciales, et par consequent bien moins repandues (1). 

(1) Voyez la Leltre au directeur de YktefkiAmf De$ KnabenWunderhorn^i.Vi, 

1'Arlitlef touchant le tnanutcrit de laBi- p. 70; el So\iaiU,EinHundertdeutsche hit- 

bliothique de Bemef no 354, par M. Jubi- loritc/te Volktlieder^ p. lkxxi. 
nal; ie Bragur^ l. III > p. S16; Arnim et 



Cette etroite. specialite et rimperfectioii de ia laiigue vuigairc 
emp^ch^rent la plus grande partie de parvenir jusqu'^ nous*, 
celies-14 seulement qui s'adressaient a la nombreuse classe des 
clercs, et dont ia forme erudite etait k l'abri des variations 
continuelles dulangage, trouvaient des memoires empressees 
de les retenir, et des ecrivains disposes k les recueillir. Les habi- 
tudes du culte faisaient du latin la langue naturelle du clerge ; 
les magistrats lui demandaient la connaissance des lois et Tin- 
telligence de leurs difficultes^ Teducation de tous les lettres 
commen^ait par son etude , et ils lui conservaient ces amours 
involontaires que Ton porte aux idees et aux choses qui font 
Foccupation de sa vie. Grdce sans doute aux chants de Tflglise , 
longtemps encore apris qu'il avait ete remplace dans Tusage 
journalier par les ididmes qui en etaient sortis, le latin etait 
m^me en quelque sorte reste populaire. Si ce charme de la 
langue ne se fdt pas ajoute aux agrements de la musique , des 
chants presqueinintelligibleset d^uninter^thistoriquesi minime 
ne se seraient pas transmis de bouche en bouche pendant une 
longue suite de generations(l). Quelques-uns pouvaient ^tre 
ecrits dans le langage usuel , mais la plupart Tetaient certaine- 
ment dans la langue des clercs. Pour n'en citer que deux exem- 
ples incontestables , vers la fin du XI« siicle , des chansons la- 
tines sur les derfeglements d'un ev^ue d'Orleans etaient repetees 
publiquement dans son dioc^ (2), et nous savons par Radulphe 
de Caen que Ton chantait encore dans les rues, en 1110 : Franci 
€uibella^ Provinciales ad victualia (3). Les anciens po^mes qui, k 
defaut d'autre inter^t historique, fournissent au moins des ren- 
seignements exacts sur les moeurs et les usages contemporains , 



(i) Voyez nMPoisietpopulaires latines, 
p. 40, DOt. 3 ; p. 193, not. 1 ; p. «34, not. 3, 
et p. 330, not. 3. 

(3) Et ne me ista aliqaa occatione con- 
finxisse credatis, unam cantilenam de mul- 
tis, metrice et musice de eo compositam ex 
persona concuborum suorum vobis misi, 
quam per urbes nostras in compitis et pla- 
teis similes illi adolescentes canlilant ; Ivo- 



niSj CamtUensis episcopi, episL lxvi , p. 
130, id. de 1610. Quidam enim concubii sul 
appellantes eum Floramf multas riibmicat 
cantilenas de eo composuerunt, quae a foe- 
dis adolescentibus, sicut nostis miseriam 
terrae illiut, per urbes Franciae in i)lateis 
et compitis cantitantur; Ejusdem epitU 
Lxvii, p. 133. 

(3) Gesla Tancrediy cb. lxi. 



— 6 — 



meQtionnent souvent des recits et des chants iatins. Ainsi , dans 
ia Chanson des Saisnes, pour occuper les loisirs de Charlemagne, 

L'apostoille li conte la vie saint Martin , 
Et devise la letre et espont le latin (1). 

II fallait m^me que ce goClt fiit bien general pour motiver les 
defenses faites aux religieux (2) et aux clercs (3) de composer 
et de chanter des chansons. II inspira sans doute ces nombreuses 
pifeces ou le latin se m^lait capricieusement aux langues vi-^ 
vantes (4), m^me quand leur esprit et leurs formes etaient en- 
tierement diflferentes (5). Mais cette predilection inintelligente 



(4) Str. XXXVIII, 1. 1, p. 6(k 

(5) GbiM^ric III, c«|h de 744, daas Ba- 
luze, 1. 1 , col. 154; Concile d^Elne (Eliberi- 
toouin); Statuts de TOrdre des Prtoiontres, 
«it^ dans du Gange , Glouarium mediae 
«I infimae lalinitaUt, t. V, col. 4561, €d, 
des B^n^iclins. 

(3) Item praecipimus quod clerici non 8int 
joculalorM, goliardi leu bufones; StaMt 
tynodatu: de 4289, puUi^s dans Martenne , 
Theiaurut aneedotorum, t. IV, col. 727. 

(4) Ainsi dans le ms. B. R. o» 4139, fol. 
48, ro, donl r^criture semble appartenir au 
XI^ si^le , il y a un no^l dont les eouplets 
4crils tour k tour en lalin et dans un dia^ 
lecte m^idional se terminent par De Vir~ 
gine Maria. Malbeureusement beaucoup 
de lettres sont effac^es , et renli^re subor- 
dinalioii de l'4criture aux convenances de 
la musique ajoute de Irds-grandes difficult^ 
k robscurit^ de la langue ; nous en citerons 
seulement les deux premiers couplet» : 

In hoc anni circnlo 
vita datur aaeculo , 
nato nobis parvulo 
de Virgine Maria. 

Mei amic e mei fiel 
laisar estar lo gaxel 
p....nd«t use noti 
de Virgine Maria. 

te texte lalin a iU publi^ par Leisentrill, 
GeitUiche Lieder^ t. I , fol. 49 , et Von 
irouve une «raduction allemande , Caite en 
4431 d«nsDocen,Jtft«c0^lan«en, t. 1, p. 286. 
Le ms. de la B. R. fonds fran^ais, n» 6813, 
Bous a Gonserv^ des ehansons fran^aises 
mi-i[>arties de latin , compos<^s pendant le 
XVe si^le. On en faisait encore dans le 
XV 1« (voyeE les Chantontnowbellet^ fbl. E, 
i, recto, reimpressioo de Silvestre), et aa 
commenccmeat du dernier siiftcle, te peupie 



chantait h Evreux , le> jour de- Ytt fi^to d» 
Pabb^ des Gornards : 

De asino bono no&tro , 
meliori et optiroo 
debemus faire ffete ; 
en revenant de Gravignaria , 
Wi groa chardon reperit in via ». 
il lui coupa la tete. 

Vir monaohui ia menae Julio 
egresnis est e monasterio , 

c'est Dom de la Bncaille ;- 
egressns est sine licentia , 
pour aller voir Donna Venissia 

•t faire la ripaille. 

Mercure de Franee, avril 472S, p. 727; 

(5) Ghant sur la seconde r^onciliation 
de Tempereur Othon I , avec son fr^re le 
duc Henri, en944 : 

Nunc almus assis filius 

thero ewigero thiemua , 

Benignus uuitor mihi , 

ttwz ig iz coson muozi 

De qnodum dqe* , 

themo herin Heinriche , 

Qui cum dignitate 

tbero beiaro riche bewaroda. 

Intrans nempe nuntins 

then kaisar namoda her thus : 

Cur sedis , inquit , Otdo , 

ther nnsar kebHU< guodo ? 

Hic enim adest Heinrich , 

bniother hero , kuniglich : 

Dignum tibi fare 

thit selve mare. 

Tvnc surrezit Otdo , 

ther unsar keisar guodo , 

Perrexit illi obviam 

inde vilo manig man , 

Et excepit illum 

mit ^ucbilon eron. 

Primitus quoque dixit : 

Wilicumo , Heinriehe , 

Ambo vos aequivoci , 

bethiu goda inde mi '. 

Neo non f t socii , 

-wUiotMno &id gi ni ! 

Dato responso bono 

Reinriehe so sceno , 

CDqfnawe mamu : 

ber leida ina in thaz Godes hu«> 

Petiemnt ambo 

thcre Godas genaUiono. 



ne chang^ait poiat 1« nature de la poesie des clercs ; elle avait 
toujours un caraet^e lettre , etranger au peuple; et lorsque les 



Oranilne fJMSto , 
intficgena aver Otdo , 
Dnitt in eoaeilittm 
mit midiilon eron , 
Et commisit illi 
so was so her thfir hafede 
Praeterqnam regale, 
tbcs thir Henrich ni gerode, 
Tnne stetit al thin spracha 
snb flrmo Heinriche. 
Quicquid Otdo fecit , 
al gericd i* Heinrich ; 
Qnicqnid ac oommisit . 
ooeh geried is Heinrieb. 
Hio B«n /lit vlltu — 
thes hafon ig gnoda fiilMst 
NoTellis ae litteris , 
thax thit allax war is , •— 
Cni aoa feeissct Hdnrieh 
allero rehto gilich 

Cette piice, pubUi^ d'abord par Eccard, 
Veterum monumentorum quaiemio, p. 50, 
a et^ r^imprinM^parM. Wackernagel, dans 
le Fundgruben /Ur GetcMckte deui$eher 
Spraehe und Litleraiur de M. Hofnnano, 
1. 1, p. S40 ; par M. Soltaa, Ein Bundert 
deuttehe hiitoritehe Volktlieder, p. 16, et 
par M. Lachmann dans le Jahrbilcher det 
deuttchen Beicht unler dem tOchtitchen 
Haute. Malheoreasement fl nous a m ini<'> 
possible de nous procurer ce recueil, el 
quoique plusieurs le^ ons nous semblent fort 
suspecles, oous avons reproduit le tettedf 
M. Wackernagel. 

Cbant sur la mort, extrait d'un ms. i^rlt 
Ycrs 1400 : 

Esto memor mortis , 
jam porta fit omnibus ortis , 
saepe sibi jnvenes 
•ccipit ante senes. 

Syth alle that in tbys worlde hath beeii 

in remm natura , 
Or in thys wyde worlde was seen 

in hnmana eura ; 

Alle scballe passe withonteii ween 

vfa roortis dnra , 
God grannte that mannys soule be eleen 

paenas non passura ! 

Whan tbon lefke wevys , 

▼eniet mors te superare ; 
thas tby grave grevys , 

ergo mortis memorare. 

Unde Tir «xlolUBrisf 
thow scbalte be wormes mele ; 
qni fuamdia ▼ixeris 
thy syaBys wohla ttioa nat leie. 

QnamTis dives fueris 
and of power grete', 
«nm nKMTte perantsria , 
belpe may thow noon gate. 

Si^ttvesflas, 
do thyself gode man -^ryth tby handis ; 

post neeis ergo Ttas , 
fnl fewe w«l« lcN* itie of th7 irandtt. 

Thjff «igt waje to fd tby pride , 

qnod ea moritums ; 
thow knowest nether tyme ne lyde 

qna es deoessums. 



Wormes schalle ete tbe hakke and syde , 

inde sis sao«rw ; 
as tbou hast wroagt In thys worlde wyde, 

lic es reoeptum». 
Thtts dethe the ledeth 

terrae timulo (sic) qnasi nndnm ; 
Dethe no man dredyth ; 

mors tcnniaal hioaiae ladam. 
Nam nuUi vu)t paroere 

dcthc tbat ys yadtff . 
pro argenti munere 

ne for noon lcyrc pr«ycre. 

Sed dum rapit propere , 
be chaungcs ccbe Diannys cbcre , 

inpeeoati scelcrc 
yif be be fownden hcre. 

Sic cum damnatis 
hell0 !• thy mcde tbf« ■ijwici . 

that never blynncs 
pro peccatis scelcratis. 
Wban y thenk upon my dede , 

tnae swp oonctrisUMs . 
and wcKC as hcvy as any ledc 

meos ob reatus. 
Dcde lonMth into wreeebidhcde 

viros magni aetatis ; 
thc« wmj 9$Sttfaf stoode in stede 
mnndi dominatis. 

Wvth fall harc boiiys 
mnndi rebns caritums, 

thns Crom thys wonys 
Imasit aunqnam rcdMunis. 

Caro , vermis fercnlnm , 
tbeak 09 Um pyi«cc of bdle ; 

mors habet spiculum 
that «nytatli mca 6U|c feH* ; 
Te poiiet ad timulum (sic) 

tyl d9PM$d«y to dwelle ; 
hcc reliaqiris saceahim , 

tbere nys not ellis to telle. 

Uoirf cite cvaot» ri|>it , 
therfor man thynk on thy werkys , 
tbm sey tbec« derkys , 

mors olta eoacta rapit. 
God that d^dest on the tree 

pnonaitra salntc, 
and arose afler dayes three 

dtvina vlrtatc 
Yif ns grace synne to flee , 

stante juventnte ; 
oa domysday that we may see 
vttltum tuum tutc ! 

IMAil dcttic , drcde y the , 
wniet quia nescio quando ; 
hc rcdy. thcrefor y wame the , 
de te peecata fugando. 

Reliquia£ antiquaCf 1. 1 , p. 138, 
Nous citerons encore un no^l latin et 
boUandais , publi^ par M. BofijniaBD , Ge» 
tchichte der deuttchen Kirchenliedet , p. 
153, et, parmi les pi^es mi-parties d'allc- 
mand, les trois ehansensqui sont k fappeo- 
dfce de VEpittolae obteurorum virorum, 
M. de Francfori, i6t4; la chanson satiri- 
q«e sar le sitele de Fr^dMc II,dansllarth, 
Advertariorum col. IKTtt et \e CantUena 
d$ Oiino pretbyUratum atnbien4ef dans 
I}ems, Catalog.eodimmmtt. Theoloq. MM. 
Palat, Vindt^Hmientit, 1. 1, p. li, coI. 3339. 



-—8—- 

laiigues usueiles eureiit aussi ieurs chansons et ieurs jongieurs, 
led po^tes latins ne tard^rent pas k se plaindre de l'indifierence 
du pubiic et de ia pauvrete de ses dons. Un des plus habiles, qui 
se designait orgueilieusement par le nom d^Archipoifte^ disait, 
d^ la fin du xn* siecie : 

Saepe de miserie meae paupertatis 

conc[ueror in carmine viris litteratis ; 

laici non sapiunt (1 ) ea quae sunt vatis , 

et nil mihi tribuunt (2) ^ quod est notum satis (3) , 

et ne comptait plus que sur les generosites des erudits et des 
moines. 

Yiri digni fama perpetua , 

prece vestra complector genua ; 

ne recedam hinc manu vacua , 

fiat pro me collecta mutua. 

Mea vobis patet intentio , 
vos gravari sermone sentio , 
unde finem sermonis facio , . 
quem sic finit brevis oratio : 

Praestet vobis creator Eloi , 
caritatis lechitum (4) olei , 
spei vinum, frumentum fidei, 
et post mortem ad vitam provehi ; 

Nobis vero mundo fruentibus, 

vinum bonum saepe bit)entibus , 

sine vino deficientilHis , 

nummos multos pro largis sumptibus (5) l 

Longtemps encore cependant , on continua k faire des chan— 

(1) II y a capiwiU dans rMition de (3) GedichU de$ MUtelalteri auf Konig: 

M. J. Grimm; mais notro le^ se trouve, Friedrich /, p. 56. 

Col. 96 b, ^lans la copie du ms. de Municb, (4) pour lecythum (XyixvOoc); cette cor- 

qui nous a ^te communiqu^ par M. Ferdi- ruption se trouve dans les glosses du Doctri- 

nand Wolf. nale d'Alexander de VHla-DeK 

• (3) Reiribuuni de Ti^ition de M. Grimm (») Grimm , Gediehte det MUtekdUr» 

donne au vers une syllabe de trop. auf Kdnig Friedrich /, p. M, col. 2. 



sons k rimitation de rancienne poesie populaire (I); mm la 
nalvete en disparut de plus en plus, et elies finirent par ne plus 
^tre qu'une fantaisie d'erudition , oix la pensee ^tait aussi tra- 
vaillee que la forme. La po^ie latine ne servit plus , m^me dans 
les monasteres et dans les ecoles, qu'i developper des lieux 
communs ou i se proposer des questions captieuses et des pro- 
bl^mes de pures mathematiques; mais dans le temps de sa plus 
grande popularite , il y avait dejk des pi^ces qui exprimaient cet 
esprit discuteur et dialecticien dont le r61e fut si considerable 
dans la civilisation du moyen kge. Nous en citerons seulement 
deux exemples. 

Moesta parens miserae paupertas anxietatis 

afflictis satis es(t) dura superque satis. 
Infelix quidam sic ductus ad ultima rerum , 

quod genus omne maii deprimeret miserum ; 
Exosus , vitam ne semper egeret (1. ageret) egenus , 

elegit lac[ueum mortis habere genus; 
CoUaque subjiciens laqueo quem sponte ligarat, 

ut finire malum possit, obire parat. 
Jam quodcunque (potest?) homo morte doloris habere 

senserat, in laqueo mortuus ille fere ; 
Cum celer accurrens miles sibi vincula rupit 

et facit ut vivat qui periisse cupit. 
Ut tandem vitae vox reddita, spiritus ori , 

c[uaerit et agnoscit cur velit ipse mori. 
Compatiens igitur miserandae pauperiei , 

mensibus undenis cuncta ministrat ei. 
Cum satis afflicto dominus fecisse putaret, 

destitit et placuit ne sibi plura daret. 
Redditus antiquae miser anxius asperitati , 

cfuae passus fuerat cogitur ecce pati , 

(1) Oo en trouvera plasieurs eiemples B. R. fonds fr. no 7067, fo(. 14S; im aulre sur 

dans ce recueil; nous nous bomerons ji rempereurd'Allemagne,Henn VII, no 6813, 

citer ici huit cbansons sur des airs popu> fol. 3, et une complainte sur Tassassinat du 

laires, par Adam de La Bass^e, qui sont duc Jean de Bourgogne au pont de Monte- 

conservees a la BiUiolh^ue de Lille, dans reau, qui se trouve dans le ms. no 9681. 
le ms. B. Z. 34; un motet latin sur Louis X, 



-10- 

Et solitum repetens ex paupertate dolorem , 

utilius, dixit, mortuus ante forem. 
Et quia sub laqueo jam senserat exitiale 

quidquid habere potest mors immica maii . 
Ergo sub adstricto legum discrimine quaerit 

judicium, rursus cur moriturus erit ^ 
Cur vel egere sinat quem non sinit ut moriatur : 

res haec judicibus discutienda,datur (1). 

D'apr^ recriturc du manuscrit qui nous Fa conservee , on ne 

saurait croire cette piice post6rieure au xni« siMe, et, mieux 

encore que la forme des lettres , la barbarie de la langue et du 

rhythme (2) prouve que Tautre est beaucoup plus ancienne. 

Nous nous contenterons de la reproduire textuellement , sans 

chercher k lui donner une purete systematique ; la grossi^rete 

en est trop continue pour tenir k des erreurs de copiste , les 

seules qu'une critique intelligente pyisse se permettre de cor 

riger. 

Audite versum parabolae , 

quod quendam pueri contigit : 

dum iret in solitudine 

aprum cum canibus quaerere , 

invenit illum celeriter. 

Per spatia multa dum curreret , 
venator eum prosequitur ^ 
nam fervidus , mox ira repletus , 
volens velociter perdere , 
cucurrit ubi gladius fixus est. 

Sed in compedibus (3) coluber 
venenum auxit mortiferum ; 

(1) B. R. no 6415, dernier folio, verso, taUe des mati^s, ^crite aa moins dans le 

Comme YHi$loire liUirairf de to Franee» XVf siiole, la hii attribue ftirmellement. 
M. Gousin a parl^ de celte pi^e dans Pintro- (3) Au moins la premiire ligne nous sem- 

duction des (Xw)re$ inidite$ d*Ab4lard, Ue-t-elle indiquer une sorte de rhythme, 

p. 637. II Tattribue h Bernard de Gbartres probablemeni bas^ sur raccentuation et sur 

(Silvestris); mais rien nlndique dans le ms. une psalmodie musicale. 
qu'elle en soit r^Uement. Si eUe se trouve (3) Peut-^tre faut-il donner k ce mot la 

k la suile du Mathemaiicu$ que pr^cMe le signiQcation qu'il prtt pendant le moyen Age, 

Jliicro$comu$ , il y a apr^ d'autres pidces Enceinte, lieu ferm^ de pieux od Tob accu* 

qui sont certainemenl de Hildebert, el la lait les b^les sauvages. 



— If — 

nam fera pervalida cucurrit ^ 
et occisi simul mortem 
dederunt in invicem. 

Nuntius matri adveniens v 
perrexit puerum quaerere , 
invento corpore, genitrix 
fundensque lacrymas pectore,. 
verbae quae ista iocuta est. 

Si tantum vixisses, tu fili mi , 
quantum vixisti , dulcissimi , 
iterum tanti et medium tanti , 
annoque uno expleto , 
centum annorum exstiteres (1). 

Malbeureusement aucun indice materiel ne caracterise les^ 
poesies latines dont Finspiration etait populaire ^ les autres n'ob- 
servaient pas beaucoup mieux les r^gles de la prosodie classique. 
Milon, qui mourut en 872, disait dans son po^me sur la sobri^te r 

Posthabui leges , ferulas et munia metri , 

Non puto grande scelus , si syllaba longa brevisque 

Altera in alterius dubia statione locetur. 

Quod si , ut credo , nequit carmen jam jure vocari , 

Sit satis huic saitem conferri nomine rhythmi (2). 

(I) L'tDlaBC avaifc Mize ans et demi. tdriear d*eiiyiroo dem cenls anf , a rempliK 

Beaucoup de questioiis de ce genre oot M avec difiirents morceaax do po^ie lea • 

imprioito etatlriboteSi tant6t h BMe, X, 1,. Manee cnii ^ient rest^ entre les difi^n- 

col. lOS, tantAt k AkiuQ, t. II,. p. 441. Nout tes lettres : celle^i est ji la fin de Pb, apr^s 

en citerons une qui s'y trouve^ p. 446, Iteause lo mot Bsbchiel. 
desaressemblanoeaveclapi^qu^eQvient ,.^».«l a i i n- 

de Ure. Quidam senior sJluUvit puorum, ,(«)?« *^«»^*"Jfl' i^r^l' f ^,^': 

cuietdiiit:Vivas,FiU;viva8.liiqumq«tn- bl*othique rawik ^J^^^^lJll^J' 

tom vi^jsti, et aliud taitum, et ii taMm , *«*• Dansje ill* «*^,^*^«°"^^ 

adda^ue tibi Peus unum d« anms meis. et <»*°s «« po^me sur Emest de Bavi*w qu il 

impleas (I. implebis ?) anmtm oentum. Solvat *^*" *PP™ • 

qui potest, quot annorum tunc tempore piMr Qvot vmus ««mt pedUNW ; quid barlwiva error. 

«.».Oiir«il«I«'il,v^buttaM«»roi«mM.. ?i«'.'ri""(.&'^,i";r£:*' 

Celle piece, donl la copie nous a 4le tr^ _ , , 

<Mlgeamment communiqu^ par M. Cham- I>*ns Martenne , Th€»ai»n»$ (meeiMonm , . 

poUion-Figeac , sc trouve dans un Giossaire .*• HI , col. 309. 

du IXe si^le, conserve k la Biblioth^ue de Voyes aussi JeaQ de Salisbury, Enthelicu») 

Qermont, sous le no I8d; un copiste, pos- v. 1T7. 



— i2 — 

Et ce rhy thme , que quelques lettres affectaient de trouver 
grossier, s'associait souvent k une metrique plus savante (1). 
A leur tour, des po6mes compos^ dans rancienne forme tro- 
chalque, la plus populaire de toutes, montraient un respect 
scrupuleux de Ja quantit^ (2) , et lors m^me qu'ils la rempla- 
^aient par la rime et violaient les premi^res lois de Tancienne 
versification, ils conservaient parfois une recherche d'idees tout 
k fait opposee k la simplicite de la poesie populaire. Tel est le 
po^me suivant , oii la cesure n'est pas toujours marquee , et oti 
les syllabes ne sont comptees qu'approximativement, m^me dans 
le second bemistiche (3). 

Multi sunt presbyteri qui ignorant quare 
super domum Domini gallus solet stare ^ 
Quod propono breviter vobis explanare , 
si voltis benivolas (1. vultis benevolas) aures mihi dare» 

Gallus est mirabilis Dei creatura 
et rara prespiterii (1. presbyteri) (4) illius est figura , 
Qui praeest parochiae animarum cura (5) , 
stans pro suis subditis contra nocitura. 

(i) Dans le Xle sidcle, la rime leooine celle de ThMulf pour le jour de No<H r 

devint m^me , COmme On Salt , Une SOrte de Lamen claram rite fulget . orto magno sidere ; 

n^cessit^ des vers hexam^tres; mais on la la l^ende de saint Pierre - le - Magiciei» 

trouve dilk quatre ou cinq cents ans aupa- altribu^ k Alcuin , B. R. fonds de Saint- 

ravant dansleshymnesconsacr^auculte, Germain, no 1455, fol. 56, ro; le petll 

daus le Jetut refuUit omnium de sainl poSme sur la translation de sainl Corneille 

Hilaire, dans le Marlyrit ecce diet Aga- k Compi^e, puUi^ par Lebeuf, Recueil 

ihae de saint Damase, etc. Quelquerois de divert Scritt pour tervir d i^histoire 

mdme elle^tait double, comme dans le Pan- de Franee , t. 1. , p. 309; etc. 
ge lingua f^orioti corporit mytterium de (3) n se trouve dans un ms. dcrit pro- 

S. Tbomas d'Aquin : nous citerons, comme baUement au commencement du XVe si^ 

eiemple,anebymnesurlacroix,^ritedans cle, qui est conserv^ dans le tr^sor de la 

le XI Ve sidcle, que nous croyons inddite : catb^ale d'(Khringen , sous le no 3 , fol. 

Salve , Cbristi craK , praeclani arbor. astris palcrior, 143, VO, et a d^jji ^t^ puUi^ tr^n^li- 

'12* "^," ?""™ "**"i •'"^•J*:»*«»°': 5 gemment dans 1e Seropeum , t. I, p. 107. 

▼itae nobig Yiam para , dox efTeta gratior. °. »» ja. a. » . ji • ^ 

, ^ . . . j • j , i. ' • Ilauraitdflifttreconstammentdivis^enqua- 

In te nobifl summi dnois dnlccMit memoria , . . * i j • . 

cajns formans se caducis inter baec mortaiia , trams monorimes , cl tous les vers devraient 

mediante scala cracis , ad se traxit omnia. etc. avoir trcize SyllabeS Ct UnO C^UrC apr^ la 

B. R. fonds de Saint-Germain , no 370, septi^me. 
fol. 179, ro. (4) Pretbyierium, officium, vel dignitas, 

(9) Uhymne pour le matin : ^«' <>"*<* presby teri ; du Cange , Giottarium, 

M ' 1: . _r. # w .. l- V, p. 433, col. 1. 

Hymnam dicat torba fratram , bymniun cantus per- . . j: . . * . 

sonet ; (5) Praeettc gouvemait aussi quelquefois 
rhymne sur le Jugement dernier : Tablatif dans G^sar; Equitalu Dumnorix 

Apparebit repentina dies magnn Domini; pracerat; De bello gtdlico, I. Il,par.l8el53. 



— 13 — 

Supra ecdesiam positus gailus contra Yentum 
caput diligentius erigit extentum ; 
Sic sacerdos , ubi scit daemonis adventum , 
iUuc se obiciat (1) pro grege bidentum. 

Gallus , inter caetera altilia (2) coeiorum , 
audit super aethera conoentum angeiorum ^ 
Tunc monet nos excutere verba malorum , 
gustare et percipere arcana supemorum. 

Quasi rex in capite galius coronatur; 
in pede calcaribus, ut niiles, armatur; 
Quanto plus fit senior pennis deauratur ; 
in nocte dum concinat [ut] leo conturbatur : 

Sic Deus per omnia mundos et omatos 
fecit suos clericos esse coronatos. 
Galli sunt calcaria (1. calcarati?) more militari, 
castigandi feminas nutu singulari : 
Sic sacerdos corrigat legis transgressiones 
verbis et flagitiis, ut fiant meliores. 

Gallus regit plurimam turbam gallinarum 
et soUicitudinesmagnas habet harum : 

Sic sacerdos, concipiens curam animarum , 
doceat et faciat quod Deo sit carum. 

Gallus granum reperit , convocat uxores , 
et illud distribuit inter cariores : 

Tales discant clerici pietatis mores , 
dando suis subditis scripturarum flores , 
Sic sua distribuere cunctis derelictis 
et curam gerere nudis et alflictis. 

Sic et bonus presby ter qui plebi scit praeesse , 
pigros cum calcaribus monens indefesse , 



(i) On trouve d^j^ obieio pour objicio graiitii pour manger ; peut-ftlre ainsi 
dansLucain, 1. Yiii, Y. 796: faut-ll lire caeterot alitet, ce qui aurait 

c«r .mio. obici.? p.gi>.e cur .r8.or imp.r ? f •'".«"" >'»vantage de ramener le second 

hdinisticne au notnbre habituel de six syl' 
{%) AUilia signifiait des oiteaux en- labi^s. 



— 14 — 

Confortando debiles verbo Dei , messe 
post laborem aureus , ut rex , debet esse. 
Gallus suas feminas solet verberare , 

has quas cum extraneis novit ambulare : 
Sic sacerdos subditos debet castigare 
qui contra legem Dominr solent peccare. 

Basiliscus nascitur ovis de gallorum (1) : 
sic crescit vis daemonis de presbyterorum 
Multa negligentia , qui subditorum 
non curant (s)celeribus nec de spe coelorum. 

Gallus nunquam negligit tempus vespertinum^ 
-sed cum suis subditis volat ad supinum , 
Ut, in nocte media, tempus matutinum 
servis Dei praecinat ad opus divinum. 

Sic et bonus presbyter, respuens terrena , 
ducit suos subditos Christi in pena (2)^ 
Praebens iter codicum coeli ad amoena , 
sponsus cum advenerit cum turba duosena (1. duodena). 

Gallus, noctis media, studet personare^ 
ante cantum fortiter alis ventilare : 
Sic sacerdos providus , seminoctis hora , 
ad laudandum Dominum surgit sine mora. 

Haec vobis sufficiant de gallo notata 
et in audientium corda sint locata ; 
Teneat memoria (hoc?) quod nux muscata^ 
reddit plus aromata , bene masticata. 

Gallus vobis praedicat , omnes vos audite, 
sacerdotes, Domini servi et levitae 5 
Ut vobis ad coelestia dicitur (L dicatur ?) : Venite , 
praesta nobis gaudia, Pater, aetemae vitae ! 



(1) Le peuple crolt encore en Norman- Uixix\ Dif)er$arum arliutnschedula, p^.l8Q. 
«die qu*il y a un serpent dans les ceufs qui (2) Ce demier mol est certainement cor- 

^nt pondos par les coqs, et Tb^phile al- rompa; peut^^tre feut-il Hre peteftnay 

iribuait k son sang , convenaMemeut pre- quoique nous nous ne souvenions pas de Va- 

par^ , la puissance de transmuer les m^- voir jamais vu employ^ pour perennia. 



— 15 — 

Yiri dilectissimi , sacerdotes Dei , 
praecones altissimi et lucemae Dei , 
Caritatis radiis fulgentes et spei , 
auribus percipite verba oris mei. 

Yos nunc in ecclesia Deo deservitis, 
quos Yocavit palmites Christus verae vitis , 
Cavete ne steriles nec avari sitis , 
si vos Christi stipite vivere velitis ! 

Vos estis in atrio boves (1) titulantes, 
prudenter a paleis grana separantes , 
Yos boc in speculo legem vix amantes , 
beati qui non fragiles sunt nec ignorantes. 

Quidquid vident laici vobis displicere 
credunt sine dubio sibi non licere , 
Et quidquid vident vos cum opere implere 
credunt esse licitum et culpa carere. 

Secundum apostolicum (2) omnia probate 
et quod bonum fuerit illud approbate ; 
Date bona proximis , illos et amate ; 
cum cq>istis gratiam , et vos gratis date. 

£stote pacifici , sobrii , prudentes, 
casU , pii , simplices , justi , patientes , 
Ho^tales , humiles , subditos docentes , 
consolantes miseros , pravos corrigentes. 

Sitis breviloquii , ne vos ad reatum 
trahatmultiloquium et verbum exaltatum; 
Yerbum quod proponitis sit abreviatum : 
nam in multiloquio non deest peccatum. 

Yestra conversatio sit religiosa , 
munda conscientia , vita fructuosa , 



(1) Tiiulare signifie ici sans doute rem- pour ballre le bl<^ ; dans quelqties endroits 

pfo une foociion , en avoir le tUre et par on fait encore fouler les gerbes sous les pleds 

«ttite la charge; voyez du Cange, l. VI, des cbevaux. 

p. 497, col. 2. II sfinMe resulter de la ligne (2) Sous-entendu verbum ou fnandatum, 
siiivante que Ton se serait servi des Iwufs 



— 16 — 

Keguiaris habitus, forma speciosa , 
ne vos coinquinet iabes aerumnosa. 

Ergo nunc deducite vitam temporaiem . 
nec non iaudabiiem atque pastoralem ; 
Cum vos exueritis chlamydem camalem , 
induat vos Dominus stolam aetemalem ! 

Quelquefois aussi un amour pueril des consonnances , devenu 
presque universel (1), et la facilite que, grdce aux flexions peu 
variees du latin, on trouvait k le satisfaire, engageaient k multi- 
plier la rime avec une veritable recherche , m^me dans les po6- 
sies etrangires par leur esprit et par leur destination a toute 
espece d'aflFectation. Cest donc par la seule nature des pensees 
que Fon peut distinguer les poesies populaires des autres; 
et dans un temps oii l'individualite des plus grands ecrivains 
etait si peu developpee et od les m^mes idees religieuses exer- 
^aient une influence si generaie et si dominante , les differences 
n'etaient pas assez tranchees pour qu'il soit possible de se pre- 
server toujours d'un certain arbitraire. 

L^ordre dans lequel se succfedent les diflferentes piices d'une 
coUection de poesies populaires ne saurait non plus ^tre deter- 
mine par des raisons bien rigoureuses. Elles sont pour la plu- 
part anonymes, et Ykge des manuscrits qui nous les ont conser- 
vees est lui-m^me trop vague et trop incertain pour que Ton 



(I) Od en vinl jusqu'^ faire rimer tous vauitas, 

les mots; nous citerons comme exemple les TUkl^lr'' 

trois premi^res strophes d'une petite pi^e cianiit ; 

qui se trouve k la Gn d'un manuscrii du nuucitos 

XlVe sidcle; B. R., no 1151 : vrM^mu 

Semitas 

Veritas , abdita» 

aeqnitas , noTitas 

largitas cirenit ; 

corruit ; solitas , 

&lsitas , abditas , 

pravitas , cognitas 

procitas argnit , 

viguit ; antiqnitas 

nrbanitas quas tenuit. 

pvanuit. «. „ 

Si Proetlas n est pas une syncope de Pro- 

^"»" • eacitas, il est AMy^ de Proeuty et signi- 

^bSL', fle Libertinage; il manque dans la nouveUe 

viiuit ; ^ition de du Gange. 



— 17 — 

puisse esperer y trouver un criterium exact. Beaucoup de ces 
poesies otit d'ailleurs subsist^ longtemps dans la memoire des 
populations avant d'^tre recueillies par les ecrivains, et ii en est 
sans doute plusieurs qui Favaient ete d'abord dans des manus- 
crits plus anciens c[ue nous ne possedons plus. Celies-1& seule- 
ment qui se rattachent k des ev^nements historiques ont une 
date k peu pr6s certaine ; si elles n'avaient pas ete contempo- 
raines , le peuple pour lequel elles etaient faites ne les eOt pas 
comprises. Nous grouperons donc ensemble toutes les po;^sies 
purement religieuses , comme nous Favons fait dans notre pre- 
mier recueil , et nous chercherons k reconnaltre FAge respectif 
des autres par les allusions qu'elles contiennent et Fesprit qui 
les anime. Malheureusement, quoique cette division repose sur 
des diflF6rences reelles qu'on ne saurait meconnaltre , elle porte 
beaucoup phis sur des expressions isolees que sur la nature de 
rinspiration. Pendant le moyen ^ge , la religion penetrait tout 
de ses sentiments et de ses idees ; on retrouve dans les eMgies 
historiques et dans les chants funiraires le m^me esprit de piete 
etderesignation chretienne, que dans les hymnes exclusivement 
consacrees au culte et dans les poesies qui detachaient T^me 
des plaisirs du monde , comme une veritable prifere. Peut-^tre 
ainsi , dans les reproches qui nous ont ete adresses k ce sujet 
par le Joumal des Savants , Tesprit exact de M. Magnin n'a-t-il 
point tenu suflBsamment compte de la nature de la poesie popu- 
laire , et a-t-il demande k une classification , qui se proposait 
surtout tfetablir un certain ordre chronologique , des carac- 
tferes essentiels impossibles, puisque toutes ces differentes pi^ces 
expriment egalement des sentiments generaux et communs k 
une portion considerable du peuple (1). 



(1) Toute autre diviskm abouUrail par 
coos^uent k des cootradictions que Tesprit 
judicieux de M. Magnin n'a pu lui-mdme 
<^viter ; ainsi, il regarde que les deux chants 
tur la mort de H^ibert, arcliev^ue de Go- 
logne, et de Foulques, arcbev^ue de 
Reims, seraient mieux plac^ parmi les 
pi^es reKgieuses, parcequMl 8'y trouve des 



pri^res [Joumal des SavantSf 1844, p. 148- 
143), et n'en reconnatt pas moins [Ibidem , 
p. 157) le caract^e purement populaire de la 
n6nie sur la mort de Gonrad le Salique, dont 
chaque couplet Gnit par une v^itable 
pridre : 

Rex Deus , vivos tuere et defunctis miserere ! 

Alb^ric des Trois-Fontaines ne perroet 



— 18 — 

Au milieu des observations les pius bienveiUantes , notre 
savant critique a garde quelques severites pour ia paKie du 
Uvre consacree aux pOesies populaires romaines; il nous blime 
egaten^ent pour celles que nous y avons admises et pour c^es 
que nous en avons ecartees, et suppose qu'en etudiant plus 
attentiv^ent les textes nous serions parvenu k grossir notre 
recolte (1). Ce demier reproche est un peu trop vague pour que 
nous puissions y repondre , et nous nous tenons pour dispense 
en toute mati^re de regarder au-del& de ce que son eruditkH) 
lui a fait decouvrir. Sans doute cependant , si nous eussions 
voulu prouver seulement Texistence de chants populaires chez 
les Romains , il nous eClt ete facile de recueiUir qk et \k quelques 
fragments (2) ; mais ils sont malheureusement trop courts pour 
offrir par eux-m^es le moindre inter^t. Nous aurions pu trou— 
ver aussi dans Suetone plusieurs epigrammes sur les empe- 
reurs (3), qui certainement n'exprimaient pas des sentiments 
individuels , mais ieur mesure prosodique ne nous pmnettait 
pas de leur donner place dans notre recueil. Si ingenieuseoient 
travaili^e que devienne la versification des poesies populaires, 
le rhy thme s'y appuie toujours sur des elements reels , fournis 
par la nature m^me de la langue et faciles k percevoir par toutes 
les oreilles s^sibles k rbannonie , et la quantite etait une im- 
portation grecque , etrangere k la prononciation habitueUe du 
latin et fort souvent c<mtraire k ia di^sition des accents. La 
cadence trochalque s'accordait seule avec raccentuation de bt 
penulti^e et les habitudes de Foreille ; eUe concUiait rancien 



pas d^ailleurs de coDserver le moindre doute 
k cet ^rd , puisqa'il dit qae eette cbaDson 
(^tait r^p^t^ danstouteI'Alleinagoe; CAro- 
ntcon, annto 1039. 

(1) Jowmal det Savantt, 1844, p. 13. 

(2) Ainsi , l'on trouve dans Festus au mot 
Obstinet : sed jam se coelo cedens aurora 
suum patrem; au mot Retiario : Non te 
peto, piseempeto, quidme fugis, Galle? au 
mot Spicum : Quasi messor per messira 
UDumquemque spicum collegit; dans Var- 
ron, De rerutfica, 1. i, ch. 2, par. 27 : 

Teria , pcKtem tencto ; 
saliH , hic iiitincto ; 



dans Macrobe, Saturnaliorum \. v, ch. 
20, el Pauhis, Bpitome Fetti, au mot Fla- 
MiNius Camillus : Uiberno pulvere, verno 
luto, grandia farra, Gamille, metes. Selon 
Scbutle, De CnaeoNaevio poeta, p. 36, les 
enfants auraient chant^ k Rome ce vers 
qu'il a sans doute trouv^ dans quelque an - 
cien ecrlvain : 

Si reote facies, eris rex. 

(3) 11 y en a une dans Oetme, cb. 70; 
cinqdans Tibire, ch. 59; trois dans iVeroi», 
ch. 39; une dans Othon, ch. 3, et une 
dans Domitien, fh. 23. 



— 19 — 

mouvement des vers saturniens avee les exigences dela nouvelle 
metrique. Nous concevoDS done qu'eUe pi»sae m retrouver daa^ 
des poesies populaires ; mais toute autre mesure prosodique in-^ 
dique incoutestablement une composition litteraire. Le rhythme 
du firagment sur les Muses , qui nous a ete conserve par saiut 
Augustin(l), est entiirement base sur la quautite, et Telegance 
affectee des expressions ne laisse aucun doute sur la nature de 
Finspiration ; de savants critiques y ont m^me vu , et peut*^tre 
avec raison, un debris de quelque choeur d^une tragedie de 
Sen^que ou de Pomponius Secundus. Le po^me sur le mattre 
d'ecole Falisque etait appele samrU^ m^me dans rantiquite (2)^ 
Priscien le cite comme faisant autorite pour la prosodie , et , ce 
qui rejette plus loin encore toute idee de poe^e populaire, il fut 
conq>ose au moins trois cents ans apr^ les ev^nements qu'il 
raconte (3). Quant k rhymne de Marinus sur les Lupercales^, 
nous n'en possedons plus qu'un fragment beaucoup trop court 
pour ne pas ^tre insignifiant (4) , et si corrompu , que Philargy- 
rius et Saumaise ne sont parvenus a lui donner une sorte de 
rhythme qu'en supposant des lacunes et en se permettant les 
changements les plus arbitraires. Nous aurions dd , suivant 
M. Magnin , admettre aussi parmi les poesies populaires les Vers 
saliens , les Inscriptions du tombeau des Scipions et le Carmen 
saeculare d'Horace. Sans doute des chants qui servaient au culte 



(1) Ite igitur, Camoenae , 
fontiooUe padlae , 
^nae caaitis «ab antris 
mellifluos sonores ; 
quae lavitis capIHuin 
pnrpMreaBi Hippooreoe 
fonte, obi fusos olim 
spnmea lavlt ulnras 
tkn. jobls aquoais 
pegasns , in nitentem 
pervolatums aetluram. 

De musicat 1. iu, ch. 3, col. 473, ed 
4le 1679. 

(2) Docla Palitca ; voyez Wernsdorf, Poc- 
iae lalini minores, i. H, p. 28, ^d. de 
Le Maire. Nous n'en poss^dons plus que deux 
fragments, qui nous ont et^ conserves par 
Priscien : 

Tum literator creditus , 
ludo Faliscum liberos 
canmtos in oaropi patens , 
extraque mnri dueere , 



Spaciando paulatim trabit 
hostilis ad valli latns. 

1. viii, ool. 823, ^d. de Patsch. 

$eu tute nalis bosiutM . 
seu tute captiTos babes. 

l. XII, col. 947, ^d. de Putsch. 

(3) Uautear est probaUement le poCite 
lyrique Septimias Severus, et M. Magnin 
reconnaH lui-m^Mie que ee po<$me ne fot 
probablement compose que du temps d'Au- 
guste ou de Tib^re ; Joumal des Saoanis, 
1844 , p. 13. 

(4) II nous a ^te conserye dans les Com-' 
meniaires de Servius , Eglogue i , v. 20 : 
Roma anie Romulum fuit, et ab ea Romu- 
lus nomen adquisivit , sed de flava et can- 
dida Roma, Aesculapii filia , novum nomen 
Latio facit , tantum conditricis noroine om- 
nes Romani vocantur. 



— 20 — 

de Mars , le patron de la Republique , n'exprimaient pas les senti- 
ments personnels d'un poftte, et quelque tronques que soient 
leurs fragments, nous les eussions ajoutes k notre coUection, s'ils 
s'etaient pr^tes k un sens quelconque (1); mais nous avons pense 
que dans un ouvrage destine a faire apprecier la poesie popu- 
laire, il etait au moins inutile d'inserer des mots que Terudition 
la plus ingenieuse avait renonce k comprendre. Les inscriptions 
du tombeau des Scipions sont evidemment de simples epitaphes, 
destinees k conserver le souvenir d'une douleur de famille(2), 
et nous ne pouvons croire qu*il fiit dans nos obligations d'edi- 
teur de poesies populaires de recueillir indistinctement tous les 
vers qui avaient un caractfere historique , et dTadmettre la v^rite 
d'une conjecture de Niebuhr, qui nous semble , ainsi qu'i notre 
savant contradicteur, parfaitement inexacte(3). Pour le Garmen 
saeculare qui unit la plus haute po6sie k la versification la plus 
erudite, Iwn d'y reconnaltre une inspiration populaire, nous n'y 
pouvons voir, comme dans la plupart des odes d'Horace , qu'une 
habile imitation de Fesprit grec, qui n'avait absolument rien de 
romain. 



(1) Lcs deux premiers fragments se trou- 
veut dans Varron. De lingtm lalifM , I. vii , 
cli. 96 : Gozealodoizeso , omnia vero ad- 
patala coemisse iamcusianes duo misceru- 
ses dun ianus ve vet pos melios eunn^ re- 
cum... Voici le second : Divum empta 
cante , Divum Deo supplicate. Le troisidme 
' nous a ^t^ conserv^ par Terenttus Scaurus, 
De orthographia, col. ^l, M. de Pulsch : 
Cume ponas Leucesiae praetexere- monli 
quolibet cunei de his cum tonarem. Quoi- 
qu'il ressemble beaucoup plus au latin ordi- 
naire que les deux autres, on peut dire avec 
Rf^ Hermann, Elementa doclrinae metri- 
cc^ j p. 612 : Nihil aliud dispicio , quam 
mentionem factam esse orbis Lnceriae. 

(3) Ges inscriptions ont ^t^ publi^s trop 
souvent pour que nous les reproduisions 
toutes les sept ; nous nous bornerons aux 
deux premieres : 

GorneKus. Lucius. Scipio. Barbatus. Gnai- 
vod. patre prc^atus fortis. vir. sapiens- 
que — quoius. forma virlutei parisuma fuit 
— consol censor. aidilis. quei. fuit. apud. 
vos — Taurasia. Gisauna Samnio. cepit — 
snbigit. omnc Loucana. opsidesque ab(k>acit. 

Nous conserverons la coupe de la seconde : 



Ilonc. oino. ploirume. cosentiont. R(omae ?)... 

duonoro. optnrao. fuise. viro 

Luciom. Scipione. filios Barbati 

consol. ceusor. aidilU. hic. fueta(pud vos ?)... 

hec. cepit. Gtrsica. Alerlaque urbe 

dedet Tempestatebus. aide. mereto. 

Dans nos Poitie» populairet latinet, 
p. 50, note 3, nous Tavions di}k puUi^ 
avec les restitutions de M. Grotefend ,, 
Lateinitche Grammalik, t. II, p. 293. 
Le commencement semMe Mre une for-' 
mide bannale qui se retrouvaU sur beau-' 
coup d^aulres tombeaux, car on lit dan» 
Gic^ron, Dfe finibus, I. ii, ch. 35 : Non elo- 
gia moiHMientorum id significant, velut hoc 
ad portam (dc C. Atilio Galatino) r Uno ore 
cui plurimae consentiunt gentes populi pri^ 
marium fuisse virum. 

(3) II nous semble que pour un editeur 
des po^sies populaires romaines , k d^faut 
de presque tout autre monument, la conjec- 
ture de Niebuhr relative k ces inscriplions 
^tait admissible, et que, dans tous les cas , 
le texte de ces vers si ^minemment bisto- 
riques aurait ^t^ pour le moins aussi con- 
venablement place dans ce volume qu'aa- 
cune des pi^ces que nous y trouvon»; Jour^ 
nal det Savanlt , 1844 , p. 10. 



— 21 — 

Les pieces qui , selon le Jouraal des Savants ^ n'avaient aucun^ 
droit k figurer dans notre collection, sont une petite chanson 
sur Maximin et la Veillee de Venus. II ne voit dans la prenriire 
qu'une traduction du grec et pense que roriginal pourrait seul 
^tre considere comme appartenant k la poesie populaire. Tout 
en la recueillant, nous avons averti nos lecteurs que robscurite 
du rhythme nous inspirait des doutes sur son veritable carac- 
t^re , mais ils n'etaient pas assez positifs pour nous faire exclure 
un morceau trfes-court qui , au moins dans sa premifere forme , 
etait certainement populaire. Capitolinus dit seulement que Ti- 
gnorance de Maximin Tavait emp^che de comprendre des vers 
satiriques chantes devant lui en plein theAtre , quorum haec erat 
latina serUentia^ et Thistoire etait assez piquante pour qu'on la 
rendlt intelligible k tous les Romains en ajustant une traduction 
latine k la musique du grec. Cette conjecture , que les editeurs 
ont partagee puisqu'ils n'ont point imprime cette traduction sans 
interruption conmie de la prose , nous a semble d'autant plus 
admissible, que Capitolinus qui rend en vers latins les poesies 
grecques qu'il aToccasion de citer, n^etlt sansdoute pas precise- 
ment neglige de donner un rhythme quelconque k la plus cu- 
rieuse. Le refrain du Pervigilium Veneris et les choeurs differents 
qui s'y repondent prouvent qu'il etait riellement destine k ^tre 
chante , et, comme plusieurs philologues, nous avons cru recon- 
naltre k la frequence des expressions mythiques , k Fabsence de 
tout sentiment personnel au poftte et k la decence constante des 
mots , si remarquable dans une ode sur Tamour physique et la 
puissance de la generation , qu'il avait fait partie tfune liturgie 
de Venus. M. Magnin le trouve au contraire trop affecte et d'un 
caractfere trop peu serieux et trop peu solennel pour avoir pu. 
servir a un culte public^ mais quelle qu'ait ete la gravite pre- 
mifere du paganisme , le savant ecrivain le sait mieux que nous , 
on avait fini par ajouter aux invocations et aux sacrifices des 
chants et m^me des actions symboliques qui celebraient les pro- 
prietes particulieres de chaque Dieu , et Ton en etait venu insen- 



— 22 — 

siblement jusqu'aux excfes des Bacchantes (1) et aux prostitu- 
tions des tempIesd'Astarte.Encore de nos jours, on entend, d'ail- 
leurs , dans les eglises des hymnes qui , malgr^ leur inspiration 
veritablement religieuse, sont remplies tfexpressions preten- 
tieuses, et il n'est pas de f^te solennelle ou Ton n'y chante k 
pleine voix des proses de la gatte la plus expansive et la plus 
oublieuse de toute dignite systematique. 

Les observations de M. Magnin sur la partie de notre livre ou 
sont recueillies les poesies religieuses , tiennent k un dissenti- 
ment beaucoup plus grave. Les chants qui ont fini par rester 
consacres au culte n'exprimaient pas seulement les sentiments 
de leurs auteurs, ils repondaient aux croyances de tous les 
fidyes; leur orthodoxie est la meilleure preuve de leur imper- 
sonnalite. Quand leur forme repudie les traditions savantes et se 
rapproche des habitudes et des instincts du peuple, aucune 
poesie ne nous semble avoir des droits plus legitimes au titre de 
populaire, M. Magnin ne consent k y voir que des poesies sacer- 
dotales; et, comme on devait Fattendre d'une erudition aussi 
variee et aussi ingenieuse, il appuie son opinion sur des raisons 
qui , a defaut d'une force reelle , sont au moins fort specieuses. 
Nous ne voulons pas , k Toccasion du genre de quelques chants , 
reprendre en sous-oeuvre des questions sur Torganisation de 
TEglise primitive et le caractfere des premiers pr^tres , que les 
protestants et les catholiques debattent depuis trois cents ans ; 
nous rappellerons seulement un fait incontestable, c'est qu'avant 
Tadoption et la sanction d'une liturgie par FEgUse universelle , 
chaque petite congregation de chretiens se reunissait pour prier 
en commun et repetait les chants qui repondaient le moins im- 
parfaitement aux sentiments dont elle etait animee (2). Que ces 
hymnesaient 6te composees indistinctementpar tous les fideles, 

(1) Cest m^me tr^s-probablement Tori- lerrement de la safnte Viergc. On connatt 

gine de nolre mot Dibauehe. d'aiUeurs le nom cCune foule d^aiUeurs 

(3) Voyez Philon le Juif, De supplicum dliymnes qui vivaient dans les premiers 

tfirtuiibui; Denys I*Ar^agite, De divinit si^cles du christianiMne, Synetius, Cyr^p, 

nominibuif cli. 4: Nicephore va m^me jus- Th(^ophanes, Cosmas de J^nisalem, elc 
f[u*h dire qu'on rhantait dcs hymnes a Ten- 



— 33 — 

c'est ce dont il est impossibie de douter apres le temoignage de 
saint Paul : « Implemini Spiritu-Sancto, loquentes vobismetipsts 
in hymnis et psalmis , i» dit-il dans son Epltre aux Ephe^ens (1 ) , 
et les paroles qu'il adresse aux Corinthiens ne sont pas moins 
positives : « Quid ergo est, Fratres? Cum convenitis, unus^ 
quisque vestrum psaimum babet , apocaiypsim habet , linguam 
habet , interpretationem habet (^). )> Souvent m^me ces chants 
etaient improvises (3), et quand sous le soufQe d'une inspiration 
puissante ils exprimaient eloquemment le respect et l'amour 
dont le peuple etait penetre, il les retenait dans sa memoire et 
les repetait toutes les fois qu'il eprouvait les m^mes sentiments. 
Du temps de Tertullien , cet usage n'etait point change ^ un pas- 
sage de son Apologie ne laisse aucun doute k cet egard(4), et 
la participation de tous les chretiens k la liturgie nous est encore 
plus explicitementattestee par Eus^be : « Hymnos canunt in Dei 
laudem , vel recens a se factos , vel pridem ab aliquo priscorum 
vatum, qui carmina et cantica multa ipsis reliquerunt trimetri 
generis^ prosodias item et hymnos varios... Deinde hymnos 
canunt in Deum metris et modulationibus multis compositos 
nunc sanctis vocibus simul resonantes, nunc sibi invicem con- 
grue respondentes (5). » Le caractfere populaire de ces hymnes 
resulte du fait seul de leur emploi aux pri^res de toute une 
congregation, mais elles n'etaient pas seulement usitees dans les 
eglises , on les chantait en se livrant aux travaux de l'agricul- 
ture et de la navigation (6). Beaucoup d'h^r^siarques profit&rent 



(1) Ch. V, V. 18. 

(S) Gh. XIV, V. 96. Nous igoulerons un 
troisiime passtge : Docentes et commo- 
nentes Tosmetipsos psalmis, hymnis ; EpU- 
tola ad Coioiuntei^ ch. iii, v. 46. 

(3) «i>Sai irveu(i,aTixai. Estius dit dans 
soo commentaire sur le passage de YEpUre 
aux CorirUhieni que nous citions tout ^ 
Tbeure : Ad boc enim quidam specialiter 
inspirabantur, et Grotius s'explique en ter- 
mes encore plus clairs : Omnia quae olim, 
aut ex ingenio, aut ex labore veniebant, 
tunc multis dabantur subito et divinitus, 



ut ex eo intelligeretur Dei summa benefi- 
centia. 

(4) Quisqoe de Scripturis sanctis vel de 
proprio ingenio poieil, provocatur in me- 
dium Deo canere , ch. xxxiv : voyez aiifsi 
Ad uxoremf I. ii, ch. 9. 

(5) Hitioriae eceletioitieae^ I. ii, ch.i6 ; 
il ne s'agit k la v^rit^ que des th<^apeates« 
mais Eus^be ajoute Sieut apud not morit 
ett. 

(6) Saint Gldment d'Alexandrie , Stro* 
mata, I. vii, ch. 7, p. 881, 6d. d^Oxford, 
1715. 



— 2i^ 

m^me de cette habitude pom' propager leurs erreurs (!)•, le 
concile d'Antioche ftit oblige de mettre k Findex les chants 
religieux de Paul de Samosata (2), et la disposition du concile 
de Laodicee qui defendit de chanter dans les eglises les chants 
qui n'etaient pas autorises (3) , prouve que dans le IV* siecle il 
s*en composait un grand nombre en dehors du culte qui finis- 
saient par s'y introduire , et devenir par consequent populaires. 
Malgr6 rinfluence de plus en plus exclusive que le clerge parvint 
k s'assurer sur la liturgie , cet etat de choses subsista longtemps 
encore, m^me en Occident. Le roi Chilperic composait des 
hymnes qu'il destinait au culte (4) , et Ton peut conclure des 
paroles de Walafrid Strabo que Tinsuccte de sa tentative n'avait 
pas ete partage par des ecrivains plus exerces : « Notandum au- 
tem hymnos dici non tantum , qui metris vel rhythmis decur- 
runt, quales composuerunt Ambrosius, Hilarius et Beda, An- 
glorum pater, et Prudentius, Hispaniarum scholasticus, et alii 
multi; verum etiam caeteras laudationes, quae verbis conve- 
nientibus et sonis dulcibus proferuntur (5). » M. Magnin recon- 
nalt lui-m^me dans les termes les plus explicites Fexistence de 
ces chants d'origine laique : «Nous croyons au contraire que 
tous les morceaux liturgiques , ceux surtout qui portent les 
grands noms du pape Damase , de saint Paulin , de saint Hilaire , 
de saint Ambroise , de saint Augustin, de saint Anselme, avaient 
pour but de se substituer aux improvisations indiscr^tes de la 
piete individuelle, et de reprendre dans le service divin la place 

« 

(1) Valentinus; Harmonius, filsde Bar- (3) Can. 59 : 'Otu ou 8ei i5icoti)couc 

desanes; Arius; Apollinaris, ^v^que de 4;aX{/.ouf Xeye<T0at ev ty) exxXY](na, dans 

Laodic^; elc. Notts connaissons mdme par Labbe, Sacrosancta conciliay t. I, col. 

Fabricius, Bibliographia antiquaj ch. xi, 1508. 

no 13, une disseriatlon de Salomon Emesl (4) Inler alia opuscula hymnos scripsit, 

Gyprien , inlitul^e : De propagatione hae- giye missas quae nulla ratione suscipi pos- 

retum per cantilenaSy et une de Jeau siint; saint Gr^oire de Tours, Hittoriae 

Andre Schmid : De propagatione religio- eccletiaslicae Francorvm, l vi, k la fin. 

^iHfiL^''!^'^^ M ^7fi1*"' '? ^T T' (8) ^« rebut eccletiatticit, ch. 25. II 

dlnif* H ^''''' T ^'«^"^^'^" dit dans le m«me chapitre que Uint Paulin 

des psaumes sur des airs popu aires. j»» -u. j. .» . . ««•«««iiu 

y a opup a ica. d*Aquil^ disait souveut , surtout dans les 

(3) Ai]yourd'hui Scempsal; Eus^be, Hit- messes privees, des hymnes composees par 
toriae eccletiatticae^\. vii, ch. 24. lul ou par les autres. 



— 25 — 

que tendaient k y usurper les chants lalques (1). » Entre le sa- 
vant academicien et nous , il n*existe donc reellement qu'une 
difference tout k fait secondaire : quels que fussent leurs au- 
teurs , des hymnes adoptees par le peuple comme expression de 
ses seniiDDienis n'eQ smMenl pas moins populaires. Seulement , 
M. Magnin pense que tous les chants de la piete lalque ont si 
completement disparu du culte, qu'ils tfont pu ^tre conserves 
dans aucun manuscrit (2) , et m^me apr^s avoir lu ses raisons , 
nos doutes sur ce point sont loin d'^tre r^solus. 

£cartonsd'abordrargument tir^ de lalangue des hymnes. Des 
faits isol6s qui autoriseraient k croire que le celtique n'etait pas 
aussi oublie que les savants Fadmettent generalement, ne prouve- 
raient pas encore qu'il fiit reste le seul idiome usuel , et quand la 
comiption des langues en a fait des jargons individuels que 
chacun modifie a sa guise , il semble temeraire de donner pour 
base k ses convictions le sens apparent de quelque expres- 
sion (3). Dans tous les cas , les lettres savaient la langue de la 
religion , et le peuple etit aussi bien compris les chants qu'ils au- 
raient composes en latin que ceux dont Tinspiration n'etait que 
sacerdotale. Rien donc rfetit emp^che leurs poesies de deve- 
nir populaires, si TEglise, y reconnaissant Fexpression de la 
croyance et de la piete des fidfeles les avait consacrees au culte. 
Les hymnes ont, d'ailleurs, tousles caractferes qui distinguent les 
chants dont rorigine est populaire^ on n'y trouve jamais la 
moindre trace de la personnalite de rauteur^ ni aucune allusion 
a des faits historiques qui leur donnent une date certaine. Les 
m^mes idees et les m^mes expressions s'y reproduisent in- 
cessamment comme si elles n'appar£enaient en propre k per- 



(I) JowmtU det Savanlt, 1844, p. 18. 
M. Hagnin reconnalt lai^mdme dans les 
lermes les plus posilifs llntenrention des 
laiqnes dans la liturgie. « Enfin , toutes les 
tiglises retentirent pendant les X et Xle si^ 
clesd^ane fouled'hymneset de proses farcies, 
particuU^ment aux solennit^ de No^l , de 
{'Epiphanie et de PAques. Les prescriptions 
du rit romain furent m^me tellement mises 



en oubU« que les proses, les cantiqoes et les 
psaumes en langue vulgaire ne tard^rent 
pas h rentrer triomphants dans presqoe 
toutes les ^glises; » Ibidem , p. 23. 

(2) Joumal des Sava/iUt^ 1844, p. 18. 

(3) Ainsi CeUieut ne signifiait pas tou- 
jours Celligue; i\ avait pris le sens de 
noble et probablcmeut d^itranger. 



— •26 — 

soniie (1); 011 y ajoute des strophes, on en retranche, on en 
interverUt Tordre ^ ce ne sont point des poesies litteraires dont 
il faut respecter la pensee et la forme , mais des priires chre- 
tiennes que l'on modifie k son gre pour leur faire mieux expri- 
mer les sentiments des fid^les. Les textes n'ont point cette 
fixite qui resulte du travail exclusif d'un seul po6te (2) , et les 
chants dont la grande celebrite aurait dti mieux eclairer les ori- 
gines, sont attribues , sans preuve aucune, k difTerents auteurs, 
qui ne sont pas m^me toujours contemporains. Ainsi , le Stahat 
a ete attribue aux papes Gregoire XI et Jean XXII , k saint Ber- 
nard et k Jacques de Benidictis. Le Salve Regina^ qui fut com- 
pose par Hermannus Contractus selon Trithemius ; par Pierre de 
Monsoro, ev^que de Compostel, d'apr^s Durandus^ par Adhe- 
mar, ev^ue du Puy, suivant THistoire litteraire de la France, et 
par saint Bernard selon M. Daniel, remonterait, d'aprfes une con- 
jecture de du Cange , jusqu'au X* sifecle (3). Plus d'incertitude 
r^gne encore sur Tauteur du Te Deum; on Fa cru tour a tour de 
saint Augustin , de saint Abonde , de saint Nicet , de saint Am- 
broise, de saint Hilaire de Poitiers, de saint Hilaire d'Arles, et 
Pagius a reconnu franchement dans sa critique des Annales 
ecclesiastiques de Baronius auctorum diversitatem satis osten- 
dere hujus cantici auctorem adhuc nos latere (4). 

Cette separation absolue que Ton suppose entre la poesie des 
clcrcs et celle des laiques , n'aurait pu resulter ni de leur inspi- 
ration ni de leur forme. L'esprit chretien les penetrait 6gale- 
ment, et toutes deux ^taient 6crites dans un latin vulgaire oh 
la numeration des syllabes et rharmonie des consonnances rem- 



(1) Pour De citer qu'uD exemple , il y a 
peul-^lre viogl hyniDes qui commeDceDt 
par ce vers : 

Salve, FesU dies, toto venerabilis aevo. 

(2) Od coDDatt jusqu'^ trois textes du 
Dies irae; celui du Marbre de MaDloue, 
celui d'HemmerliD (Malleolus) et celui du 
Br^iaire romafti. 

(3) Islius sequeDliae ut ei alterius Altna 
Redemptoris memiuisse videtur Abbo, I. i, 
Oe bellis Paritiaeis , v. 333; Glo$tarium 



mediae et infimae latinitatit, t. VI| p. 49> 
col. 3. 

(4) ADD^e 388, u. XI. Ud fait curieux 
prouve quelle coofiaoce od doit aecorder k 
ces iDdicatious ; le Gloria in exeeltit esl, 
comme od sait, uue traducUoD du grec, et 
HrabaDus Maunis rattribuait toul entier k 
T^lesphore; Alcuio cd croyait la fiD de 
saiDt Hilaire de Poitiers ; BeruoD semble eo 
faire hoDDeur au pape Symmaque, et le 
IVe GoDcile de Toldde assure qu'il a ete 
compos^ par les Aoges. 



— 27 — 

plaQaient la mesure prosodique des po^tes litteraires (1). Les 
chansons profanes eUes^m^mes ayaient d'etroites ressemblanoes 
avec les hymnes religieuses, ainsi que le prouve ce passage de 
la Vie de sainte Radegonde par Venantius Fortunatus : « Quadam 

vice obumbrante jam noctis crepusculo, inter choraulas (1. chor 
raules) et citharas, dum circa monasterium a saecularibus multo 
fremitu cantaretur, et Sancta (cum) duabus testibus perorasset 
diutius , dicit quaedam monacha sermone joculari : Domina , 
recognovi unamdemeis canticis (2) a saltantibuspraedicari. Cui 
respondit : Grande est si te delectat conjunctam religioni audire 
odorem saeculi. Adhuc Soror pronuntiat : Vere, Domina, duas 
et tres hic modo meas canticas audivi quas tenui. Sancta res- 
pondit : Teste Deo (1. Testor Deum) me nil audisse modo de cantico 
saeculari (3). » Souvent FEglise adoptait aussi des chants rep6t6s 
d'abord par le peuple •, malgre Feloignement des temps et Fobs- 
curite qui couvre les origines de la plus grande partie des hym- 
nes , il en existe encore des preuves irrteusables. Tel fut, si Ton 
en juge par la premiire strophe , 

Miraculum laudabile 
canite , Omnes populi , 
quod datum est Ecclesiae 
fluctuanti in saeculo (4) , 

rhymne surle jour natal de saint Augustiji. Parfois m6me, ainsi 
que nous Fapprend Fexemple d'Ekkehard IV, qui vivait dans ia 
premiere moitie du XP si6cle, on traduisait en latin des poesies 

(I) Les correctenrs des bymnes du Bri- luiturel, od ajoutant : Unde manifestuin est 

viaire romain, sons Urbahi VUl, disent quod carne licet in saeculo, mente tamen 

n^me daas la pr^faee, ed. de Rome, 1629 : esset in coelo. Un autre exemple encore plus 

Viri saDctissimi, si oon cerlis illos pedibus, posilif nous a et^ conserv^ par Guillaume 

aliquibus tamea incisis partiti, «inribus in- de Malmsbury ; il dit en parlant de Thomas, 

dulgeotes , oratione uon oomino soluta archev^que d'ifork, qui mourut en 1100: 

seripseruDt. Nec cantu nec voce minor, multa ecclesias- 

/^ • ^ *t .. ,_« tica composuit carmina : si quis iu auditu 

les ^vaH faTeT-SS. '""^ '" ""' «i^ -'« i^^"'^'^"» ^'^"^^ -^*'« «>°«^^^' 

les avaii raiis ciie-meme. ^^^^^^ .^ ^^.^^^^ ^^^^^^ effigiabat ; De geitis 

(3) Acia Saneiarwn Ordinit tancti pontificum, p. 273. 
Bmedufti, i. I, p. 385.^ Probablement Tau- (*) Daos Muratori, Anecdolorim chris- 

teur a tir<^ uae fausse cons^uence d'un fail tianorum, t. I, p. 170. 



— 28 — 

en langue vulgafre, qui servaient ensuite au culte (1) : «Rat- 
pertus monachus , Notkeri , quem in sequentiis miramur, con- 
discipulus , fecit carmen barbaricum populo in laudem sancti 
Galli canendum , quod nos multo impares homini , ut tam dulcis 
melodia latine luderet, quam proxime potuimus, in latinum 
transtulimus (2). » La prose en rhonneur de Virgile qpe Fon 
chantait pendant le moyen ^ge dans la cathedrale de Man- 
toue (3), et la chanson elegiaque sur la destruction du monas- 
tire de Mont-Glonne , repetee si longtemps dans Tegiise de Saintr 
Florent-le-Vieux (4), avaient ete certainement composees dans 
un but exclusivement populaire. Schulting a publie , d'aprte un 
ancien missel, une prose cliantee, sans doute a une messe voti ve, 
au milieu du XV* sifecle , qu*k la nature des idtes , k la negli- 
gence des rimes , k Tinexactitude des pieds et k rarbitraire des 
elisions, il est impossible de ne pas reconnaltre pour un chant 
populaire, et son introduction dans la liturgie k une epoque 
aussi recente nous paratt un fait trop curieux et trop signifi- 
catif pour que nous jiegligions de la reproduire ici avec toutes 
ses incorrections (5) : 

Sponsa Christi et decora , 
funde preces et exora , 
sancta Dei Ecclesia , 

(i) Selon Mezierus, cette traduction n'^ (3) Voyez Bettinelii , Del reiorgimento 

tait pas m^me n^cessaire; ear il dit : d*lkUia, t. U, p. 18* note. 
Ratpertum composuisse rhyttimice , liugua ... ^ , . . w , . j » , 

Um^ germaniia , Vltam sancti Galli , et ^*) ^ ^*»!"*»" ' ^**'^''* ^ ^""^' 

publice in ecclesia decantandam populo de- ^» '* ' 

disse; De virit illuttribut Saneti-Galli, (») Nous la copions dans Daniel : The- 

I. X, ch. 33. tawrut hymnologicut, t. II, p. 357; ilcite, 

(3) Git^ par Grimm, Lateinitehe Ge- comme sa source, Schulting. Bihl., t. III, 

diehte f p. xxxi. Le texte publi^ par p. 93 ; probablement le BtMio^i^ca eo^Ao- 

M. Pertz est un peu diffi^reut t Ratperlus liea et orthodoxa vel potiut variarum 

monachuSyNotkeri, quem in sequentiis mira- leetionumt et nous Tavons inutBemenl 

mur, condiscipulus, post sancti Galli histo- consult^. Le rhythme est beaucoup moins 

riam et alia multa quae fecit iusignia, fecil marqu^ q'u'il ne Test ordinairement dans les 

et carmen barbaricum de sancto Gallo can- proses religieuses. Les stropbes sont eom- 

titandum. Quod postea firatrum quidam , pos^s de six versdont le premier rime avec 

cum rarescere, qui id saperent, videret, le deuxi^me, et le quatritoie avec le cin- 

ut tam dulcis melodia latine luderet, quam qui^me ; ils out tous les quatre huit syUa- 

proxime potuit transferens, talibus operam bes; le troisl^me et le sixiime, qu^aucune 

impendit ; Monumenta Germaniae hitto- consonnance ne lie ensemble ni avec les . 

riea, t. II, p. 33. Ratperl mourut en 915, le autres, n'en ont habituellement que sept r 

premier jour des calendes de novembre. et la p^nultidme est eonstamment br^e. 



— 29 — 

salvatorem exorare , 
ut te velit liberare 
a Turcanim rabie. 

Congregati sunt potentes , 
terras nostras invadentes, 

furore et gladio : 
subjugare jam coeperunt 
et Bizantium tenuerunt 

magna cum potentia. 

Sacras arais profanarunt , 
templa Cbristi depraedarunt 

tanquam canes rabidi : 
sacerdotium extinxerunt 
vasa Christi rapuerunt 

sine reverentia. 

Sanctos Christi exhumarunt , 
beata ossa dimembrarunt (1) 

projiciendo canibus ^ 
fidem Christi ibi colentes 
occiderunt et videntes 5 

deriserunt mittentes (2)in exilium. 

Deflorarunt inter aras 
et vastarunt Deo caras 

et pudicas virgines 5 
parietes ubi Christus 
cum sua matre erat pictus 

deleverunt (3) continuo. 

Deturbarunt sanctos omnes, 
et campanas et ambones 
dederunt silentio ^ 



(I) La nouYelle Mitioa de du Cange ne (9) Peai-«tre I'auteur avaii-il dit mi$e- 
eite pas d^exerople de ce inot, et le vere a runl. 

une syllabe de trop. (3) Bn contractant le 0«, on r^Uirait 

le rhythme. 



— 30 — 

subverterunt continuo 
canes isti •, o quam rei (1) 
facti sunt in omnibus ! 

Surgunt rursum praepotenter, 
dimicando incessanter 

quasi totam Graeciam ; - 
jam invadunt , jam afOigunt 
tristia nos ^ jam constringunt 

servire idolatriae. 

Congregantur in furore , 
nec dimittent intrare (sic) 

contra Christum dominum ^ 
tibi, Christo, comminantur^ 
Petri sedem detestantur 

et Christi vicarium. 

Loca et regna Christianorum , 
potestates populorum 

debellare ambiunt 5 
jam nunc clama , jam nunc ora , 
deprecare sine mora, 

sancta Dei Ecclesia. 

Tempus instat , vigil esto , 
deprecare corde maesto 

redemptorem omnium , 
qui te sanat a peccatis 
et redemit cum renatis 

suo caro sanguine. 

Qui infemi portas fregit 
et peccatum jam subegit , 

ut te salvum faceret : 
qui in Petro petram duram 

(I) La rime finale manque, mais il y en a une int^rieure, et le vers pr<^c^ni rimalt 
avec le troisi^me. 



— 31 -^ 

te fundavit permansurain , 
ipsi soli supplica. 

Perscrutare et interpellare , 
quantum possis recordare , 

quod nunquam deficies-, 
vestis Christi sic sortita , 
neque scissa nec irrepartita (1 ) , 

fuit inconsutilis. 

Quae haereticos prostravit 
et schismaticos damnavit, 

vult quod scis (1. sis) perpetua 5 
muros tuos fortes fecit^ 
scutum , arma in te jecit 

sanctorum martyrio. 

Si fideli et devota 
supplicabis mente tota , 

Christus te exaudiet-, 
non vult mortem peccatorum , 
sed reatus delet horum 

vere poenitentium. 

Omnes qui in eum credunt 
et ab idolis recedunt 

erunt filii liberae (sic) ; 
quotquot vero Mahometum 
jam sectantur indiscretum 

delebit exterminatio. 

Jesu bone , Jesu pie , 
preces nostras in hac die 

quas fundimus exaudi ! 
tu qui potes , tu qui vales , 
adversarios nobis hostes, 

tu contere , tu comprime 

[i) Probablement partita; irrepw^lita donnerait un faux sens et deux syliabcs <le 
trop. 



— 32 — 

Vide Ecclesiam profanatam , 
fidem tuam conculcatam , 

nisi desuperadjuves; 
tu ex alto mitte manum, 
hunc rebellem , hunc profanum , 

canem Turcam profuga ! 

Dominator es cunctorum ; 
terrae , maris , rex coelorum , 

tua est potentia *, 
sine te nihil valemus , 
nec resistere possumus 

sine tuo suffragio. 

Ergo exaudi nos clementer, 
Jesu pie, et potenter 

inimicos destrue ^ 
tu nos rege , nos defende , 
nos conserva , nos intende , 

hostes procul retrude! 

Et nobis des victoriam ; 
in labore consolare 

nosque fac regnare (1), 
et nos omnes numerari 

in coelesti gloria. 

Au reste, notre habile contradicteur a lui-m^me reconnu, 

avec la loyaute de la veritable science, que les paraphrases des 
fipitres avaient une origine populaire (2), et il semble dte lors 
impossible de nier d'une maniire absolue Fintervention du 
peuple dans la liturgie. EUe dut m^me ^tre bien generale et 
bien arbitraire pour avoir amene toutes les differences qui, d'a- 
prfes le temoignage formel de saint Cyprien , regnaient dans le 

(1) Le deuxi^me vers nme avec le troi- moins irr^gull^re , puisque la p^DuUi^me de 

siime au lieu du premier ; peut-^tre il en numerari est longue. 

manque un de huit syllabes, termin^ en ,^. . . j « ^ .«,. ^ 

art ,• mais celle strophe n'en resterail pas (*) '^^'^' ^^' ^««^«"'•' *«**' P- « 



— 33 — 

culte des diverses eglises des la premifere moitie du 111« siecle : 
« Plurimis provinciis multa pro locorum et nominum diversitate 
variantur, nec tamen propter hoc ab Ecclesiae catholicae pace 
atque unitate discessum est (1). » Abailard , qui profita du droit 
queTon accordait k la devotion particuliire d'introduire ses 
chants dans les priires ecclesiastiques, pour composer un hym- 
naire entier k Tusage du Paraclet (2) , nous a laisse dans la pre- 
face la preuve qu'il en etait encore ainsi au commencement du 
Xn^sitele : «Scimus, inquiens, latinam etmaxime gallicanam 
Ecclesiam, sicut in psalmis, ita et in hymnis, magis consuetudi- 
nem tenere quam auctoritatem sequi — Hymnorum vero qui- 
bus nunc utimur tanta est confusio ut qui , quorum sint , nuUa 
vel rara titulorum praescriptio distinguat. . . Plerisque etiam 
solemnitatibus addebas deesse proprios hymnos , utpote Inno^ 
centum et Evangelistarum seu illarum Sanctarum quae virgines 
vel martyres , minime exstiterunt. NonnuUos denique asserebas 
esse in quibus nonnunquam hos a quibus decantantur, mentiri 
necesse sit , tum videlicet pro temporis necessitate , tum pro 
falsitatis insertione (3). » L'organisation de plus en plus aristo- 
cratique que se donna Tfiglise , et la surveillance minutieuse- 
ment jalouse qu'elle exerga sur tout ce qui se rattachait au 
culte, y etablirent une unite systematique (4), qui mit un terme 
a cette participation locale des lalques k la liturgie -, mais, comme 
un dernier reste de cet usage, on continua de chanter des poe- 
sies populaires dans Tintervalle des offices. A la fin du XV1« 
sifecle , cela avait lieu le jour de No6l dans beaucoup d'eglises de 
France, pour des cantiques en langue vulgaire (5), et mainte- 

(1) LeUre lxxv, par. 5; Opera^ p. 257. pendanl le service divin : Lesquelles on 

(2) Noas en avons publi^ huil dans le clianle cncores en plusieurs ^glises pendant 
Jimmal det Savantt de Normandie , t. I, <I"« ' <>« «^»**»'® '* «''«n^ ™«?se , le jour dc 
p 144-150 Nou^l, lorsque le prestre rcQOit les olTrandes ; 

/-» «1.1. .ra j 1.^ » j ^i. Pasquier, RccAcrcfcc* d« /a France, p. 383, 

(3) Btbltomque de lHcole det Char- ^ ^^ ^^ Autrefois on chantalt aussl, 
te», t. III, p. 177. pendant roclave de Noel , des cantiques en 

(4) Quoique le concile de Trenle ait langue vulgaire dans les cglises des Pays- 
beaucoup fait pour la rendre compl^te, il Bas ; Gerard a rassembl^ sur cet usage, de 
esl encore resld de notables diversii^s dans curieux renseignemenls dans un ms. con- 
la liturgie des diff6rentes ^glises. • serve h la Bibliothdque royale de La Haye, 

(5) Gela avait m^mc lieu quelquefois sous le no 155G, p. 97. 

3 



y 



— 34 — 

nant encore , le jour de la premiere communion des enfanls et 
pendant la retraite qui la prec^de , on en chante dans la plupart 
des dioc^ses (1). En Espagne, ces cantiques sont k present 
en latin, et , a la fin du siecle demier, le clerge les autorisait k 
toutes les f^tes de rannee (2). II en est de m^me en Italie, et 
Ton y afHche ces hymnes de fantaisie dans des tableaux des- 
tines k les recevoir. En Allemagne , loin de proscrire les canti- 
ques en langue vulgaire , Tfiglise les encourageait 5 les statuts 
du synode tenu a Schwerin, en 1492, disent expressement : 
« Aut aliud responsorium, vel carmen vulgare, loco praemissorum 
in orgams aut choro, qui praesentes fuerint clerici resonent (3). » 
On lit dans FAgenda ecclesiastica episcopatus Herbipolensis (4), 
reuni en 1482 : « Quibus fmitis (le jour de P^ques) incipiatur se- 
quentia Victimae pascalis laudes immolent Christiani cum vulgari 
Christist erstanden(5\ » et nous avons une ti^aduction allemande 
du Te Deum^ faite en 1389 (6), que Fon chantait encore k Bruns- 
wick en 1490 (7). L'ancien usage s'est m^me conserve dans la 
Cornouaille avec son arbitraire primitif ; les journaux annon- 
^aient , il y a peu d'annees (8) , la mort d'un po^te de village , 
nomme David Jones, qui depuis vingt-trois ans chantait tous les 
jours de NoSl un nouveau cantique de sa composition dans 
Feglise de Rhuddlan (9). 

Les travaux d'erudition doivent se resigner k meriter des ob- 
servations critiques^ la science est devenue trop inepuisable 
pour que la memoire humaine embrasse tous les faits qui se 



(1) Sous la Reslauralion , les mission- 
naires en faisaient aussi chanter dans les 
retraites et les exercices qui accompa- 
gnaieut les missions. 

(2) Arevalus, Hymnodia hispanica, 
p. :^i5. A la fin du XlUesi^cle, AlphonseX 
recommandaH^danssontestament, un livre 
des troubadours, dunt on chantait les hym- 
nes dans les ^lises; Revue des Deux- 
MondeSy nouvelle s^rie, t. XIV, p. K83. 

(3) Dans Hartzheim, Coneilia Germa- 
niae^ t. V, col. G55. 

(4) Wurzbourg. 

(5) II en ^tait de m^me cn Pologne : Fi- 



naliter canitur sequenlia seu prosa : Vieti" 

mae pascalis laudes, etc. Posl quemlibet 

versum populus in vulgari suo canit can- 

ticum laetitiae de resurrectione Domini : 

Christ ist erstanden, etc, vel polonice : 

Chryslus zmartwych usstal iest, etc. Ri- 

tuale Vratislaviense, p. 336, Nissae, 1688, 
in-4o. 

(6) Dans GOrres, Allteutsche Votks- 
und Meisterlieder, p 329. 

(7) Rehtmeyer, Braunsehweig. Chro- 
nica, p. 822. 

(8) Literary Gazetta, 43 oclobre 1832. 

(9) Dans le Flintshire. 



— 35 — 

rapportent k un sujet quelconque (1). 11 en est d'impossibles k 
verifier par soi-m^me, que Fon accepte sur la foi d'ecrivains 
respectes , et souvent leur temoignage induit en erreur par des 
expressions au moins ambigu6s, sinon compl^tement fausses (2). 
Lorsquil se trouve , presque k cbaque ligne , des noms propres 
et des textes en langues 6trangires , il est impossible que , mal- 
gre le soin que Ton apporte k la correction des ^preuyes , il n'e- 
chappe de nombreuses erreurs (3)« Mais ces fautes v^nielles ont 
droit a toute Findulgence du lecteur : les plus consciencieux 
critiques sont exposes eux-mtaies k des defaiUances de memoire 
et k des pr6occupations qui les emptebent d'appr^ier suflSsam- 
ment les raisons de Taoteur (4) et Fexacte v^rit^ des cboses. 
Ainsi , par exemple , tromp^ sans doute par sa connaissanee 



(1) Ainsi, par exemple, la prose sar inMites qui n^^ieM pas populaires, oa 

saiBt MartiD, Saeerdoiem Chritti» que nous qtri i^taieot post^riearea au Xlle si^MBle, et 

aTOBS publi^, p. 166, d*apr68 deux ms. de qui par cons^ueot oe rentraieot pas dans 

la B. R. , ^t &^k imprim^ daos les le cadre de ootre livre. \\ oous aocuse , 

missds de Brandebourg, de Miodeo, de p. 9, d'Mre cootraire k 1'etymologie latine 

Mayenoe et de Padoue. Le cbant sur la et I Panalogie fraD(aise.en «crivantiirealt 

mort de 6uiUaume-le-€onqu^rant, p. S94, oomme I^avah, au lieu d*Arvalet ou 

avait aussi ^t^ publi^ par du Chesne, d^iirvaiup, quoiqu^l n'y ait pas eo fran^ais 

NonMMnoritm seriploree , p. 318, d*apr^s un leal mot maseulin d^T^ d'un yoeable 

un ms. mcfos correct et beaucoup moios latio, termio^ en o/ts , qui finisse au plu- 

complet. riel en a<es, et que ron. doiTe cbereber k 

(S) M. MagDio nous a reprodi^ aTec coosenrer auUot que possible la forme des 

raisen d'aToir dit que Hroswitba avait moU ^aogen. €'est \k aossi rexpUcation 

compos^ ODO bistoire de la passion de saint d^un maoque d^uoit^ daos rortbographe qoe 

IIODisenTers^l^aqaes; daossoDHutorta oolre savaot criUque oous a reprocb<^, 

poemalmmetpoelMrummediiaevit^^SS^, p. 909, eo termes bien s^v^es. Peodant 

Leyser compte parmi ses ouvrages : Histo- loogtemps on a doDD<& uoe forme fraocaifo k 

riam passioDis saooti Diooys iicarmioe ele- tous les ooms propres ; mais uoe connais- 

giaoe, et il iJoDte pourdoooer plus de poids k sanoe plus g^o^ale des autres langoes, et 

son assertion : Bxstat in operibos Roswitbae des rapports plus fr^uents STec des Mran- 

per ScburtxfleiseUum , p. 153. Ge rensei- gers qui ne les corrompeot pas k plaisir 

gnemeDt n'^tait pas m6me isoK ; il se Irouve pour les rapprocber des babitudes de notre 

absolument dans les m^mes lermes dans idiome, ont fait sentir la D<icessit6 de mieux 

Trithemius (JobaoDes de Tritteobeim), De respecter leur forme origioale. Ce relour k 

•tcriptoribut eeeletiattieit , fol. Lxxxix , ud syst^me beaucoup plus ratioDoel oe peut 

recto, ^. de Paris, 1494, et dans WolAus, cepeodaot avoir un effet par trop r<ilroaclif ; 

Leeiiomm memorabilium, t. I , p. S39. il y a des ooms dont la forme frao^aise 

(3) £o Dous reprochaot deux ou irois nous est deveoue si famili^re, quMI y aurait 

erreurs de cette esp^ , M. Magoio Fa re- au moios du pMaDtisme k leur eo doooer 

coDDU lui-m^me avec ceite bieoveiUance uoe dllF^reote ; mais dous sommes revenu 

qoi^il m6le k ses plus graodes s^vfbrit^. k la vraie orthograpbe pour lous ies aotres, 

(4) Peut-^tre aiosi M. Magnin n'a-t-il et, lorsquMI y a eu doute, nous avoos pr6- 

pas soog^, p. S96, que oous avioos r^i f^ ud priocipe dont la n^cessit^ est au- 

dans rappendice des pi^es enti^emeot joord^bui recoDooe, k sa violatioo. 

3* 



— 36 — 



approfondie de la langue portugaise , M. Magnin nous a repro- 
cbe d'attribuer au mot espagnol Endecha le sens du Naenia des 
Latins(l), et on lit dans le Tesoro de la lengua castellana de 
Gobarruvias : « Endechas , canciones tristes y lamentables que 
se lloran sobre los muertos , cuerpo presente, o en su sepultura, 
o cenotapbio ; latine dicuntur Naeniae (2). )> Le marquis de San- 
tillane lui donnait la m^me signification : « En otros tiempos, a las 
cenizas k defunciones de los muertos, metros elegiacos se canta- 
ban ; h aun agora en algunas partes dura, los quales son llamados 
Endechas (3) » et le temps ne Ta pas modifiee , car le Diccionario 
de la lengua castellana, publi6 en 1816 par TAcademie royale 
espagnole , est aussi explicite : « Emdegha , s. f. Gancion triste y 
lamentabile. Usase mas comunmente en plural , Neniae , flebile 
carmen. — Especie de metro de que regularmente se usa en 
asuntos ftinebres 6 dolorosos. » Pour expliquer les chants des 
Saliens , nous avions rapporte un passage de Funccius : « His 
diebus (dans les Panathenees) per urbem Salii solebant ire in 
Forum , » et le Journal des Savants nous a rappele k cette occa- 
sion qu*il n'y eut jamais de f^tes Panath^neennes k Rome (4) : 
nous ne sommes ici coupables d*aucun oubli ^ tout au plus 
aurions-nous mis trop d'exactitude dans notre citation. Cest 
Funccius qui a donn^ le nom de Panatb^neenne k la f^te des 
Saliens , sans doute parce qu'elle se c^lebrait au printemps (5). 
II disait , dans le passage qui precide immediatement celui que 
Ton vient de lire : « Eorum dies festi , qui plures erant , inci- 
dunt in Panathenaea , quae mense martio fiebant , ac publice a 
toto populo inter tot gaudia habebantur (6) , » et nous avons 



(1) Joumal det Satantt^ IB44, p. 10. 

(2) Oo trouve i la fio de cet article uoe 
preuve curleuse de Fusage qui 8'^lait in- 
troduit en beaucoup de cas , de r^p^ter des 
chants profanes dans les ^glises : Este nKKJo 
de llorar los muerlos se usava en lota Es- 
pafta ; porque ivan las mugercs delras del 
cuerpo del marido descabelladas, y las hijas 
tras el de sus padres , mesandose y dando 
tantas vozes, que en la iglesia no dexavan 
hazer el oficio a los clerigos. 

(3) Proemio ai condetlable de Portugaly 



dans Sanchez , Coleceion de poetiat anU' 
rioret al tiglo XV, t. I, p. lii. 

(4) P. II. 

(5) Les Pauathto^ avaient et6 ^tablies 
par Tb^s^e, en souvenir de la r^nioo de 
tous les Ath<^niens sous un seul gouTerne'* 
ment : il y en avait deux ; la grande qui se 
c^l^brait tous les cinq ans, le 25 h^atom- 
b<k>n, et la petite qui etait annuelle et a?ait 
lieu au printemps, le 25 thargelion. 

(6) De puerilia linguae latinae, p. 340. 



- 37 - 

repete dans les Panathenies , afin que le lecteur sQt de quels jours 
il etait question. On nous a encore reproche d*avoir reimprime , 
sous le nom de Nenie d!Aha%lard{i)^ une pifece qui eilt ete aussi 
bien et mieux appelee N6nie d*H6Mse ou Nenie d^Heloise et d'A~ 
bailardy parce que dans la demiere partie les religieuses ne 
disent plus requiescat^ mais requiescant; ce qui prouve qu'Heloise 
vient d'expirer (2). Peut-^tre ne s'est-on pas suflisamment rap- 
pele que les religieuses regardent leur renoncement au monde 
comme une veritable mort temporelle , et que la plus grande 
partie de ce chant funeraire est mise dans la bouche d*Helolse , 
qui survecut prfes de vingt ans k son mari (3). Si cette piece est 
authentique, (et il est fortpermis d*en douter, puisque Follen 
qui l'a publiee le premier n^ndique point sa source) , elle a sans 
doute ete composee par les religieuses du Paraclet , et peut-^tre 
par Helolse elle-m^e, pour la reception du corps d'Abailard (4). 
M. Magnin croit aussi quele Ring dont s'empara le duc deFrioul 
n'etait pas, conmie nous Favions dit, la ville principale des Huns, 
mais un camp (5). Sans doute , ainsi que son nom Tindique, le 
Jttn^(6) n'etait dans rorigine qu'un campement circulaire, au 
milieu duquel on mettait en siirete les femmes et les richesses, 
et, quels quefussentles changements que le temps avait amenes, 
k la fin du VIII* sifecle , dans les habitudes des Huns, ils ne b^- 
tissaient pas ces monuments et ces edifices en ma^onnerie, dont 
Fagglomeration constitue les villes modemes. Mais le Ring n'6tait 
plus une de ces demeures temporaires que les tribus nomades 
preparent a la h^te et abandonnent le lendemain : c'etait rhabita- 
tion ordinaire du chef : « Locus in quo regia Kagani (7) erat, ita 

(i) Poeties populairet lalinett p. 176, du Paraclel : viii kal. januarii obiit Pclrus 

DOte; c'est le titre que lui a donDe aussi GluniaceDsis, cujus concessu habet ecclesia 

Follen, Alte chrittliehe Lieder, p. 139. uostra corpus magistri nostri Petri; voyez 

(3) Jowmal det Savantt, 1841, p. 35. «ussi Abailard, Opera, p. 345, et Pierre de 

(3) L'^poque de sa raort est fort incer- CA^^Yj Opera, I. iv, let. 345. 

taine, conunc le remarque V Hittoire lilU- (s) Joumal det Savanft, 1844, p. 288. 

raire de la France , t. XII , p. 639 ; mais ..... 

on lisait dans l'epilaphe gravtie sur le tom- w Anneau , Cercie ; en vieiUallemand, 

beau d'Abailard : Heloisa vero (obiil) xvi «■* wlandais et en anglo-saxon Uring. 

cal. jun. an. MGLXIII. Greditur enim xx (7) Du turk Khdgdni, qui se Irouvc on- 

annis et ampHus marito supervixisse. core sur les monnaies lalarcs, doul nous 

(4) On lit dans le calendrier de Tabbaye avons fait Khan, 



— 38 — 

desertus, utnec vestigium in eo humanae habitationis appa- 
reat, » dit Einhard (i) , et les Annales des Francs sont encore 
plus explicites : « Sed et Heiricus. . . . Hringum gentis Avaro- 
rum, longis vero temporibus quietum, civili bello fatigatis inter 
se principibus, spoliavit (2). » Le chronicpieur publie par Lam- 
beck conlirme pleinement leur temoignage : « Pervenit ad lo- 
cum, ubi reges Avarorum cum principibus suis sedere consue- 
verant, quem et in nostra lingua Hringe nominant (3), » et 
nous savons par Saxo Grammaticus qu'il y avait en Danemark 
une ville appelee Ringstadium (4), oii Knut avait eleve un temple 
k la Vierge Marie (5). S'il est diflicile d'accorder une confiance 
aveugle au Moine de Saint-Gall , on doit cependant convenir que 
ses recits de la guerre contre les Slaves et les Huns avaient pour 
base un temoignage oculaire, qui, toute exageration k part, est 
ici d'un poids considerable , et il est impossible de ne pas recon- 
naltre une ville fortifiee dans la description qu'il donne du Ring 
pris parEric (Her-rik): «Terra, inquiens (Adelbertus), Hunorum 
novem circulis cingebatur. — Et cum ego , alios circulos nisi 
vimineos cogitare nescius , interrogarem : Quid illud miraculi 
fuit, Domine? — Respondit : Novem hegin (6) muniebatur. — 
Cumque et illos alterius generis esse nescirem, nisi quales sege- 
tibus solent praetendi , inquisitus etiam de hoc , dixit : Tam 
latus fuit circulus, hoc est, tantum intra se comprehendit, 
quantum spatium est de Castro Turico ad Constantiam, ita 
stipitibus quernis, faginis vel abiegnis exstructus, ut de 
margine ad marginem viginti pedes tenderetur in latum, et 
totidem subrigeretur in altum , cavitas (7) autem universa 



(1) Vita Caroli Magni ^ cb. xiii; Yoyez 
aussi ses Annaletj dans Pertz, 1. 1, p. 351 : 
Spoliatd Huoorum regia quae Ringut voca- 
batur. 

(2) Annee 796. Nous ne citons pas le 
Po6le saxon , parce qu'il devait sans doute 
ses renseignements k Einbard ; il disait i. iii, 
V. 15: 

Nam spoliata fuit Hunonun ref ia, Hringam 
Quem vocitatit , 

et V. 32 : 

A Francis Hunonun regia tota 
E«t aequata lolo, quam Hringum diximus ante. 



(3) Commentariorum de Bibliotheem 
Caetarea 1. ii, p. 379. 

(4) De Ring et Slat^ en vieil-allemand, 
Ville. 

(5) Saxo Grammaticus, 1. xiii, p. 398 > 
M. de Mttller. 

(6) Haie , en anglo-saxon, Heg , el, en 
vieil-allemand, Haeg. 

(7) Tous les manuscrits ont eivitat; 
M. Pertz a ^t^ le premier k introduire cette 
correction dans son texte. 



— 39 — 

aut durisshnis lapidibus aut creta tenacissima repleretur, porra 
superficies yallorum eorumdem integerrimis cespitibus tege- 
retur. Inter quorum confinia plantabantur arbusculae , quae , 
ut cemere solemus , abscisae atque projectae , comas cau- 
dicum folionimque profenmt. Inter hos igitur aggeres ita vici et 
villae erant locatae^ ut de aliis ad alias vox humana possit au- 
diri. Contra eadem yero aedificia inter inexpugnabiles illos mu- 
rosportae non satis latae erant constitutae, per quaslatroci- 
nandi gratia, non solum exteriores, sed etiam interiores exire 
solebant(l). » 

Le plus cel^bre philologue de rAllemagne , M. Jakob Grimm , 
a bien youlu s*occuper aussi de nos Poesies populaires latines 
dans son Gedichte des Hittehdters auf K5nig Friedrich I (2) •, il 
nous y accuse d'ayoir voulu substituer Brescia avia (3) k un 
nom evidemment corrompu (Briciamia)^ ou il etait facile de 
reconnaltre Brisiacawia^ Brisacagawia ^ et demande ce que peut 
signifier ici avia. D'abord , nous avons propose notre restitution 
avec une reserve beaucoup moins presomptueuse : On ne sait 
quel est le nom de la patrie qui doit avoir six syllabes , disions- 
nous (4) , et ce n'est qu'entre parenthtees, et en accompagnant 
notre correction d'un signe de doute, que nous indiquions comme 
possible Bressia avia. Nous n'ayions , il est vrai, pense ni au 
Brisgau ni i un lieu quelconque de rAllemagne ou de Fltalie ^ 
le refrain est certainement dans la langue vulgaire du pays ou 
cette chanson a ete faite, et Tort a vers mei Dama ne peut ap- 
partenir qu'ii un dialecte parle en France. U nous est paryenu 



(1) Mooachus SangaUensis, I. ii , dans 
Pertz, Monumenta Gertnaniae hiitorica, 
l. n,p. 747. 

(2) P. 74. 

(3) M. J. Grimm est ici beaucoap moiDs 
exact quMl ne Test habituellemeDt ; nous 
aTioDs dit Brettiaf Briciaf la Bresse, et 
Bon Breteia , Brentino. Nous rappellerons 
leolement les deox demiers couplets qui 
nous paraissenl renfermer tous les ^Hmtnis 
de la question : 

Natonli oontMiM Tancrc , 
•oo didlei pati , Md afere ; 
■alo mandiu et fanper TiTere 



qaam pollutus divea exi«tere : 
Tort a vers mei Dama. 

Pura semper ab bac infamia 
noctra f uit Briciavuia ; 
lia ! peream quam peremit patria 
•ordis bujos snmant initia l 
Tort a vers mei Dama. 

Ferdinand Wolf , Ueber die Lait, p. 433. 
II est (ivident que peremit qui a une syllabe 
de trop, a et^ ^crit plutdt par souvenir de 
peream que par comiptiou , et toute res- 
titution qui ne peot s^appuyer ni sur la res- 
semUance des mots, ni sur la n^cetsit^ du 
sens, est enti^ement arbUraire. 

(4) P. 176. 



— 40 — 

unechanson d'Hilarius (1), un peu plus vieille, si Ton en juge 
par 1 ^ge du manuscrit , qui semble avoir servi de mod^le a 
celle-ci. Chaque couplet est compose de quatre lignes latines 
monorimes , de dix syllabes , ayant une cesure aprfes la qua- 
trieme et une br^ve k la penultifeme; le refrain, egalement en 
langue vulgaire, y a sept syllabes, dont la demifere est muette, 
et Fon peut conclure de ces ressemblances si frappantes, que 
c'est aussi la mesure du refrain de la chanson publiee par 
M. Ferdinand Wolf. Mei aurait alors deux syllabes , et la der- 
nifere de Dama serait muette , ce qui n'avait lieu que dans le 
roman proven^al (2). Le pronom nostra convient d'ailleurs 
beaucoup mieux k une province qu'i une ville , et Ton se trouve 
amene naturellement k songer k la Bresse (3). Vavia se com- 
prend trop aisement pour avoir dii embarrasser un philologue 
aussi perspicace que M. Grimm : Fauteur se defend des moeurs 
infimes que lui a reprochees sa Dame et assure que sa patrie 
est trop eloignee des sentiers frayes, trop sauvage pour qu'elles 
aient pu y penetrer. 

Dans les premiferes publications on doit communiquer aux 
savantsla lettre m^me des manuscrits; nous les avons donc 
imprimes textuellement, tout en cherchant a corriger les fautes 
que rignorance ou rincurie des copistes ont pu y introdnire. 
Quand un mot nous parait ayoir ete oublie, nous le retablissons 
entre deux parenthtees; lorsqu'iI est corrompu, nousfaisons 
preceder notre correction d'un l, et nous indiquons par des 
crochets tout ce que nous ne croyons pas ajq^artenir au texte 
primitif. Quant k rorthographe, nous avons fid^lement reproduit 
tout ce qui tient k des differences reelles : cependant , lorsque 
ce ne sont que des variantes arbitraires d'ecriture, comme des 
Y pour des i , des e pour des ae et des oe , des c pour des t, des 

(1) Ver$u8 et ludi, p. 14. qc paraulas son Tranzesas, et no las deu 

(2) On ne pcul songer au provencal pur, ^om mesclar ab lemosinas ; Bibliothique 
car Raimon Vidal dit dans La Dreita ma- ^^ 1'Ecole det Chartet, t. I, p. 905. 
niera de trobar : Et tug aqill qe dizon : (3) Voyez les No^h bretiam , publies 
amit per amicty et mei per me an fallit, par BI. Pliilibert Le Duc; Bourg-en-Bresse, 
et mantenir, eontenir, retenir, lut fallon, 1845. 



— 41 — 

H ajoutes saiis raison, ou d'autres modifications semblables qui 
marquaient seulement la force des articulations(l), nous avons 
cru n'en devoir tenir aucun compte ; mais quand nous avons 
ajoute des lettres, lors m^me qu'elles n'avaient qu'une valeur 
de simple prononciation, comme des h initials, des m devant un 
autre m, ou des s aprfes un x, nous les avons toujours soi- 
gneusement indiquees par des parenth^s. 

(1) Comme Dampnum , Hiehil , Set, Subpoiitut, etc. 



POESIES 



RELIGIEUSES ET MORALES 



Chant sur la Nativite du Christ (i). 

Nunc clericorum concio 
devota sit cum gaudio ^ 



(i) B. R. ms. 1139 (Xle si^cle), fol. 30, 
verso ; il est not^ comme les aulres pi^ces 
qai se trouvent dans ce manuscrit. Le jour 
de No^l devint une si grande f6te pour les 
iUties , que son nom ^iait un cri de joie ; 
voyez Pasquier, Recherehet de la France^ 
p. 383, M. de 1643. On lit dans un vieux 
poSme , publi^ dans le XXlIe volume de 
\ Archeclogia^ que lors de Tentr^ de Henri 
y k Rouen, dans le mois de janvier 1419 : 

Wilcome our lorde, tbay seide , so f re ! 
Wilcome into thyne owne righte , 
As U is the wille of God almyzt ! 
With tbat tbay liryde alle : Nowella ! 

11 en ^taitde m^me en Angleterre, suivant 
Chaocer, CaiUerhury tale», v. 11567. Aussi le 
clerge associa-t-il ce jour-l& le peuple aux 
chaots de la liiurgie ; ce fut sans doute une 
des causes de la grande quanlit^ des liym- 
oes pour le jour de No€l aui ont un rerraiu ; 
voyez Ganisius, Leclion/s antiquae ^ l VI, 
p. 506 ; Wackernagel , Da$ deutsche Kir- 
ehenliedf p. 49; Hoffinann von Fallersle- 
ben, Getchichte det deuttehen Kirehenlie- 
rfe#,p. 146; Follen, Alte chrittliehe Lieder, 
p. 11; Daniel, Thetawrut hymnologicut , 
t. l, p. 333, et nos Poitiet populairet 
latinet, p. 74 et 122, noies. Mais le peuple 
eut bientdt des cantiques qui rest^rent cn 
defaors du culie , el nous en publions plu- 
sieurs que certainement le clerge n*admit 
pas dans la liturgie. On lit dans un po^me 
salirique, imprim^ par Flacius Illyricus, 
ce passage d'autant plus curieux qu'il est 
aa raUieu d^invecUves fort peu religieuses : 

FideUs frat«l«tttr popolus , 



irades solvat sedulas ! 
d» Maria nascitar 

mundo panrulus , 
per (|uem mors daniMitar, 
vita reparatur, 
donatur nostra sala* . 

per qutm Tincitur 

ct dijicitur 

hostis aemulus. 

De corruplo Eccletiae ttatu , p. 48. 

Nous ajouterons le commencement d'un 
No^ qui se trouve dans le ms. B. R. 
no 3711) (XUIe giecle) , fol. 30, ro : 

Noster coptus psallat laetus voce simul consona, 

Je«u Chri»ti |(loriosa recolens natalitia. 

Qui, de cneU': condescendens in virginis utenun, 

in radein , c irne sumpta , ▼isitavU saeculum. 

Fflii pucrculus (l. puerpera?)! niater iiicorrupta parer* 

et pust paitum virgo parens nMMuit existere. 

Hic est riiim germen Adae qui venit redimere 

et ad coeli sedem voluit reducere. 

Ad ipsius ergo laudes omnis nostra oonoio , 

ex(s)ultando regi regum , benedicat Domino ! 

Sanctus , te cnneti laudant 

nec deflcienter adorant. 

II existait d^j^ des no^ls (Van^ais dans le 
Xllle si^cle; voyez Fabliaux et contet 
ancient, t. II, p. 382, ^d. de M^n ; il s*en 
trouve dans un ms. lalin du XV« si^cle , 
conserv^ h Iql B. R. sous le no 3445 , et 
nous en avons dans la plupart de nos pa- 
tois , dont les plus curieux vont ^tre pu- 
blies par M. Duplessis; voyez aussi le 
Cafalogue de La VaUi^re, nos 3081 et 
321!), el Brunet, Manuel du Libraire^ t I, 
p. .-^i^ et 5ii, et t. III, p. 524, derni^re 
^diiion. Gervanles nous apprend que, de 
son temps, ils ^taient fort r^pandus en 
Espagne : Gomo Grisoatomo fue graude 
liombre de componer coplas, tanto que eK 



— 44 — 

in tanto natalitio 

nam summi Patri(s) filio 

datur excelebratio (1); 

Gaudeat homo (2) I 
Qui , canii(s) sumto pallio 
virginis in palatio , 
nostra fuit redemptio^ 

Gaudeat homo ! 

Peractis novem mensibus, 
in claustris virginalibus., 
nos (1. non) in lectis regalibus, 
sed parvis et pauperibus, 
et (1. est) natus puer regius, 

Gaudeat homo ! 
Pro nobis pannis vilibus 
est involutus Dominus, 
aeterni Patri(s) filius 5 

Gaudeat homo (3) ! 

Hic restauravit gaudium 
animabus fidelium , 
quod ab(s)tulit daemonium ; 
Gaudeat homo ! 



hacia los villancicos para la noche del na- 
cimienlo del Senor ; Don Quijole , P. I , 
ch. 12. II en ^tait de m^ine en Angleterre ; 
dans son Chrittmat carolt^ p. 6, Sandys 
a m^me publi^ un no^l biliugue , dont le 
ms. est du XlVe si^cle , que nous repro- 
duisons en remplissant les abr^viations : 

Eya ! Jesus Chrittus hodie 
natus es(t) de Virgine 1 

Blyssid be yat niayde Mary ! 
bom he was of her body, 
godis soneyat syttit on by. 
non ex virili semine. 

In a manjor of an as 
Jesbu lay et lullyd was , 
barde peynis for to pas 
pro peccante bomine. 

Kyngs comyng fro dyvess« londe, 
wit greto syfts in tber bonde ; 
in Bedlem ye cbild yey fonde , 
stella ducte (1. stellae dncti) luniDe. 

Man et cbyld , botb eld et ying , 
now in his blysfnl comyng , 



to yat chyld now we syng : 
Gloria tibi , Domine. 

If owel , Nowel , in yis balle , 
make merye I prey «i alle « 
on to yat cbyld may we caile , 
ullo sine crimine ! 

On connalt aussi des noCls aUemands da 
XVe si^cle; voyez HofTmann von Fallers^ 
leben, Getchdehte det deuttchen Kirchen- 
liedetf p. 103, et Doceii, Mitcellaneen %ur 
Getchichte der deuttchen Literaiurj t. 11 , 
p. 246. 

(1) F^te, comme Celebralio; ce mot 
manque daus la nouvelle ^dition de du 
Cange. 

(3) Probablemenl ce refrain elait chant^ 
par le peuple. 

(3) II manque ici sans doule cinq vers 
terminds en ium. 



- 45 - 

Inter acta praesepia (1 ) 

puer est stricta (1. strictus?) fatia (I. fascia) (2) , 

namque in pueritia 

nutritur sic infantia ^ 

Gaude{3): 
miranda potentia ! 
quis unquam audit talia ? 
patrem lactavit filia ^ 

Gaude! 

In hoc faliit quod docuit 
Boetius qui retulit (4), 
quod , mulier si peperit, 
necessitas hoc arguit, 
quod cum viro concubuit ; 

Gaude ! 
Inde natura stupuit ; 
jusamisisse doluit; 
miratur quis hoc potuit : 

Gaude! 

Hlc in crucis patibulo , 
vitae damnati aemulo (sic), 
tirannum trudens vinculo, 
fuso cruore proprio , 
nos redemit de baratro ; 
Gaude I 



(1) Si ce vers n'<^tail pas corrompu , une abreviation , ct doit-on lire dans les 
acta y aurait conserve la signification du trois demiers couplets comme dans les trois 
grec a^ew, Briser et par suite Tomber, en premiers, Gaudeat homo ! 

ruine; mais probablement il faut lire In ^ ^ . . ^ 

el un participe de irois syllabes qui ajou- . (*) Bo<^<^« ^Uil, po.ir toutes les choses de 

lait encore k Tidee de denament qu'<^veille «cience , une grande autorit^ pendant le 

praegepia, moyen Age ; on lit dans le poifme puDiiC 

(2) Dans le sens de Langes , Maillot , 

Fatcia ne s'empIoyait dans la bonne lali- "«f "'J fo om. t. gran vertatagues. 

. r. ^ . „ ..... . Qui «apiencla compenre pogues : 

niic qu'aa pluriel ; la nouvelle cdition de pero Boecu non fu de tot mespres : 

du Cange nMudique pas cette signification. Anc non vi«t u qui unt en rctegue». 

. , L«in« e las carrpr» o el Jaxia pres , 

(3) Quoique danS tOUt le reSte de la Lainz contava del' temporal, cum es, 

pi^ce il n'y ait plus au rerrain que Gaude, ^* ««'^ « '""« • t''*'* *«"* • ""»' • ««•« <"« 

el quo le ms. soil not^, peut-^tre est-ce Poitme roman tur Boece, v.9i. 



— 46 — 

Quae sanguinis effusio , 
nostra fuit redemptio ; 
modo dicatur lectio (1) : 
Gaude I 

Autre (2). 

Auscultet (3), ex(s)ultet fidelis concio ; 
cantica rhy t(h)mica fidelis (4) gaudio I 

Haec dies est qui est cunctis celebrior, 
in qua dux stella , lux micat splendidior. 

Festa sunt , sancta sunt haec natalitia , 

quibus rex , lux et lex , novatur (1. novantur) omnia. 

In solo de polo stirps nova mittitur ; 
avarus tartarus inde competitur. 

Capitur, clauditur ventris sub clausula , 
qui solum et polum ambit in saecula. 

Humilis ac vilis jacet in stabulo , 
nascitur, ahtur iacteo pabulo. 

Fit homo , de domo procedens regia ; 
nova res, mira res, nova sunt gaudia. 

Natus est, Deus est , et fugit (1. sugit) ubera ; 
parvus est, tantus est qui regit sidera. 

Nascitur. . . (alitur?), puer a pueris ^ 
dicitur, creditur rex arc(h)isideris (5). 

(1) Le dernier vers prouve que ce can- {%) Le copiste a sans doule ecrit ce raot 

lique ^tait chant^ dans les ^glises , imm^- par souvenance du Pidelis de la premidre 

diatement avant la lecture de Tepltre ou ligne; il Taut probablement un participc 

de r^vangile , comme Test aujourd'hui la pr^sent dc trois syllabes, comme concinens 



ou resonans. 



prose. 

(9\ Mq r B no <nq (Xle sifrle^ fol ^^^ ^ premier astre, le soleil ; peut-^tre 

(2) Ms. B. U. no ii39 (Xie siecie) , foi. ^ependant doit-on lire en deux mols avec 
46, vo Chaque couple est compose de i.o^thographe du ms. arci Hderii, SidTs 
deux hgnes de douze syllabes, l.ees ensem- ^. .^.^ quelquefois le Ciel, et Arcus pou- 
We par une rime dissyllab.que et term.nees ^.^j ^^^^ ^^^^ , ^ J^ 
par un .ambe , et .1 y a deui c^sures , ^,;^^^ ^^^^ ,^^ ^^^^^^ ; ««_ 
marqu^CB par une consonnance jnt^r.eure, „,5,^^ . ^,^^ ^^^^^ 

^ la troisieme et a la s.xieme syllabe. d^,„„ „^^^^^ ^^^^^^^^^ ,^ ^.^.^^^ ^ ^^ 

(3) II y a dans le ms. Atil scullel. naiura Deorum , I. iii , ch. 20. 



— 47 - 

Gongaudeat turba fidelium ! 
natus est rex , Salvator omnium , 
in Betleem. 

Laudem coeli nuntiat angelus 
et in terris pacem hominibus, 
in Betleem. 

Loquebantur pastores invicem : 
transeamus ad novum hominem 
in Betleem ! 

In praesepe , et bos , et asinus 
cognoverunt quod esset Dominus 
in Betleem. 

Tunc Herodes quaerit perimere , 
quem deberet orandum quaerere 
in Betleem. 

In Aegyptum Maria filium 
transfert , timens regis imperium 
in Betleem. 

Ex humana virgine nascitur , 
quos (1. quo) nascente , gaudens eflicitur 
Jerusalem. 

Benedicat plebs (2) ergo virginem , 
venter cujus coelorum pertulit (3) 
artificem ! 



(1) Ms. B. R. 1139 (Xle si^cle), fol. 61, 
vo. Cbaque couplet est compos^ de trois 
Kgnes : les deux premidres ODt dix syllabes, 
ODe c^ure aprds la quatri^me, une br^ve h 
la ptoultieme et une rime finale ; la troi- 
si^me ligne n'a que quatre syllabes dont 
l'avanl>derui^re esl br^ve, et semble li^c, 
au moins par une assonancc, avec lcs au- 
tres couplc*s. Delleem et Jertualem on 
d^ja la forme romane. 



f2) Ce mot semble indiquer une origine 
ecclesiastique ; le clerg^ d^signe toujours 
le resie des fid^les par plebs ou populus. 

(3) Si le poSte n'a pas transpose les deux 
mots coelorum p^rlulil et fail porter, 
comme en beaucoup d'autres cas , la rime 
sur la nasalisation des voyelles, il a cru 
que la consoitnancc i!e la troisi^me ligne 
Ik di pensait de faire rimer la seconde avec 
la premi^re. 



^48 — 

Rege nato , sidus exoritur ^ 
quo pervio , regum conjungitur 
societas. 

Par est inter parem intentio; 
pari quaerunt regem consilio , 
quo liceat (1. jaceat?). 

Regnunt (i), intrant, regem reperiunt ^ 
cui aurum , thus , myrrbam offerunt 
et gratias. 

y^utre (2). 

Novi partus gaudium 
sonet vox fidelium , 
quo lumen de lumine , 
prodiens de virgine 
purgat Adae vitium 
veteri caligine ! 

Umbrae deservierat 
nec ad lumen venerat 
proles Adae veteris, 
quam in domo carceris 
princeps mundi clauserat , 
jugo pressam hominis. 

Non patebat exitus 
a spelunca gemitus , 
legis patrocinio ^ 
semivivo saucio , 
sacerdotis transitus 
non fuit praesidio. 

(1) Sans doule Ic copiste du ms., pr^- tion pagin^. Chaque couplel se compose de 

occup^ de regem quMI avait d6}h ^crit et s\\ lignes, ayant sept syjlabes et une breve 

qu'il allait ^crire encore, a remplace par k la p^nuUi^me; il n'y a que deui rimes, 

ce barbarisme un verbe de deux syllabcs; une pour la premi^re, la deuxieme et la 

peut-6ire pctunl ou eunl. cinquidme lignes ; Fautre pour la Iroisidme, 

^(2) Ms. B. R. no 4880 (XIV« siecle), la qualrieme cl la siiidme. 



— 49 — 

Vulneratum reperit 
levita , sed praeterit 
nec confert subsidia 5 
nam [sine] lex sine gratia 
vulnus mentis comperit , 
sed sanare nescia. 

Baculus praemittitur 
nec puer erigitur, 
donec dator baculi , 
formam sumens parvuli, 
deus-homo nascitur, 
in salutem populi. 

y^iUre (1). 

Flore vernans gratiae, 
plaudat omnis hodie 

turba novae sortis ! 
Verbum intrans virginem, 
restauravit hominem , 

fracto jure mortis. 

Clara sonent organa ^ 
pulsent voces tympana , 

resonante lyra 5 
modulicet (2) concio 
festivali gaudio , 

orta prole mira ! 

Virga quondam arida , 
summo rore madida , 
novum dedit florem ; 

(i) Ms. B. R. no 3719 (XUIe si^cle) , Ugnes n'ont que six syllabes et sont ter- 

fol. 78 , ro. Les couplets sont compos^ de min^ aussi par une consonnance lambi- 

six lignes : quatre ont sept syllabes et sont que de deux syllabes. 

li^ deux k deux par des rimes dissylla- ,_. ^ .. . ,., , i# j i 

biques, dont la pSuItiime est br^vl; la ^roivl pa. &a lv'd^^^^ Se d^ 
premi6re rime avec la deuxiftme et la qua- ^I^^''^ P*" ^*"" ** nouvelle Mition de du 
trieme avec la cinqui^me. Les dcux autres ^«"8*- 



— 50 — 

corde Patris genitum, 

concepit per Spiritum 

virgo redemptorem. 

Ergo plena gratia , 
gaudet yiri nescia , 

Deum paritura ; 
sol de stella nascitur ; 
camis umbra tegitur 

lux non moritura. 

Quam parit yirginitas 
humanatur deitas , 

homo diyinatur ; 
fit sacerdos hostia , 
Babylonis filia 

per quam liberatur. 

Lilium floruit aryis yemantibus , 
quae fons de Libano lymphis rigantibus 
foyet, et releyat zephyris flantibus. 
Eia , eia , eia ! 
grex in pascuis 
alludat uberrimis 
et sequantur agmina 
agnum inter lilia ; 
qui factus est opilio, 
assumpto camis pallio , 
et per cmcis mysterium , 
elisit fauces daemonum , 
elisit fauces daemonum, 
ferens reis remedium! 



(1) Ms. B. R. iio 3719 (XUIe si^le), divis^es par une c^re en deux hemisticbes 
fol. 43, ro. Les trois lignes monorimes qui ^aux doni la ptoulli^me est br^ve. 
pr^c^dent le refrain , ont donze syllabes , 



— 51 — 

Revisit t(h)alamum sponsi praesentia , 
qui super cherubim mira potentia 
volavit, praevidens cuncta latentia. 
Eia , eia , eia ! 
grex in pascuis 
alludat uberrimis 
et sequantur agmina 
agnum mter lilia ; 
qui factus est opilio , 
assumpto camis pallio , 
et per crucis mysterium , 
elisit fauces daemonum , 
elisit fauces daemonum , 
ferens reis remedium ! 

Electri species tandem emicuit (1) 
et mare vitreum de Sion exiit ; 
anguis teterrimus nunquam interiit 

Eia, eia, eia! 
grex in pascuis 

alludat uberrimis 

et sequantur agmiiia 

agnuminter lilia^ 
qui factus est opilio , 
assumpto carnis pallio, 
et per crucis iliysterium , 
elisit fauces daemonum , 
elisit fauces daemonum , 

ferens reis remedium ! 



(1) ^zechiel dit en racontant la vision chart a pr^tendu que VEleetrum etait du 

qu'U eot de Dieu : Et ecce ventus turbinis chrysocal (auricbalcum) ; De aninuUibus 

veniebat ab aquilone, et nubes magna, et Scriptwae, P. H, 1. vi, col. 871. Quant k 

ignis involvens, et splendor in circuilu ejus, la mer de verre, elle annonce la pr^senee 

et de medio ejus quasi species electri, id de Dieu dans VApocalypsef ch. iv, v. 6. Et 

est de medio ignis ; ch. i , v. S. Dans une in eonspectu sedis tanqoam mare vitreom 

dissertation beaucoup trop savante, Bo- slmile crystallo. 



— 52 — 

Chant pour le jour de Pdqms (1). 

Cedit frigus hiemale , 
redit tempus aestivale , 
juventus laetatur. 

Ecce tempus est vernale, 
quo per lignum triumphale, 
inter ligna nullum tale , 
genus hominum mortale 
morte liberatur. 

Judaeorum turba duce, 
nucleus exit de nuce; 
nudus ponitur in cruce ; 
terra tremit et sol luce 
propria privatur. 

Accusatur, condemnatur, 
ligatur et flagellatur ; 
aceto , felle potatur ^ 
opprobriis saturatur *, 
spinis coronatur. 

Gens judaea , crucifige ^ 
clamans, tormentis afilige ; 
per membra clavos infige ! 
Adam Averni de Styge 
extractus laetatur. 

Gaude , plebs religionis ; 
dies resurrectionis 
instar (1. instat), novis plaude sonis ; 
expende tempus in bonis , 
dum spatium datur ! 

(1) Ms. B. B. no 5132 (XHIe si^cle), pi^ce par atur. ProbaMement il manqne 

fol. 106, verso. Les couplets sont compos^ dans le premier couplet deux lignes de 

de clnq lignes, dont les quatre premi^res huit syllabes termin^es en tUe; au molns 

ont huit syllabes et sont li^es ensemble par il n'y a rien dans ie ms. qui autorise a sup- 

une rime dissyilabique ; la cinqui^me n'a poser un refrain. 
que six syllabes et se termine dans toute la 



— 53 — 

^utre (1). 

Mitis agnus , leo fortis , 
triduanae somno mortis 

excitatur hodie*, 
inferorum fractis portis , 
nos consortes suae sortis 

efficit et gloriae. 

Ad sepulcrum cum ung(u)entis, 
pari voto piae mentis , 

acces(s)erunt feminae ] 
afferentes unctionem , 
angelorum visionem 

meruerunt cemere. 

Par accessus, amor idem ; 
ad eumdem habent (idem 

sub eodem nomine ; 
lapis erat revolutus , 
quidam eis est locutus : 

Nolite metuere. 

Festinantes , ite retro ; 
nuntiantes visa Petro 

caeteriscpie propere I 
resurrexit vere Jhesus ; 
immortalis et illaesus 

vivit jam in aethere. 

Chant 8ur la sainte Trinite (2). 
Summe pater, summum principium , Eleison ! 

(1) Ms. B.R. 1139 [XU si^cle), fol. 47, vo. sept syllabes et une simple consoDnanee, 

Chaqne oouplet se compose de six lignes ; pr^c^^e d'une br6ve. 

qaatre ont hoit syllabes et sont li^s deux (2) Ms. B. R. 3719 (Xllle si^cle), fol. 33, 

h deux par des rimes dissyiiabiques dont vo. Toutes les lignes ont dix syllabes s^pa- 

b p^nultiime estlongue; la premi^erime r^es en deux bSmistiches par une c^ure 

avec ia deuxidme, et la qualri^me avec la apr6s la quatri^me, et sont r^unies en ter- 

ciiiqaitee. Les deux autres Hgnes n'ont que cets par une rime qui porte sur deuz syl- 



— 54 — 

non ab uUo sumens auxilium , Eleison 

creans lucem et noctis spatium. Eleison 

Ghriste , lumen coelestis luminis -, Eleison 

Christe, lapsis (1. lapsi) redemptor hominis, Eleison 
mundans noxas per partum yirginis. Eleison 

Ab utroque Spiritus exiens , Eleison 

cum utroque cuncta perficiens , Eleison 

lux justorum nunquam deficiens. Eleison 

Chant pour la fSte de saint Nicolas (1). 

Incomparabiliter 
cum jocunditate , 
gaudeamus pariter 
in hac solemnitate ! 

In festis Beatorum, 
hujusetaliorum, 
decet melos canorum 
dari Deo Deorum (2). 

Hi sunt Beati , quorum 
pater et rex coelorum 

labes dont ]a premi^e est brdve. Le ms. est singens Of der strilizzen; voyez M. Grimiki, 
not^ et i'on y trouve & la fin de chaque Heldensage, p. 173. On lit dans le Fabliau 
ligne Eleiion, qui ^tait sahs doate cliant^ du meunier et det clerct : 

en ChOBUr par le peuple. NOUS aVOnS d^j^ Lun d'ax a lautre wgard* : 

publi^ deux autres cantiques dont le refrain q'e8t-ice ? somes-nos rob6 ? 

est le mdme; Poitiet nomdairet lalinet, on, fait ce ran», ce me.t vi« : 

' '^ '^ * IMchiez no8 a a essil ml8. 

P* '4. Cliacnns esorie : Halas ! halaa ! 

(1) Ms. B. R. 1139 (Xle siicle), fol. 46, "'''^^ °°"' «mt jficoias ! 

vo. Les strophes ont quatre, six ou huit Publi^ par M. Wrighl, Jneedoia 

lignes de sept syllabes et sont monorimes, literaria, p. 18. 

k 1'exception de la premi^re qui est & rime (a) Sainl Nicolas ^tait ^vdque de Myre 

croiw^ ; la rime porte sur deux syllabes dans le IVe si^cle , et celte expression 

dont la premi^e est longue. Le refrain se semble indlquer que ce chant, ou la l^ende 

compose de six lignes monorimes de huit quj |ui servit de base , ful compos^ avant 

syllabes; la consounance est aussi dissy- Penti^e extinction du paganisme; si incer- 

labique , mais la p^nulti^me est br^ve. La taine que soit une coi\jecture qui s^appuie 

popularit^ de saint Nicolas n^^tait pas ren- sur un mot , peul- 6tre amen^ seulement 

fi^rm^e dans les ^lises; Hermann von Frit- par la rime, celle-ci trouve une sorte de 

schlar dtsait au milieu duXlVe siAcIe, dans coufirmatlon dans les deux premiers vers 

son Leben der Heiligen: Von stnen (saint ^q refrain : 

Nicolas) zeichen wil ich nicht m« sagen, wan ^^^^^ pontificis 

iz sin die wende vol gemAlt und die blinden jam sociatf coeiicis. 



— 55 — 

Nicholaus (1) elisorum 
per saecla saeculorum. 

Festum ergo pontificis , 
jam sociasti (1. sociati) coelicis , 
cum cantibus mirificis 
atque modis organicis , 
festivetur hac (2) clmcis , 
si maxime scholasticis (3)! 

Innumerabilibus 
(est) Nicholai vita , 
clarens claris actibus , 
ut gemmis redimita. 

Nondum verba formare 
norat et praedicare (4) , 
novit nam jejunare 
et a ma(m)mis cessare (5) ; 

(1) Aulieu de Nicholauij le poSte ayait AdoiMceiu uapiexator 

inis sans doute on vcrbe d^poDent de trois iiteranim studia. 

syHabes qui gouvernait le g<kiilif quorum; Po4ties populaire$ laHnet, p. 171. 

mais comme saint Nicolas excitait pendant soit parce qu'il avait ressuscit^ trois jeanes 

ie moyen Age une d^votion si singuli^ gens: 
qu'oB Bt dans une prose pubK^ par M. Da- Homicidam Ti«it«t 

^. , «f. ^ % . *^ 4 «« tre» occtsos siucitat. 

m^, Thetaurui htfmnohgteut , t. II, p. Danlel, Thetaurut hymnologieut, 



, . ^_. ^ ^. t. li, p. 882. 

Lande Christo ddiita '^ 

ceiebmniu inciyta ou mari^ trols jeuDes filles; ou dit encore 

Nicoiai meriu. proverbialemeDt en Normandie : 

«t dans Eberbardus, Labyrinthut, \. iii» Patrondea mies, saint Nicoiaa , 

▼. 615 : marieB*noi», ne tardee pas. 

Nkoiae, flos paatorom, Voyez aussi la demi^e stropbe et nos PoS- 

toia pnciinu ■oiTemnr giet populairet latinet. p, 171, note 3. 

et a peete liberemnr, /i\ iLa-i. j> i 

cnm sis gemma confeasoram. \*} l^ecoer d exemple. 

apr^ avoir ^crit rex eoelorum, le eepiste (^) Jacobus a VoragiDe dit seulement : 

« probablemeDt flgout^ Nieholaut et la do- Quarta et sexta feria taotum (semel) suge- 

tatioD ra Torc^ de rejeter le verbe. ^at ubera; Legenda awrea, ch. iii, par. 1. 

(2) Sous-entendu Solemnitate qui setrouve ^® Briviaire romain est beaucoup plus d^ 
dans la premiAre strophe. *^**'^J ^ y "^ *" 6 d^cembre : Cujus viri 

(3) Saint Nicolas «Uit le patron des «kso- ^""^^^f}^ ^««nl^ ^"1"'« ?f '» ia"» ^\lf' 
Kers; on lit d^ji dans JacoC a Voragine, ^^11^™^^^^^^^^ 

Lefenda awrea, ch. iii, par. 10 : Vir qui- ^"*L ^^. **^. n«ir»cis irequens sugeret , 

dam pro amore fitii si Bteras addisc^ntis «"f'^ «* f""^^ ITvT^ dunUxat id- 

festum sancU Nicholai annuatim solemni- ^t 'J^^t'i^X'r^t^X^^^^ 

ter cdebrabat. Ilsravaientcholsi,soitparce f!Li ^*"' "^" CafUerbury talet. v. 

quMl avait faillui-meme des i^tudes UtU^ ^^i^tNicholas^anteverinmypresence. 

raires . {„ |,e «© yon| to Crist did rerereace. 



— 56 — 

incepjt castigare 

corpus suuin amare. 
Festum ergo pontificis , 
jam sociati coelicis , 
cum cantibus mirificis 
atque modjs organicis 
festivetur hac clericis , 
si maxime scliolasljcis I 

Decet ipsum precari 

et ustra (i. ultra ?) venerari , 

qui nata(s] lupanari 

jam data(s) revocari 

fecit eisque dari 

auri pondus praeclari ; 

sic patrem consotari 

volens et asservari (1). 
Festum ergo pontificis 
jam sociati coelicis, 
cum cantibus mirificis 
atque modis organicis 
festivetur hac dericis, 
si maxime scholasticis ! 

CharU des Piterita (3). 

Audi nos, Rex Christe; 
audi nos , Domine , 
et viam nostram dirige ! 



Ete clam jecit et clani tecessit ; 

' «M fort Legeitda mma, cb. iii, par. I, p. Xt, 6i. 

colas lui- de M. Grtsse. 

K> Slles. (9) Ma. B. de Clermont, no 189 [XI' 

salls aa- Biiele). Ces cbaDls ilei pilerins deiaient 

in prosU- eire Msez nDmbreut ; car on li( dsns Is Vie 

... Lin {I. ea- du bienbeuieui Altmaiui, «veque de Ps- 

ir, Quod ubl Sanelus deue, qui mournt ea 1091 : Inter quM 

comperU, Bcelu4 ibborriiit et mMsini auri praecipui dua canonlci eiBlilerunl, •klelicel 



57 



Deus, miserere^ 
Deus , miserere 
et viam nostram dirige (1) ! 

Trine et Une , 

cunctis (1. cunctos) nos protege , 
in hoc sancto itinere ! 

Ducem nobis praebe , 
angelum adhibe , 
qui nos deducat ante te I 

Iter nostrum rege , 
ab hoste defende 
et ad propriam (2) reduce ! 



Euo ScholasticQs, vir omDi sapientia et 
scieDtia praeditus, qui in eodem itinere 
canlileDam de miracalis Gbristi patria lin- 
gaa Dobiliter composuit ; dans Pezius, 
Sertptorei rerum aiutriacarum , t. 1, 
p. 117. La relation du voyage de Jost Artus 
k\i Terre-Sainte en 1483, imprim^ dans 
le Cwrioiitaten , t. II , p. 40K-422 , prouve 
qa'im usage si naturel existait encore k la 
&i da Xye sidcle ; elle nous apprend que let 
pilerins chantaient en approchant deVenise : 

In Qotea IVomen yar«n wir 
and aind in disem Bchiffe Iiler. 

et en arrivant dans la Palestine : 

Bei ans gegrOMt, 
da heilges Lant , 
wo nnser Christ 
sein Leiden raat I 

Yoyez aussi les deux chants ins^ds par 
M.0.Wolf,daii8 BonSammkmghiitoriteher 
Vdkilieder wnd Gedichte der Deutichen, 
p.3et5. 

Nous devons cette pi^ce , ainsi que la 
saivante , k rin^uisable obligeance de 
M. Ghampolli<Mi-Figeac, Gonservateur des 
maDoscrits de la Biblioth^ue Royale. La 
laogue est trop ^videmment corrompue 
poar que nous ayons cherch^ k la restituer 
partout ; nos corrections ne portent que sur 
les fautes qui nous ont sembl^ provenir du 
copiste. G'est ane pri^e que Ton chantait 
avant le repas, sans doutedans uomonast^re. 

Dicamas primum ▼ersicutnm 
de (l. ad ?\ Deum patrem et filium , 
ille (I. ut r) nubis praestet auxilium 
iu istum nostrum convivium , 
nt non incnrrat pericuium. 
Non tiic resurgat causatlo 
nec [n]ulla mala detractio ; 
Ueti flaamus ad prandium 



de puro corde et animo ; 

de nobis gaudeant angeli ! 

Haee sonat (1. Hic sonent ?) verba pacifica ; 

dulcia , bona mellifluat (I. mellifluant) , 

si Tultis aliqnod dicere ; 

scriptura sancta hierosonet (I. hic resonet) , 

ut omnis bomo acdiflcet ! 

Domine, Deus omnipotens, 

conserva noktrum pontifice(m) , 

ut semper agat quod rectum est , 

cum (1. ut?) sacerdotes laetificet 

et suum populum praedicet ; 

CuAmique gerat In pauperem , 

viduas omnesque adjuvet 

orpbanos ; omnibns pater sit ! 

et captivorum redemptio 

regnum adquirat perpetuum ! 

Rogemus dominum 

ut vitam donet pontifici , 

istius mundi per spatiuni , 

ut renovetur ut aquila [tetur?) ! 

et in aeternum laetabitur ( I. perpetuum lae- 

Domine Jesu [Christe] dulcissime 

adtiogat illi (I. illud ?) quod dictum est 

in istis septem versicnlis, 

et captivorum redemptio 

regnum adquirat hoc (I. in?) saeculum ! 

Gloria patri et filio , 

una cnm Sancto-Spiritu ; 

ille qui vivit et regnat , [ille?] nos [Amen ! 

perducat ad vitam perpetuam (1. aetemam ?) ! 

Le sens nous a paru exiger que le sep- 
ti^me et le huiti^me couplets fussent trans- 
pos^s. Nous n'avons pu deviner le nom du 
seigneur, quoique M. Ghampollion ait ajout^ 
une sorte de fac-simile k la copie qu'il 
nous a remise; sans un i qui est i la fin, 
peut-dtre par erreur, nous lirions Henri^ 
cum ou Ceiarem. 

(1] Ge couplet, qui ^tait r^p^t^ apr^s toua 
les autres, ^iait sans doute chant^ en choeur. 

(2) Sa patrie ; nous retrouverons dans une 
autre pi^ce ce mot que l'on chercbe inutile- 
ment dans la nouvelle Mition de du Gange. 



— 58 — 

Dexteram extende , 

sinistrain submove , 

ab adversis nos defende ! 

Tu , Formator bone , 
jube nos vivere 
in regno tuo (1. regni tui ?) lumine ! 

Cloriam (1. Gloria) aeterne 
maneat cum Patre, 
in saeculorum saecula (1. tempore ?) Amen ! 

ipitre farcie pour la fite de saitU Jean (1). 

j4d laudem regis gloriae 
vox ifUonet Ecclesiaef 
propter Jofhjannis merita^ 
haec recita praeconia ! 

(1) Ms. B. R. 1351, fol. 84, vo, et Suppl. Pierre de €orbeiI, archev^ue de Sent, qui 

latin, 994*', p. 109; ce sont des copies mo- mourut en 4223. Pater noster lidem auge 

dernes d'un manuscrit de Sens qui semble hii qui credwiU in te, qui es in coelis «I 

remonter an Xllle sidcie. M. Magnin a dit abyuos ifUueriif sanctificetur nomen tuum 

dans \eJoumal det Savantt, 1844, p. 23, tn bonikUe electorum iuorum; adveniat 

note 3 : « M. du M^ril se trompe ^trange- regnum tuum, cujut regni non erit finit; 

ment quand ii signale dans le manuscrit de fiat voluntas tua, per quam nottri generit 

la Bibliotb^ue Royale, uo 1139, des J^pttres reparata ett vita , sicut in coelo et in 

farciet toutes latines. La farciture emporte terra, regnant guJbemantque, eoniinent et 

necessairement avec soi fid^ demelange.» talva/nt; panem nostrum quoUdiauum, pu^ 

La m^moire du savant ^crivain s'est trouv^ nem angelorum, da nobis, ineorruptibili 

ici un peu en d^faut : Lebeuf avait d^Ji dit vette eireumamietant not, hodie , nettra 

qu'^ Brioude r^pttre farcie du jour de saint ut pura peetora tint et eorpora^ et cBmitte 

Nicolas ^tait purement latine ; Traili hit- nobis debita nostra, potet enim cunetay 

torique turle chant eccUtiattiquej^, 118, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris, 

et Roquefort avait publi^ un Kyrie farci ad redimenda peeeata et ad tahandas 

tout latin dans son Etat de la Poitie fran- emimaty et ne nos inducas in tentatioiiem, 

(ot«e au 2//e tiicle , p. 3S3. Nous avons ne terpent iUe ealidut intrandi tentet 

depnis imprim^ dans le Joumal det Sa- aditut; sed libera nos eOo/va fio« a malo, 

vantt de Normandie , 1. 1 , p. 38, des frag- in perenmi taeeuhrum tempore. 

ments d'une l^ttre farcie en latin , pour le ^^ q ^^ 1551 (^i, ^^ ^o. 
jour de saint Etienne, qui se trouve dans le 

ms. que nous avions indiqu^, fol. 63, vo, et Gela avait lien aussi dans les autres lan- 

nous pourrions en publier de semblables gues; ainsi, pour n'en citer qn'un exem- 

pour les saints Innocents, fol. 65, vo; pour ple, il y a dans le ms. B. R. 7218, fondB 

saint Nicolas, fol. 71, vo, et pour saint fran^ais, fol. 374, une Patenottre fartie. 

Germain, fol. 73, vo. Toutes les pri^res de Probablement, Faree vient de Fort, comme 

la Messe, si Fon en excepte F^vangile, le bas-latin Faria, Fariutj et signifiait 

avaient ^U^ farcies ^galement en latin ; nous dans rorigine Interpr^tation , Explication ; 

citeions, comme exemple, le Pater notter il a mdme encore ce sens dans XdiDeepur- 

de la Messe des Fons, qui fut compos^ par toiton de la Synagogue et de tainte Yglite 



— 59 — 

LeCTIO LlBRl SAPIEMIAE 

Proclamet saluberrime^ 

Spiritus-Sancti carmine; 

quam , Fideles , perpendite. 
Qui timet Deum (1) faciet bona , 

Etpercipiat gaudia 

conditoris perenma. 
Et qui continens est justitiae apprehendat illam, et obviabit 
illi quasi mater honorificata ^ 

Quia dulcis est gratia , 

suavis misericordia ^ 

mirabilis in gloria. 
Cibavit illum pane vitae et intellectus, 

Dum supra pectus Domini 

recumberet altissimi. 

que M. Jubinal a pabli^, MytUrei iniditt L^esprit boriesqae du moyen Age ne tarda 

duXV^tiiele^ l. II, p. 406 : pas k rendre les farcet ridicales, et on 

Ta ii'enteii« pu a droit de oMte riens 1« gUMe ; associa au mot qui les d^ignait une id^ 

u verge fu D»vid et Saiomon , u roM. ^g bouffonnerie grossi^ro quo nous donnons 

Tw«-toi,dia««inteYgii«e,quei«un^e ioiiarae! encore k Force. Les tTois citatlons sui- 

trop as ie cuer fkrsi et piain de fiBiuse farse. vantes peuvcnt au moius faire rcgardor 

Ges explications ^taient n^cessairement ce cbangement de signification comme 

donn^ dans une langue intelligible au assez vraisemblable : In festo sancti 

peuple, et si, comme M. Magnin le dit avec Jobannis et Innocentium nimia jocositate 

on peu d'exag^ration, Jottmoi </es Soooii/», et scurrilibus cantibus utebantur (monia- 

1B44, p. 23 : « Toutes les ^lises retentirent les Villae-Arcelli), ut pote farsis, conduc- 

pendant les Xe et Xle si^cles d'une foule tis, motoUs; Odon Rigaud, Regettrum vi- 

d^bymnes et de proses farcies, » ces commen- titationum , B. R. no 1345 , fol. 358, vo. Ils 

taires^taientd^abordn^cessairementenlatin (les eccl^iasliques deTroyes) firent et ont 

et ne furent traduits que lorsque les nou- fait ladite feste aux fols en plusieurs excez 

veaux idiomes eurent it6 perfectionn^ par de mocqueries, spectacles, deguisemenls , 

un assez long usage pour 6tre pius facile- farces , rigmeries et autres telles folies 

ment compris. Ges interpritationt devin- qulls n'avaient oncques mes faits de m6- 

rent de plus en plus libres; et Farce ne moired'bomme; Leltret patentet de Char- 

r^veilla plos que Tid^ d'une cbose ^ran- let VII ( 17 avril 1445 ), dans Martenne, 

g^e qui s^ajoutait arbitrairement, et en em- Thetaurut anecdotorumy t. I,col 1804. 

pUssait une autre. 11 conserve encore cette Omnes vadunt per civitatem post prandium, 

acception, et on trouve dans une ordon- faciebus opertis, in diversis habilibus, et 

nance de 1379 : Que nul ne face coisin si quae farsae practicari valeant , tempore 

(1. coussin) qui ne soit d'aussi bonne farce tamen sicco, fiunt in aliquibus locis civi- 

comme la couste ; Ordonnaneet det roit de tatis, omnia cum houestate ; Eeeletiae Tul' 

France, t.V, p.548. Le hitin Farcire avait lentit ttatuta (recueillis en 1497), dans du 

mdme pris le sens de Grossir, Emplir : Gange , Glottarium mediae et infimae lor- 

Sed qnld plora loqaor ? nnUi mors improba parclt, tiniUUity X. III, p. 961, COl* 1 Oi 2. 
n6n eradit Inopa nec qoi marsapia farcit. 

De eontemptu mundi, dans saint (1) Dominum dans le ms. 1351. 
Bemard , Opera , t. II, col. 891 . 



— (K) — 

Kt aqua sapientiae salutaris potavit illum ^ 

Ut paradysi fluvius 
totum orbem coelestibus 
irrigaret dogmatibus. 

Et firmabitur in illo , et non flectetur 5 et continebit illum , et 
non confundetur, 

Ut arce Syonpositus 
permaneat virtutibus, 

Et exaltavit illum apud proximos suos , 

Cum aequo mundi judice 
throno sedentem gloriae. 

In medio Ecclesiae aperuit os ejus , 

In voce evangelica , 
ad divina pra^conia. 

Et implevit illum spiritu sapientiae et intellectus , 

Ut more volans aquilae 
spectet solem justitiae. 

Et stolam(i. stola?) gloriae induit eum , 

Inter Sanctorum agmina 
coronis rutilantia 
et luce solis candida. 

Jocunditatem et exultationem thesaurisavit super eum, 

In angelorum curia 
per festa immortalia. 

Et nomine aeterno haereditabit illum , 

Quem dilexit prae omnibus 
unicus Dei filius , 

Dominus Deus noster. 

Jofhjannes theologej 
Christo dilectissime , 
tuis laetos solemniis 
coeli conjunge gaudiis t 



— 61 



Vie rhythmique de saint Chef (i), 

Qi]id dulcius , Fratres carissimi , poterit a Christianis audiri — 
quam , quando per suorum laudem Sanctorum laus et gloria 
redditur creatori. 



(1) B. R. foods de Saint-GermaiD latin , 
no 1607 (Xe si^cle), non pagin^. Ou lit en 
Wte : Incipit Vita sancti ac tieatissimi Teu- 
derici , abbatis et confessoris, discipuli ahni 
Remigii , qui requiescit in Monte Or ; mo- 
nasterium quod ipse, angelo ostendente, 
construxit. Les Yies des Saints ^taient, 
comme on sait, fort populaires pendant le 
moyen Age. La Yie eo prose de sainl Ghef, 
pubii^ par Mabillon ; Acta Sanctorum 
ordinis Sancii-Benedicti , si^cle I, p. 614, 
commence ainsi : Memoranda primum 
Sanctorum exordia, et admiranda miracula. 
Gom ad poslerorum agniiionem et utilita- 
tem stylo traduntur quae visa sont vel au- 
dita relatu veracissimo , honor Sanctis ex- 
bibetur, fides credentium accressit, inimicus 
hmnaDi generis poenis aetemis pleciendus 
confuoditur, et Ghristus factor et redemptor, 
qni caput et corona omnium est, in mem- 
bris laudatur, magnificatur quotidie et glo- 
rificatur. Aussi Bozon disait-il dans la Vie 
de tainte Marie-Madeleine : 

Meis jeo prie Marie la dulce , 
ke sa bonte point ne grottce 
De ayderBosun en son mester ; 
ki sa vie voult translater, 
Ke gent la possent plus amer, 
e del lire merit aTer. 

Daos M. Wright, Biographia britan- 
nica literaria , P^iode aoglo- 
normande, p. 351. 

Ces Vies des Saints ^taient une des lec- 
tures les phis habituelles du moyen Age , 
comme le prouve une foule de t^moignages. 

Libenter, Presbyteri , raane vigilate ; 
qnam leve sit Domini jugum oegustate ; 
distinete per ordinem psalmos decantate ; 
saqpe laborate ; Vitas Pat&um recitate. 

De diveriis ordinibut hominum, v. 
139; pobli^ par M. Wright, Poemt 
at^rHmted to Walter Mapet, p. 
233. 

Et pour ce aa latin me vueilx de tout aordre ; 

car en pluseurs moustiers le lisent la gent d'Ordre ; 

Cilz qni ne m'en croira , a Pontieres s'en voise , 

a Verzelay auxi , si sanra si le boise : 

Qnar on lit au mangier ponr cbose toute certe , 

anxi corome de Sains les fais Girart et Berte. 

GirartdeBottillon, publi^ dans M. Mone, 
Anxeiger fiir Kunde teultchen 
Yorxeit, 1835, col. 209. 



L'apostoilIes li conte la vie saint Martin 
et devise la letre et espont le latin. ' 

Chanton det Saines, slr. xxxviii, 
t. I, p. 65. 

Nous avons d^j^ indique daos les Proli- 
gominet de notre hittoire de la poisie 
scandinavcy p. 310, oot. % uoe foule de Vies 
de Saiou , rim^cs en langue vulgaire. Nous 
nous bornerons ici k cn citer quelques-unes 
en lalin : Une Vie de saint Marlin, par 
Guibert, abb^ de Gembloux, a la B. R. de 
Belgique , commen^ant ainsi : 

Christi miles magnanimus , 
Martiuus, actu splendidus , 
Qua fulserit militia , 
quae tulerit et praemia , 
Ad regis ejns titulum 
et posteri ad exemplnm , 
Laudum lierois avidns 
referre gestit animus. 

Dans M. de Reiffenberg, Annuaire de 
la Bibliothdque royale de Belgi- 
que, Vlleann^e, p. JJ6. 

Une Vie de saiot Pelrot conserv^e dans 
la Biblioth^ue de Gotha et commen^ant 
par ces deux vers : 

Sicut scriptis legimus saepius relatis , 
vir quondam cnituit mirae venustatis. 

Dans MM. Jacobs et Ukert, Beitrdge 
zur alteren Literalur, t. III, p. 272. 

Une de saint Amis et de saint Amitte, 
B. R. no 3718 (XlUe si^cle), fol. 25, ro : 

Cbriste , Dei virtus , verbum patris , hostia vera , 
auxilium mendico tuum , Sapientia summa. 

~ Une de saint Laurent , B. R. no 4880 
(XlVe si^cle), dont tous les mots commen- 
cent par un L : 

Lnsitanum lyricis lusibus Laurentium , 
lucitts iotum lavacro , landet ludens labium. 

La Vie de sainte Agnte par Hildebert, 
Opera, col. 1247 ; celle de saiote Thais par 
Marbod, ibidemy col. 1541 ; elc. Sans appar- 
tenir k la liturgie , ces petits po^mes ser- 
vaient certainement k des actes de pi^t^ , 
car on lit dans la It^gende espagnole de 
sainte Marie-P^gyplienne : 

Todo omen que ouiere sen , 
ya responda e diga Amen. 

Dans Rodriguez de Gastro, Biblioteca et- 
panola^ t. II, p. 505, 



— 62 — 

Excitatur enim ad promittentis amorem mens audientium — 
cum praesentiaiiter cemitur completio promissorum. 

Veracissimus namque est qui per psalmigraphum promiserat 
Spiritus : — in memoria aetema erit justus. 

Gujus etenim unquam, mundi ab exordio, — memoriam justi 
delevit oblivio ? 

Immo cujus justi nomen cum laudibus promicuit (1) in saeculo , 

— quod in divinae memoriae scriptum est indelibili libro ? 
Gujus rei praesens instat indicium — beatissimi Teuderici me- 

morabile meritum. 
Qui quantum in ipso fuit laudem ab hominibus nonquaesivit, — 

mortalis gloriae tumorem (1. rumorem) calcavit. 
Plus suae conscientiae quam vulgi opinionibus, et plus Deo 

quam sibi credidit ; — sed humilium exaltator atque se depri- 



et la Vie de saiote Marguerite en vieil- aptet ei — quo sit liymago [$ie) Dei. UtM 

anglais commence par ce vers : le plus cd^bre ouvrage de ce gewe est 

Olde ant yonge I preit ou oure folies for to lete, Saos COntredit le Speculum humanoe mI- 

et finit par une v^ritable priire : vationit dont les iignes yarient de dix a 

F.r (1. For) seinte M.regrete love. of us hare mercie ; Vingt- cinq SyllabcS : nOUS CiterOM Seulc- 

Amen , amen , checun die Amen. ment lCS Six premi^es : 

DanS HickesiuS, ThesawrUS antiquitcUwn Inclpit Speculum humanae salTationi» , 

Septentrioinalium, t. I, P. I, p. M4. »»» <I«o P«tet cwu bominU et modas repanitionis. 

-^ ^ In hoc apeculo potest homo oonsidcrve 

Le rhythme de CeS SOrteS de pO^meS n a- qu«n ob cansam creator omnium decrerit bominem 

vait pas toujours de r^gularit^ litt^raire; ^. u - a a ^iwii#**T*' 

., f» j o . . «w I Pater hommum videns quomodo per diaboU Irandem 

Tauteur de la Vie en prose de saml Wul- ,it damnatus 

fram nOUS dit que Thihaud de Vernon : « qnomodo por miserieordiam Del sit reformatns. 

In communis Unguae usum satis facunde ^^^ yie rhythmique de saint Chef n'est 

retulit, ac sic ad quamdam tinnuh rhythnu geulement fort corieuse par son anU- 

simihtudinem urbanas ex iliis cantUeuas ^^ ^^ ^^ ^^ consonnances ; Mabillon a 

edidit ; Acta Sanctorum ord%n%s SancU- p^yj^ u„e yj^ g„ ^^ ^^^ ^„^j ^ ^^ ^ 

Bened%ct%, si^cie III , t. I , p. 579. .4ux ^j ,g „,^^ „,g renferme une prose pour le 

exemples que uous avons cil6s dans nos j^^^ ^e ia naissance de saint Chef qui eu 

Poisies popula%res lat%nes, ^. 87, note 1, gg^ ^yidemment oitraite, od des r^p^Utlons 

nous ajouterons le ch. 17 du I. ii du M%ra- nienag^ aprte chaque verset , pnmvent 

c%aa de saint Roman par Gislebertus, pu- ,^ ^ e„ ^y^ dertinfe au peuple. 

bh6 par a Bosco, B%bl%otheea Flor%af:ens%s , ^.i 4, ^ ^„gi,„t ,^ consonnancw 

& ^^UfSilMP'*'^» "^" Pan^nque de ont dt6 syH^mallquement ohercMes, et que 

Henri III (IV) par Benzon , impnm^ par ,^ yies des Saints qui se Usaient entre Vt- 

Mencken dans son «c»^ yermontcarum ,4,^ ^j |']feyangile furent remptac<^ par 

scr%ptores, t. I, col. 957 : Audiat Augustus ,^g ^^^^^ lorsqu^eUes furent proscrites par 

- quae profert non homo justus, - sed ^^ ^our deRome, et que le peuple intervint 
mage peccator, - fidei Umen altiionator ,,.„„3 „^„i^,^ ,„g ^^^1^^ j^^ ,„ ^^^^^^^ 

— per quam fit fortis, — videndo pencuia ^ l'£ffUse 
mortis. — Soi velut in coelis, — ita fulget 

ubique fideUs ; — nam fidei tumen ^ pe- (l) II faut sans doute lire pnminuit ou 

netrat coeleste cacumen : — quisque cor promicavit. 



— 63-- 

mentium erector, Deus ejus laudabilem famam, famosissimam 

laudem longe lateque di(f)fudit (1). 
Ille igitur qui , fortia quaeque confundens, infima mundi elegit, 

— hunc non ex superbo sanguine generari voluit, — qui eum 

in generatione justorum sublimiter nobilitavit (2). 
Quibusdam quippe nobilitas generis — saepe gignit ignobih'- 

tat^ mentis. 
A parentibus tamen Christianis fuit ortus — et cum ingenti 

studio legitimae conversationis , — usque ad annos puber- 

tatis, — laudabiliter est enutritus. 
Interea bonae indolis adolescens juvenales annos ingressus , — 

juxta morem humanae propagationis , — consulto parentum 

persuasus, — nomine tenus quasi non habiturus, — spon- 

sam babere coepit (3). 
Sed sponsi sponsaeque coelestis esse malens amicus , — amore 

invisibilium latenter infiammatus, — moxque de mundo 

mundiqueprincipepalam triumphaturus — adhuc studebat 

fieri Dei cultor occultus. 
Habuit quippe in proximo quo sanaretur medicum, — quo 

juvaretur patronum , — quo doceretur magistrum , — bea- 

tissimum Remigium. 

Gujus tunctemporiscandidissimafama, — famosissima claritudo, 

(1) On Ut dans la Prose, qui esl noC^e : peuple y est bien plus nettement marqui^ : 

Hic mortalU gloriae nunorein calcavit : sed plus D«o Glorioai patris Bemigii exemplis irradiatat, beatut 

qnam tibi de se credidit. Hujos laodabilem fiupam Theodertcua — Ardens deslderio Tirtutnm , creecebat 

exaltator et erector bnmilium Dens extulit , ac jugiter in vlrum perfeotum. 

famoeissima laude longe lateqne diffndit. Amore invlsibilium latenter inflammatos et de 

mnndi principe triumpliatarus — Ardens. 

(2) OrtUS autem paffO Remensi , Villa Ut Mittltur de sublimlbus allger missus , a quo 
«^V:>». Ai.»»..»»^,j3.»».«<^/«ffAon.n»»».i* Tbeoderico ooelum scansumm eonsignaretur locus 

traditur, Aiamannorum corle (Mesnancourt, ,„ j^^, _ ^^ „„i„, horae spatio ubi oonstmi 

k trois lieues de Reims, sur la Suippe), debuit lenfis Toiatibus stetit. 

patre latrone, veluli rosa spinarum pro- ^^^^. ^^^'^"ilL^Tl'^ '"SSt^.iT" 

■^ ^ , ' -nj jt n' . ' n mouasteni capaoem, seeans aera, designayit — 

creatur horrore ; Flodoard , Huiona Be- Et unius. 

mentii, 1. I, Ch. 34. ^^""^ sanctus snblret Theodaieus honorem sacer> 

dotalem, implere volens officinm nominis — Coepit 

(3) La PrOSe a «Onserv^ presque tOUt Ce omn»bus praedicare P»ecepta salutis. 

* ' r -^ Conyertens eos qui deyianmt per anfraottis lu- 

Verset : brici erroris et revocans , adreducens ( manque dans 

Interea bonae indolis adolescens, JnvenUes annos du Cange) ad viam Pascuae paradysi semper flo- 

IngreBsus , a pairentibQs snasus , nomine coepit ha- rentis — Coepit omnibus. 

bere sponsam quasi non habitums. Beatus Theodericus muitis vitae coelestis duoatnm 

praebens , grenltorem suum — Ab hoc saeonlo ne- 

NOUS ajOUteronS ia fin de Cette PrOSe OU quam in melius succedens convertit. 
DlutM tfune autre ; Car il y a dans le mS. Salutaribus monitls de lalco monachnm fecit et 

I -, • — >-,j AMi. <w.»«» «...»^2«;^« n»i«> ordine fillns patrem regeneravit. — Ab hoc. 

une lacune qui rend d^a cette supposiUon 010^^ ^^^^ ^^ PiUo ^t spiritni-sancto - Beatn» 
trte-vraisemUable, et la participation du convertit. 



— 64 — 

— clarissima miraculorum coruscatio, — non solum vicina 

quaeque loca , — verum etiam totius Europae terminos — 

adusque Oceani limbos — illustrabat. 
Hujus igitur gloriosissimi patris exemplis sanctus Teudericus — 

jugiter irradiatus, — ardens desiderio virtutum, — crescebat 

in virum perfectum. 
Omnia quae videntur vilescunt^ — quae non videntur in desi— 

derio sunt. 
Copulae nuptialis amor amarescit; — indulcescitamor castitatis. 
Otia solitariae vitae placent ; — carnis negotia displicent. 
Amor amore extinguitur ; — nihil amori Christi praefertur. 
Renuntiatur mundo^ — foedus initur cum Deo. 
Bellum indicitur hosti^ — singulari locus quaeritur certamini. 
Sponsus alloquitur sponsam, — sponsi coelesti(s) (h)ortatur 

amorem , — perpetuam pro virginitate poUicetur coronam. 
In caelebis (1) praemium — sequi promittitur agnum. 
Sed sponsa adhuc tabescens amore camali , — deridens spemit 

sui salutaria monita sponsi. 
Mirabatur enim se subito repudiari , — cum debuit conjunx 

fieri. 
Aegre ferens fastidia pati — antequam posset uxor vocari. 
Amaro animo respondet , — cum se despectam videt. 
Cum igitur sanctus Teudericus cemeret — quod sua persuasio 

in animo sponsae locum non haberet , — non consentientem 

sibi deserit — atque pacificis ei verbis valedicit. 
Tunc erat urbe Remense quaedam caelebis abbatissa , — sacri- 

tissima (1. sacratissima) virgo, nomine Susanna. 
Quae sub providentia summi pontificis, beati Remigii, — puel- 

lari praefuit congregationi. 
Femina viriUs animi , — virago profundi consiUi , — consiliatrix 

altioris ingenii. 
Ad cujus , — quasi ad piissimae matris mitissimos sinus, — con- 

tulit se sanctus Teudericus. 

(1) Gette forme , qui n'est pas indiqu^ faute, puisque nous la trouverons au no- 
dans du Cange , n'est sans doute pas une minatif six strophes pluf bat. 



— B5 — 

Debinc virgo virgini Deo soli cognita — pandit sui cordis 
arcana. 

Erumpentibus lacrymis, gemitu conturbatur, — singultu con- 
cutitur. 

Ante pedes spirit(n)alis matris solo stemitur, — salubre consi- 
lium cum subsidio precum subnixe precatur. 

Ad hunc compunctionis moerorem devotissimi juvenis — com- 
mota sunt viscera piissimae matris. 

Flenti compatitur, — lugentem solatur, — moerentem laetifi- 
cat, — et, ut eum voti compotem faciat, — Dominum pie- 
tatis exorat. 

Communis igitur utriusque pater pius, — ab utrisque con- 
sulitur sanctus Remigius. 

Cujus per sapientissimum consilium , — ad providendum futuri 
monasterii locum, — mittitur cum virgine virgo, — Sancta cum 
Sancto, — Susanna cum Teuderico. 

Conscendunt silvosi montis verticem , — in quo postea cons- 
tructum , — et modo manet monasterium. 

IUis autem dubitantibus — ubi construeretur orationis domus , 
— nbi deinde septa claustri , — ubi porta nK)nasterii , — mit- 
titur de sublimibus , — aliger missus — a quo Teuderico , — 
coelum scansuro , — consignaretur in terris locus. 

Jam tunc laetum primitus omen apparuit , — cum mysticus ales , 
aquila (1), patiando girans, — et girando volans, — quan- 
tum in ipso fuit, — locum monasterii capacem, secans aera, 
designavit. 

Et ut specialius ostenderet — quid Dominus vellet, — fere unius 
horae spatio supra ubi ecclesia construi debuit, — lentis vo- 
latibus stetit. 

Libet considerare , Carissimi — quanta sit dignitas istius loci — 

(1) Uaigle ^it un oiseau mythique, gnificatioD qu'au phenix; P«a«m«cxxxix, 
Gomme on le voit dans ^lys^ v. 2 et Rot«, v. G ; Isaie, ch. xl, v. 51 : voyes aussi irois 
I II cb. 9 ; on lui attribuait la m^me si- strophes plus bas. 

5 



— 66 — 

mons Or nominatur (1 ), — ab utriusque sexus duobus vir- 
ginibus invenitur, — per aquilam osteiiditur, — a Domino de 
coelis consecratur. 
In monte Or per aquilam ad serviendum Deo describitur locus , 
— in quo renovanda erat veteris hominis, sicut aquilae, 
juventus. 

Sed ne hoc aliquo casu contigisse ab incredulis crederetur, — 
die natali[s] Domini, cum nox detrimentum patitur et lux 
augetur, — quadriennio, continuo super volando, monaste- 
rium circuire eadem aquila, mirantibus plurimis, cernebatur. 

Quae vero virtutum opera , — quanta miraculorum insignia — 
peregit inibi miles Christi Teudericus , — noster non sufHcit 
per singula quaeque sermunculus. 

Post autem non multi successum temporis , — cum Teudericus 
presbyteralis subiret onus honoris, — implere volens offlcium 
sacerdotis, — coepit omnibus praedicari {sic) praecepta sa- 
lutis. 

Dehinc specialiter tangit animum piissimae prolis — Marcadi 
cura, carissimi genitoris. 

Filius sapiens laetificat patrem — et coelo regenerat se gene- 
rantem •, — de laico monachum , — de latrone datorem lar- 
gissimum , — de servo diaboli Christi fecit liber(t)um (2). 

In illis igitur diebus , de sancto Teuderico — sancta per populos 
divulgabatur opinio, — ut ne veluti lucerna contecta sub 
modio, — sed hominibus luceret in mundo ^ — quantum fuerat 
sublimis meritis, — tantum clarere coepit insignis miraculis. 

Ejus namque beatissima fama — pervenerat usque ad Franco- 
rum regis palatia. 

(1) Peut-dtre faul-il ecrire Aor comme le le pdre s'appelait Marcbard : Et quia, ut 
nom de la montagne de TArabie - P^trde , scriptum est, filius sapiens laetificat pa- 
dontH est qoestion dans YBxode^ ch. xvii, trem, et coele regenerat se genorantem; 
V. 6 ; car on lit dans la Vie publi^ par compos sui desiderii efTectus, de laico mo- 
Mabillon, Acla, si^cle I, p. 617: Or siqui- nachum, de lupo ovem, de latrone dato- 
dem lumen vel iracandia , sive montanus rem targissimum et de servo diaboli Christi 
inlerpretatur. fccit libeH^; Acki Sanctorum ordinit 

(2) Suivant la Vie puWiee par llaMllon , Sancti^BenedieU, sidcle I, p. 6t7. 



Quorum tunc erat rex valde timendus — Teudericus , Flodo- 

vaei (1) filius. 
Cujus oculus subiti doloris nimiis cruciatibus ita est correptus , 

— ut nullis diversi generis medicamentis ad sanitatem pristi- 
nam uUus — eum posset perducere medicus. 

Unius oculi lacrymabilis aegritudo — oculorum multorum lacry- 

mas excitavit in populo •, — regis animum exitus incerti con- 

turbant. 
Hinc tangit formido mortis ; — illinc magnitudo doloris. 
Hinc metus amittendi luminis •, — illinc inmiinentis timor defor- 

mitatis. 
Nam, si rex adforet luscus, — maximum in populis fuisset 

dedecus. 
Aut enim, turpiter regnando, deformitatis portaret opprobrium , 

— aut perditione oculi perdidisset regnum. 

Unum ergo restabat regi consilium, — ut, ubi cessasset huma- 

num remedimn , — hic adesse necesse erat divinum adjuto- 

rium. 
Audiens igitur rex fanfiam venerabilis abbatis Teuderici , — jus- 

sit eum ad se vocari, — et, cum venisset, ostendit ei mor- 

bum miserabilis oculi. 
Monstrat poenam quam patitur, — praevenit pericula quae ve- 

retur ; — supplex deposcit, subnixus rogitat , flrmiter sperat 

sanitatem quam a Domino per suum servum deprecatur. 
Tunc vir Dei , sciens virtutem non esse humanae fragilitatis — 

sed divinae operationis, — corpus solo stemit, — animum su- 

per sidera erigit , — totum se orationi committit. 
Deinde peracto ferme unius horae spatio , certus quod oculo 

regis lumen impetrare meruit — orationem finivit. 
Tandemque surgens , erecto ad sidera vultu , sanctae Trinitatis 

nomen invocat (1. invocavit?), — olei sancti paululum summi- 

tatipollicis inftmdit (1. infudit?). 

(1) Cblodovii8ii8 ; cette forme d^asphra- remplac^ dans beaucoup de inots le f des 
tioo est remarquable, c*est une sorle de Latlns par un h: ilijoj Hacery Ililo. 
digamma ^lique : on sait qoe Tespagnol a 



— 68 — 

Oculo male habenti signum salutiferae crucis imprimit , — si- 

mulque cum sanitate pristina confestim lumen reddit. 
Regem regum magnificat rex laetus •, — laetitia repletur po- 

pulus. 
Ingenti exultat gaudio universus senatus •, — laudatur Teude- 

ricus, Dei servus. 
Glorificatur ab omnibus — mirabilis in Sanctis suis Deus. 
Convocat princeps primates populi, — seque ipsum accusat 

quod tam tarde inquireret atque cognovisset virum Dei. 
Congratulatur quoque de magnitudine miraculi, — quod tam 

citius sensit virtutem spirit(u)alis medicamenti. 
Ita ut nuUius cicatricis vestigia , nullius caliginis reliquiae re- 

manerent-, — sed clariore lumine et perspicaciore visu de 

sanato jam oculo luminosi radii refulgerent. 
Ex(s)ultat omnis aetas per totum palatium , — una vox ex(s)ul- 

tationis et confessionis sonat per universum regnum, — cum 

Teudericus, servus Christi , — Teudericum regem reddidit 

sanitati. 
Per multum tempus laboravit in vanum invalida manus medi- 
corum •, — iste pauper clamavit pro divite et Dominus exau- 

divit eum. 
Quod potentia non valuit divitis excelsi , — hoc apud Deum 

valuit oratio humilis justi. 
quantis honoribus rex sublimaret — Dei servum , si vellet I 
(Juantis muneribus repleret , — si cuperet ! 
Quantis dignitatibus remuneraret , — si sineret I 
Quid enim oculo carius ? — Quid salute utilius? 
Quid vita comparari potest pretiosius , — vel quid haberi pulcri- 

tudine desideratur avidius? 
Numquid enim non dedisset pro vita sua regni dimidium, — qui, 

si moriretur, perdidisset totum? 
Sed humanae laudis — et mundanae retributionis — contemptor 

gratis dare maluit — quod gratis accepit. 
Atque vir, magnae humilitatis studiosus , — cum plus curabat 

ne regis esset univocus , — ait ad eum dicens : 



— 69 — 

Domine rex , quia Teudericus nomen tuum veneranter vocita- 

tur a populo, — ego, servus tuus, ne feram nomen simile, de 

caetero — non Teudericus sed vocabor Teudeno. 
Tunc rex gratulanter admirans — et admiranter congratukms 

— purissimae simplicitatis humilitatem — atque simplicissimae 

humilitatis puritatem humillimam , 
Venerabiles inanus deosculans , sacerdotis postulat benedictio- 

nem — atque honoriflce jussit eum — ad suum deduci monas- 

terium. 
Exhoc igitur — uno demonstratur, — quanta curationum gratia 

fulsit in sancto — Teuderico. 
Quantas namque tum cerneres — ad eum confluere debilium 

multitudines , — quae sine mora temporis continuas recipere 

(1. recepere?) sanitates ! 
Caecis quoque visum , — surdis auditum , — claudis gressum 

restaurans^ — aridas contractasque manus relaxans. 
A daemonibus obsessos liberans, mille nocendi diabolicas fraudes 

— per divinae medicinae destruxerat artes. 
O multum felicem — gregis Domini pastorem — cui datum est 

corporibus simul et animabus conferre salutem I 
O triumphalem — spirit(u)alis belli ductorem , — mundum cum . 

suo principe superantem ! 
patrem piissimum — multorum monachorum ! 
fidelissimum in domo patris familias proferentem — nova , et 

vetera (I. veterum ?) dispensatorem ! 
perseverantissimum in Dei famulatu usque in flnem , — suae 

suorumque salutis cupidissimum comparatorem , — sanctum 

Teudericum. 
Qui vitam angelicam in terris agens — et mentis intentionem in 

coelestibus flgens, — in diebus suis per justitiae meritum pla- 

cuit Deo. 
Tunc plures instruxit discipulos, et nunc innumerabiles imita- 

tores suo saluberrimo — informat exemplo. 
Qui post multarum virtutum opera, — post miraculorum in- 

signia, — bono certamine ad victoriam perducto, — felici 



— 70 — 

cursu cousummato , — suis plangentibus monachis , — ob- 

viantibus ei Sanctis, — gaudentibus et perducentibus eum 

angelis, — die calendarum juliarum, — cum gloria migravit 

ad Gbristum. 
Cujus audita pretiosissima morte , — praefatus rex Teudericus 

ad monasterium properanter venit cum magna multitudine. 
Et praedicti beneficii memor, — et suae salutis noil immemor, 

— ad tumulum corpus beatissimi abbatis — rex propriis 

evexit bumeris. 
Nimirum si rex hominum illius membra conmiendet tumulo, — 

cujus animam cum gaudio — rex regum suscepit in coelo. 
Ad cujus etiam venerabile sepulcrum — divina virtus usque in 

hodiernum diem — multimodam operatur salutem. 
Per cujus nos omnes deposcimus patrocinium, — ut misericor- 

diam habeamus apud Dominum, — qui vivit et regnat per 

omnia saecula saeculorum. 

PoHme sur saint Thomas Becket (1). 
Ante chaos , jurgium indigestae molis , 

(i) Ms. B. d'£vreux, do lo, foU 83, ro. formavit, nugis et seriis pariter et vena- 

Cest cdoi que M. Ravaisson avait indiqud tioui intendebat, et etiam Domini pran- 

comme se trouvant k Alen^on; Rappartiur dendi dormiendique tempas observare saia- 

lei Bibliolhiquei de 1'Oueity p. !257. Ge gebat; JoliannesBromton, CArontVon, dans 

po^me,qaenagu6re8encorepersonnen'avait Twysden, Hittoriae anglicanae auetores 

meutionn^, a ^t^ compose peu de temps decem, col. 1058. Les ^v6ques avaient iong- 

aprds la mort de saint Thomas , puisque le temps refos6 de le nommer archevdque ; ils 

ms. semble avoir ^t^ dcrit pendant le Xll^ Je disaient : hominem militari potius cingulo 

siecle. Une lalinit^ assez d^aute pour le quam clericali oflicio mancipatum, canum 

temps, une connaissance approfondie de la sectatorem;Ftto quadripartita^h i, ch. 11. 
Bible et la longueur du po^me font croire orgouius le tenent et fcr, 

que le nom de Tauteur a dd nous Hre con- ne quidont en ii trover 

serv6 par Thistoire litt^raire; mais la ma- reiigion. 

ui6re violente donl il parle de Henri II Ta ^** »« '»»»^ Thomai, v. 256. 

sans doute emp^cb^ de se faire connattre. Lorgque le roi eut eofin vaincu leurs r<- 

Tout se reunissait pour rendre ce sujet fort pugnances, Thomas Becket changeacompl^- 

populaire; le p6re de Thomas Becket avalt tement de conduite; la Ugende dorie dit, 

d^ja ^t6 chant^ pour sa bravoure et son p. 67, ^. de M. GrAsse : Subito autem in vi- 

mariage romanesque avec une sarrazine : rum perfectum alterum permutatur, et caro 

Yoang Beekie wu a brave a knigbt.... ejus cUicio et jejuniis maceratur : et il D'b^ 

In London was young Beichan bom. gjj^ p^g ^ fgjj.^ j^ gacriace dc Sa vic pOUr 

Jamieson, Popular tongty t. II, soutenir rhonneur do si^ge archi^iscopal 

P- ^^^* et les prerogatives do clerg^. Beaucoup de 

Son Gls avait partag^ les jeux ct les d^bau- poStcs, pour la plupart eccl^siastiques, du- 

ches de Henri li : Regis se moribus con- rent donc prendre Thomas Becket pour 



— 71 — 
adhuc (h)yle (I) gravida foetu magnae prolis, 

n^alrouvMfiicoredaDsaucune 
is seulemmt tpits aa mon : paniiini iiiomH •lui» fiHHiiiinque 



Pr^ d'an sitde eftia, on diui 
dans la BalliidB populaire sur la 
Simon de Monlfort, poihIe de Leioe 
fut liti h la bauille d'£veshani, en 



'°i^™iliii^""' 


B»n»M. Wrighl, Biographia bri- 
Imiea l.lBrafia, lf*riode anglo- 






normande, p. »B. 












elJB irouve une sorle d'appui dans le sujet 
el l'e»pril du pofme qut noui a *l* con- 


Kitson , Aiurieiil timg$ imd balladi, 


t. i, p. 16. 


serve, oft GetvBsiaS excila 1e» flccl^iaili- 


1.88 «Hijeetures sur l'»ulear de ce poinifl 


ques 4 5'idslruire fll 4 remplir leurs de.oirs 






c«pendaDl il y i irois hommes MAchts i 




la persoDiie dc Thoma» Beclul el lr«9- 


pai mimo eneore tous les DU. qui uouj onl 


verstsdansl» versiflcalionlaUne, que Ton 


eonserve des ouvrages sur saiiil Thomas. 


sail «voir dWendu lo mSmoire de leur bien- 


Ainsi, dins san Manuicripl ratititi oflhe 


faiteur : ee sont Jobannes de Saliibury, 


Vaieeriity of Cambridgt , M. HalhwelU 


Willelmns FiH-Slepheu el GerYHiius de 




ChicBsler(Cecesuen8ks). La Vk du premler 


moe archiepiicopi , el p. »7, feriuide 



... . . , TAoma orcfctBjHKDpo. D'ai]!eur9, I 

(sulvanl M. Le Gla; , MinoiTetur lei Bi- du po#me que ron va llrfl, iies'appuie que 

bliolhiquei dti diparlemeiil du Nord, p. sur la [rsdiliou (p. TG, v. 30; p. T8, v. ig;, 

143) el peul-eire en Angleterre ( B. Bod- el cc moyen de d^iourccr les soup(ons ^Uli 

l^ienne, ms. Land. F. 11); elU) etl en bien peu dans rcsprit du mojeu Age. Le 

rbjlbmeesl celui dc la cbanson sur le meme 

sujel. que nous avonspubli*e dans nos Poi- 

tiei populairei Jal{nei,p.4IIS: ilealdivis^ 

enqualrains iDOnOTlnies donl li consonnan« 

porteiDr deux sjllabe», el cbaque ligne en 

a Ireiie, qui tonl di<ri8«es en deux hAni- 

slicbes par uae ctsure apr^ la leptl^me. 

(1) Cetifl eipressioD, emprun^e 4 PIbiob, 

#lail Eorl souvent emploi^e par lea lAiloBO- 

pbes des SIU elXIUe aitcles. On lilduts 

le Megaeoimut de Bemard de Charires, 

I. R. no 6113, non pagin^ : Eral (h)ylo 

'ullus anliqaisslmuB, generationis oleru* 

nderessus , formarum prima subjeclio , 

Rei cuncioniiii •■•ruiiinim , nn •nii •eibHiM. maleria corporum, subslanliae fundamen- 

^1"« ET.Jili d^n"" I ["Simrti^.^.Mli^iu!,' * '""■ ^ descriplioM qu'en donne i'B/iic(- 

■"' rali esl plus sciendSque : Formec Dteu 

Besle donc Gervasiusdonlnoas avons en- aquesl mon de la prlmordial materla que 

core un pa«me oA la rime s'aDie 4 la quan- foal comeiisamen creada, Tle pe:i pbilo- 

liM, et oA il uous apprend qu'il avail com- sophes apelada. Es jle nuleria, pei sa 

pos^ une Vie de ssinl Tbomas Becket, qu'on nalura , ses qualilal, ses quanlilat, ses 



— 72 — 

nondum orto lumine lunae neque solis^ 
nec discretis aere, terra , mari , polis \ 

In noy (1), in serie rerum mundanarum 
provide disposuit dator gratiarum , 
sub pressura gravium fionore(m) curarum , 
post laborem requiem , dulce post amarum. 

Seth Abel lugentibus est levamen natus ^ 
Raptus Henoch requie curas est solatus ; 
post Hur, post chaldaicos exul cruciatus , 
Abram in spe seminis stellis est aequatus. 

Post Agar ludibrium, Sarae natus datur ; 
post Lyam, ad libitum Jacob uxoratur ; 
Joseph, luens somnium male dum tractatur (2), 
post malorum cumulum, orbi principatur. 

Pressis Jacob flliis jugo Pharaonis 
patria promissa est repromissionis \ 
multus in periculis, major fit in doniS 
magnus ille rex David, pater Salomonis. 
Job (3), in damnis unicus vas abjectionis, 

COlor, SeS forma , SeS loC el J»e8 tempS ; IntennltUt opu» et quas formare flgaras 

B. SamuM5enevMve, n. lSB5/4JjjL 105. §S'd4l.3r«ui:S:.'S:»icT"'"^ 

Johannes de Salisbury^disait en parlant de Ad Styga tendit iter, mandique arcana secundi. 

Piaton : B. R. no 8359 (XI Ve sidcle), non pagin^ . 

Principio dooet esse Denm ; dutinguit ab aero L'auteur du commentaire a donne cn marge 

tempus. et Ideas applicat ; aptat hylen. ^^\jq explicatiOD : Ylc OSt maleria dlSpOnl- 

Iirvenit hanc animus , dum cuncta resolvit agitque, ,.,. . ^ . ..i.^ .j .«..«^^...^ f«-™.».«. ..«,<.:. 

ut prodant causas iuncta oreata suas. bil»s ct aptabilis ad quamque formam recN 

Si specularis bylen, nunc est substantia quaevis , plendam. VoyOZ aUSSi VOtxa imperiolta do 

contra nunc eadem creditur esse niiiii. Gorvasius Tilburieosis , publie par Lcibnltr, 

Quam dum vestigat ratio , qnasi somuia sentit : ^ci t«c.i»«i *•• , ' *^ . '^. .„ ' 

dumque tenere cupis , mox fugitiva latet. Scrtplorei rerum brwuvtcefistum tUus- 

Auris abesse sonum sio audit , dum uihil audit ; traltoni intervietllet , t. 1 , p. 886. 

sie oculis tenebras ceme videndo nihil ; 
Defectuqne suo sic tactus tangit inane, (t) Noys, du gTCC Nqu;, IntOlligenCe ; 06 

insipidum gustus nii sapiendo probat ; ^ ^ manoue daos la nouvede MitioD de 

Et nihil olfaclensprocul esse revmcit odores, ■««. .«oiu^w «»•*» k» uvut^uv «« 

qui prius argutus oensor odoris erat. do Gange ; il y a dans lo Mogacoimus un 

EfUhetietu, y,94A. dlalogue entre la Nature , rinlelligence 

{Noyi) et la Mati^re {Hyle). 
Gaulier de CbAUIIon s'est servi aussi de ^^^ ^^ ^^^ ,^^^ ^^^.^ ^^^^^^ ^ 

cette expression dans son Alexandreti, ^^^^ ^^^ ^^^^ ^^^^^ |'animosit6 de ses 
1. X, V. 6 : frires et fut vcndu k des marchands ^tran- 

Interea memori recolens Natura dolore gg„ . GeuSie, Ch. XXXVII , V. 7 Ct 9. 

Prmcipis opprobrium mundo commune sibique , ° ' ' ' 

Qui nimis angustum terranim dixerat orbem (5] CettC Slrophc a Six lignCS au licu de 

G.^K".'^JKHt'^^rv'S',;io, q"?"e. et ''«n «» trouvera plusieurs autres 

ranicie viiltus , (h")ylcm mirata uovumque qUI OOt la m^mC irregularit^. 



— 73 — 

postne carmen cecinit , duplis aiuctus bonis ? 

Qui nos aquis gratiae lavit a peccatis ^ 
Palmis, costa, pedibus, in cruce foratis, 
regno nos restitult ; sed , his praelibatis , 
piscem assum editis, si mel praenotatis. 
Sermo est Gregorii , vox moralitatis (1 ) : 
praeit calix cuhfnina ^ crux, spem majestatis. 
Cubfnina per calicis meruit amara 
Thomas, honor praesulum, gemma Deo cara ^ 
nox in lucem claruit , lux tam clara rara , 
parens novi gaudii contra spem sit (1. fit?) Sara. 

Vae ! et carmen praetuli ; volo Vae praeire , 
vicem secus carminis carmen vocis dirae ^ 
sequor morem comici (2), scio vos hunc scire j 
primum Vae et tristia, post Evax ! et lyrae. 

Jam in navi mystica Thomas, nauta imus , 
quam jactabant flumina , quam premebat limus, 
cujus clamor : Domine , salva nos, perimus ; 
reos premens , reis fit foetor, fex et fimus. 
Zelo domus Domini , zeli dux accensus , 
juris est funiculo jura Dei mensus -, 
hinc ofiensus furor est ; institit ofiensus , 
ut vel justus difiluat , vel ruat intensus. 

Rus Ammonis dicitur mansio regalis ^ 
plaga rus (3) cognominat septentrionalis ; 
struxit hic consilium concilio (1. concio) feralis ; 
hic cum christo (4) Domini fit conflictus talis. 

(1] Moralitd ^dans le sens dramatique), (3) Sous - entendu Ammonii , nom du 

Moralisation ; la nouvelle ^dition de du Jupiter Lybien , qui ^tait devenu, comme 

Gange n^indique pas celte signiflcation. On les autres Dieux payens, une persounifica- 

a lu eu chaire , pendant longtemps , la ira- tion du mauvais principe ; voyez l^z^chier, 

duclion fran^aise des Dialogues de saint ch. xxx , v. 15. 
Gr^goire ; cet usage s'est m^me conserv^ k 

Bouen jusqu^au XVUe si6cle. (4) Christut est employ^ ici dans son 

(2) Un auteur ou peut-6tre un personnage ^ens primitif, Oint de Xpiw ; on lit dans 

de comedie ; Horace disait dans ses Satiret, d'Achery : Hic corpus christi Andegaven- 

I. II sat. V V. 91 : ^^^ mortuum apportatum aut delatum ad 

* Davos «u comicus, atane Andegavensem ecclesiam; Spicilegimi,. 

Ste&capite obstipo, tnultum similis metuenti. t. X , p. 250. 



— 74 — 

Rixis, probris, minis est publice pulsatus ^ 
mitem furor impetit, ut Jhesum Pilatus ; 
non tacet , non titubat , non est immutatus ^ 
non est ante Baalim timide curvatus. 

Gum Naboth legitime mente stabilita , 
perdam, ait , potius vineam cum vita , 
quam in hortum olerum sit , me dante , trita , 
et tutando vineam , stat armatus ita. 

Cum Job patientia membris loricatis , 
scutum sibi praetulit bonae voluntatis ; 
munit illum lancea longanimitatis , 
cassis spei , gladius verbi veritatis. 

Armis fidit talibus, ut perterrens leo ; 
nil leonis tumidi , nil I aevum in eo , 
solum id conaminis in hoc nazareo (1) : 
mori sive vivere non offenso Deo. 

Stat in petra firmiter firmi fundamenti ; 

infirmare nequid (1. nequit) hunc fluctus vis vel venti , 

deest pallor vultui , deest timor menti ; 

Danieli comes (2) est feras non- timenti. 

Ut in agnum irruant lupi circumfusi, 
tractant de legifero, legibus abusi ; 
sed nox patrem liberat , tutrix interdusi ; 
verberantur aerem , vana spe delusi (3). 

Ne augmentat {sic) scandalum major angaria (4), 

(1) Homme ^Iev6 en dignile, lilt^ralement Die igilur animarum (tl64) qui fuil lerlia 

ceint d'une couronne, en h^breu n^s^r; feria, quintus decimus dies ab illa feria 

voyez GefUscy ch. xlix, v. 96, et Deu- tertia, ab lllo die martis quo apud Norham- 

Uronomej ch. xxxiii, v. 16. tuuae pugnarat ad beslias, uocle, parum 

(8) Gompagnon , Pair, et par suite Sem- «."'« *»*««>» »° s««P|».« 1^'^«^*' »° "*«'«' !* 
blable ; cette signification n'est pas indiqu^ f»y^« vesperam apphcuit m quodani maris 

dans la nouvelle 6dition de du cTnge. ^^^^^ f » ^»«''"'^ . ^«^*^ »° . »<>'<>'!»«,? ^ 

unam leucam dislans a portu qui dicitur 

(3) Le roi voulait forcer Thomas Becket Gravelinga; VUa quadripartita y I. ii, 

k lui rendre des comptes, et pour ^chapper^ ch. 3. 

cette humiliation, Tarchev^ue se sauva de (4) Pers^tion , Violence ; Gunthems a 

Northamptonpendautla nuit, suivi seulement dit dans le m6me sens : 

d'un Saxon appel^ Skaiman et d'un homme de Suius ab anganis itaiorum paene «oiutiu. 

face fran^aise, nomm^ Robert de Caune. Ligurini 1. 11, v. 339. 



— 75 — 

se consulte transtulit fugae, fultus via , 

implens ewagelium (1. evangeliuml) etpraecepta dia, 

et furori regio cedens cum Helya (2). 

Sic SaQlis lanceam fugit Manufortis (3) , 

sic Jacob injurias avidi consortis (4) ^ 

sic a fera pessima, Puer magne, fortis, 

tu , Joseph , ereptus es, auctus hora mortis (5). 

Exit lucis angelus ab Anglorum metis , 
jura sanctuarii linquens tapezetis (6), 
lupis oves, medicis aegros indiscretis , 
fractae ratis regimen flatibus et fretis. 

Ad hunc lucis exitum cessit vitae vena ; 
ad rapinam Sathanas lupis laxat frena ; 
oves et ovilia duplex premit poena , 
jugo subdens servitus et vorax crumena (7). 

Sanctum datur canibus ^ (a) scurris damnatus , 
in censura canonum , in re praesulatus ^ 
est cum sanctuario clerus confiscatus ; 
conflscatis omnibus , Bel non est pacatus. 

AHdit (1. Addit) scelus sceleri furor cffrenatns ; 
suos jubet eici, nulli miseratus ^ 
ex(s)ulat cum lectulo languidus sublatus , 
anus (1. anu) cum edentula puer recens natus. 

vindictae novitas, novus modus irae ! 
vectos cunis, lectulis, ex(s)ules abire; 
aegros, anus, parvulos prosequi ; punire 
impotes immeritos-, in eos saevire ! 

(1) Cest rorthographe grecque, t\> ^yyt- k iiO ans , apr^s avoir vu les enrants de 

^iov. Ephraim, jusqu'lt la lroisi6me g^n^ration. 

(i) H^e fnt oblig^ de fair pour ^happer VEcclesiasie dit de lui , cb. xlix , v. i8 : 

k ia col^e d'Achab; Rois, 1. iii , ch. xix, Et ossa ipsius visilata sunt , et po6t mortem 

▼, 3. prophetaveront. 

(8) David; Bois, I. i, ch. xviii, v. il. (6) 11 faut sans doute lire irapexeiis^ 

(4) Son beau-pire Laban ; Genkte, ch. Publicaius : ceux qui comptent de 1'argent^ 

XXXI, V. 17 el 18. sur une toftfe, en grcc TpaiceCa. 

(jS) Genise , ch. xxxvii , v. 33. II mourut (7) L'avidit4^ du fisc. 



— 76 — 

mirum si impune vis, Deus, haec transire I 
mirum si tam cognita fas est re nesclre (1) ! 

Sic insontes abstulit filios Rachelis , 

in his Christum persequens, impius crudeh's ; 

sine fuso sanguine , sine mortis telis, 

hi et hi parilibus questi sunt querelis. 

Job in Thoma genuit series malorum ^ 
et hic ventus turbinis , hic fraus Chaldaeorum , 
damnum hic familiae , damnum hic honorum ; 
sed sub his non subiit lapsum labiorum (2). 

Coelum et non animum mutat transmarinus ; 
constans hic et alibi , magis et non minus , 
premit quiequid imprimit furor serpentinus , 
in virtute viribus Herculis vicinus. 

Crucem ferre Simoni sciens nil prodesse (3), 
de vi votum efficit , velle de necesse •, 
pressumpalam cruciat(I.cruciant) cruces clamimpressae; 
palam et clam studuit crucis cultor esse. 

Rem mirandam refero , rem horroris miri , 
sui me sic edocent , timeant mentiri ! 
premi morte jugiter fuit vita viri ^ 
multis morte moestius esset sic puniri. 

Noctis ei requies (4), somnus expers morae^ 
hausta somni specie, preces mox in ore ; 
fletu fessis oculis, genibus labore, 
auxit haec praeludia ludo graviore. 

Quo quondam sub Judaeae solo sociante , 
flagris clam affligitur, illo flagra dante ; 

(i) Unde omuia quae erant Arcbiepiscopi (S) Simon le Gyr^n^n fut oblig^ (Taider 

el suorom , diripoil et totam ejus proge- k J^us k porter sa croix (Matbieo , ch. 

niem exilio condemnavit, nequaquam de- xxvii, v. 32; Marc, cb. xv, v. 21); on ne 

ferens conditioni vel sexui , ordini vel sait s'il ^tait juif ou payeu , mais il est oer- 

aetati; Legenda aureay cb. xi, p. 67. tain qu'il n*6tait pas cbretien. 

(2) La cbute des livres signiOe ici la d^- (^^ „ ^ ^,„5 j^ „g^ ^^i» ei redes. 
gradalion des paroles; il ne blaspbema 
point) 



t 



— 77 — 

fit in sancto carnifex camis sacrosi^nctae , 
scutica non virgulis equos (1. corpus ?) edomante. 

Libet in hac serie paululum morari ^ 
hanc amaritudinem dulce est profari ^ 
sentit quae nec sentiunt plures neque rari , 
nec sic solent indui , nec sic flagdlari. 

Explens in canonico monachum , beatus 
veste se induerat utriusque status ^ 
sub his est cilicio duplici sagatus ; 
aptat hoc femoribus, vestit iUo latus. 

Ne fallacis gloriae trahat hunc ruina , 
lineis velaverat saga cilicina (1) ; 
sed dulcescit acriter haustum mel de spina , 
melle litus gladius et virosa vina. 

His undatus omnibus vir virtutis tantae, 
a ministro caeditur ; sputica (1. scutica) pulsante , 
scissa sunt flebiliter vitae patri sanctae 
coUum, dorsum, humeri, nates, crura, plantae. 

Esse studens victima partibus his totis , 
instat reus , innocens precibus et votis •, 
parcit tandem artubus zelus hic zelotis , 
saepe tinctis sanguine , nunquam non aegrotis ; 
aegris aegre parcitur, dirae dono dotis , 
post flagrorum ferulas sagis mox admotis. 

Post tam levis ponderis roseos ornatus , 
mox in sagae cyclade loris est arctatus : 
aptat hoc femoribus, vestit iUo latus ; 
fronde fossam , lineis tegens cruciatus. 

Reindutis splendidis , hoc (ex)ornans onus , 
talis suos latuit , vere latro bonus ; 

(1) Non solum enim cilicinm pro camisia per honestatis rigore, sub decentia vestium 

deferebat, sed et femoralia cilicina usque et apparatu utensilium concordaret cum 

ad poplitem bajulabat, sanctitatem autem moribus singulorum ; Legenda aurea, p. G7. 
suam ita subtiliter occultabat, ut, saivosem- 



— 78 — 

jugis dum his institit annus flt octonus (1), 
raro interstitium (2) , raro rigor pronus. 

Ad alternam requiem monet nos poeta ; 

sal in sacrificiis exigit propheta (3), 

nec quid minus scriptum quam sunt indiscreta (4) ; 

par est homicidii , crux irrequieta. 

Sanctus Thomas , bajulus virgae pastoralis , 

jugis his septennio praestitit in malis : 

quaeque nox crucifera, rara(l.raro?), non poenalis (5) 

ab his nocte libera festi principalis. 

Non observans sabbatum ne sit sons et renus (1. reus), 
ut sancta sanctificans verus sit Hebraeus (6) 
fit dies praecipuus ei jubeleus (1. jubilaeus) : 
et his vacans et ab his differt {sic) tibi , Deus. 

Saepe tortor intulit , sistens a flagellis : 
homicidam fieri me, Pater, compellis •, 
saepe laxo frigidus , flebili rebellis , 
ipse se dissecuit, pius versipellis. 

Si veraces sui sunt assertores, horum 
vera est quam refero series rigorum ; 
vere rei seriem , vere rem malorum 
longe pinxi parcius quam vox assertorum. 

Mira sub his parcitas potus atque cibi , 
sed vetat varietas testium , id scribi ; 



(i) Poar oclavut ; on ne le trouve dans les 
dicUonnaires que comme nombre cardinal. 

(3) Inlervale ; c'est le seul exemple que 
nous connaissions de cette significalion; mais 
Fronlinus d^finit ainsi Interstitiwn; Quic- 
quid inler duo signa , vel in medio lineae , 
rectum perspicitur. 

(3) Moyse, Livitiqttey ch. ii , v. 13; 
£z6chiel, ch. xvi, v. 4. 11 y a sans doute 
ici un jeu de mots : ScU signifiait quelque- 
fois daus la bonne latinil^ Modlration, 
Sa^ette ; voyez T^rence , Eunuchut , act. 
III , sc. I , V. 9 , et Gornelius Nepos , Alti- 
<:u8 , ch. xiii , par. 2. 

(4) Ce vers est evidemmenl corrompu ; 



le premier b^misticbe a une syllabe de moins 
et ne forme aucun sens raisonnable ; peut* 
6tre faut-ii lire : 

Nequae nimis , scriptam est quam annt indiscreta. 

(5) Pleine de souffrance; le vieux-fran- 
gais traduisait le Poenalit hebdomada du 
moyen dge par Semaine peneute : cette 
signification manque daus la nouvelle Mi- 
tion de du Cauge. 

(6) Probablement Hebraeut est pris ici 
dans le sens de Filt de Dieu ; il est au 
moins bien difficile de trouver une ex[di- 
cation philologique ; les Seplantes traduisent 
Heberi par IIspaxTQ:, llepaiTY];, Passager. 



— 79 — 

ne nil tamen exequar, se furando sibi 
turbis jungit eremum*, stans bic , degens ibi. 

Ad vos loquor, Praesules , cardinales viri , 
quibus poena corporis mollibus vestiri , 
somnus longus , balneis saepe deliniri ; 
hunc signatis merito meritis deliri (1). 

Vini tot diluvia , massae tot ciborum , 
ventris (1. ventres ?) cibi gravidi , ructus refertorum , 
merito vos meritis aequant confessorum ; 
confessorum talium regnum est coelorum ! 

Facta superfluitas carmen (1. carnem) qua curatis 
probat hunc cruciferum parem insensatis ; 
sed si nefas reum est, fas res aequitatis ; 
sapuit, desipuit; praeit, retro statit (2). 

Virtus cuhnen contuUt tempore priori , 
non humana gratia , neque jura fori •, 
honor erat oneri culminis rectori •, 
situs, munde vivere \ camis crux, honori. 

Nunc novata tempora novum habent statum ; 
merces novant graduum fora dignitatum ; 
virtus expers pellitur \ pompa fert primatum ; 
genu flecti(t) sanctitas ; praesidet peccatum. 

Affligebant praesules temporis prioris 
labor, virtus , habitus nimii rigoris ; 
mortales ang(e)lici fecerant nitoris 
nitens mens interius , situs rigens foris. 

Aevi nostri praesules lex haec omat morum : 
mensae sumptus splendidus -, habitus porcorum ; 
votum opus sitiens , labor institorum ; 
o(h) I quam grata sanctitas talium sanctorum ! 

11} Poar delirwi. (2) II faot sans doute Ure : 

Sapuit , dpsipitis ; praeit , rrtro statis. 



— 80 — 

Erat cura praesuium , tempore priorum , 
victu frui sobrio, salus subditorum ; 
erat erga subditos prius rigor horum ; 
dum stetit, dum institit, nil hic indecorum. 

Aevi nostri praesules urit Evae cura ; 
bursae , ventris, lateris (1), eis cura , jura ; 
inest eis obvium (2) cura satis dura , 
diffluens remissio, crux sine mensura. 

Cathedram nunc Moysi(s ?) regunt in pastores (I. impos- 
mensae, vanae gloriae, mammonae cultores ; [tores ?), 
parcunt ad paralysim (3) verbere tortores 5 
usus vitae devii, ductu didutores (1. deductores?). 

(h) ! quam sensit dissona talibus vir talis ! 
Thomae tam pompaticis vita tam poenalis ! 
ejus cesset aemulus (4) insultare malis ! 
diem probat vespera^ decus, dos finalis. 

Longi tractu temporis te spirante , Thoma, 
nauseam terrigenis, superis aroma , 
aegrum deflens filium , aegra mater Roma , 
sedet veste lugubris et inculta coma. 

Cum Edom indomito Jacob flens coflictum (1. conflictum), 
pacem monens mutuam , increpat conflictum 5 
Edom prece, monitis, minis, non devictum 
vinxit aequo laxius matris maledictum (5). 

Nolentes (hi ?) reverti cor induravere , 
Pharaonis fraudibus, legibus megaerae , 

(1) Volupt6, comme Ventery signifie (3) Paralytit est employ^ lci dans le 

tiourmandise ; Juv^nal a dildans le mdme sens du grec llapoXuffK;; nous n'en con- 

■sens : naissons pas d'autre exemple. 

Nec queritur quod (4) Ennemt ; OH Ic trouve deji avec ce 

Et l.teri p.rc, nec, quantum ju*«it, anheles . ^^^ ^^^ Virgilo, Aencidoi I. V, V. 415, 

Salire vi, v. 35. el dans Tertullien, Apolegicut, ch. 48. 
(3) Gontraire, Odieux; un exemple sem- (5) Jacob, le bien-aim6 de sa mdre(r£- 

))lable se trouve dans le du Gange de glise), slgnifie ici saint Thomas , et £dom 

M. Henschel, t. IV, p. 690, col. i. ou ^saU, Henri U. 



^ 



— 8i - 

aspides tle apibus , de tyrannis ferae , 
tetros in teterrimos mores mutavere. 

Nati patres abdicant (o nefandum morem !)^ 
opem , aegri ; pervium (1 ) devii duttorem : 
grex, pastori dedecus spondens et angorem , 
juramento celebri firmat hunc furorem. 

Profanatur publice coelitum germanus ^ 

vir famosus fama fit judice profanus ; 

fit in fama (1. infamis ?) , proditor, exlex christianus ^ 

exlex mecum talis sit quisque christianus ! 

Ipsi caeci principes, caecis conductores, 
in hanc secum foveam miserunt minores *, 
de piis apostatas creant subversores , 
' et fiunt, et faciunt ethnicis pejores. 

Sic pugnabat Chanaan cum Israelita ; 
sed sol risit nubilum , lutum margarita •, 
sub tam grandi grandine , sub tam trita vita , 
scutum ejus statuit urbs in monte sita (2). 

Post tot zelos nata pax , non de pacis colo , 
patrem natis reddidit et natali solo •, 
cum vox pacem resonat, et cor : pacem nolo •, 
pax est ea picea (3) sono pacta solo. 

Aegras dat inducias latro viatori , 
sabulo vis turbinis, vis procellae flori ; 
lupi cum ovicula ludus est dolori ; 
vere lupus lusor est qui dat dolo mori. 

Sic blanditus est Joab suo successori , 

(1) SUius Italicus remployait aussi dans ud rim , odi les Isra^lites se r^fugiiirent apr^ 

sens actif : leur combat contre les habitaots de Hai. 

Qa«flatusagu,qu«p«r^iu«en«is. (5) ^qIjq comme dc la poix; paix pet- 

Punicorwn I. x, v. «40. flde; cette expression , d'autant plus remar- 

{%) II y a Ui une allusiOD que aous ne quable qu'elle n'est pas amen4e par la rime 

-sommes pas str d'avoir comprise ; nous ne se trouve point dans les glossaires que 

Mipposons cependant qu'il s'agit de Saba- nous avons consult^s. 

6 



— 82 — 

ferro manum applicans dum os jungit ori (1) ; 
sic con[c]Iusit Ismael fratri juniori , 
ludens ad ludibrium, par persecutori (2). 

Foedus inops fidei res est plena praelis (3) ; 
iter Caim cum Abel sub diversis zelis ; 
male mulcent oscula quorum eruz sub velis ; 
male salus (1. sanus ?) percutit melle litis telis. 

Ut post Syrtes mittitur in Charybdim navis , 
ut laxatis laqueis invescatur avis ; 
sic remisit exulem male pax suavis , 
miscens crucis poculum sub verborum favis- 

Platibus et fluctibus transitis tranquille, 
tutum portus impulit in latratus Scyllae ; 
austris junctis Boreae fit latratus ille, 
fluctuum diluvium haec pluerunt stillae. 

Quidam terrae malleus, civis AquiIonis(4), 
venam solvit jurgii fons seditionis ; 
inspiravit turbinem perturbationis , 
per quam odor anglicae foetet regionis. 

Haesit ei , belliger contra virum sanctum , 
quidam de confinio choreae Gigantum (5) ; 



(1) Diiit itaque Joab ad Amasam : Sahre, 
mi frater. Et tenuit manu dextera men- 
tum Amasae , quasi osculans eum. 

Porro Amasa non observaTit gbdium, 
quem babebat Joab, qui pereussit eum in 
latere et effudit inteslina ejus m {e^am^ 
nec secundum vulnus apposuit , et mortuus 
est. 

Boit, l. II, ch. XX, V. 9 et 10. 

(2) Gumque vidisset Sara iluiHi Agar Ae* 
gyptiae ludentem cum filio suo diiit ad 
Abraham : 

E^ice anciUam banc et filium ejus : qoh 
enim erit baeirea fiUus «nciUae cumfilio meo. 
Genhet ch. xxi, v. 9 et 10. 

(S) Praeliis; nous avons d^j^ vu ^icto 
el Obicio. 

(4) Uu fl^au de la terre, un associe dt 
ia temp^le; si cette interpretation, qui 8*e- 



carte un peu du sens habitud de Civit n'^- 
tait pas fond^, il faudrait sans doute ^crire 
«I vit aquikmit, 

(5) n^une CamUIe k peu pr^ inconnue , 
comme celle de la troupe des G^nts ; Ju- 
Y^nak a dit (toBa le Do^me ^iqbs, Satire iv, 
V. 98: 

Unde iit , ut maliin fratcrculus es&e Gigantum. 

Peut-4tre cependant GigaiUet signifie-t-il 
les mauvais-esprits, et le po^e a-t-il voulu 
dire : Pr^s de s^associer k la danse des d^- 
mons, ou, pour nous servir d'une expres- 
sion populaire , de figurer au sabbat. II s*a- 
git peut-6lre de Ricbard de Laoi, quiest 
accuse d'avoir excit^ la col^re du roi contre 
saint Tbomas, dans une lettre anonyme 
{Rerum gaUicarum tcriphret^ t. XVI, 
p. S36), et que Parcbev^que excoHimiinia 
ainsi que Pev^ue de SalisbHry, comme |Nra- 



— 83 — 

complez ei additur ex te , Trinovantum 
novans in cognomine saecularem cantum (1). 

Hinc sunt sata semina , per quae turbo totus , 
per quae ventus turbinis est imie (1. imis) permotus , 
princeps ille sibilus (2) , si sit nitro lotus , 
si sit rasus punice (1. pumice) , non erit ignotus. 

Extunc scelus ausa est militaris manus , 
quo eclipsim pertulit sol meridianus , 
quo in patre filius caede flt prophanus, 
quo in sacro secuit Christum christianus. 

Solis in solemniis , feta solem stella , 
feta castis finibus et signata cella , 
quinta lux dmn agitur, pacem turbant bella ^ 
festum, lamentatio ^ cantica, procella (3). 

Cum sole sol occidit , sol cognatus solis 5 
his ornandus moribus , ille praeest polis , 
sed his rite raptus est , his prostratus dolis : 
quis dolus dolosior quam in patrem prolis ? 

Reprobantem reprobos, debitos ruinis, 
invaserunt praesulem litibus et minis 
bini bis , de finibus missi transmarinis ; 

vitatam illaruinaactof et tabricator; Ibidem, dans VApocalypte et dans les dcrivains j nifs 

p. 248. Au reste, les aliusions toutes per- et chr(^tiens du moyen-ftge ; ainsi, pour n'en 

soDnelles que renferment ees strophes les citer qu'un exemple , Godeschalkus disait 

reDdent peu intelligibtes. dans sa s^uence De una firginey str. 8 : 

(1) Me changeant rien qu'un nom dans Hoc miratnr serppns anUquas , 

les ehants satiriques des habitante du Mid- cicaneam ejns observatet caUidus. 

^t; Tpivoocvrec dans Ptol^m^e; Trino- Daniel, Thetaurut hymnologieut, 

^aNlet dans Gaeaar, De BeUo gallico» t. U, p. 48. 

J. ▼, ch. «, el Tacite , ^^^** '• ^»v, ^,^ ^ ^ ^g^g j^^yjg attribu^e sans rai- 

t?L ^? *•* ^"* .*" ^^f **® *^?^® son suffisante par M. de La Rue k Benoit 

Jel401:Le8 eompaignoBS de la parroisse ^^ Sainle-More, et publi^ k l'appendice 

8j««e-Marguerite en la ville de Samtr ^^ ^ Chroniquerimie, par M. Francisque 

QoeotHi, signifierent qu'ilz donneroient un jijchel • 

cha^u de fleurs au mieux chantant une 

«l»nw. 4, siecle ; d.ns du Cange , t. VI , Jr.Ilfaii^uUtrSJfc, 

P' 80, Cd. 9« aprcs manger, 

/a\ eiM » . »« X qiianl il dv cre, a grant honur, 

W Sifflant comme un serpent, la repr^ ^y,r,i ,„ „u,n p,,. Dei. an.ur 

senlation mythique du mauvais prhicipe tn fei garUt r. 



— 84 — 

dedit haec sors providanomina bis binis (1). 

Tres sunt ii, Villicus(2), Thrax (3) et Ursi natus (4); 
ut sit tetras, tribus est Brito sociatus (5) ^ 
ut sint ex re nomina , reddit bos reatus 
traces et mortiferos , ursos , bruti status. 

kh his dum impetitur, petitur patronus , 
ut , absolvens noxios , sit a bono pronus (6) ; 
papa quod imposuit ut deponat onus ; 
si id mali egerit , malis erit bonus. 

In sua metropoli[m] , sede sua tentum 
impetit hoc (1. hunc 1) incitans sibilus serpentum ^ 
sed in vanum incitant , sibilant in ventum, [tum (7). 
se commassant azymis expuens (1. spuentes?) fermen- 

(1) Ge fut une parole au moins bien impru* Brito avait pris pendant le moyen Age le 

dente de Henri H , qui d^termiua quatre de sens de Voleur» Piliard (Toyez du Gange , 

S68 courtisans k traverser la mer pour as- 1. 1, p. 779, col. 2) ; mais !a strophe sui- 

sassiner Thomas BeclLet. Voyez le Vita vante semMe indiquer que le poete songealt 

beali Thomae quadriparlila, I. iii, ch. ii, leulement k la ressemblance de Brilo avec 

p. 19, et la lettre de Jobannes de Salisbury, Srutus. On lit dans VBfUheticus de*Johan- 

ins^r^ dans \eRerum gallicarum tcriplo-' nes de Salisbury, v. 1669 : 

ret^ l. XVI, p. 519. ^^^ quantum patltur Bntouis natnra Tel ordo, 

(3) JeU de mOtS SUr le nom de l'un deS indulget studlis , canninibusqutt Tocat. 

assassins de saint Thomas : «. r-**»r - - < » ^ • ^. •. j« . 

... . . K K 1«. ®* *-» P**" *ot en Bretatne ^tait un dicton 

Li ten esteit un bacheler, ,■'. , _r..« .1 • « i., .... 

Hug de Morvii i'oi nomer. populairc du XI 11« sidclc , qui a 6i6 recueilli 

Vie de taint Thomas de Cantorbiry, ^^ S"P«^ ^»'» ^^ Proverbes et dicUm$ 
v. 951. populatret, 

(3) G'est encore un jeu dc mots : (g^ ^^^^ j^^ connaissons pas d^autre 

LiaitreestWiiiemdeTracy excmple de pronut suivi de tt, et il est 

dont Tus sovent a»e» 01 , j» . . 1 ui • » 

de grant vaiur. d'autaut plus remarquable que rien n'em- 

Vie de taint Thomat de Cmtorbiry, P^chait le poCte de dire : Sit ad bonum 

y^ 925 pronut : c'est sans doute la forme romane 

Thrax signlfiait un gladiateur et un bar* 

bare : Homo Thracus , inquit , ex ultima (7) II y a encore ici un jeu de mote ; 

barbaria ; Aulu-G6le , l. xix, ch. 13. Azymut signifie Pain tant levain, et, par 

(4) Jeu de mots : metaphore , Saint , Sant pichi : Levain 

Li uns fu Raiiuid, le fiis Un , {^^V-^^i) >vait d^j^ la signiflcatiou de piehi 

qui malment ad fini son cu« • ^,^„3 ^^^^ ^^^ £vangile, Ch. XII , V. 1, et 

en foiie. , . -»,w4^-* ^ .». 

v.-^ A^ .-.♦-.# TJk^^. am r»M^ ^hA^. ^Jans saint Paul, Bpttre aux Corynthtent, 
v.^lS ^^ Cantorbiry, , ^ ^,, ^^ ^^; ^^^^. pj^^^^^„ appelait-fl 

<i L- * f 1 B t '® P*'''* azyme xaOapot apTot , et k Texem- 

^ quiTd OTre"cum bJiS?n ?•« ^«8 Idvltos {Genktc , ch. XXIII , V. 18 ; 

par i'Ennemi. ch. XXXIV, V. 25), lcs pr6tres chr^tiens oe 

Vie de taint Thomat de Cantorbiry, consacrent h Dieu que du pain sans le- 

V 957. vain. ** 



— 85 — 

Rite scelus ratus est lutum deaurare ; 
Chore, Dathan, Abiron justis innormare (1) , 
Lazare, te mortuum vinclis extricare ; 
veni foras prius , est post exvinculare. 

Canonum in serie jus est regulare 

suos sibi praesules, papa (1. papae?) secundare ; 

nemini quos implicat competit laxare , 

ut sit ejus solvere cujus est ligare. 

Frustra fessant (2) milites praesul dum frustatur , 
in ma (I. mt) de milicia, I in A mutatur ^ 
secum secans populum miles malignatur ; 
non erit miliciis (1. maliciis) ante caedem satur. 

Dum ad aram confluunt, aulae mutans sedem, 
cum suis subierat sanctam Sanctus aedem ; 
sub Nerone Senecae novit hic mercedem, 
sub Herodis legibus novi vatis caedem (3) , 
Zachariae sub Joa[s] caedem et haeredem (4) ; 
o felic^n , Thoma , qui te huc tulit pedem ! 

Patrem non eriperet fratrum grex fidelis , 
ostium obstruxerat fisus his cautelis ; 
o(b)stans pater intulit , est in his tutelis 
persequens obsequium pietas crudelis. 

Seram , Fratres , pellite cura cum rebelli ; 

lex est hic vimperpetim (I. perpeti), non vim vi repelli ; 

non in domo Domini regar lege belli ; 

non erit, me praeside , templum arx castelli. 



(1) Associer, Assimiler ; c'est done k tort fran^ ais Fetier , qui signiQe foueiter , 

qoe Garpentier proposait de corriger /iMior- baUre. 

mare par inomare dans un passage de (3) Saint Jean dont Salom^ demanda la 

GaiUaume de Jomi^es; voyez da Gange, tdte k H^rode; saint Bfarc, £vangile, cb. 

t IH, p. 839, col. 3, 6d. de M. Henschel. yi^ v. 31-27. 

(3) Ge mot manqae dans la nouvelle ^di- (4) Ge mot semble signifier ici Mritage, 

tion de du Gange; nous ne savons si c'est comme le Hereda de la Loi det Burgondett 

1'actif de Foliteor, form^ du participe tit. 861 voyex surZacharieet Joas, Para- 

Peuut , ou un verbe conserv<i dans le liponUnetj 1. 11, ch. xxiv, v. 21 et 32. 



— 86 — 

Se passurum praedicans Jhesus probra gentis , 
sic errorem renuit Petri renitentis ; 
Tbomae vox haec amula vocis est sequentis : 
vade retro , Satana , camis sunt quae sentis. 

hnperat et impetrat patris vox severa ^ 
cedunt ostiarii , cedit pulsa sera ; 
intrant canes Stygii , duce te , Megaera ; 
hominum in specie daemones revera. 

Strictis intrant gladiis , efSant hunc furorem : 
hostem regni quaerimus , regis proditorem , 
Tbomam temerarium , perfidum pastorem ; 
jamjam quem est meritus sentiet furorem. 

Hic sum , ait legifer Satanae collegis , 
neque regno pestifer, nec saluti regis 5 
Thomas sum , dominici dictus pastor gregis , 
pro tutela perimi promptus sacrae legis (1). 

Non a dolo dolus est talis alienus , 
quo in Christum inruit coetus dolo plenus ; 
habet id quod legitur, hoc loquendi genus : 
ego sirni qu^ quaeritis , Jhesus Nazarenus. 

In meandi serie Jhesum imitatus, 
sese palam obtulit sponte propalatus , 
hic est Christus obvius , hic Judae reatus , 
hic a magistratibus missus grex armatus. 

Inhiant et ineunt scdus scelerati ; 
membra caput lacerant ; patrem necant nati , 
homicidae plurimi , uno viso pati , 
monachi , canonid , praesules , legati. 

Res stupenda posteris , horror hac aetate ! 
non arcentur gladii loci sanctitate ; 



(4)Ici le poete suit exactement rhistoire; voyez le Vita quadripartita, I. iii, ch. 17, 
p. 130. 



— 87 — 

matrem orbant fllii , trucidato patre ; 
in matre perimitur frater a confratre. 

In macellum area yertitur altaris ; 
in altaris area ruit lux solaris ; 
quinque passus impetus ensis militaris , 
tortus est dominici prelo torcularis. 

Vulnerum in numero formam fert Messiae : 

situ fert martyrii formam Zachariae ; 

Thomas ThomaeDydimae (I. Dydimo) par est, fati die(l); 

quintum habet hunc et hunc partus matris piae. 

Ferarum(a ?) foliis (2) ftiso jam cruore , 
cerebrum diffunditur inhumano more ; 
arae vemat area candido rubore , 
tanquam (h)ortu8 liliis roseo cum flore. 

Nato Christo , justus est propter Christum stratus ; 
coelitus cum Stephano, cum Johanne natus ; 
dignus Dei gratia digne decoratus, 
et cum Innocentibus innocens litatus. 

Ensem hic , tu asciam , sancte Dionysi , 
passi poena simili verticis abscisi ; 
pares rosas additis (h)orto paradysi ; 
estis pari pretio pares mihi visi ! 



(1) La f(6te de saint Tbomas Dydime se 
c^i^bre maiDtenant dans T^gKse latine le 
Si d^cembre ; il sembie r^sulter de ce pas- 
sage qu'on l'a avanc^ de buit jonrs apr^ 
U canonisalioD de saint Tbomas Becket. 
Au reste , tout est fort obscur dans la vie 
de saint Thomas Dydime ( SuSi(io; est la 
traduction de 1'b^breu Thoma , Jumeau ) ; 
seloD saint d^ment d'AIexandrie, S^omth- 
tetf 1. IV, p. {ioa, il n'aurait pas iB^nie souf- 
fert le martyre ; mais les autres P^es le 
font supplicier k Galamine, dans les Indes, 
d'oi^ sou corps fut rapport^ k £desse ; 
selon les Porlugais, c^est k M^liapur qu'il 



fut perc^ d'une lance au pled de la croix, 
et une inscription y a conservd le spuvenir 
de son marlyre. 

(2) n faut sans donte lire PolUit , Fofie, 
Outrage , Grime. Garpentier cite ces deux 
vers du Roman d'Mixandre qui ne se 
trouvent pas dans rMition de II. Micbe- 
lant : 

Ne unques a nul jour ne rvit-on courroucler, 
Ne franc honu de parole il ne voit folingler. 

Se folier qui se trouve dans le v. 1966 du 
Roman de Hom et Rimel, publid par M. 
Francisque Micbel, a la mcme ^tymologie. 



— 88 — 

Aequant (1. Aequat ?) se Parisius urbs Dorobernensis (1) 
dum securis seriem aemulatur ensis -, 
geminum p(r)aepucium nullis par impensis (2) ! 
oh ! quam gratis gratum est supemorum mensis ! 

Pastor dum percutitur, sparse sunt (1. sparsum est) ovile ^ 
ut se fuga liberet , fugit hic et ille ; 
fletus fit in populo , clamant flentes mille ; 
nostrae meta lucis est hujus mors scintillae. 

Mala malis cumulat Satanae satelles, 
praesulis post praesulem vellitur suppellez (3) ^ 
thalamos et stabula vastant versipelles, 
cedi junctis spoliis vix adhuc imbelles. 

Mira miris persequor ; manibus piorum 
procurato mortuo more mortuorum , 
vermes tot in vestibus visi sunt sagorum , 
ut sit caedes altera morsus tot tortorum. 

Dicam quod hic sentio de hoc sacro reo : 
cauda juncta capiti se libavit Deo (4) ; 
finem dum diffinio, dum per vitam meo , 
martyr est, me judice, quaeque pars in eo. 

Quid nunc agis , Moyses (I. Moysis) Deus , Pharaonis 1 
ubi virga vigilans crux cor(r)eptionis ? 
manna si superflm^t , vermes interponis ; 
mannae virga socia normam dat patronis. 

Ad radicem arboris ferrum non appones? 
blande terret tonitrus sibilo si tones : 

(1) Paritiui est ici saos doute pour d^aillears de rortbograpbe d^aoe foulJB d« 
Paritii» ; on lit dans le Vita B, Thamae manascrits , que le x avait , pendant le 
quadripartita , 1. 1 , ch. 4 : Parisius vero moyen &ge, un son tr^-voisin de celui 
per aliquod tempus studens. Quant k Doro- du s. 

bementit, ou, comme dans BMe, Doro- ,..„,-.... .. . w^s i_ .. 

t,ementu\ c'est Cantorbery Aapouepvov ^. W 1 «'oflht tout entier k Dieu; les lU- 
dans PtoWm^e, et Durovemum dans Vlli- '"«nf ^^^^^ proverbialement dans un sens 

nSraire d'Antonin. ^^ •^ *«!»' *« «<^' •' <« *>* ^«»* 

Plaule * 

(2) Praepucium est ici sans doute pour 

cireoneition , taerifice. <^'" "~ «P"» "«^ ^ sermonum «pparet. 

(5) Cetle rime prouve, ce qui resul:c ilJtnaria, act. iii, scen. iii, v. 139. 



— 89 — 

in Ophni et Phinees , Pie , pius noh es , 

Hely, sine verbere si tam reros (1. reos) mones. 

Sed in coelmn ponere vereor os memn , 

neque reimi denoto Pharaonis Deum ; 

eos reos judico dehortantes eum , 

filios sangissuge (L sanguisugae) qui sic omant reum (1). 

Vere, Roma , nimis est -, eris sitibunda , 

vorax , irreplebilis , inferis secunda. 

Non et (1. ne ?) est ? praeposterat lucri spe jocunda , 

probos censet reprobos et immunda munda (2). 

Dudum terras domuit, domina terrarum, 
colla premens plebium , tribuum , linguarum (3) ^ 
nunc his colla subjicit spe pecuniarum *, 
aeris fit idolatra (4) dux christicolarum. 

Romae , si tu reus es , vis absol vi ? prome ^ 
aes, ut simias veniam, in os ejus vome : 
prece sancti nummuli perorante pro me , 
si blasphemus fuero, mox placebo Romae (5). 

Si te Roma reputat parricidam , moechum , 
Symonis apostatae cor habeto caecum ; 

(1) La sangsoe est la Gour de Rome : (3) Comme le vieux-francais Langue , 
beaacoap d*Mques angtais montrdrent one Lingua signifie ici Pays; on lit dans Guil" 
animositd singali^ contre Tbomas Becket, laume de Tyr : Hoc aatem debent obser- 
m6me aprte sa mort ; selon une lettre de vare in his omnibus. . . . c^juscuoqu® ^^^" 
Jobannes de Salisbury : Inhiboerant nomine gnae, cujuscunque nationis, cujuscunque 
pablicae potestatb ne miracula qaae flebant fidei; Belli ioeri hittoria, I. xxii, ch. 
qaisqaam pablicare praesnmeret. lls di- 33. 

saient: GonHis proditoris inter sanctos pon- ,.. ri .. ^.r^ t t ^ 

tifices Don ^ humandam , sed projicien- ^ ^*) ,CeMe syncope d^IdoMaira manqae 

dum in paladem viliorem aut suspendendnm ^*°« * nouvelle Milion de du Cange, mais 

esee pa^k) ; Berum gaUiearZm $eHp- ?° / '">"'« Idolatrare et IdolaPrta : c'est 

to««;t.XVI,p.6l8. la forme romane. 

(2) Thomas Becliet disait Iai-m6me dans (5) noos avons d^k publi^ des pi^ces oA 
one lettre aa cardinal Albert : Nescio quo ]e m^me reprocbe d'avidit6 est dirig^ contre 
pacto pars Domini semper mactatur in cu- la Gour de Rome, dans nos Poities popu- 
ria (romana).... coodemnantur apud vos lairet latinet, p. 231 et 407; celle-ci 
miseri exules innocentes, nec ob aliud nisi proave que ces vfolentes diatribes ^taient 
qnia pauperes Gbristi sunt et imbecilles ; beaucoup plus g^n^rales que ne le croyaiC 
Merwn galliearum tcriptoret, t. XVI, notrc savant critique du Joumal det Sa^ 
p. 416. II osait se plaindre au pape Alexan- fyawtt qui les attribuait h quelque partisan 
dre III lui-m^me de sa partialit^ poar le des docti^ines vaudoises. 

roi ; Ibidem , t. XVil , p. 555. 



— 90 — 

fer argenti lilia , rosas auri tecum : 

hi di sacrant reprobos , scelus reddunt aequum. 

Res est et non fabula , rata res et non yana , 
forum est venabulum (1) curia romana ; 
reis vendit veniam , approbans profana , 
ut in forum venditur lutum sine lana. 

Insons Thomas caesus est ; Roma , quid egisti ? 

cedis in artifices; ftratres Antichristi 

emunt male veniam , pejus vendidisti ^ 

lis est haec sub judice ante thronum Christi (2). 

Manus, pedes, labia , si lavet Pilatus, 
per salutem Caesaris mundum se testatus ; 
si per astra Lucifer juret adjuratus , 
non haec reos expiant, non delent reatus. 

Quod tam pii facti sunt in auctores rei , 
quod rodendo mortuum necdum parcant ei , 
nota loquor, denotant nota notus (S) mei : 
lis est haec sub judice ante thronum Dei. 

Morem sequor comici ^ malis finem pono , 
flebile principium fine mutans bono ; 
lyra[t] mutat elogus dulci plaudens sono , 
Thomas sedem carceris celso mutat throno. 

Ver proscripsit hyemem, flores paruere ; 
cetus quem sorbuerat vivit Jonas vere ^ 
nostra sentit Ninive Jonam reflorere , 
vae vertentem in evax , flelum in gaudere. 

(1) Ge mot manque dans tous les glossai- (3) II y a Ui un souvenir (Tun vers d'Ho' 
tes ; mais r^tymologie en est trop ^videute race que nous retrouverons pkis bas : 

pour que Sa Significalion pr^Sente aUCUne Gi-anmatici certant et adlmc sub jMice lis est. 

difficult^ : nous ignorons seulement si c'cst ^^, ^^^ ^ ^ 

un adjectif ou un nom substanlif. Dans le -^ 

premier cas ce vers signifierait la Cour de (3) Probablement Notut est un g^nitif , 

Rome ett une place publique aux mar^ quoiqu'iI ne se trouve dans aueon lexique 

ehanditet [ime halle) , et dans le second et signifie connaittance. 

un marchef une boutique. 



— 91 — 

Jonae jungi t foedera Tbomas col. . . oinus ( i ) 
quem livoris sorbuit furor bel(l)uinus ^ 
jam in tuto residens, jara Deo vicinus, 
implet Dei laudibus terrae nostrae sinus. 

Vicit Cantuaria Montem Pessulanum (2) ^ 
victa (et) Salemia jactant se in vanum (3) ; 
Thomas , novus medicus , dum apponit manum , 
signans insanabilem , mox resignat sanum (4). 

Nova viri gratia digna recenseri , 
vivum nunquam medicum mortuum mederi ^ 
facit mors cum medicis operam deleri , 
fadt hunc mors medicum , meta dat augeri. 

Non haec subest physica poenis (5) doctrinae , 
neque pulsum contulit, neque vas urinae ; 
non est opus hominum modus medicinae, 
medicinae modus est opus vis divinae. 

Thoma(s) prelo proficit, incipit finitus ; 
vivere (1. vitae?) vivit mortuus signis insignitus, 
qui Cantuariae (6) miros novat ritus ; 
fit hic gustu dulcium paradysi situs. 

Hic novavit vet^a paradysi jura ; 
novus ejus fluvius nostra rigans rura ; 
hic lechitus (7) olei vasa poscens plura ; 
hic ubertas olei stat non defectura. 

Hic effectu multiplex manna, coeli panis ; 

(t) li y a lUB tnu daHS \t parehemiO , (^ut Deus clnc morz resusclteK , 

naab il semble anuirieur h ricrilure. '''''^t^vtSi^"' '"**"'**' 

(3) MontpeUier ; c*est une nouvelle preuve Fte de saint Thomat de C&ntorbiry, 

de la c^brit^ deson £cole de M^ecine, ^- ^^^* 

^ te Xlle «6cle. ^5) H fgut sans doule lire pwrtefUit ou 

(3) Nous ' nc connaissions pas d'autre poc^**- 

fenne que Sahmvm; peut-*tre tout-il Ure (g) u manque une syUabe k cet h^misl»- 

vicu (quoque) Saleroa. che ; peut-6tre kic. 

^*^ 5.S^ii^riiSi^"'^ (7) Corruplion de Ucytkui, dont nous 

eu (I. en) Deu senriM, avons dej^ vu uu exempie, p. 8. 



— 92 — 

bic emundans Naamam fluvius Jordanis (1)^ 
bic (in)colis Syloe (2) salus male sanis , 
lumen coecitatibus conferens humanis. 

Donum Petri datur hic claudo spem habenti , 
donum dono ditius auro (1. auri) vel argenti ; 
hic dat Potens effeta loqui , non loquenti ; 
surdus audit', eflOluunt morbi virulenti. 

Hic est furta retegens novi ars sophistae (3) ^ 
hic insanos lenies (I. leniens ?) cythara psalmistae ; 
bic das vitam mortuis , vitae dator Christe ; 
hic ad Thomae gloriam pellis omne triste. 

Hic descensus Angeli ^ hic est aquae motus ^ 
hic datur salutifer aquae mixtae potus ; 
hic est quo spem refovent notus et ignotus , 
cum insomni somnians , astans et remotus. 

Sortitus rudiculum, jam fit sermo ratus (4) , 
Romae Cantuariam aequant commeatus : 
est in Thoma supplice Jacobitae status (5) , 
conchis his (1. hinc et) vasculis remeat omatus. 

Ecce fera pessima Joseph ille stratus , 
ecce vivit mortuus , statim dominatus ^ 

(1) Naaman ^tait un g^n^al de Tarm^ senmt sciens, quod pixidem aqua nuper 

du roi de Syrie , Benadad , qu^^lys^ gu^rit implesset. M ira res I Pixidem continuo ape- 

de la Idpre, en le Caisant se bai^r sept ruerunt et vacuam invenerunt, sicque ser- 

fois dans le Jourdain; Roit ^ 1. iv, ch. 5, viens in mendacio reperitur et furti reas 

V. 1 et 14. evidentius approbatur ; Legenda aurea, 

(3) Cest la fontaine connue sous le nom p. 69. 

de Regel ou du Foulon dans Jotui et les ... _ ... ,. ^^ _. . 

Livrei de, BoU. L'eau en «Uit sd«e »!- W,<^.« "«" 'T'^'» !'^J2:S^J1^„'^ 

t. II, p. 58/S.4 p^^itis N«.fal,.n.,. lui ^J^^^f^t/Z t^ t^ 

aTaient M accord«es i la priiredu pro- '««"«e™ ™ «y» i , ,^?^ ^ 

pbite Isale; saint «pipbane, De vila et ^l>«ebent de prendre » •»'««»"'»*•*" 

'^j \ s A<a de cuivre oue le po^te se vante d avoir 

morteprophetarum.v-W^ ^„e comi^ un t^oignage d^approba- 

(3) Quidam autem dlusor aquam simpb- j|^^ ^ ** 

cem pro aqua sancti Tbomae domino suo 

in piiide obtulit convivanti, cui domiuus (5) II faut sansdoute lire Thomae; Jaco- 

ait : « Si nil uuquam furatus fuisti mibi, bita, Pelerin de saint Jacques, et par suite 

sanctus Thomas aquam huc te deferre per- simptement P^lerin, est une crase de Joeo- 

mittat; si autem reus furli es, aqua ipsa bipeta qui se trouve daifls le Glossaire de 

protinus evanescat. » Huic igitur dicto con- Jobaunes de Janua. 



— 93 — 

ecce quem submerserat olim , enatatus ; 

ecce quem damnaveras (1. damnaverat), martyr est beatus I 

• 

Martyr, praesul, monache, flos canonicorum, 
voti compos , medice Thoma , spes Anglorum , 
vitam nostram statuens pio statu morum , 
nos post mortem munere munera piorum I 
Prece tua precibus annuens tuorum. 
praestet id quod petimus regni rex coelorum ! Amen , 

[Amen, Amen(l). 

C^ de Johel (2). 

Galileae rex inclitus , 
suis Johel est cognitus ; 



(i) Oo lU k la fin : 

Finito libro reddatar cena magistrot 

puis ce quatrain : 

Anniu millenus centenus septaacenus , 

primos erat , primas qno ruit ense Tbomas ; 

Qninta dies Natalis erat , flos orbis ab orl>e 
vellitar et fructus incipit esse poli. 

Cest ane dpitaphe Aitjk publide par Leyser, 
Hisioria poetaium et poevMiwn medii 
M««, p. 437, oi!i il a imprimd par er- 
reur dans le demier yers pellitur, EUe 
8'<k}arte , comme on voit , de 1'opinion g^- 
B^rale des historiens qui fixent k 1170 le 
meurtre de Thomas Becket, et il exisle 
d^autres dissentiments d'autaBt plus remar- 
quables qu^ils se trouvent dans des ^cri- 
vains k peu prto contemporains. Ainsi 
Jacobos a Voragine indique une date en- 
core plas r^cente : Quibus dictis veneran- 
dum caput gladiis impiorum Impetitur, 
sacra capitis corona praeciditur, cerebrum 
per ecclesiae pavimentum dispergitur et 
martyr Domino consecratur, anno Domini 
miBesimo clxxiv. Au contraire, Tauteur 
de la Vie en vers fran^ais que nous avons 
d^ja ciu^ plusieurs fois, la recule Jusqu'Ji 
1167 : 

De la seinte Incamacion 

de Jbesu , nostre redempcion 

avom trov6e , 
desque la mort de oest baron 
mfl anz et cent sesante et set 

tnz nombr^. 

Vie de tainl Thomat de Canhrhiry, 
V. 1135. 



(2) Ms. B. R. no 5609, commencement et 
fin; r^criture a les caracteres ordioaires 
du IXe si^le. Ge po^me ^tait certainement 
cbant^, puisque la strophe qui commence 
par 

Helisaeus in aratro 

est notto : c^est uoe simple \ersification de 
la Chne attribu^ k saiot Gyprieu. Nous en 
avons d^j^ pubiid une dans nos Poitiet 
poptUairet latinet, p. 193, dont Tauteur 
se uomme Jean : 

Quisque cupitis salutantem me Jobannem cemere , 
nunc cantantem auditote , jocautem atteiidite. 

Dans Pasini, Codicet manutcripti 
Bibliolhecae regii Taurinentit 
athenei, t. II, p. 7. 

II en exislait une seconde par un moine de 
Reims, nommd Azelinus, dont Saumaise 
a cild deux passages : 

Joseph tatari tunica 
vestitur innooentia ; 
infectam capri sangnine 
toliit pro puichro munere. 

Notae in Vopitcum, p. 397. 

Helciae pnlchra filia , 
secura pcr pomoeria , 
Susunna fert castaneam. 

Ibidem, p. 410. 

et d'^videntes ressemblances de rhythme et 
de laugue nous font croire qu'ils appartien- 
nent k la pi6ce dont nous publions le com- 
mencement. 



— 94 — 

in Orientis partibus , 
fulgens dignis operibus. 

Jam nuptiae de pluribus 
implentnr discmnbentibus , 
mali sunt cum pejoribus , 
boni cum melioribus. 

Cum Johel facit nuptias , 
vocat personas congruas ; 
disponuntur sedilia 
per palatina spatia. 

Usurpant sedes citius 
qui loti sunt temperius , 
se praesentant convivio 
sub Johelis dominio. 

Jam manus lavat Naaman (1 ) , 
mersus Jordane septies , 
quem non aufert ulceribus 
Pharphar, Damasci fluvius (2). 

Invitatorum manibus 
Amos (3) , vir armentarius , 
siccomoros evellicans, 
aquarum fundit copias. 

Foenum deportant Jacobus, 
Andreas discumbentibus *, 
sed stemunt convivantibus 
duo, Mathaeus et Petrus. 

Gum mensam ponit Salomon 
multi currunt ad ferculum •, 

(1) Voir la note 1, p. 92. (3) Le propMle Amos rt^pondH k Ama- 

(2) Le Pharpbar ^tait un des fleuves de sias : Je m^ne patlre les bceufs et m'0€cupe 
Damas, ou plut6t un des bras du Barrady h piquer les figues sauvages pour les faire 
ou du Ghysorroas; voyez Rois, 1. iv, ch. 5, mCtrir; cb. yii, v. 14. 

V. 12. 



— 95 — 

nam locum sibi praeripit 
unusquisque quem reperit. 

Post nuptiarum dominum 
Adam , pater mortalium , 
de limo terrae conditus , 
ficus sedet in frondibus. 

De viro sumpta femina 
heu ! sedet super folia 
quae ficus lata peperit , 
quae se tegendo consuit. 

Parricidalis et Caln 
qui toto vultu concidit , 
trux sedet super sarculum 
quo fratns sparsit cerebrum. 

Abel , felix puerulus 
quem respexit coeli Deus , 
en sedet super vellera , 
munitus innocentia. 

No^ , faber justissimus, 
novus cultor ex vitibus , 
sedet horis convivii 
super arcbam diluvii. 

Post risum Sarae conjugis 
Abraham sedet (1) nuptiis 
super radices ilicis 
sui cum massa generis. 

Loth sedet, frater Abrahae , 
qui ftigit ignem Sodomae , 
super salis materiem (2) 
quae deficit per pluviam. 



(1) Nous supprimons in qui est inutite 
poor le sens et donne une syllabe de trop 
au Yers. 



(2^ 11 faut saus doute lire materiam 



— 96 — 

Post haedorum pelliculas 
sedet deceptus Isaac 
super arae cacumina , 
ut holocausti yictima (1). 

Sara quae centenaria 
recepit muliebria, 
ridet post tabemaculum 
et sedet super ostium. 

Pilosus factus Esau, 
venator, velox impetu , 
post pulmentum , post bucinam 
vi(x) sedet super pharetram (2). 

Duas sedes Jacob habet , 
petram scalamque possidet ; 
super petram tamen sedet , 
Ueum qui vidit in BetheL 

Et sedet ex industria 
jam Rachel super idola 
quae furto Laban abstulit 
et sub stramento condidit. 

Israhel primogenitus, 
Ruben , dolor fortissimus , 
super stratum patris sedet , 
quod maculavit turpiter (3). 

Simeon frater cum Levi , 
non est puer consilii ^ 

(1) Isaac failtit dtre offert en sacrifice (3) Raben abusa de Bala, concubine de 

par Abraham, et fut tromp^ par Jacob qui, son p6re ; Genkte ,/ch. xxxv, v. 33, et cb. 

<afin de se faire passer pour EsaU , se cou- xux , v. 4 : suivant le Tettament det 

vrit de peaux de chevreau; Genitet ch. douze patriarchett il en con^ut une tette 

Yxvii , V. 16 et 33. douleur, quMl s'imposa pour punition d'^tre 

(3) l^satt «tait un grand chasseur; Isaac ^ept ans sans boire de vin et sans manger 

lui dit; Genite, ch. xxvii, v. 3 : Prenez ^ P*>" "» ^ viande. 
\08 armes, votre carquois et votre arc, et 
fortez dehors. 



— B7 — 

super murum fractum sedet. 
dispergendus perlsrahel (i% 

Juda sub fratrum laudibus 
super praedam sedet citus , 
cujus sunt utraeque manus 
in hostium cervicibus (2). 
Et super navem Zabulon 
sedet juxta convivium , 
maris deductus fluctibus , 
venti se credens Hatibus (3). 
Et sedet tributarius 
Is(s)achar, fortis asinus , 
super vectigal et onus , 
quae jam persolvit subditus (4). 
Factus viarum coluber, 
super cerastem Dan sedet ; 
sic exoptavit Israhel , 
manus commutans digniter (5). 
Octavus Jacob filius 
vix Gad sedet cum fratribus ; 
ut accinctus in praeliis , 
sic intervenit nuptiis (6). 

Aser abundans panibus 
suis sedet cum patribus (7) , 



(!) Sim^n et Uvi sont associes dans te s'^tendra jusqu'* Sidon • G^n^su, ^u 

n^m reproche par Jacob; GetUie, ch. v. 13. '^"«»'«0«» ^^n^*«, ch. xlix. 

XLix, ▼. 5 : selon le Targwn de J^rusalem {a\ i«ii/.har n/.«»«- 

el les Kabbins, les docteirs de la loi et les au tVavaU se'tiTr„ "f *^ ^^''' *' **"' 

«ribes ^iaient pour la plupart de la tribu Zn^^e Gl^Tnt^ **' ^^^ ***^ *^" 

<le Sim^n et r^pandus dans tout Israei. '^ '\T ' ^ f ' • ' ''"'' ' ^" **' 

W Apr^ nnceste de Kuben, Juda fut daS i?"c\emi^^^^^^^^^ 

consW^r* par ses fr^res comme l'aln^; le sentier, qui mordTSed du rlv!? T 

acob lui dit dans sa bcin^dicUon : Les queceluiqii emonie tSm^ ^ar^^^^^^ 

enfants de votre p^re. vous adoreront; Genise, ch. xux v ij ^^'''' 

benise, ch. xlix, v. 8, el v. 9 : Juda est (6) Gad comhaiL *#«..! x ^ . 

wi jeune lion. d'Ura^i Jl .^®'"^»"'^* ^»^ ^^^ i la t«te 

/.x ., u . .. 1.. " ***^*^* ®' ** retournera ensuite couvert Ja 

(3) Zabulon habitera sur le rivage de la ses armes ; Genite, ch. xux v ^S 

mtei pris du port des navires, et II (7) II faut sans doute Wre fratriZs: 



— 98 — 

Jacob est nonus fili us , 
opes concedens regibus (i). 

De Bala natus , Neptalim 
ante sedet quam Benjamin ^ 
ex motu cervo similis, 
dans verba pulchritudinis (2). 

Et super saccum Benjamin 
quem Joseph (1. Jacob) multum diligit , 
quem turbavit argenteus 
scyphus in sacco positus, 

Joseph a duris fratribus 
Ismahetitis venditus , 
jam sedet super modium 
post adimpletum somnium. 

Israhel multi filii , 
a Pharaone liberi , 
super recoctos lateres 
suos sedent per ordines. 

Super arenam Pharao 
sedet cum fracto brachio , 
in mari curru perdito 
cum toto suo populo. 

Et Moyses in scirpea 
sedet fiscella concava , 
virum qui vir Aegyptium 
abscondit subter sabulum. 

Sub tribu sedet Israhel , 
super bissenos lapides 



(l^ Le pain d^Aser sera excellent , et les (2) Nephtali sera comme un cerf qui 

rois y trouvcronl leurs d^llces ; Gendse , s'^chappe, et la grAce sera rtpandue sur scs 

ch. xLix , V. 20 ; voyez aussi DeuUronome, paroles ; Genhe , ch. xlix , v. 21. 
ch. xxxiii , V. 24. 



— 99 — 

multum robustus Josue 
sumptos Jordanis ilumine. 

Et Achar (1. Achan) super regulam 
quam furto tulit auream , 
in maledicta Jericho , 
cum pallio coccineo (1). 

Super fenestram femina 
Raab sedet per saecula , 
quae viros sub prudentia 
lini protexit stipula (2). 

Ruth , illa Moabtidis , 
sedet coUectis stipulis , 
quae Rooz nupsit legibus 
sub decem senioribus. 

Heli sedendo deficit , 
suam sellam dum respicit , 
de qua semel jam cecidit 
Archam captam cum didicit (3). 

Sed super lebetem pares 
Ophni sedent et Phinees , 
qui rapuerunt victimam 
per tridentim fuscinulam (4) . 

Et super alvearia 
Jonathan sedet dulcia , 
qui dissolvit jejunia 
in die belli tristia (5). 



(1) Achan, fils de Cbarmi, de la tribu 
de Juda, avait, malgre l'ordre de Josu^, 
eoDserTe du pillage de J^ricbo uo man- 
teau d'<icarlate et une rigle d'or de cin- 
quante sicles; JetiU, cb. vii, v. i et 21. 

(i) Baab sanva chei elle les espions que 
JoswS avait envoy<^ reconnattre J^ricbo, 
et fiit except^ du meurtre de tous les ha- 
tttants; Jo»^ , cb. vi, v. 17 et 95. 

(5) En apprenant que les Philislins 



avaient pris l'Arche d'alliance , H^li lomba 
de son si^ge k la renverse el se tua ; Hoi», 
1. 1, cb. 4, V. 18. 

(4) Opbni el Phinees ^taienl fils du 
grand-pr6tre U^li et enlevaient pour leur 
usage, avec une fourchelte de fer a Irois 
dents, des morceaux jde la chair des vic- 
limes; Rois, I. i, ch. 2, v. 13. 

(5) Boity I. I, ch. 14, v. 27. 



— 100 — 

Super capram sedet Nabal . 
colonus et vir Belial , 
qui sub multis tonsoribus 
multis est usus gregibus (I). 

Et super currus Absalon 
nondum rex factus in Gion (*2) , 
qui suspensus est crinibus 
condensae quercus frondibus. 

David fundibularius 
et rex bellicosissimus 
sedet super monticulum , 
suum tenens psalterium. 

Et super mulam Salomon 
sedet sacratus in Gion , 
qui ferculum composuit 
Deique templum condidit. 

Et super jugum Roboam 
ferens frontem durissimam , 
qui despexit Jheroboam 
dignam rogantem veniam. 

0(c)hozias , rex Israhel , 

in cancellis fractus sedet , 

qui regem (1. regnum) coeli perdidit 

dum Be[e]b5ebub consuluit (3). 

Et super pelles fragiles • 
sedet Helias Thesbites, 
qui de coeli cacumine 



(1) Nabal, dont le nom signifie en h^- 
breu insensi t refusa k David, soufTrant 
de la faim , une partfe des vivres qu'il avait 
fait pr^parer pour ceux qui tondaient ses 
troupeaux ; JRois, 1. i, ch. 35, v. 4, 7 
et II. 

(2) Gion ou Gihon ^tait une fontaine k 
roccident de J^rusalem oi!i Salomon fut 
sacr^ roi par le graud~pr^tre Sadoe el le 



prophete Nathan ; Rou, I. m, ch 1, v. 35. 
La mort d^Abaalon est racont^ dans le 
I. II des Rois , ch. 18 , v. 9. 

(3) Ochozias dtant tomb<i de la plate- 
forme de sa maison, envoya cmisulter le 
Dieu d'Accaron, B<^lzebut, pour savoir si 
il gu^rirait de sa chute; et, en punitioii 4t 
son crime , il en mourut ; Bois, 1. iv, cb. i, 
V. 2 et 4. 



— 101 — 

ignem fecit descendere (1). 

Helisaeus in aratro 
sedet coram convivio , 
patrem relinquens osculo, 
Heliae tectus pallio (2). 

Et Giezi sedet puer 
jam super vestes duplices , 
qui lepram gestat Naaman 
sub Helisaeo candidam (3). 

Sedet cellis aromatum 
Ezechias flagrantium , 
cui quondam misit munera 
superba Babylonia (4). 

Super torcular gentium 
Esaias sedet rubrum , 
qui Virginem concipere 
prophetavit et parere (5). 



(1) t\ie elail ne k Thisbc , dans le pays 
^ Galad ; il fit tomber te feu du ciel sur le 
sacrifice qu'il offrait k Dieu; Aots, 1. iii , 
cb. 18, V. 38. 

(«) Bois, 1. III, ch. 19, V. 19; et I. iv, 
ch. 2, V. 13 ell4. 

(3) Gi^zi fui frappe d^une l^pre bianchc 
pour avoir demande des habits k Naaman 
au nom d^l^lis^e qui venait de le gu^rir de 
la mdme maladie ; HoU^ I. iv, ch. 5 , v. 32 
et 27. 

(4) Roit, I. IV, ch. 20, V. 12. 

(5) La propb^tie d^IsaVe sur la floraison 
de la baguelte de Jesse et ia conception de 
la Vierge a toujours il6 regard^e comme 
des plus significatives par les Israelites et 
par les chr^ttens. Ainsi Hermannus Gon- 
tractus disait dans sa s^uence , Ave prae- 
elara maris stelta, str. 4 : 

Te plenam flde, virK«ni almae stirpis Joflsae 
Daacituram priores deslderavernnt Patres et Pro- 
phetae; 

et dans le Mystire de la Naliviti , publie 
par MM. Raynouard, Francisque Michel 
el Wright , que M. Magnin vienl de resll- 



tuer avec lant dliabilel^ dans lc Joiimal 
des SavantSj f^vrier 1846, on lit : 

Isaias . verum qui scis , 
veritatem cur non dicis ? 

ISAIAS. 

Est uevesse 

virga(m) Jessae 
dc radice prove(li)i ; 

tlos deinde 

.surgct inde , 
((ui est spiritQS Dei. 

Nous citerons encore le 6e couplel d'un 
cantique allemand du Xlle sidcle : 

Isaias der wissage 
der bal)ct din gewagen , 
der quot wie von Jesses stamme 
wuohse ein gerten gi^me , 
da vone seol ein bluome varn , 
diu beKcichint dich unde din bani, 
sancta Muria ! 

Dans Pezius, Thesaurus anecdolorvm 
novissimus, t. I, P. i, col. 415. 

Le passage auquel il est fait allusion se 
trouve dans le ch. xi, v. i : £t egredietur 
virga de radice Jessae et flos de radice ejus 
ascendet ; mais leV. 14 du ch. vii est encore 
plus clair, et les ^crivains religieux Tont 
aussi fort souvent cit^ : Ecce virgo conci-. 
piet, et pariet filium , et vocabitur nomen 
ejus Emmanuel. Le pressoir auquel ce 
couplet fait allusion est dans le ch. v, v. 2. 



— iO-2 — 

Et cum productis lineis 

per gradus horologii , 

Ac(h)az sedet horocospus (1. lioroscopus) , 

in sobs doctus cursibus (1). 

Sed Tobias cum lumine 
sedet vir patientiae.... 

CLe reste manquej 

Hymne sur la vaniie et la misere du monde {-JL). 

Mundi forma veterascit, evanescit gloria ; 
non est illi verum robur nec jugis laetitia , 
cum ad nihil sunt redacta et prisca tempora (3). 

Nihil est in eo tritum neque delectabile ; 
decor carnis cito transit labiturque facile ; 
hi qui mane gloriantur, corruunt in vespere. 

Erat enim olim poUens claris ab operibus , 
fertilis , fructificator et redundans opibus ; 
nunc admodum senescentis vacuatur viribus. 

Sceptra regunt in sublime fraus atque superbia ; 
nusquam fides, nusquam lex est, nusquam pacis foedera ^ 
velut unda fluctuando vacillat justicia. 

Propagatur quae latebat discincta luxuria ; 
moUes sibi subjugavit Venus sodomestica (4) ; 

(1) Invocabit itaqae Isaias propheta Do- nous en cilcrons seulement queiques preu- 
minum , et reduxit umbram per lineas , ves : 

QUibuS iam deSCenderat in horologiO AchaZ Omne quidem vUium Deus hoc condemnat et odit; 
i _ A^^ ~..^:k..<, . u^Vi. I iw quod bene si dubitas Sudomac destnictio piodit ; 

retrorsum decem gradibus ; Bots , l. iv, J^^ ^p,^^ «iciscens supe. iiiam suiphur ct ignis 

Ch. 20, V. 11. compulit ; oxitii» periit gens pessimjr dignis 

IA\ Hih H'AlAn<>nn nO \ f^ dil rfltalnffiif» Hoc facinus quicunque tenent , aut nunc resipiscant , 
\i) BlD. a Aien^On , n» l ^,3 au caiaiOgue ^^^ ^^ damnandos flammis et sulphure discant. 

de Saint-EvrouU), fol. {», verso; l'6cri- ^^ ^^^^^^^ Saint-Victor (Xllle siccle), 
lure a les caract^res ordmaires du Xle ^^^^ ^^^ i03, verso. 

si^cle : nous devons ia copie de celle piece ^. . 

X v^\M^^^^^^ A«. M D/x»lot Hffalaccie Et quia non mctuunt ammae discrimcn , 

^ robllgeance de M. POUlet-MalaSSIS. pri„cipcs in habitum verterunt hoc crimen; 

(5) Ce VerS est COrrOmpU ; il manque Une vlrum viro turpiter jungit novus hymen; 

SyHabe dans le SeCOnd h^miStiche , et le «'«^eitaU procul non intnjt femina limen. 

s^s n'est pas salisfaisant. Dans M. Wright, Anecdola hterarta, 

(4) Peut - ^re faut - il lire todomitica ; P* ^* . , . j , , 

ces moeurs infAmes ^taient , comme on sait , Voy ez Alanus de Insulis , Lxher de planclu 
fort repanducs pcndani le moyen dge ; Naturao , proMa et earmine, contra sodo- 






— 103 — 

pro abusu catamitae (1) mulier fit vacua. 

Lapides sunt in plateis sparsi sanctuarii , 
auri color est mutatus •, marcuit flos lilii , 
et jam viri curiales facti sunt feminei. 

Viduarum, orphanorum nulla est defensio ; 
venundantur et emuntur, sed et vili pretio ; 
omnis ordo clericorum est absque praesidio. 

Reges enim serta ferunt , pulchra compti purpura ^ 
sed servare Dei jussa nolunt saluberrima , 
nec subjectos sibi regunt aequae legis regula. 

Celsi duces, saeculari detenti dulcedine, 
parvi-pendunt regem Christum sequi recto tramite ; 
hinc moerebunt dum tormentis vapulabunt in Styge. 

Sic vulgus, sic sacerdos, sic et sacri praesules, 
ex diverso dicunt leges contra Dei pauperes -, 
in occulto , veiut fures , causas agunt principes. 

Perit lex a sacerdote et ab omni principe ^ 
curvat virgam aequitatis pondus injustitiae 5 
jura tenet magistratus dolus cum cupidine. 

Praesuhs aperta manus semper est ad munera ; 
si quis iliam aggravabit auri flavi massula , 
fiet justus ; criminatus, fiet absque macula. 

Ducunt greges per dumeta rectores Ecclesiae *, 

impinguari se delectant illorum pinguedine ^ 

quod est fractum non medentur, spernunt pecus debile. 

Vestes quaerunt pretiosas , assumunt multicia (2) ^ 
ne illorum piantas tangat via parum humida , 



miae crimen, Leipsick, 1494, in-4o, et schichte der Hohenttaufen , t. VI, p. 

dans i'^ilion d'Alanus donn^e par de Viscti, 561. 

p. 279-390; Ferd. Wolf, Ueber die Lais, (i) n faul sans doute lire calamili. 

p. 433; Paulin Paris, Romanciro fran- (a) on le trouve d6ji plusieurs fois dans 

fot», p. 108; ChampolUon-Figeac, HUarii juv^nal ; ainsi sat. ii, v. 66 r 

vertui et ludi, p. 16, 20 et 21 ; les Auises ^^ i^ 

de Jerusalem, passim, ei Raiimer, Ge- Nmh facient aiii , cum tu lauiticia sumiui ? 



— 104 — 

vix telluri summa pedum imponunt vestigia. 

Grispant crines calamistro , circa caput condiunt (I ) ; 
supra sedes gloriantes Palres dici appetunt, 
sed a lupis greges suos minime custodiunt. 

Nam Dei plebs multis modis multatus quotidie ^ 
dum cavenda mollis pastor illectus segnitie , 
bello nequit hosti duro, virili resistere (2). 

Tutior hinc bostis factus sua tendit retia, 

ut, his capta, firaudulentur populorum agmina , 

trucidentur et ad saeva ducantur ludibria. 

Quosdam necat clam palamve foetenti libidine 
et voracis quosdam igne succendit tenaciae (3) ; 
quosdam vero fastu caedit immitis superbiae. 

Sic afnicta plebs privatur praesulum praesidio , 
qui placere nimis optant fungi transitorio 
nec verentur nequam vita displicere Domino. 

Olus (h)orti, et anetum, cuminumque deamant ^ 

quod est crassum sibi servant,' macilentum reprobant (4),. 

curant quibus cibis sua stercora conficiant. 

Horum mensae [h]onerantur ex diversis ferculis y 
vasa fulgent coronata pigmentatis poculis, 
quibus Deus venter exstat distentus deliciis. 

Bonus pastor illis clamat : Vae erit pastoribus, 
qui vescuntur gregis sui saginatis camibus, 
quia erunt mancipati inferni tortoribus. 

Ergo , Patres venerandi , sapienter vivite 



(1) ProbablemeiU Circa esl ici uiie pr^po- (3) Tenacia pour TenacitaSf Avarice, se 

sition , quoique dous n'ayons jamais vu trouve dans du Cange , t. VI , p. 533 , 

donner ii Condire une siguificalion intran- col. 3. 

^^^!\^' .. ^ .. W II y a dans le ms. reprobani maei'- 

t±) Peut-Mre aa lieu de metlre uDe vir- ,^^ f ^^^^ transposition ^ail n<ScessU6ft 

gule apres d«m, devrait-on le iransposer j^ rhythme. 
cl ^crire : 

Dun» btrllo iie«|ni« hosli virili rei»i»tcr«. 



— 105 — 

et promissas nobis poenas in praesenti fugite , 
in futuro si velitis ne sit impossibile. 

Nulli vestrum [h]onerosa sit haec e^hortatio , 
Deum testor, quem non latet omnis meditatio , 
quia mihi quod et vobis illud idem timeo. 

Scitis enim ^ in infernum non est consolatio , 
frater fratri non succurret , neque pater filio •, 
nam hic aeque punientur, et absque remedio. 

Quantus plangor illic inest ! Quantus stridor dentium l 

in quo loci pietatis nuUum est refugium 

nec ad tempus, cum mors manet illic in perpetuum. 

Igitur sit vobis cordi aeterna felicitas , 

in qua nulla superborum sentitur temeritas ; 

ab hac procul fraus et ira , procul et calamitas. 

Ibi fures non furantur, nec raptores rapiunt 5 
fraudulenti sequestrantur et qui mala cupiunt ; 
hi qui bona operantur, praemia recipiunt. 

In hac justis est cum Deo communis laetitia , 
pax et salus, vita perpes et perennis gloria ; 
nemo pauper hic habetur nec egens pecunia. 

Ad hanc, Fratres, properemus sed virtutum gradibus ^ 
culpas nostras deleamus lacrymis et precibus , 
bona nostra recondendo pauperum in sinibus. 

Hi sunt gradus per qUos illam valemus ascendere , 
si velimus carnis nostrae vitia conterere , 
et pro. Deo debitori debita dimittere. 

Ergo patrem deprecemur Deum unianimes (1), 
quatinus nos secum ducat supra coeli cardines, 
et a culpis expiatos faciat nos caelibes. 

Eia ! Trine in personis , simplex in substantia 

(1) Unanimet; celle forme est indiqu^e dans du Cangc, t. VI, col. 1679, od, de» 
BenedicUns. 



— 106 — 

post labentis vitae cursum, post carnis dijugia (i ) 
praesta nobis tecum esse in coelesti patria (2). 

Summe pater, coeli rector, qui es sine tempore , 
cui non est pietatis modus nec clementiae , 
te personis colo trinum unius substantiae. 

Tu es pater, Deus verus ; Deus tuus unigenitus ; 
ab utrisque est procedens Deus Sanctus-Spiritus ^ 
tres personae, unus Deus, cunctis sic credentibus. 

A te cuncta quaeque vivunt animantur corpora ; 
quaeque coeli atque terrae manent inter spatia ; 
tu gubemas, tu disponis, tuque regis omnia. 

Velut lac matris in alvum me mulsisti , Domine , 
o^sibus , nervis compactum carnis cum velamine ; 
corpus meum inspirasti vita tuo flamine. 

Post novem menses matema nudus liqui viscera 
et duobus annis infans suxi matris ubera ; 
heu ! in quibus plura, Deus, peregi facinora. 

Namque patris vultum spui caris in amplexibus, 
matris genas laceravi parvis meis unguibus , 
et persaepe somnum eis ademi vagitibus. 

In te sacro fonte lotus , factus absque macula , 
fidem tibi conservare spopondi per saecula , 
quam infelix violavi , non post multa tempora. 

Postquam sum puer effectus , relicta infantia , 
mox de parvis ad majora cucurri facinora ; 
corpus tuum perjuravi atque sancta nomina. 

Cum latrone fui latro , falsus cum falsidico ; 



(1) Disjonclion , S^paration ; cc mot , le employe dans ce sens que par exlension. 

contraire de ConjtJtgium, manque daus la (2) Nous serions tent^ de croire que Tau- 

nouvelle edilion dc du Gange ; mais on y leur avait fini ici sou poeme sur la Vanite 

trouve Jugilcs, Unis, et nous croyons que du monde, et que le scribe y a ajoule une 

les Bcnediclins ont mal expliqu^ Jugitat , pridre dont le rhythme cst le mdme , mais 

l>ar Diutumitas, Perpetuitas ; il n^a cte doiit lc slyle est beaucoup moins po^tiquc. 



— 107 — 

ira , fraus atque cupido , mixtae supercilio , 
meae simul habitarunt mentis in hospitio. 

GoUum sibi subjugavit effrenis superbia , 
totam mentem enervavit discincta luxuria , 
atque corpus enervavit carnis petulentia. 

Quot arenae maris graves, tot sunt mea crimina ^ 
quorum mole praegravatus , pertrahor ad infima , 
ni reducat ad spem vitae me tua clementia. 

Ergo , salus et protector moestorum , Piissime 
qui dedisti manum Petro maris in discrimine , 
a peccatis meis pie me munda et protege ! 

Tu es Deus, ego vermis , quid, si tu irasceris ? 
ad tribunal praesentatus reus tanti judicis , 
nihil ero , nihil prorsus, nisi tu me juveris. 

Quid est, hoc quod tu, Benigne , dum figmentum noveris,^ 
ex delictis arescentem stipulam persequeris ? 
si ad opus judicabis, damnabor cum impiis. 

Nosti quia in infemum nuUa est redemptio ; 
heu I quam dura, quam severa illic habitatio , 
ubi luctus, ubi dolor est absque remedio ! 

Nolo mortem peccatoris ^ tu dixisti , Domine ; 

sed ut magis convertatur si exoptat vivere , 

dicat culpam , ploret scelus ! praesto sum dimittere. 

Velle tuum mea salus est et miseratio : 
volo dicas •, liber ero et mundabor illico : 
haec spes sola mihi restat absque uUo dubio. 

Ergo, Pater qui foetenti subvenisti Lazaro 
et latroni pepercisti crucis in patibulo , 
condescende supplicanti mihi more solito. 

Criminum meorum nexus tu potenter dissipa , 

virtutum me ciaritate feliciter decora, 

ut in coelo te laudare dignus sim per saecula l 



-^ 108 — 

Des miseres de la vie humaine ( l ). 

Heu I heu I mundi Vita , 
quare me delectas ita ? 
Cum non possis mecum stare , 
quid me cogis te amare ? 

Heu ! Vita fugitiva, 
omni fera plus no[s]civa , 
cum tenere te non queam , 
cur seducis mentem meam ? 

Heu ! Vita , mors vocanda , 
odienda non amanda , 
cum in te sint nulla bona ,, 
cur expecto tua dona ? 

Vita mundi , res morbosa , 
magis fragilis quam rosa , 
cum sis tota lacrymosa , 
cur es mihi graciosa ? 

Vita mundi, res laboris, 
anxia , plena timoris , 
cum sis semper in langore , 
cur pro te sum in dolore ? 

Vita mundi fugitura , 
ince(s)santer ruitura , 
cum in brevi sis mansura , 
cur est mihi de te cura ? 



(1) B. R. ms. 2589 (Xlle si^cle), non 
pagine. Une partie de celte pidce avait 
(\ijk ^te publi^e et , probableroent sur la foi 
de Stephanus Proysthinius, attribu^e k saint 
Bernard , par Leyser ( Hittoria poetarum 
et poemalum medii aevi , p. 433) , qui la 
confond avec ie Dies irae^ et par M. Daniel, 
Thesaurus hymnologicus , t. II, p. 123; 
roais Mabillon ne Ta point recueillie dans 
son edition des oeuvres de saint Bernard , 



et nous ne connaissions que ies deux siro- 
phes r^imprim^es par M. Daniel. Probable- 
ment cette pi6ce , qui resume avec tant de 
force la pens^ du monachisme , ie mdpris 
de la vie humaine, 6tait attribude k saint 
Bernard, parce quMl fut pendant son si^cle, 
nous pourrions m^me parler d'une mani^re 
beaucoup plus g6n6rale , la plus compl^te 
et la plus baute expression de 1'esprit mo- 
nastique. 



— 109 — 

Vita muiidi , res caduca , 
vilior una festuca , 
venenosa plus serpente , 
cur in mea manes mente ? 

Yita mundi , res maligna , 
ut ameris nunquam digna , 
quid putas tibi prodesse , 
si me ducas ad non esse ? 

Vita mundi , res crudelis , 
arrogans et infidelis , 
quid te putas ad ivitare(l. adjuvare), 
si compellas me peccare ? 

Vita mundi , res miselia , 
scelerum cunctorum cella , 
fornicatrix et avara , 
cur liaberis unquam cara ? 

Vita mundi , pestis dura , 
Vita mendax et perjura , 
cum tu sis sine mensura , 
cur requiris in me jura ? 

Vita mundi , res acerba , 
Vita levis et superba , 
cum sis nimis iracunda , 
cur me petis furibunda ? 

Vita mundi, res deserta , 
Vita fallax et incerta , 
cum tu sis cinis et vermis, 
quid de quaquam definiris ? 

Vita mundi , res poUuta , 
garrula , vaga , soluta , 
cum sis tota plena nugis , 
contra me cur stulta rugis ? 



— 110 — 

Vita mundi, Vita foUis (1), 
Vita vilis atque mollis , 
cum tu sis iners et radis , 
mentem meam cur deludis ? 

Vita mundi , res immunda , 
solis impiis jocunda , 
nutrimentum vitiorum , 
quid habes in me decorum ? 

Vita mundi , res lasciva , 
hebes , caeca et captiva , 
immunditiae lagena , 
quare crederis amoena ? 

Vita mundi, res molesta, 
Vita turpis et incesta , 
cum sis nimis in(h)onesta , 
quid me appetis infesta ? 

Vita mundi , res mendica , 
impotens et impudica , 
cum sis bonis inimica , 
cur me petit (1. petis) ut amica ? 

Vita mundi, res amara , 
Vita brevis atque rara , 
cum sis tota plena dolo , 
cur in te vivere volo ? 

Vita mundi , Vita mala 
et in hermis (2) saepe sita , 
cum tu semper moriaris , 
quid iri me stare conaris ? 

(IjCestleceUiqueFo/, quis'e8tconserve me verbo rustico appellasli. Nous avons 

•«n fran^ais, avec une terminaison latine; deja vu, p. 87, fohiSy qui a le m6me 

on lit dans Ytpitre iii de Willelmus, abW radical. 

de Metz : Praetereo minas tuas , praetereo (2) Terres desertes ; en simple prose, 

^uod in ipsa festivilate B. Remlgii follem et qui souvent ne rapporte rien. 



— 111 — 

Vita mundi , pestis foeda , 
animarum saeva praeda , 
cum sis mihi pondus grave , 
ne me tangas , quaeso , cave. 

Tua certe Wa(n)dimenta 
refuto quasi tormenta , 
et idcirco non sis lenta 
me dimit(t)i (1) fraudulenta. 

Execro tuum amorem ; 
renuo tuum favorem ^ 
desero tuum decorem ; 
non amo tuum odorem. 

Ego te nunquam amabo 
et in te nunquam sperabo ; 
contra te semper pugnabo ; 
ad te nunquam propinquabo. 

Per te ipsam tibi jura (1. juro) , 
donis tuis nihil curo , 
quare nil potes donare 
nisi poenas et plorare. 

Ergo Yita taediosa , 

amor mundi , reprobosa , 

cur sectaris fugientem ? 

Quid non spernis te spernentem ? 

Vita mundi , carnis amor, 
contra quam mentis est clamor, 
quare non verecundaris 
quod in tutum a(m)plexaris ? 

Erubesce jam et cede ^ 
ante citius recede ; 

(1) Cest une de ces formes d^ponentes que plus analytiques rendirent tr^s-fr^uenle f 
ies tendances du latin k devenir de plus en pendant le moyen Age. 



— 112 — 

uisi cedas cum amore . 
te depellam cum dolore. 

Pellam te de corde meo , 
adjuvante Christo deo , 
nec permittam te redire, 
si debeas interire. 

Nec mireris , pestis dira , 
si persequor te cum ira , 
quare tu mihi fecisti 
quicquid mali potuisti. 

Visum mentis obscurasti , 
et auditum minorasti ^ 
omne(m) sensum conturbasti , 
manus quoque religasti. 

Me temptabas (1. tentabas) suffocare 
et optabas devorare 5 
si volebam respirare , 
tu nolebas locum dare. 

Sudet (1. Pudet) me culpas narrare , 
quas monebas perpetrare ; 
sed, cum tibi non parebam, 
te iratam sentiebam. 

Si quid boni cupiebam , 
te contrariam (h)abebam ^ 
et, cum ego te credebam , 
nihil boni faciebam. 

Si volebam jejunare , 
me dicebas aegrotare , 
et monebas manducare , 
nisi vellem pejorare. 

Si quid dabam indigenti , 
resistebas meae menti , 



— 113 — 

dicens : Noli tua dare , 
ne cogaris mandicare. 

Si volebam (1. levabam?) paupertatem, 
hanc dicebas falsitatem : 
Melius est congregare 
quam amicis possis dare. 

Si volebam culpas flere 
quas suaseras audere , 
tu dicebas quod per fletus 
fierem quandoque caecus. 

Si studebam revocare 
quos videbam oberrare , 
non cessabas mu(s)sitare : 
Sufficit temet salvare. 

Si peccantes arguebam, 
te dicentem audiebam : 
Hos ad odium accendis 
contra te , quos reprehendis. 

Si studebam obedire , 

sic temptabas (I. tentabas) contra ire : 

Quibus debes major esse, 

quid servire est necesse ? 

Si morabar in legendo , 
stimulabas (me) dicendo : 
Quid hic sedes tot per horas ? 
Vade , surge loqui foras. 

Si volebam praedicare , 
me dicebas delirare (1). 

Si volebam laborare , 

tu monebas mepensare(l. pausare ?), 

(1) II maBque probablement deux vers; pi^ce en quatrains nout aembto sygt^ma 
qooique nous ayons k signaler une seconde tiquc. 
irr^laiit^ d« ce geore , la division dt la 



— 114 — 

ne corpus debilitarem, 
si laboribus instarem. 

Si Yolebam litigare , 
sic tentabas animare : 
Omnibus despectus eris , 
si tu econtra patjeris(l). 

Si dormire nollem parum , 
tu vocabas me ignarum , 
quia cito lip(p)idarem (2) , 
abundanter ni dormirem. 

Si volebam parcus esse , 
dicebas : Non est necesse , 
quia , si dispendas parum , 
multi dicent te avarum. 

Si volebam esse largus 
tu dicebas : Esto parcus , 
quia cito dilabuntur 
quae de longe conquiruntur. 

Idcirco , Vita inepta , 
solis fatuis accepta , 
cum sis tota plena sorde , 
te refuto toto corde. 

Toto corde te refuto , 
nec sententiam commuto , 
mortem plus volo subire , 
tibi , Vitae , quam servire. 

Cum revolvo toto corde 

in qua mundus manet sorde , 

(1) Peui-^tre Te A*eeontra est-ii ime faute Lippu$ et signifie Devenir chatiieux ou 
du copiste et doit-on ^crire : par extension aveugle ; quant k Ignarus , 

si tu contra patieris. *• «c irouve d^ji dans Virgile avec le sens 

d'lmprudent : 

(2) Cc mot qui manque dans la nouvellc ^,,^ ^„.,^ j^,^^ „^,^,j^ j^^ ^ „^ ^^j. . 

edition de du Cange, vient sans doute dc Aeneidot I. iii v. 35». 



— 115 — 

totus mundus cordi sordet 
et cor totum se remordet. 

Cum revolvo mente pura 
quam sit vana mundi cura , 
ut mens possit se curare , 
curam mundi vult vitare. 

Cum revolvo pura mente 
cadit mundus quam repente, 
ne mens cadat cum cadente , 
mundum fugit mens attente. 

Cum revolvo mente sana 
quam sit stulta spes mundana , 
a spe mentem ad spem verto 
et spem mundi spe subverto. 

Cum revolvo mundi cura 
quam sit prava , quam sit dura , 
mentid reor esse durae (1) 
qui sub mundi vivit jure. 

Cum revolvo mundi laudem 
et mundanae laudis fraudem , 
laus et fraus in cordis ore 
idem sonant uno more. 

Cum revolvo mundi fructus 
et ejusdem penso luctus , 
sic est mihi fructus ejus 
ut sit luctus pejor nullus. 

Cum revolvo mundi florem 
et quam habet flos dolorem , 
tantus dolor est in flore, 
utnon sit flos in dolore. 



(1) Sous^eotandu eum. 



— 116 — 

Cum revolvo dies breves 
et recordor dies leves , 
grave fit quod fuit leve 
et fit longum quod est breve. 

Cum revolvo diem mortis 
et extra me diem sortis , 
sic me terrent isti dies, 
ut sit mihi nuUa quies (1). 

Cum revolvo quod sim cinis 
et quod venit jamjam finis , 
sine fine pertimesco 
et ut cinis nihil esco (2). 

Cum revolvo moriturus 
quid post mortem sim futurus •, 
terret me terror venturus , 
quam expecto non securus (3). 

H) On cherchait pendaDt le moyen Age k "«« '• nunc mors me suppUnUT» , 

*^ V . . - 1 'A 1 -««.^Mt}. nnnndo minime credebam , 

exciter de loutes les niani^res le repentir ^^ „j,,5 ^jj.^ .mpatavit, 

du picheur, et k le ramener ainsi k une vie qui seciras incedebam. 

plus cbrttienne. Tout en reconnaissant que Quidquid boni inteiiexi 

te regret «J'avoir oOeps^ Dieu eUit bien ;^:i^„'|^",;:i'tV.xi 

moins m^ritoire quand il etait mspire par ^„1^ carni deservivi. 

la crainle des chAlimenls, on s^eCforgail Caram camis semper egi 

donc de le provoquer par le Ubleau dn llTirnt-".:;' i,np.,i = 

Jugement dernier el des vengeances qui g^j^ „ovi quod erravi. etc. 

frapperaieni le pecbeur endurci. Comme co,n(ne on \q yoii, les rimes sont croisees, 

cette pi^ce, la prosc pour le Jour des morts ^^ malgr^ ce rhythme trop peu marque 

fut compos^e dans cet esprit , et nous en p^^^. ^jj^ populaire dans 1« sens grossier 



imspirauon ciauiu ui^mc , uwuo ojw««v.«««» ^ des synaiepnes ( met dans 

le commencement d'une aulre qui se trouve gjp ^ ^ ^^^ ^ fj^n arbilraires. 

k la suiie du De iniUalione ChrisJiJ^us ^ ^^^^^^ ^^^^ 

le ms. de la B. R. no ssoa, fol 7*, verso. On ^^.^ ^^ ^ ^^^^j,,^j^ ^^^ ^^ ^^ j^ 

y ht sous un squeletie dessiu^ k la plume . ^.^^ ^^.^^ ^^^^ , ^^^^ ,.g^^ ^^.^^^ ^^^^ 

o vos omues qni transitis doutc Et jc nc mauge ricu qui nc soit amer 

etflgununhancinspicite. comme de la ccndre : cette Ggure, em- 

memoi-es mei semper estis «v -j . . 

etmuiidumhuncdespieit»! ploy^c par David , sc relrouvc souvent 

Quondam eram gionosus , dans lcs ^crivains eccl^siastiques. 

habensnuinimetargentum ; , . ^, cOUplet Ct Ic SUlvant qui OUl 

nunc a vcrmibus corrosus , , . ' . ,.^ • . . » m j 

quam borrcndum testamentum 1 etC pUDU^S SOUS le UOm de SaiOt Bemard ; 

Hcu 1 quam ir.aic sura deceptus ! il y 3 sculement daos le textc imprim^ 

habcns anncsjuveniies, recordoT diDS la premi^re Hgne el quem 

ncc snm penitus adcptus , j ji 

^uos spprav.-rain s^niies. nans 13 aemiere. 



— il7 — 

Terret me dies terroris , 
irae dies et furoris , 
dies luctus et moeroris, 
dies ultrix peccatoris (1). 

Expavesco quidem multum 
judicis venturi vultum, 
cui latebit nil occultum 
et manebit nil inultum (2). 

Et quis, quaeso, non timebit, 
quando judex apparebit , 
ante quem ignis ardebit, 
peccatoresque delebit (3) ? 

Veniet judex de coelis , 
testis verax et fidelis ; 
veniet et non silebit -, 
judicabit, non timebit. 

Juste quidem judicabit 
nec personam acceptabit (4) , 

(1) Gette stropbe semble uoe reroiiiiscence i^eria contritione , 

de SopboDie qui dit dans le premier chap. gr»tjae*ppreh«n«ione, 

de «» ProphWie., y. 1» : v^^^il^^T"" 

Jnzta est dies Domini magnns, juxta est velox nimis. 

Vox diei Domini aTara, tnrplter ibi ejulabit foris. (Jj On llt daUS la StrODhe 6 dela Prote 

Dies irae, dles illa, dies tribuUtionis et angustiae — j., U^t» • 

[dies turbae et clangoris. •^ «OTW . 

Le m6me souvenir a saos doute inspir^ la iSfd^^I^Lera^^i™"'; ; 

premi^re strophe de la Prote des Morts , nii inuitum remaneMt, 

**"" *^"'**^iri^'"dl!. «r ^ ^^^"^ '' (') 0«^ '«''^"^« »« ™*™* mouvement, 

soi?ct8aeciu^'infaviiia, "»^»8 avec plus de vivacit^ , daus le Dies 

teste David cnm Sibylla. troe , Str. 7 : 

Nous ajouteroDS les qnatre premi^res stro- Q"*^ sum miser tunc dicturus ? 

phes de cette prose qui ne se trouvent ?r"£T-3si?fiS? 

qne dans le texte de Mantoue ; elles feront ^ , ,, . , , . 

mieux sentir sesrapports avec la pi*ce que ^®'* rtkppene ce verset de Jon . 

DOUS ifublionS : Quld enlm faciam , cum surrexit ad Judicandum 

^ ' Deus ? Et cum quaeslerit, quid respondebo? 

Cogita (1. Quaeso?], Animafldelis, ,^ .... 

«d quld respondere velis VoyCZ aUSSl la pieCC SUlVantC. 
Christo venturo de coelis , 

Cum deposcet rationem {^) ^t 00 fera pas acccption dcs person- 

obboni omissionem, ncs. Celte signlfication n*est pas indiqu^e 

ob m^i commissionem? ^^^^ ^^ ^jgngg . „,^jg j, g„ j^„j,g ^^^ ^j,^. 

qn^ cJAem*i ™Venire '««"e ^ Acceptator ,' lcs bous ^crivains em- 



•bviamque Deo ire , ployaient daus ce seus Acceptor, 



— 118 — 

pretio non corrumpetur, 
sed nec precibus flectetur (J). 

Judicabit omnes gentes 
et salvabit innocentes, 
arguet vero potentes 
et deliciis fruentes. 

Tunc et omnes delicati 
valedicent voluptati , 
et vaccantes vanitati 
evanescent condemnati. 

Quid tunc faciet peccator, 
et quid corporis amator ? 
Et quid agere valebit 
cui nihil jam licebit ? 

Siquidem tunc apparebit, 
et quod fuit non latebit ; 
quidquid sit, jure pavebit 
donec sciat quid habebit. 

Proh dolor ! tunc poeniter« 
nuUi poterit valere , 
et peccata tunc lugere 
nihil erit nisi flere. 

0(h) ! quam grave , quam immite , 
quam sinistrum erit : ite (2) ! 

(I) Kon hic excuMtio, nou hic advocatus, ]| ||'y ftura ploS cl€ fCfOft <|ll'60 DiCU ; 4€ 

pl«nctu«,luctu«, laciymM, flctusetprecatu», p.guv-e» ZArnoMtr/i ComfueiuM ei MakA» 
honor, opes, muner», genus, potentatus, r«8lOrei, A^rOOffTtf, OOMfUCnM « "*^ 

uon Juvabit miseros vel cujusdam status. met, p. 3i0. PMrarque a dlt 6galaiiraiil 

Jeronlmus, De mwistimo die et de «^»"» *• Triunfo deUa morU , ch. I» 
tignit ejut , dans M. Mone , ^* ** • 

Sckautpiele det MiUelaltert, l. 1 , V «m or le rieche»e ? U' «mf ll onori 

* ' ' e le gemmo e gU ■oettri e le corone , 

p. 393. le mitre con purpnrei colori ? 

Miser chi speme in cosa mortal pone ! 
LeS m^mes idteS Se trOUVent d^ji dans le (Ma chl non re la pone ?) E s'el si troTK 

Cor«n : Rlen ne poma les sauver. Ito "^^i^JiTfnn,; 'ir^j:?r»i«.r 

attendraient en Tain Une COmpensalion TuttitornateaUagmnmadreantlca 

salniaire , l'autorit^ d'un mattre , les secours «i «0™« ^«•*«> «ppen» •» ritrora. 

d'un serviteur, les intercessions d*un ami. (2) II manque certainement deux ver». 



— Ii9 — 

Tunc spes omnis interibit 
et cras, cras prorsus abibit ^ 
ad tormenta quisquis ibit, 
jam non amplius exibit 

Ibi flammis exuretur 
et a vermibus rodetur ^ 
ab angustiis angetur 
qui salvari non meretur. 

0(h) ! quam impii tortores 
tunc torquebunt peccatores, 
et terribiles ultores 
judicabunt pravos mores ! 

Proh dolor ! tunc misereri 
et doioribus mederi 
nuUus poterit merm 
postquam coeperit torqueri. 

Ab hac, te precor, tortura 
et ab hostium pressura 
libera me , Rex coelorum , 
in saecula saeculorum. 

Cum revolvo diligenter 
quid post mortem sit sequenter (1) ; 
stabunt justi confidenler : 
jam delector incessanter. 

Appropinquat enim dies 
in qua justis erit quies , 
qua cessabunt persequentes 
et regnabunt patientes. 

Dies illa ^ dies vitae , 
dies lucis inauditae , 

(1) Tout de saitc; voyez du GangCf L VI, p. 197, coU 9. 



— 120 — 

qua nox omnis destruetur 
et mors ipsa morietur ! 

Ecce rex desideratus 
et a justis expectatus, 
jam festinat exoratus , 
ad salvandum praeparatus ! 

Jam festinat rex coelestis , 
judex noster atque testis ; 
festinanter apparebit ; 
omnis caro quae videbit. 

Apparebit , non tardabit ; 
veniet ac demonstrabit 
gloriam quam mereantur 
qui pro fide tribulantur. 

0(h) ! quam pium et quam gratum, 
quam suave, quam beatum , 
erit tunc Jhesum videre 
his qui eum dilexere ! 

Tunc Jhesus , dulcis affectu 

et dulcissimus aspectu , 

sic loquetur in affectu , 

omnis caro (1. camis ?) in conspectu : 

Yos in me qui credidistis 
et qui mecum permansistis , 
qui pro me passi fuistrs , 
ecce bonum quod quaesistis ! 

Ecce regnum quod spopondi 
et quod (h)actenus abscondi ! 
Nunc videte, nunc habete, 
nunc regnate , nunc gaudete. 

Tunc electi mirabuntur 
•»t mirantes laetabuntur , 



— 121 -^ 

exultantes respondebunt 
et laudabunt quae videbunt : 

Deo gratias agamus , 
cerhimus quod sperabamus , 
Deo gratias agamus 
et Christum benedicamus ! 

0(h) ! quam dulce, quam jocundum 
erit tunc odisse mundum , 
et quam triste , quam amarum 
habuisse mundum carum ! 

0(h) ! beati tunc lugentes 
et pro Christo patientes, 
quibus saeculi pressura 
regna dat semper mansura ! 

Ibi jam non erit metus , 
neque luctus , neque fletus, 
non egestas , non senectus , 
nullus denique defectus. 

Ibi pax erit perennis 
et laetitia solemnis , 
flos et decus juventutis, 
et perfectio salutis. 

Nemo potest cogitare 
quantum erit exultare • 
tunc in coelis habitare 
et cum angelis regnare. 

Ad hoc regnum me vocare , 
juste Judex, tu dignare, 
quem expecto , quem requiro , 
ad quem anxius suspiro. Amen. 



— 1^^ — 

Sur le jugement dernier{i). 

' Quid dicturi miseri sumus ante thronum , 
ante summum judicem , ante summum bonum ? 
Non erit alicui locus hic patronum (2) , 
dum nostra (1. nostrarum) praemia reddet actionum. 

Cum perventum fuerit ad examen veri , 
ante thronum stabimus judicis severi ; 
non erit distinctio laici vel cleri ; 
nuUa nos exceptio poterit tueri. 

Hic non erit licitum quemquem allegare , 
neque fas excipere (3), neque replicare ^ 
nec ad apostolicam sedem appellare ^ 
reus condemnabitur, nec dicetur quare. 

Cogitate , Divites , quid (1. qui) vel quales estis , 
quid in hoc judicio dicere potestis 5 
non erit alicui locus in (1. hic) digestis ^ 
idem erit Dominus judex , actor, testis. 

Judicabit judices judex generalis , 
ibi nihil proderit dignitas papalis ; 



(1) Ms. B. R. foDds frangais, no 7011^, 
dernier feuillet , recto : il est dat^ de 1343. 
Une partie avait ^t^ publi^e par Flacios Il^ 
lyrlcus, DecorruptoBcclesiae ttaiu, p.ld6, 
et r^imprim^e par Wolfius , Lectionum me- 
morabilium, t.I , p. 441, et par M. Wrigbi, 
Poems commonly attribuled lo Walter 
Mapes , p. 52. Nous «Joutons les 8«pi pr^ 
mi^res stropbes qui ne se trouvent pas dans 
Dolre ms. 

Tempas acceptabile , tempus est salutis , 
tempus est discutere jugum servitutis ; 
accingamur igitur gladio virtutis , 
resistentes fortiter hostibus hirsntis. 

Quasi leo rugiens liostis inTestigat , 
quaerit qnos decipiat et deoeptos ligat ; 
variis contagiis animas fatigat , 
nt aetemis morsibns miseras affligat. 

GraTlter ofTendimas regem Majestatis , 
•ed nos indulgentla Summae Trinltatis , 



suam nobis grattam conferendo gratis , 
sanet a langoribns , mundet a peccatis ! 

Carnis pestUtttUM testringamus ora ; 
si jam bona facta snnt , flant meliora ; 
eligamus citius et honestiora , 
nam noi ad perlcultmi trahlt ista mora. 

El ne forte cogites c TiTam decem annis ; 
tunc me Tiliorlbns castigabo pannls , 
tunc induar vestibus Fauli Tel Joliannis— 
slo «xpectat rastictis dnm deflnat amnis. 

Res infelicissimas cur non eonflteris ? 
Dic tuas malitias ut justiflceris : 
steriles indwsias et inanes quaeris , 
expectans decennium ; forte cras non eris. 

Qnisquls etgo poenltes , lacrymis abunda ; 
ore , corde , corpore tua ftusta munda ; 
Istos DaTid UipMos posuit in funda : 
haec est post naufiragium tabula secunda. 

(S) n y a dMM Flteius : 

Tunc non erit aliquis locus hic patronnm. 

(3) Jui rejieere dans Flacios. 



sed foetdrem sentiet poenae gehennalis, 
sive sit episcopus , sive cardinalis. 

Ibi nihil dabitur bullae (1) vel scriptori , 
nihil camerario, nihil janitori ; 
sed dabuntur praesules pessimo tortori ^ 
quibus erit vivere sine fine mori, 

Apud nostros judices jura subvertuntur 
et qui leges faciunt lege non reguntur ^ 
non intendunt (2) miseri mala quae sequuntur, 
et qui damnant alios primi damnabuntur. 

Ad terrorem omnium surgam locuturus ^ 
omnis clerus audiat , simplex et maturus ; 
nihil est quod timeo , valde sum securus •, 
meus sermo percutit velut ensis durus (3). 

Puniendi praesules sunt et cardinales, 
abbates et monachi , nigrae moniales, 
sacerdotes aemuli , clerici venales , 
congregantes insimul opes temporales. 

Quanto plus accumulant, tanto plus marcescunt ^ 
sunt velut (h)ydropici quorum mala crescunt ; 
dum plus bibunt , sitiunt magis et arescunt ^ 
ac avari miseri nunquam requiescunt. 

Quid est avaricia nisi vilis cultus , 
vanitatum vanitas, cordium tumultus (4) ? 
Miser postquam tegitur vili tegumento , 
fit sepultus, postea miser in tormento. 



(1) Att sceav el ft exteBsion am prdp<H (8) Sed aUendani ilans Flacitu. 
M^ an 8ceau, Mlaitiii. On lit ^iefiwm , , ^ . . . , • . 

dans unc SatiU de Golias conlre la Cour de (^) Cette strophe et les quatre suivanlet 

jj^mg . manquent dans Flacius. 

P»p« qoaerit, ohartula quaerit, bulla qnaerit, U\ l\ manque ici probableflMnt dCUX VeT» 

Srj,°::2;.T"«":l';»rS:iVJS?: '""'"• termin*s «» »/««. , « <leux ver» qui fioisseDt 

totom aMre ■alaam eet, tota oausa perit. en 6ntO. 



Dan« M. Wright, Watter Mape», p. 38. 



Ergo cor apponere magis non debetis 
in mundanis opibus quas vos possidetis ; 
cuncta transitoria sunt quae vos videtis 5 
quaerite psalmusgrafum (1) et invenietis. 

Viri venerabiles , servientes arae , 
vobis mandat Dominus plebem castigare , 
informare moribus , in spe radicare (2) , 
ut et vos cum populo possit laureare. 

Vobis ergo praecipit conditor coelorum 
ut vos sitis qualiter (3) filii justorum 
et columbae simplices ad exemplar morum , 
si consortes fieri vultis angelorum (4). 

Vos qui vultis populo Domini prodesse , 

immo vultis potius populo prodesse (1. praeesse) 5 

ejus curam agere decet indefesse, 

pios , largos, humiles , dignos, justos esse. 

Sacerdoti convenit legem sacram scire 5 
plebem vita, moribus, verbis erudire j 
ne (1. ut), tandem cum venerit illa dies irae, 
piam vocem Domini possimus audire. 

Benedicti filii, regnum possidete, 
quod nobis paratum est sine metu metae ^ 
sacri vos Presby teri , sancti vos Prophetae , 
benedicti filii , mecum congaudete ! 



(1) II faut lire sans doule ptalmografum 
ou ptalmigrafum ; David parle continuel- 
lement dans ses psaumes du n^ant des cho- 
ses de la terre. 

(9) Pour radicari. II y a dans Flacius : 

In fervore, moribnB et spe radlcare. 

La strophe finit par luminare. 

(3) II y a l^ un signe d'abr^viation dont 
nouf n'avons trouv^ rexplicalion ni dans 



Walther ni dans Kopp ; le rhythme exige 
un mot de trois syllabes, et la le^n la 
plus probable nous semble ^tre qualHer 
ou quilibet , comme dans Flacius : 

ut voB Bitis quillbet socli Jnstomm. 

(4) Ou lit ensuite dans Flacius : 

V08 , nt oit Dominus , lumbos aocingmtis , 
qnod est procnl dnbio signum castitatis : 
hanc luoemam manibus vestris sntFera^, 
ut exemplum populo bonum praebeatis. 



— 125 — 



Du mepris du monde (1). 

Scribere proposui de contemptu mundano , 

jam est hora surgere de somno mortis vano, 

(1) Ms. B. R. fonds de Notre-Dame, La version cii^ par Croke, Ettay on the 

no 273 bis, fol. 130, reclo : il est dat^ de hittory of rhyming lalin verte, p. 30, 

1367. La pi^ce que l'on va lire y est not^e; est aussi diffi^rente : 
la derni^re iigne est un refrain qui ^tait cartuia nostra Hbi portat , Bainaide , saiute» j 

SanS doute Cbant^ en Choeur. Bien des pauca vldebls Ibi , sed non mea dona refutes. 

po^mes ont 6t6 compos^s sur ce sujet des et sur la foi d'un ms. dela Bib. Cottonienne, 

plus populaires pendant le moyen Age : c'est Titus D , 24, fol. 91 , il ratlribue, certaine- 

l'expression de ce retour vers ia pens^ pre- ment k tort, au pape Damase. Cest encore 

mi^re du cbristianisme que les moines pro- par erreur quMI mentionne , p. 41 , un 

voqu^ent avec tant de persistance , et que po^me De contemptu mundi , de pr^s de 

la peinture voulut aussi seconder par les 900 vers , par Theodulus , Tauteur de 

fresques du Campo-Santo de Pise et toules V£glogu>e : 

les OanseS dcs MortS. Le plUS Cel^bre de CeS Pauper amabills et venerabilis est benedlctus ; 

poSmeS a 333 VerS et a m imprim^ plu- dlves Inutllis , insatlabills est maledictus. 

<iPiir« rni« ni>ndAnt 1p YVe «iArli» rifln« U ^"' ^*""" negligit et mala diligit intrat abyssum ; 

SieurS lOIS penoam le AV SieCie, aans la nullapecunla, nuUapotentiaUberatlpsum. 

collectioD intitul^ Auctoret octo morcUet. ^ . , , ... .... 

Mabillon ra r^imprim^ dans son ^itlon de !'i^r v n't.'^^ ^^^-1 '^^ T' 

saintBemard, t. II , col. 891 , et nous en t'!!^^^^''^'^'^^ "^.^ '^^''^^'^VT^i 

connaissoDS k la B. R. jusqu'i trois mss. du P^^r «"'^ «« «"J^^ « et6 egalement attribu^ 

XlVe sl^cle : ms. du Roi latin, no 8460, i'«»"' ?^™!!iL"^"' ^T"^' "1'*'"^ ^*'* 

fol. 31, recto ; fonds de Saint-Victor, no 444 *^«"^ «"'f * ^^'^ ' ^«^" '« P^«°»^' = 

ft»i ttvs .^«(^ A» nn fl/v» -«^« ^./.^nA f «.. '* miranda vanitas I O divitiarum 

fol. 105, reCtO , et no 603 , non pagin^. LeS ^mor lamentablUs l O vims araarum ! 

glOSeS du nO 444 Semblent m6me indiquer Cur tot vlros inficis , faciendo camm , 

que Ton 8'en Servait pOUr renseignement dU 1°'^ pertransit citius quam flamma stuparum ? 

iatin. La diff^rence des textes prouverait k Gnit certainement au quatri^me couplet : 

elle seule une transmission orale fort r^pan- Dum (i. cnm ?) dc morte cogito, contHstor et pioro: 

due, el, par COnS^Uent, Une grande popU- verum est quod morior et tempus ignoro, 

laril« Ainsi oa lit daas l>«dilion d'Ango»- rc:r,.r;?."rr7in*^?rZ'2.r'" "'"°" 

l«me de VAuctore, «eto, daWe de 1491 : ^^ ,j,^y„^^ ^, ^^ ^^^^. 

Qnid TAleat mnndns, qnid opes, quid gloria, quid vis, ..^ ^^\ ^„_ ^ ei .» .• 

duiciaquid cami;, haect«>iiechart«doiet. "« sccoud poCme saus falrc attentiou que 

Ergoades.ntdiscaBnamquehaecBapientiasummaost, ' lc rhythme CSt diff^rent , puisqUO lo pre- 

haec agit ad supero» , haec bona vera parit. mjer hemistiche n*y a quc six syllabes au 

Chartula nostra tibi mandat , Dilecte , salutes ; i:p„ ^. cpnt * 
panca yidebis ibi, sed non mea dona refutes, etc. o cp . 

, - _ . Cur mundus militat sub vana gloria , 

II y a seulement dans les 0£uvres de saint cujns prospcritas est transitoriH ? 

BerOard : Tam cito labitnr ejus potentia 

. ^ . ,, , quam vasa figuli quae 8unt fragilia. 

Ciiartala nostra tibi portat , Bainalde , salutes ; 

piura videbifl ibi , si non hacc dona refutox. Cette crreur cst d'autant plus ^traugc que 

et dans le ms. du fonds de Saint-Victor, Leyserdit, p. 422, avoir vu dans la biblio- 

no 444 : th^ue de I Acad^mic de Juliers un ms. qui 

C(h)artnla nostra tibi mandat, Dilecto, salutes ; COnteuait Seulemeut la SCCOnde partic, Ct 

multa vidcbis ibi , si non mea dona refutos. qug ^ p. 2003 , it Fattribue a JaCObUS dc 

Enfin, dans ses Oputculavariay Bebelius Benedictis, sans doute sur rautorit^ de 

cite parmi les ouvrages que Fon doit lire : quelque ms. qui ne eontenait pas la pre- 

Facetum, Floretum, Antigameratum (?), mi6re : elle a ^t^ publi^ d*apr6s plusieurs 

Phytiologum cujus iuitlum est Tret leo ms. par M. Wright, Poemt commonly 

natura , Contemptum mundi qui sic in- attributed to Walter Mapet, p. 147. Ce qui 

cipit : rend d'ail!eurs toute incertilude impossible, 

Cartulft nostra tibi pandet, DUecte, salutes. c'eSt qUC lc COmmencemcnt SC trOUVC daUS 



zizaniam sparnere(l), sumpto virtutum grano. 
Surge, surge, vigila , semper esto paratus. 

Yita brevis , brevitas in brevi finietur ; 
mors venit velociter et neminem veretur •, 
omnia mors perimit et nuUi miseretur. 
Surge, surge , vigila , semper esto paratus. 

Tela fit araneae praesentis mundi vita , 
labiUs et flebilis, non est in tuta (1. tuto?) sita ; 
labitur et flectitur, non (1. nam?) est exinanita. 
Surge, surge, vigila, semper esto paratus. 

Ubi sunt qui ante nos in hoc mundo fuere (:2) ? 
Venies ad tumulos , si eos vis videre ^ 
cineres et vermes sunt, carnes computruere. 

une autre pi^ce publi^e par Flacius Illyri- ins4^r^ par Rambach dans son ChrittUche 

cus , De eorrupto Eccletiae ttatu , p. 238, Anthohgiej t. I , p. 354 : 
et r^imprim^ d'apr6s de meiUeurs mss. par vbi Fiato , ubi Forphjrrias ? 

M. Wright , Walter Mape,, p. 1*9. Dn vm tju;« .j;.J^u|3^^ 

autre poeme sur le meme sujet, egalement aut egregitu Aristoteies? 

^it^ par FlaciUS IllyriCUS, Ibidem , p. »47- Alexander uW rex niAximiu ? 

549, et ,eimprim« par Chytreus et par }:S!S~S'^^5'JSS:'?' 

Lubinus , a H6 attribu^ aussi k saint Ber- ubi saiomon pmdentissimus ? 

naid, quoiquMl soit de Bernardusde Mor- uw iieiena Parisque roseus ? 

, A . JL > I .* • . Cecideront in profundum ut lapidM ; 

ley. On eu trouvera apris celui-ci un autre quis scit , an detur eis rcquies ? 

^"^^n ?4»"^.a'. f *® "f- 1* '* ®' *• Un mouvemeot semblable se trouve dans le 
no 9BS0 (Xlle 8i6cle), en conUeot encore un, ^^ cofUemptu mundi dont nous parUoM 
fol. 123, verso, qui commence ambi : ^^^ ^ l'heure : 

Vitae prmesentis si comparo guadia (1. nudia) ventis, r^- i.- a \ » a vtu 

r:.^ L^*^^ A^.^4. n J^» .^n»»!.»».!»», «..~.t Dic «bi Balamon olim tam mobilia ; 
Cum neutmm anret nemo reprenenuere curet. , ^ li ^ j « i i»..,i 

*^ vei 8amson ubi est dux inrinoibUia , 

Hermannus Contractus en a compos^ un vei puictier Absoion vuitu mirauiis ; 

sur le m^me sujet, que Leyser croyait vei duicis Jonathaa muitum amabuu ? 

perdu , mais qui existe k la B. de Munich , Q"°^*«'*',f ^"*' ^fi"" ^^^'^? ♦ 

j 1 r> j -D n ».•» "^^^ Dives (?) splendidns , totus in prandlo ? 

dans le iiOd. £<mmeram. b. 73 : dic ubi Tuiiius , ciams eioquio , 

Carmeu , oro , panjfe metro , seu cauore rhythmico. vel Aristoteles summus ingenio. 

II en eiiste un autre dans le Hortut deli- Dans M. Wright, Poemt commonly 

eiarum de Herrad von Landsberg , p. 160 ; aUrihuted to Walter Mapet, p. 

M. Wright , Biographia Hteraria britan- **7. 

nica, pdriode anglo-normande , p. 313, en On lit aussi dans le De contemptu mundi 

eite un en vers r^trogrades par un po($te, de Bernardus de Morley : 

nommd SerlO, et Parchev6que de GantOr- Estubiglorianunc, Babylonia^sunt ubldirus 

b^ry, itienne de Langton, en avail fait un Nabuchodonoror et Darii vifor, iiieque Cynu? 

.'' . . j,.,° ■mm m^i^ut Nnmc ubi cuna, pompaque Jnlia? Caesar, obiati ; 

quiest enCOre in^lt; VOyeZ M. Wright, te tmculentior, orbe potentior ipw fnUti. 

Ibidem , p. 446. Nunc ubi Marius atque Fabricius Inscius auri ? 

, . ^ , - , . ^ Mors ubi nobUU «t memorabills actio Porl ? 

(1) Probablement tpargerct ou peut-^tre Diva phuippioa, tox um coeuca nuno cicwonu ? 

4pemere . ^'^ "^^ clvibus atqu« rebeUlbns ira CatonU ? 

'^ ' Nunc ubi Regulus, aut ubi Romulus, aut ubi Remas-? 

(3) On lit dans Un Ganliquc SUr la mort , Stat maa pnstlna nomine, uomina nuda tanamua. 



— i 27 — 

Surge , surge , vigila , semper esto paratus. 

In hac vita nascitur vir omnis cum moerore , 
et in vitam ducitur humano cum labore , 
et post vitam clauditur cum ftineris dolore. 
Surge, surge, vigila, semper esto paratus. 

Si conversus fUeris et velut puer sanctus , 
et vitam mutaveris in meliores actus , 
sic intrare poteris regnum Dei beatus. 
Surge 5 surge , vigila , semper esto paratus. 

Autre (1). 

Audiat auribus interioribus , audiat orbis , 

orbis ut orbita vertitur in cita turbine mortis ! 

Praeterit et perit et nebulam gerit orbis amoenum ; 

tollitur (2) ocius ipse vel ipsius omne serenum. 

Orbis honor levis est, atomus irevis et breve festum , 

nil dat amabile, nil amat utile , ridet honestum ^ 

Hosteque corporis, hosteque pectoris, intus et extra , 

horruit (3) aridus, aruit horridus , et sua festa. 

Orbis amor perit, atque suos terit orbis amantes 

et sua gaudia , gaudia tristia , vera putantes. 

Evigilabimus an remanebimus in lue mundi , 

qu^ patet ignibus, aliuvionibus, hoste retundi? 

Quid vaga , quid rea corda colunt ea quae nihil exstant ? 

Quae breve plaudere , non breve plangere , post breve praestant. 

Cur caro , proximus ignis et intimus hostis , amatur ? 

Garnis amor perit ; est rosa , faex erit ^ ergo spuatur I 

caro candida , post breve fetida , plenaque faecis ! 

Flos modo , mox fimus et fimus infimus , unde tumescis ? 



(1) B. R. 00 2319, fol 42, vergo, et le De conlemptu mun(2» de Bernardus dc 

no 2320, fol 15, recto ; r^criture des deux Morley. 
mss. a les caraciires ordinaires du XHle ^^ ^^.^^^ j^„, ,^ ^, ^ 
si^cle. Ge rhythme comphqu^ a ^t^ aussi, 
comine oo vieot de ie voir, employ^ daos (3) Corruil dans le mi . 3390. 



— 1:^8 — 

caro carnea , jam modo glarea , postremo vermis , 

nunc homo , cras humus (istud enim sumus), unde superbis ? 

caro debilis ! cito labilis ! male moUis ! 

Quid petis ardua ? Quid tibi comua ferrea toUis (1) ? 

Quid tibi crapula , milleque fercula, milleque pastus ? 

Res leve (2) proflua , vivaque mortua , cur tibi fastus ? 

Unde superbia ? Faex , tua gloria morte remissa •, 

faex , tua prandia ^ faex, tua gaudia ^ faex es et ipsa. 

Quid tibi balnea , vestis et aurea ? Quid tibi venter ? 

Culta licet caro, semper eris caro , nec caro semper. 

Post hominem cinis es ^ caro desinis esse , putrescis ^ 

vis tibi quantula sit , docet urnula massaque faecis. 

0«caro lactea, nunc rosa, postea sarcina vilis ! 

Flos tibi corruet , et rosa defluet , et juvenilis. 

Quae modo florida, cras erit horrida ; plus loquor, horror ^ 

horror amantibus, horror et hostibus, omnibus horror (3). 

Des diverses classes d'hommes (4). 
Frequenter cogitans de factis hominum , 

(1) Les ^crivains du si^cle d'Augusle em- Poems commonly aUributed to WalUr 
plo^faient d^j^ Comtia dans le sens de Mapes, p. 229, et M. von Karajan en a 
Fiert^, d'0rgaeil; ainsi Horace dit dans ins^r^ une semblable, Serfnoia«« mi/7t jMir- 
VOde d son amphore, 1. III, ode 21, centes, Ams \e Zeitschrift fUr deutsches 
str. 5 : Alterthwn^i, II, p. 15-45. Avaut de publier 

Ta Rpem reducis mentibus «nxiis leS pi^CCS SUivantCS , UOUS ^prOU VOUS lo 

'^'^:^^^^:r'' be^in dmsisler aupr«s du lecteor sur leur 

refiun «pices, neqnemuitamonna. caractere salirique. Lors m^me que le 

/«%»•! . n -j . j PO**c n'aurait pas exag^ les cboses de 

(2) Facilement, Rapidemenl ; voyez du ^^^^ ^^,^ ^^ ^^^^ tendances naturelles 
Lange, t. iv, p. 7i», coi. i. j^ ^^ imagination, il aurait cboisi, entre 

(3) On lit k la suile ce qualrain : toules, celles qui se prdtaient le mieux k 

Dete riore. .«nt qai bonorum «<>" '^l« ^'indignation officielle , et Fon ue 

mores vitamqac eorrumimnt , pourrait eucore voir daus scs vcrs quc des 

*'Iiiu^a^diri""n*"°™'" d^rdres particuliers dont il serait impos- 

p laque p unt. g.^^j^ ^^ ^.^^ conclurc coutre l'esprit g<^n^ra1 

(4) B. R. ms. fonds de Nolre-Dame, no 133 du temps. Quoique d'une moraliti6 beaucoup 
(Xnie si^cie), non pagin^; i'enl6vement plus ^lev^ , les eccl^siastiques et les moines 
des hommits par ies mililaires et la compo- elaient necessairement plus atlaqu^s que 
sition des meurtres sembient indiqucr une les aulres classes : ils ^laient k la t^te de la 
^poque beaucoup plus recul^e. Une piece soci^t^, par cons^quent plus en vue, et les 
salirique, sous le meme litre, De ditersis po^tes lalins qui s'^levaient contre les d^« 
ordinibus hominum , se trouve dans le pravations de leurs contemporains , appar- 



— 1:>9 — 

in isto saeculo male viventium , 
Aflirmare queo quia desipiunt 
praecepta Domini quando despiciunt. 
Est magna rabies quae cor dilacerat, 
magna dementia quae sensum superat, 
Cum fere tota gens , facta tyrannica , 
a lege retrahat sese catholica. 
A gradu (maximo ?) quidem pontificum 
usque ad clericos minorum ordinum , 
A primo etiam usque ad ultimum , 
declinat et perit hoc omne saeculum. 
Nam ipsi praesules , virtute tepidi , 
saluti gentium custodes positi , 
Cum docere debent fiunt discipuli 5 
cum pastores essent sunt mercenarii. 
Si peccat populus , ipsi consentiunt , 
de nullo crimine quempiam arguunt ; 
Ipsi homicidas, ipsi adulteros, 
ipsi patiuntur et fornicarios. 
Si quisquam feminam suam dimiserit 
et si alterius nuptam acceperit ^ 
Immo si secundam , si vero tertiam 
conjunctam alteri duxerit conjugem (1) 5 
Omnia tolerant haec adulteria , 
omnia suflferunt ista nefaria. 



tenaient pour la plupart au clerg6, dont 
les d^sordres leur ^taieut ainsi bien mieux 
coDDus. Mais les laiques n'^laieDt pas moios 
violemment atuqu^ ; ainsi on lit dans la 
satire De vita monailicay imprimee dans 
Fabricius Bibliolheea latina mediae et 
«n/lmae aetatis, t. UI, p. 310 ; 

Bic et vita laicorum 
pamin dlffert « porcorum 

consaetudinibna ; 
supra modum epalAutur ; 
intus , forls excaecantur, 

pleni malLs moribus. 

(1) Ces dcui lignes prouvenl que ron re- 



gardait !es voyelles uasalisees , comme for - 
mant une consonnance suffisante ; il dtait 
bien Tacile d'^crire : 

duxcrit conjugem alteri conjunctam. 

A la v^rit^ la p^nultidme n'eQt plus ele 
br^ve , mais on lira tout h rheure : 

Ecce miracmlum quod facit mammona. 

Le po<ite aurait pu ^crire aussi quatre vers 
plus bas : 

Nullum corrlpiunt , neminem caitigant , 
ad poenitentiam niillumque provooant. 



— 130 - 

Nullum corripiunt , castigant nemineni , 

nullumque provocant ad poenitentiam. 

* Per usurarios Deo odibiles , 

lucro pecuniae insatiahiles , 

Fiunt in saeculo maxima crimina *, 

per illos plurimi pergunt ad Tartara. 

Ob desiderium suae pecuniae 

quam semper sitiunt usuris crescere , 

£xpoliatae sunt plures ecdesiae ; 

ad quascunque yalent (1. volunt ?) manus imponere. 

Rapti sunt calices et cruces optimae , 

textique aurei , et bonae tabulae ; 

Simul ablatae sunt platenae , pallia , 

albae et tapeta , stolae, dorsalia (1). 

Illi maledicti , tanquam hydropici , 

munus sitientes conferre muneri , 

NuUorum pauperum parcent inopiis , 

qui parcunt minime sanctis ecclesiis. 

Per illos orta sunt frequenter odia , 

atque frequentius lites et praelia ; 

Per hos multotiens fit homicidium , 

et mentitur fides , fitque perjurium. 

Hi tales homines, servi pecuniae, 

Domini facti sunt magnae provinciae ; 

Hi pro yelle suo possident saeculum, 

egenumque sibi subjugant populum. 

His reges , principes per omne saeculum 

super pauperrimos praebent dominium , 

Illos amplectuntur, illos magnificant , 

et yenerantur (I. yenerant) eos quasi pertineant. 

(I) Ge mot n*appartient pas k la bonne 1. i, ch. iii, par. 33. Par une corruption 

latinit^ , mais l'expUcation de Diirandi ne fr^ente on disait aussi Douale^ et Dotel 

laisse rien h d^sirer sur sa signification : a cooservd la mdme signiGcalion en espa- 

Dorsalia sunt panri in choro pendentes a gnol. 
dorso clericonim; Bationaie divinioffieii. 



— 131 — 

Ecce miraculum quod facit mammfiona , 
superba erigens , frangens humilia ! 
Ecce dominium , quod Deus diruat ! 
Ecce inversio, quam Deus destruat ! 

Ad ipsos redeo sunmios pontifices, 
qui tacent cum ( vident) hos execrabiles , 
Licet intelligant consentientibus 
idem esse crimen quod est agentibus. 

Sunt enim alia multa facinora , 
a mercatoribus iniquis edita, 
Quae ipsi pariter pastores tolerant 
et inde faciunt quasi non sapiant. 
Quomodo disseram omnes injurias , 
supplantationes , dolos, fallacias 
Quas sibi invicem ubique conferunt, 
et quando congregant , et quando diyidunt ? 
Nec patres filiis , nec fratres fratribus , 
sed neque nepotes suis n^)otibus, 
Ullam alterutrum habent fiduciam 
propter pecuniae concupiscentiam (1). 
Ergo mundus iste peccatis obsitus , 
per avaritiam totus est perditus. • 
A primo homine venit cupiditas 
in qua plantata est omnis posteritas. 
Habent enim omnes concupiscentiam , 
et ordo nullus est quem ferre valeam 
Ab avaritia mundum asserere, 
atque cupidinis expertem dicere. 

Milites pessimi propter superbiam. 



(1) Le poiime publi^ par II. von Karajan Le ms. est du commencemenl du X Ve si^- 

va jusqu'^ dire : cle; mais M. von Karajan croit, h la verit^ 

Non estis Tenditorcs rei , saos raisoDs bien d^cisives , que le poeme 

quem convenerant Judaei. 

Sermones nuili pitreenles i v. 901. 



— 13:2 — 

ut equos habeant et vestem nobilem , 
Ut vivant largiter et sua dissipent , 
et ut in actibus cunctis superbiant , 
Quoniam non habent tantae superbiae 
quod sit sufficiens et tolerabile, 
Eorum oculi quidquid aspiciunt, 
si possunt auferunt, captant et rapiunt. 
Superbi milites, equi diaboli (1), 
huc illuc cursitant feroces , rabidi , 
Virosque (1. et ?) bestias ubi reperiunt 
nituntur rapere vel interficiunt. 

Rusticos etiam , quamvis sint humiles , 
dico cupidinis esse culpabiles , 
Quoniam inter se concupiscentiam 
et incredibilem habent jactantiam. 
Nam si quis proprium canem habuerit , 
et alter alterum si forte laeserit (2). 
Quid ipsi facerent in rebus maximis 
qui vix se cohibent in rebus minimis ? 
Saepe probatum est quod homicidium 
pro vindicta canis ex(s)tat compositum ; 
Saepe pro*hortuIis orta sunt odia , 
pro agris saepius facta sunt praelia. 
Quid ultra studeo crimina dicere 
majora quam dixi, praescripto ordine ? 
Quamdiu corrigi non possunt talia , 
nequaquam opus est ut dicam alia. 

vos , Episcopi , vosque, Presbyteri , 
pastores populi , quid meditamini ? 
Est omnis-populus sine custodia, 
monitore caret omnis Ecclesia. 
Propheta praecipit hoc unicuique 

4) Celle expression rappellc le hostis nos Poesies popuiaires lalines , p. 448. 
equi que noiis avons fait remarquer dans (2) II y a sans doute deui vers oubli^. 



— 133 — 

ul clamet os verum nec cesset dicere , 
Ut benefaciant vobis (1. nobis ?) suppositi 
et semper habeant timorem Domini. 
Quod quia facere, Patres (1), negligitis, 
vobiscum filios ad mortem ducitis. 
Hoc enim scriptum est , quod casus populi 
in ista yita sunt mali presbyteri. 
€um in novissimo refjuiret Dominus 
commissas animas de vestris manibus , 
Et vos ante Deum praesentes eritis , 
quid dicetis ei ? Quid respondebitis ? 
Yos , nisi iniquo annuntiabitis 
omnia crimina quae intelligitis, 
Et nisi viventes haec emendabitis , 
cum malis in ignem aetemum ibitis (2). 

Non est sufficiens quidquid jam protuli, 
nisi adjunxero facto dictamini , 
De falsis monachis quantum intelligo , 
secundum opera quae de his audio. 
Non enim aliud opto oomponere , 
nec novum aliquid quaero confingere , 
Praeter hoc quod mihi de illis dicitur 
atque per eosdem foras extenditur. 
Ipsi de nihilo inter se murmurant 
et sicut feminae quandoque liiigant, 
Habent sub labiis venenum aspidum 



(f ) 11 y a dans le ms. Paires, faeere. 

(3) Miror si tem inaenMtt 
^ ' *itU , Tel tem Indaniti , 

Tel tnperbiA inlUti , 

certe vel tun deeperati, 

Ite pnnun quod oomtie 
in aitari qnid efatis , 
Stlratorem dam traetetis 
et indigne celebntia. 

Ham eamtnr sjmoniA 
a Tobis plne qnam pealmodia, 
uanra qnam pliiloeophia , 
tebema plna qnam sacristia. 

Semper «stis ebriosi , 



seuii>er nirois Airiosi , 
semper et Inzuriosi , 
omni sorde criminosi. 

Totu* mundus abhorreret , 
Titam tuam si rlderet , 
et ne tibi adhaereret 
pater natnm adm<meret. 

Certe tn , qui missam dicis 
post amplexum meretricis , 
potaberis ab Inimicis 
liquore aulphuris et picis. 

Sermonet nulli parcentet, v. 401 
et sutv. 



— 134 — 

seque dilaniant more serpentium ^ 

Ut canes eonferunt ininiicitias 

atque latrabiles agunt insidias ] 

Si debent silere templo vel epulis , 

loquuntur et certant signis et oculis. 

Laetantur'daemones*cum haec aspiciuYit^ 

et peccare magis peccantes faciunt; 

Qui tantum invidis ministrant odium , 

quod ordo yertitur illis in taedium. 

Suggerunt daemones illis inyidiam , 

iramque seminant , plantant discordiam ; 

Bonos se fingere rogant hypocritas , 

justos se dicere cogunt apostatas. 

Nam victi plurimi daemonum artibus 

et malis illecti suasionibus, 

Tam Deum quam loca dimittunt leviter 

in quibus voverunt stare stabiliter. 

Est virtus itaque magna diaboli , 

per quem convicti sunt etiam monachi , 

Qui prius fuerant fanmli Domini , 

et modo daemonum facti sunt socii. 

In terris igitur paiici sunt ordines 

quorum non aliquos convincant daemones : 

Yincuntur etenim qui ad hoc saeculum 

redeunt veluti canes ad vomitum. 

Abbates super his cor habent impiiun , 

qui sinunt filios abire perditum , 

Qui nunquam revocant illos a mortibus , 

quos suis deberent referre manibus. 

Itaque daemones culpas multiplicant ; 

qui sic de filiis ad Patres convolant , 

Ut Patres culpentur de negligentia , 

et pravi filii de apostasia. 

Accidit itidem de Regularibus, 



— 135 — 

• 

qui , prius succensi bonis in actibus, 
Instinctu daemonis deponunt regulam, 
vitamque repetunt istam mortiferam. 
Idem est de malis eorum Patribus , 
tam de Praepositis quam de Prioribus , 
Qui curant minime quid agant subditi ^ 
sive sint rebelles, sive obnoxii« 
Olim non visa est tanta inversitas 
nec jam audita est tanta crudelitas, 
Quanta nunc cernitur in his hominibus 
Qui se in omnium ostendunt vestibus. 
Ista religio fallit et fallitur , 
quae de operibus falsis involvitur ; 
Mentitur habitu religiositas , 
cum sit in tordibus lupina feritas. 
. Hi super oleum loquuntur molliter, 
onmes decipiunt admirabiliter ; 
Nam sicut latitat anguis in herbula , 
sic latent in eis sermonum jacula : 
Loquuntur etenim pacem cum proximo 
malumque tegitur in corde perfido. 
In Evangilio (1. Evangelio) praecipit Dominus 
omnes attendere ab his fallacibus. 
Tales (h)ypocritae se cibis abstinent , 
macerant corpora , visus exterminant(l), 
Qui tantum , sub vitae hujus imagine , 
laudes et munera gaudent accipere. 
Amodo siquidem possum asserere 
quia Antichristus creditur vivere , 
€um sic Ecclesiae nunc per circuitum 
vadant ad dededus et ad interitum. 
Puto quod tempora venerunt ultima , 

(1) ISleignent leur regard, ou S^exttouent n'indique pas cette siguification (VExlermi' 
le visage; la nouvelle (klition de du Gange nare. 



— 136 — 

cum tot ebuUiant per mundum scandala , 
Et cum jam pseudoprophetae (1) veniant 
et jam quae scripta sunt mala incipiant. 
Nam venerabiles sanctae ecclesiae , 
a sanctis regibus olim compositae , 
Ita deficiuntin plenitudine, 
quasi redactae sint in solitudine r 
Nam quidquid in locis antiquis ponitur, 
ruit et vilescit , perit , dilabitur. 
Hoc autem accidit culpis communibus, 
qui Deo servire nostro negligimus. 

Conversi noviter, per multas patrias (2) , 
novi constituunt novas ecclesias ; 
Postponunt veteres plenas divitiis 
et loca repetunt nec grata bestiis. 

LamerUation sur la ddcadence de la foi (3). 

Viri (1. Veri?) fratres, servi Dei , 
non vos turbent rhythmi mei , 
Sed audite propter Deum 
flebilem sermonem meum. 
Mundum dolens circuivi , 
fidem undique quaesivi ^ 
Ubicunque fidem quaero , 

(1) Gette ligne eit fort iri^guli^re : il n'y d^k dit ; le ms. indique k la marft qall 

a pas de c^ore apr^s la sixi^roe syllabe, s'agit des moiDes de Clairvaux. 

et la diiirise qui fait trois syllabes de pwu- ^g^ p„bu^ par Naogeorgus (Kircbmeyer) 

do 8'^cartait trte-probaWement des habi- g^^^^ carminum in natlri tempoHt ear-^ 

tudes de la prononciation , quoique lcs phi- ^ ^^^, .„^g^ ^ , ^ ^ ^^^^ ; U a ^crit 

lologues ne soient pomt d accord sur la pro- ^/^^^^ . ^^^^ ^^^ gubjicere querelam de 

iioncintiond>«, m6me dans la bonne lali- ^^^ •• ^^ gpirftualis cujuspiam parochi, 

ml^ ; voy ez Schneider, ElementaTlehre der ^^ ^^^^^ ^^^^ ^^^ ^^^^^^ saeculum , nu- 

latetmschen Spraehe , t . I , p. 73 ; Zumpt , •„ Qermania repertum. Wdfius , qui Fa 

LaUtnttchet Grammattk , par. 1 , et Fac- [ii^^rimi» en partle dans son Lectionttm 

Giolati , Tottut lattnttattt lextcon , au mot menwrabilium t. 1 , p. 9(M, la place , sans 

MEUTER. QQ donner aucune raison, h 1'anB^ 1481. 

(S) Pays , Regions , ainsi que nous Tavons 



— 137 — 

vel in plebe, vel in clero , 
Vel in claustro , vel in foro ^ 
ubi fides sit ignoro ^ 
Fides , nullibi apparet , 
totus mundus fide caret. 
Filius non servat patri 
fidem , neque frater fratri. 
Heu ! de sede sua ruit 
fides , quae tam firma fuit , 
Quondam ^ et pro ea dolus 
triumphat per orbem solus , 
Tam potenter et tam dire 
ne quis possit contra ire. 
Quidquid dolus jubet esse , 
hoc inferri (1) est necesse ^ 
Clerus populusc[ue totus 
dolo subjacet devotus. 

Dolus papam , cardinales 
et episcopos totales 
Regit et ubique reges : 

dolus glossat jura , leges. 

Dolus omnia pro voto 

disponit in orbe toto. 

Qui cum dolo conversantur, 

illi sunt qui principantur ; 

Sed qui dolum vere nescit 

est abjectus et vilescit , 

Et vocatur idiota ; 

non est dignus una jota. 

Praelati ecclesiarum 

habent dolum valde carum ; 

Nam per dolum praebendantur 

et potenter dominantur* 



(I) Inferre d«iif Naogeorgus» 






— 138 — 

Aestimo pro sensu meo , 
quod praebendas non pro Deo 
Pure dant ; sed mos est sibi : 
Da mihi nunc , dabo tibi. 
Sic ad invicem colludunt 
atque pauperes excludunt. 
Qui redonant illis datur ; 
de egenis non curatur. 
Heu ! quamobrem non attendunt , 
quod sic Christi bona vendunt , 
Quae praecepit Deus dari 
gratis et non venundari ? 
Daemonizant et est aequum 
quod mercedem sumant (1) secum. 
Miror quid tunc respondebunt, 
ante Deum dum (1. cum?) parebunt, 
Responsuri de re gesta , 
si sit vilis vel honesta , 
Ubi genus, res, honores, 
nemini sunt adjutores. 

Advertatis vos , Praelati , 
quantum oportebit pati , 
Post hanc vitam pro peccatis , 
ut quae justa sunt agatis. 
Et curati sacerdotes, 
possidentes amplas dotes , 
De salute am*marum 
subditorum (2) curant parum. 
Nihil curant quam habere 
et hominibus placere ; 
non advertunt ad clamores 
pauperum, sed claudunt fores. 
Sic nec subditis , ut debent , 

(I) Sumunl dans Naogeorgus. (i) Subditarum dans Naogeorgus. 



— 139 — 

formam bonae vitae praebeiit ; 
Sed per pravos suos mores , 
multos ducunt in errores. 

Canon reguia notatur, 
hinc canonicus gignatur ^ 
Eo quod , sub regulari 
vita, debent famulari 
Cum devotione Deo : 
ipsi curant nil de eo ; 
Sed libentius ad forum 
currunt, quam frequentant chonim. 
Vestes militares quaerunt, 
nihil quam mundana ferunt *, 
Raro impertiunt dignis 
suas opes, sed malignis. 
Quidquid eis superesset , 
hoc pro Deo dandum esset ^ 
Modo habent tam avarum 
cor, quod nihil dant vel parum. 

Item qui in claustris degunt , 
juxta normam se non regunt, 
Quam patres instituerunt ; 
sed quae vetita sunt quaerunt. 
Vestes deferunt plaustrales, 
sed in mente non sunt tales •, 
Namque sub religiosa 
veste latet mens dolosa. 
Rixas , lites et rancores 
habent inter se majores 
Monachi et moniales , 
quam personae mundiales. 
Qui vult Satanae servire , 
claustrum debet introire. 
Mali cogunt ibi bonos, 
ut cantent eorum tonos. 



— 140 — 

Item fratres mendicantes, 
omnes fere sunt truffantes 5 
Parent nam quod sint devoti , 
cum sint tamen nequam toti. 
Quidquid praedicant sermone , 
raro complent actione j 
Metunt, ubi nunquam (1) serunt; 
semper plus quam sua quaerunt •, 
Oves alienas tondunt 
et parrochiasxonftindunt ; 
Dantibus applaudunt care ; 
sed qui nihil possunt dare 
Vel replere eis manum, 
illos mittunt ad plebanum. 
Pulchre pro orare (1. perorare) sciunt ^ 
his qui credunt capti fiunt; 
Per verborum apparatum 
aures penetrant magnatum. 
Valde diligenter notant 
ubi divites aegrotant ; 
Ibi currunt nec cessabunt , 
donec ipsos tumulabunt ; 
Sed ad (2) casas (3) miserorum 
nullus ire vult eorum. 
Puto vero (1. vere ?) quod prodesset, 
si in mundo nuUus esset 
Monachus vel monialis 
sive secta Begynnalis : 
Postquam enim sic creverunt , 
lex et fides perierunt , 
Et totius mundi status 
est in malum commutatus. 



(1) Nutquam dans Naogeorgus. (3) Casui dm Naogeorgus. 

(«) Bi dans Wolius. 



— Hl — 

Utrum culpa sit eorum , 
noscit Conditor cunctorum (i ). 

Caesar, reges et marchio , 
dux , comes , miles et baro , 
Omnes principes terrarum 
possident de flde parum, 
Inter omnes non est unus , 
quin respiciat ad munus , 
Et justitiam postponat (2) 
pro eo qui dona donat. 
Per tyrannidem et gloriam (1. guerram) 
disponunt ubique terram 5 
Magis quaerunt christianos 
d^llare , quam paganos. 
Non verentur, non formidant, 
quod innocuos occidant. 
Cur tam dire sinit Deus 
quod occidit (1. occidat) justum reus? 
Quondam [qui] milites statuti 
erant , ut per eos tuti 
Essent viduae , pupilli 
clerusque •, nunc et illi 
Tales minime defendunt , 
sed praedantur et intendunt : 
Cor eorum magis pronum 
est ad malum quam ad bonum. 

Cives, nobiles, communes, 
raro doli sunt immunes ^ 
Nobiles injuriantur, 
cives vero foenerantur ; 
De omnibus his vel ullus 
est fidelis, sive nullus. 
Nautae maris et coloni , 

(i) La partie publiee par Wolfius s'arrfite (2) II y a dans Naogeorgus poilponant, 
ici. eis et donant. 



— 142 — 

qui fuerunt quondam boni , 
Sic pervertit eos dolus 
quod vix justus unus solus. 

Item mundi mercatores , 
quid sunt heu ! quam truffatores ? 
Sive emunt , sive vendunt , 
semper fallere praetendunt , 
Deum sanctosque perjurant, 
et mentiri parum curant. 
Quando boni nunmii vadunt , 
statam eos igni tradunt ; 
Sicque manet pagamentum, 
scoria et non argentum : 
Sic confundunt mundum totum ^ 
istud undique est notum. 
Pondus, numerus, mensura , 
simul omnis mercatura , 
Sic per ipsos sunt infectae , 
quod vix unus agit recte. 
Nisi Deus opem praestat 
deperire mundum restat •, 
Tot et tantis est reatus 
et tam pravus nUnc est status ! 

Natus ante annos mille, 
vere felix fuit ille. 
Oh ! quam venenosa pestis ! 
Foenerator , falsus testis, 
Fur, perjurus, latro, moecus, 
homicida , tantum decus 
Habent tanquam probi viri. 
Quidquid potest nunc acquiri , 
Sive bone , sive male , 
est hominibus aequale. 
NuUus devitatur quaestus , 
quantumcunque inhonestus. 



— 143 — 

Lex et disciplina perit ; 
nemo quod est justum quaerit. 
Nemo facit id quod debet ; 
nemo alteri hoc praebet , 
Quod habere vult ab eo : 
i^mo curat jam de Deo ^ 
Nemo curat modo briam (i ) ^ 
nemo tenet rectam viam. 
Nemo novit misereri ; 
nemo curat confiteri, 
£t quando confiteatur 
inde parum emendatur. 
Jam nec populus nec clerus 
est in suo statu verus. 

Liquet , Fratres , quod erramus j 
tempus est quod redeamus ; 
Tempus est nos convertendi; 
tempus est nos (1. nunc ?) poenitendi , 
Tempus est nos (L nunc?) redeundi 
ab errore falsi mundi ; 
Tempus est nos emendandi ; 
vere tempus est emendandi (2). 

Scimus quia transit hora ; 
redeamus sine mora ^ 
Redeamus, non tardemus, 
vitam nostram emendemus I 
Nemo debet desperare , 
nemo debet dubitare. 
Tam misericors est Deus , 
nemo vivit ita reus , 

(I) Naogeorgus a ^ril bryam, peut-Mre (f) Ge mol, qai doone au vers me syl^ 

avee raisoB , puisque ce mot semble venir labe de trop , esl une r^miniscence de la 

deBpvKo^maisrortbographequenousavoos ligne pr<k^ente; il remplace un autre g^ 

adopl^ tst suivie g^n^alement : rondif de trois syllabes, comme muUtndi ^ 

Haee bri« si dicaa, modas est, va« Romipetanim : dont la Signification CSt SemMable. 
Hle brla, qao Tinum •ibi diatribatmt qnaai libra. 

Ebrardus, (rraectimiM, cb. xii. 



Quin si veniam precetur, 
Deus ejus miseretur. 
Amen devote dicamus , 
ut cum Christo maneamusl 



Satire de GatUier de ChdtUlon sur Vitat du monde (1). 

M. Wright a compris cette pitee dans la collecUon qu'il a inti- 
tulee Latin poems commonly attributed to Walter Mapes; mais il a 
declar^ que tout en se conformant k Topinion re^ue il doutait 
beaucoup qu'elle repos^t sur des raisons solides (2). Si elle etait 
seulement contemporaine de Farchidiacre d*Oxford, nous se- 
rions dispose i lui reconnaitre cette sorte d^autorite que meri- 
tent toujours les traditions populaires ; mais on en trouve des 
traces pour la premiere fois dans des documents du XTV* ou 
m^me du XV* sifecle (3), et les renseignements assez circonstan- 
cies que nous avons sur la vie de Walter Mapes y sont tout k 
fait contraires. D'abord , c'etait un homme de plaisir, fort spiri- 
tuel et n'ecrivant rien (4) , si ce n'est une traduction des romans 
de la Table-Ronde, k Fusage des dames de la cour de Henri Q (5) ^ 
tandis que Fauteur des rhy thmes latins s'adressait exclusivement 
aux clercs et reunissait k une grande habitude du latin une 
connaissance approfondie de la litterature ancienne, puisque 
dansplusieurspifeces, laderni^rehgnede chaque quatrain estun 



(1) B. R. Do 3245(XIV« si^le) , fol. 36, de Serlon ; mais il contient beaucoup cTau- 

reclo. tres pi^ces que l'on sait positivement ne pas 

(«) IfUroduetum, p. xvi. ^^'e «*« •"»• 

(5) Ils n'*manent m«me pas d'un ecrivain \*) Solila verborum facetia et urbaoitate 

iostruit , dont les opinions aient quelque pwecipua dicere pluries et nos in bunc 

poids, mais d'un copiste anonyme qui a modum convenire solebat : Multa , Magis- 

^crit en marge le nom de WalterMapes; ^^ GiraWe, scripsistis et multum adhuc 

et encore ceUe menUon ne se trouve d'a- scnbitis, et uos mulu diximus ; vos scripta 

bord que pour VApoealypsit Goliae qui , dedislis et uos verba ; Giraldus Gambreoais, 

dans notre ms. dont l'<icriture paratt plus Bibermae eapotiiio, p. 815. 

ancieiiee , est positivement altribue k Gau- (5) Frederick Madden , InWodueium to 

tier de GhAtilion. Suivant VHistoire liiU- Syr Gawayne; Paulin Paris, Manuterits 

rairey t. XV, p. xiii, un manuscrit du fra/n^ois de la Bibliolhique du tioi , t. II, 

Vatican faurait compris dans les OEuvres p. 547-?56i. 



— 145 — 

vers classique qui rime avec les trois autres. Giraldus Cambren- 
sis etait intimement Ije avec Walter Mapes , et non sculement il 
ne le cite en aucun endroit de ses volumineux ecrits , comme 
rauteur des satires en quatrains monorimes , mais il exprime de 
la mani^re la plus crue son mepris pour les pieces oix flgurait 
Golias. « Parasitus quidam, Golias nomine, nostris diebus gulosi- 
tate pariter et leccacitate famosissimus , qui Golias melius quia 
gulae et crapulae per omnia deditus dici potuit, litteratus tamen 
affatim, sed nec bene morigeratus, nec bonis disciplinis infor- 
matus, in Papam et Curiam romanam carmina famosa pluries 
et plurima , tam metrica quam ridmica , non minus inpudenter 
quam imprudenter evomuit(l). » Enfin Walter Mapes etait un 
courtisan devoue et un familier de Henri II (2), et dans le ma- 
nuscrit dont nous pubiions deux pitees , il y a un assez iong 
po^me intitule De adventu Antichristi^ ou 1'auteur n'a pas craint 
de dire : 

Utquid quaeris alium tibi praecursorem 
quam ilium Britanniae perversum rectorem , 
qui triplici gladio contra jus et morem , 
impudenter messuit sacerdotum florem? 

Quid fuisse facinus dicis in Symone ? 
Quid Neronem ventiias de seditione ? 
Rex qui perdit praesulem in perditione, 
revera neronior est ipsd Nerone (3). 



(1) SpeciUim Eeeleti<ief dans le Laiin 
poenu eommonly attributed to Walter 
Mapeti p. XXXVIII. 

(2) UDde cum sequela curiae fuerit et 
regis Henrici secundi.... (domesti)cus fa- 
niiliaris; Speculum Eceletiae^ Ibidem, 

p. XXXI. 

(3) Tout semble d^aiHeurs prouver que 
Gotiat n'<Hait pas un simple nom litt^raire 
S0U8 lequel se cachail un Anglais, mais une 
sorte de oom my tbique , qui , comme Pas- 
quin, n'apparleuail exclusivemenl ni k un 
temps ni ii un pays. Dans le Sytva earmi' 
wtm innotlri temporit corruptelat, p.2l, 



Na<^eorgus a publi^ d'apres un tr6s-vieux 
manuscrit conserv^ en Bourgogne, un po^me 
que M. Wright n'a Irouv^ dans aucune 
collection de po^sies satirlques. Cest une 
exbortalion toute religieuse, adrcssee aux 
pr^tres et mise dans la bouche de J^us- 
Christ : 

FUcatores hominam , sacerdotes mei , 
praecones ▼eredioi, lucemae diei , 
caritatls radio fUlgentes et spei , 
auribuB percipite verba oris mei. 

Flacius Illyricus qui cbercbait partout des 
satires contre T^glise romaine, a rdlmprime 
cette pi^e dans son De corruplo Eccletiae 
ttatu^ p. iSi, sous le tilre de Goliat ad 

10 



— 146 — 

Cemanuscritestconserve maintenant ^ la Biblioth^que royale 
sous le n® 3245(1), et paratt avoir ete ecrit vers le milieu du XV* 
siecle ^ Oudin (2) et Fabricius (3) en avaient deji paii6 , mais 
personne ne Favait encore suffisamment examine. II contient 
dix pi^ces, dont plusieurs sont communement attribuees k 
Walter Mapes : nous ne parlerons maintenant ni de la premi^re, 
ni de la troisi^me , parce que nous les publions en entier. La 
seconde (4) est une satire sur Tetat du monde , dont les diffe- 
rentes strophes ont ete diss6min6es dans trois pifeces que 
M. Wright a comprises dans sa coUection; elle commence 
ainsi : 

Multirormis hominum fraus et injustitia , 
let(h)alis ambitio , furtum , lenocinia , 
cogunt ut sic ordiar, conversus ad vicia : 
Quis furor, o Cives , quae tanta licentia (5) ! 

La quatrieme (6) a ete publiee par Wolfius (7) et par 
M. Wright (8) sous le nom d!Apocalypsis Goliae episcopi; les 
differents manuscrits dont cet habile editeur s*est servi lui ont 
permis d'etablir un excellent texte , quoique le ndtre eOt pu 
fournir encore quelques bonnes variantes. 

La cinqui^me (9) est inedite ; elle est intitulee Quod Papa sii 
summm et Imperator sub ipso^ et commence par ce quatrain : 

Totus hujus temporis ordo sunmii status 
(est) ab antiquae legis fonte derivatus ; 



Ckriiti SMerdotei; WolGus, t. I, p. 439, (2) Commentarii de tcriploribui ei 

et Bale ront r^pdtd sans faire connaltre sa tcriplit eccleiiattieit, t. II , p. 1666. 

raison Les diff^rences sont, comme on va ^jj Bibliotheca mediae et infimae aela- 

voir, tout kfait insignifiantes : ^,-,^ ^^ m ^ p nj^ 

Viri beatisaiml , aacordotes Dei , ,-. « , __ „--.«^ «^i . 

praecone* alUMimi, Ittcernae Dlei, W *0i. 3b, VerSO , COI. 1. 

:::::S:^;^!^i^\':To:L'^^: (») C«"« strophe se trouve dans le Latin 

Mais M. Wriglit n'cn a pas moins conclu de ^'"^ camnonly attrtbuted to Walter Ma- 

ce nom de Goliiu^ qul n'est peui-^tre la que ^^* \ « , 

par le bon plaisir de Flacius, que celte (6) Fol. 37, verso, col. 2. 

pi^ce ^lait du satirique Walter Mapes, ei il (7) Leelionum memorabilium t. I , p. 

lui a donn^ une place dans sa colleciion , 430. 

p. 45. (8) Ibidemy p. 1. 

(1) 11 portait autrefois le no 5333. (9) Fol. 40, verso , col. f . 



— 147 — 

praesentis Ecclesiae tenor et ornatus 
in aquis diluvii fuit figuratus, 

La sixi^me (1) se trouve dans le recueil de M. Wright (2); 
mais les manuscrits dont il s'est servi laissent beaucoup k desi- 
rer ; elle a pour titre CorUra statum Ecclesiae depravatum , et on 
lit au commencement .- 

(H)eliconis rivulo modice respersUs , 
vereor ne pondere sim verborum mersus ^ 
sed quia illabitur mundus universus, 
incipe maenalios mecum, mea tibia, versus. 

La septifeme (3) est intitulee De adventu Antichristi; comme 
elle est inedite , nous en citerons les trois premiers quatrains : 

Dum contemplor animo saeculi tenorem , 
reproborum gaudia , proborum moerorem , 
contemptum justitiae, fidei torporem, 
credo quod non habeant saecula rectorem. 

O qui quadrupliciter jubes figurari 
(h)ylem , qui res dispares ita nexu pari 
copulas, ut nequeant a se disparari , 
cur permittis hominem sic denaturari ? 

Cum per certas methodos et leges aeternas 
elementa copules lucemque discemas , 
videtur quod hominem solunufnodo spernas, 
cujus vitam simili cura non gubernas. 



(i) Fol. 41 , reclo , col. 2. 

(3) Ibidem, p. 159. M. Croke, Etsay on 
the hitiory ofrhyming lcUin vene^ p. 122, 
cite uoe pi^ce qui a de grands rapporls 
ayec cdle-ci , si ce n'esl pas la m^me , et 
qu'il attribue k un Garm^lite de Bordeaux , 
qui vivait en 1390 et se nommait Waiter 
Disse (d'lsle?). Cest probablement celui 
dont parle Fabricius : Gualterus Dissaeus 
ex Disso Sudvolciae sive Sudvolgiae oppido, 
Anglus, Carmelita , defunctus circa an. 1403. 
Mais comme il ne lui attribue aucun ou- 
vrage en vers, elque le ros. dc la B. R. est 



certainement plus ancien, l'assertion de 
M. Groke ne paratt pas fond^. Voici les 
deaz seoles strophes qu'il cite : 

Heliconis rivulo modice consperBaB , 
vereor ne pondere sim verborum mersiu ; 
sed quis labitur mondus universus , 
incipe maenalios mecum , mea tibia , versas 
Bhytlmiis dum iasclvio , verstu dum propino , 
rodet forsan aliquls dente me canlno , 
quia nec afflatua spiritu divino , 
neque labra prolui fonte caballino. 

Gette seconde strophe manque enti^rement 
dans le ms. de la B. R. et dans T^dition de 
M. Wrigbt. 
(3) Fol. 41, verso, col. 1. 



— 148 — 

La huiti^me (1) est adressee au Pape et a ete publiee par 
Flacius Illyricus (2) , par Leyser (3) et par M. Wright (4) , dont le 
texte, presque enti^rement conforme au manuscrit de la Biblio- 
th^ue royale , est generalement fort bon (5) . 

La neuvi^me (6) est intitulee dans notre manuscrit GaUerus de 
InstUa pra^dkans scolaribus bonis in reditu suo a Curia romana^ 
et se trouve d'une mani^re trte-incorrecte dans une autre pu- 
blication de M. Wright (7) ^ la premifere strophe y manque : 

Ut membra cohaereant invicem cum capite, 
gaudete in Domino , diem festum agite , 
hilares et sobrii cum propheta dicite : 
Laetare Jherusalem et conventum facite. 

Enfin la dixi6me (8) est une traduction assez eI6gante du 
psaume l, que nous croyons inedite, et dont nous citerons 
comme specimen les quatre premi^res strophes : 

Dum Galterus aegrotaret 
et aegrotans cogitaret 

quod ad vitae terminum 
vocaretur a Potente , 
metu mortis imminente, 

invocavit Dominum. 

Miserere mei , Deus , 
quia miser, quia reus ! 

Delictorum oneri 
atque jugo subjugatus , 
ad te clamat epulatus 

in fermento veteri. 



(1) Fol. 4S, verso, col. l. dans le ms. de Leipsick pnbti^ par Leyser, 

(3) De eorrupto Eccletiae tUUUy p. 9. oi daas celui de Paris. 

(3) Uitloria poematum et poetarum (6) Fol. 43, verso, col. i. 

medii aevi, p. r79. (7) Anecdota literariay p. 41; les qua- 

(4) Ibidem , p. 57. ranle deux demiers vers de r^klition de 

(5) Les trois premi^res slropbes oe se ^* Wright manquent dans le ms. de la B. R. 
trouvent ni daus le teile de Flacius, ni (8] Fol. 44, verso, col. l. 



— 149 — 

Miserere mei , Deus ; 
luctus clamor, dolor meus , 

ad te , Christe , veniat ! 
Audi flentem peccatorem , 
dum non habet redemptorem 

nec qui Salvum faciat ; 

Et secundum caritatis 
et immensae pietatis 

tuae multitudinem , 
pravos actus et enormes i>. * 

in me deiens, me reformes 

tuam ad imaginem ! 

Ges dix pi^ces sont dans le manuscrit formellement attribu^es 
k Galterus de Insula , c'est'&-dire Gautier de Gh^tillon , car il 
dit lui-m^me dans son ^pitaphe que nous a conservte un com- 
mentateur anonyme de TAlexandreide qui, si Fon en juge par 
recriture du manuscrit (1) , vivait dans le XIV' sifecle : 

Insula me genuit , rapuit Gastellio nomen ; 
perstrepuit modulis Gallia tota meis (2). 

Un temoignage si precis et si ancien est confirme par toutes 
les circonstances qui nous sont connues de la vie de Gautier de 
Chdtillon. La latinite, fort ^legante pour le temps, de son 
Alexandreide , prouve qu'il avait s^rieusement 6tudi6 les pofites 
anciens , et que sa memoire pouvait lui foumir plus aisement 

(i) B. R. Do 83B0, antrefois Golbert, B. R. dans le ms. no 848i; Toyez la note 

no 4560 ; le ms. n^est polnt pagiu<^ , mais suivanle. 

les renseignements sur la personne de Gaa- (i) Leyser, p. 764, en a publi^ le premier 

tier sont au rerso du quatrl^me feuillel vers en l*appelant monaiUeum (monosti- 

avant la fin. M. Peerlkamp, De poelis la^ cum) ; mais cet article est encore plus 

tinis NederlandiaTum, p. 15, citeaussice inexact que la plupart des autres; ainsi, 

distique d'apr^ nn vieux ms et Timprime sur la foi de Valerius Andreas , il fait de 

ainsi : Gautier de GhAtillon un ^v^ue de Mague- 

inmiia me gennit, ntpnit Casteiiio, nomen lonne (cc qu'au reste a falt aussi Quadrio , 

PeMtrepuit modtdis Gaiiia tota meia. t, yi , p. 480), ct assure qu'il florissait vors 

II en conclut que Gaulier moarut k GhA- 13!(5 , quoiquMI dise deux lignes plus bas 

tillon, et le confond avec r<^v^que de Ma- que VAlexandreit est dMie k Guillaume I , 

guelonne du m^me nom , qui composa un archev^ue de Reims , qui mourut en 

Expotitio in Psa/tort«m, conserv^ k la 1903. 



— 150 — 

qu*i personne le vers classique qui tennine les quatrains mono- 
rimes de plusieurs pitees qui sont attribuees a son homonyme. 
II avait reellement voyage en Italie, comme le dit le titre d'une 
de ses chansons; son sejour s'y etait m^me prolonge assez 
longtemps. Un passage curieux de son grand po6me montre 
qu'il ne craignait pas de bl^mer avec energie les desordres du 
corps ecclesiastique : 

Non adeo ambirent cathedrae venalis honorem 
Symoniae haeredes ; non , incentiva malorum , 
PoUuerat sacras funesta pecunia sedes ; 
Non aspiraret , licet indole clarus aviti 
Sanguinis, impubes ad pontificale cacumen, 
Donec eum mores, studiorum fructus et aetas, 
Eligerent, merito non suflFragante parentum. 
Non geminos patres , ducti livore , crearent , 
Praeficerentque orbi , sortiti a cardine nomen (1). 

La mani^re vive dont il attaque Henri II etait une cons6quence 
naturelle de sa haison avec Johannes de Salisbury, et de son 
devoClment k Thomas Becket (2) •, il voulut , mtoie dans son 
Alexandreide , manifester ses sentiments k cet egard : 

Non caderent hodie nullo discrimine sacri 
Pontifices : quales nuper cecidisse feruntur (I. queruntur) 
Vicinae, modico distantes aequore^ terrae ^ 
Flandria Robertum , caesum dolet Angha Thomam (3). 

L'epitaphe que nous citions tout k Fheure ne permet pas d'en 
douter; Gautier de Chdtillon avait compose des chansons 
(moduli) qui acquirent une vogue populaire. On les chanta en 
Angleterre comme dans toute la France ; leur succes dut m^me 
y 6tre plus grand que sur le continent, parce que le caract^re 
peu national du haut clerge le rendait antipathique k la masse 



(1) Fol. 58, recto, ed. deLyon, iSSS. 

(2) Jobannes de Salisbury, Epi*iolae,\el cxxxiv et clix. 

(3) Fol. 58,reclo. 



— I5t — 

du peuple, et apres deux ou trois generations ces cbants satiri- 
ques furent naturellement attribues k un autre Gautier, celebre 
par sa gatte et son esprit, le seul dont les Anglaks euseent garde 
la memoire. Si d^aiileurs raffirmation, dix fois r^tee d'un 
homme k qui le caract^re des ouvrages qu'il copiait (1) doit faire 
supposer des gotlts et une instruction litteraires , avait besoin 
de preuve , on la trouverait dans la pi^ce adressee Aux bons 
ecoliers : 

Inter artes igitur quae dicuntur trivium , 

fundatrix Grammatica vendicat principium ^ 

sub hac chorus militat metrice scribentium ^ 

quae se scholam(l. solam?) aestimat artem esse artium (2). 

Inter quos sunt quatuor r(h)ythmice dictantium 
qui super hoc retinent sibi privilegium : 
Stephanus, flos scilicet Aurelianensium (3) , 
et Petrus qui dicitur de Castro Blesensium (4). 

(1) 11 contient en outre Alanos, Plaueius p. 410 , et r^imprinH^ dans r^ition du P. 

Ifaiurae ; Bemard de Gbartres (Silvestris) da Molinet. 
De umivertitaie mwndi; les trois livres , , ^ ^ ^ , 
De VekUa attribo<te h Ovide, et un commen- (*) '^«re de Blois enseigna avec un 

taire sur V6tique d^Aristote. adresste k grand succis k Paris et mourui peu apr^ 

Nicomaque ^*^* ^^ ^^ P'"" ^® '"^ qu'une Cj<ntil6ne 

ti) Ce ver. manque dan, !e ms. ; nous Jlf^f "^!! "!LJ! i"*!^!^^' ** '****' '' ^ 

ravons pris dans r*diUon de M. Wright, ^^^^^ ~"»P~^ «" "^ • 
Aneedoia litermria, p. 45. SJS>rbX"^u , 

(3) Aprte avoir donn^ des lecons k Char' qaibiu sores obtaii 

tres et k Orl^ans, «tienne d^OrkSans mou- pjrtST^^aii 

rut 6v6que de Tournay, en iiOO. II avait cireATiueTespemn, 

compos^ des po^ies l^^res dans sa jeu- "1uttolr'iStot2**etir 

nesse , comme le prouve sa lettre au car- ^ ' ^ * 

dinalPierre, ^v^ue de Tusculum, qoiles Mais on sait qu'il avait £ait des poMes 

lui avait demaud^ : Rogo ut puerilia mea, l^dres pendant sa jeunesse ; ainsi il terit k 

qoamvis digna sint risu , benevolo tamen son nevea : Mitte mihi versus et ludiora 

suscipiaUs atTectu; Opera^ lel. xliii, M. qoae feci Turonis : et scias, cum apud me 

du P. du Molinet. Une lettre de TabM de transcripta fuerint, eadem sine dilatione aK- 

La Saove, qui lui demandait un office de qua rebabebis ; Opera^ let. xii. Ilditaussi^ 

saint G^aod , est encore plus expUcite : un molne qui lui avait demand^ ses vers : 

Dt si qoid macolae in saecularibua carmi- Quod autem amatoria juveotutis et ado- 

nibus quandoqne ludendo contraiistis , lescentiae nostrae ludicra postulas ad so* 

nonc , opportunitate vobis oblata , labiorum laUum taediorum, consiliosum noo arbitror, 

vestrorom vitulos Domino et beato Giraldo eum talia tentaUones excitare soleant et 

offerentes , devotius emendetis ; ibidem , fbvere. Omissis ergo lascivioribas cantile- 

let. ccLxxvui. II no noos reste plus qoe ois, pauca quae maturiore stylo cecinitibi 

Toffice de saint G^aud, imprim^ par les mitto, si te forte relevent a taedio et aedi- 

Bollandistes, fitae Sanetorum , avril, 1. 1 , ficent ad salutem ; Ibidem, let. lvii. 

10* 



— 151 — 

istis noir immerito Bertredus addicitur (1) , 
sed nec inter alios apte praetermittitur 
iUe quem Gastellio latere non patitur, 
in cujos opusculo Alexander legitur. 

n y a dans cette mention du poete , le plus c61febre de soii 
temps , une reserve o(l Ton reconnait Tembarras d'un auteur qui 
voudrait concilier sa modestie avec le soin de sa renommee ; 
mais , Ibrs m^me qu^^on se ptairait k en conclure precis^ment le 
contraire, et k supposer que le copiste n'a pu^lui attribuer cette^ 
ehanson que par erreur, il n'en faudrait pas moins convenir que 
Gautier de Ghdtillon avait compose des rhythmes oi devaient se 
trouver la facilit^ , Tel^gance relative et Terudition litteraire qui 
distinguent ceux ctont on le croyait auteur, dte le commence— 
ment du XIV* sifecle. A la verit6, il y a dans cette pifece deux 
lignes qu'une opinion g6n6ralement regue ne permet pas de 
croire aussi anciennes. Quoique la plupart des ecrivains ne 
fassent remonter Tinstitutibn des grades academiques qu'ai¥ 
Xin* sifecle , on lit dans la seconde strophe : 

Ante legum Dominos et Magistros artium 
usurpare videor Doctoris ofBcium. 

Mais nous craignons que , cette fois encore , les historiens^ 
n'aient pris la premiere mention officielle d'un fait pour sa 
date , et qu'au lieu de voir dans les institutions la regularisation 
et la sanction d'usages, insensiblement contraetes et trop peu 
importants pour laisser tout d'alKNrd des traces bien apparentes^ 
dans rhistoire, on n'ait cru b^nevolement qu'elles 6taient creees, 
sans aucun precedent , par un acte de bon plaisir. Les noms de 
Baccalaurms^ lAcefUiatm^^ Magister^ Doctor^ etaient donnesdans 



(1) €e Bertredns nous est edUirement 
iDcoDHu ; peut-Mre est-ce oDe comiption 
tfEberhardas , le c^l^bre auteur du Urae^ 
timtut (Paris, 148T, fol. ; Lyou, 4490, 
iD-4o, etc.) et dn Linbyrinthui pubU6 par 
Leyser, p. 796-854, qui cepeodaDt vivait 
UD peu plus tard , puisqu^oo lit eu iHe de 
SOD Graeeismus : 

Ando mUleno centeno bls Aaodeno y 



CondiAit EbnHrdtu Qraeeiranim betlMuileiisfc. 

11 faudrait alors peut-^tre ictke Eberhar^ 
dut addHur, II y a daos le ms. pabli^ par 
M. Wrigfat , Berterut ; si cette le^on ^H 
bonne, il s^agirait sans doute de Bertbier 
ou Berl^re d'0rl^ns, qui -composa des 
rhythmes pendant le Xlle si^ele ; voyez 
nos Poitiet populairet latinet, p. 406. 



— 153 — 

le XIP et m^me le XP siiele, et aucun document authentique ne 
precise Tepoque oix ces d^nominations de simplepolitesse devin- 
rent des titres universitaires : il est seulement certain qu'on ne 
Ta pas assez reculee. Gotofredus de Saint-Victor, un ^crivain de 
la seconde moitie du XII* siicle , a dit dans un podme encore 
inedit, intitul^ Fans jJiilosaphiae : 

Praesident his etiam qui hoc meruenmt 
et qui singulariter gratiam bauserunt , 
cujus partes aliis quoque contulerunt ; 
nihil enim possident quod non acceperunt. 

Sedent eminentius inter hos pincemae , 
veteres memoriae viri semintemae , 
quibus multitudines assident modemae , 
haustu quoque gratiae saturi superaae (1) ^ 

et le copiste qui nous Fa conserve , a 6crit ea marge , probable- 
ment dans le X1P sitele , Moffistri artium. Une lamentation sur 
les desordres de r£glise (2) , attribuee , d'apris des renseigne- 
ments tr^s-suffisants , k Bernard de Corbie qui vivait k la fin du 
XI* sifecle , est encore plus positive : 

Jam fit magister artium 
qui nescit quotas partium 

de vero fundamento : 
habere nomen appetit , 
rem vero nec curat nec scit , 

examiue contento. 

Jam fiunt baccalaurii , 
pro munere denarii 

quamplures idiotae : 
m artibus , ab ahis 

(I) B. R. fonds de Salnt-Vlclor, no 913, Beeleiiae italu, p. iOi ; WoWat, lertio^ 

IW. S, rerio , et no 490, Ibl. «8, Teno. num memorahilium , t. 1 , p. 545 ; Wal- 

(•) EHe atMii seiiTeDt r^lmprimee, que chius, Monimenia medii aevi, 1. 1, P. it^ 

1I0U8 ne FaYons pas comprise dana cetle p. 945, et Berneggeras, HypoMimaem 

ooHectioo; Toyei Flaclus , Sh eorruplo divae Mariae Deiparae eamera , p, IMh 



— 154 — 

egregiis scientiis 
sunt bestiae promotae (1). 

Cette allocution aux bons 6coliers rfaurait pu d'ailleurs ^tre 
compos6e par le courtisan et bel esprit Mapes , tandis que Tau- 
teur de FAlexandrelde, qui avait professe longtemps i Ch^tillon 
et k Bologne, etait verse dans toutes les connaissances et toutes 
les denominations de r£cole : la philosophie lui ^tait aussi fami- 
liire que les belles-lettres. 

Post illam quae prior est caeteris in trivio , 
subinfertur Logica grandi supercilio , 
di(s)color sententiis et accincta gladio , 
per quam falsum resecat logicorum ratio. 

Hanc Doctorum asserit muKiplex opinio \ 
sed cunctos praeradiat nova constitutio, 
in qua rebus derogat Ba^lardi sanctio (2), 
attributo vocibus rex (1. rerum) privilegio. 

A toutes ces citations de savants frangais , il est impossible de 
ne pas reconnattre un poete vivant en France et m^le par ses 
etudes et par ses gotlts , k la vie universitaire ; evidemment ce 
n'est pas le jovial et paresseux archidiacre d'Oxford. A la verite, 
la celebrite dont jouissaient les ecoles de la France y attiraient 
une foule d'etrangers , et Ton ne saurait conclure d'une donnee 
aussi vague, que cette pifece n'a pu ^tre composee que par un 
Fran^ais ; mais rien n'y d6c61e un etranger, et il semble au 
moins resulter des idees que Tauteur a exprimees dans le De 
adventu Antichristi^ qu']l n'etait ni Italien , ni Allemand : 

Yides in Ecclesia nihil esse ratum ; 
vides in pastoribus Giezi reatum , 

• 

(I) A la v^rit^, on a voulu voir dans ces (2) Dans le ms. dont M. Wright 8'est 

vers une preuve cerlaine que Bemard de servi. U y a Bailard iacraUo^ et le savant 

Corbie n'en pouvait ^tre Tauleur ; mais il Milcur a eu tort de r^tablir I'a du commen^ 

est par trop facile de rendre son opinion cement ; on le retranchait quelquefois pen- 

inaltaquable cn declarant suspectes ipso dant le moyen ^e. . 
facte toutes les autorilds qui rattaquenl. 



— 155 — 

mundi caput sc(h)ismate vides infirmatum , 
vides a veritate Papam declinatum . 

Federicum Caesarem optime vidisti , 
illum per quem sc(h)ismatis semina sevisti, 
idcirco sc(h)ismaticae genti praefecisti ; 
quis praecursor melior foret Antichristi ? 

Si ces preuves ne sont pas aussi positivement convaincantes 
que pourrait le demander un mathematicien , il faut au moins 
avouer qu'il est peu de probl^mes litteraires , resolus d'une ma- 
nifere plus rigoureuse, et que Gautier de ChAtillon est trfes-pro- 
bablement Fauteur d'un certain nombre de piices que la tradi- 
tion , trompee par la communaute du nom , a attribuees deux 
sifecles apr^s k Walter Mapes. 

Missus sum in vineam circa horam nonam (1 ) 5 
suam quisque nititur agere (2) personam -, 

(1) NOQS aVODS Choisi Cette ChanSOn de ejas nohisimperatamor^Tudiimare, 

pr^f^rence aux autres, pour montrer la ft>n« bonorum, apiritus , diprna dictu dare. 

populariM dont ces p<^ie8 jouissaieot parmi iS^S^^liirl^^S, diX^r ' 

leS lettr^S. On en diSS^mina ieS COUpletS atque tuae praeyio lumine doctrinao 

dans quatre pi^ces diff^rentes que l'on ducas ab iniHo, statuaa inflne» 

grossit d-une foule d'addilion. de toute es- t— '^^J^^pVcrtT;"'''*'' ' 

P^, quoiqu ettes faSSent presque tOUJOUrS affluens eloquii mira Buavitate, 

quelque allUSion k deS id^eS OU des faitS plenu» sapientiae coelitus collatae. 

Iill6raires. Le ms. de la B. R. lui-mdme ne ^- ^- ^^^^^ <*« Saint-Victor, no 912, 

nous a certainement pas conserv^ cette „, ^ lol. 44, recto. 

chanson comme Gautier de ChAtillon ravait ^ ^ ®*' «""' ^® rhythrae adopt^ par Alanus 

compos^, puisque les couplets 4, 5 et 6 ^*°V« chanson C-onfra amorem Venerts, 

n'ont pas le mdme rhythme que les autres : q^ej^yser a pubh^e, p. 1092 et par le Mo- 

au lieu de six syllabes, le secoud h^mistiche 5*^*^"» Florenlmus , ^v^que de Plol^mais , 

y en a sept. L'irr^gularite du dernier vers ^«°^, ««^ «V"^"^ ^J^^ ^f P'^s de 900 vers 

porte k croire que ces sortes de pi^ces !"' 'f !;®P"^« ^^ «e"« ^;"^ P»"^ les croises. 

(itaienl plutdt d^clam^es que chant^es; " esl inser^ dans Herold, 2)6 66//0 *acro 

c'6tait, ^mme il plaisait au poete, un conUnu^taehutortaehbpsex^^ 

fragment de vers heiamare, un vers ^rm Gij//t./nu ryr.nm arfdt^t , p. ^ 

complet, un vers penlam^re , ou une sim- ^* ^« »^'«' *^' «J commence amsi : 

i t. , ., . VI Li . • Cum roraanus pontifex praesidet Veronae , 

pie llgne rhythmique, Semblable aUX trOlS Urbanus memoriae atque famae bonae, 

autreS. Gette division en quatrainS mono- Saladinus impiua absque rationo 

rimes itait , comme on a d^jk pu le voir, «^^"P^vit synam fe™ ditione 

fort goai^ des lettr^s du Xlle si^cle. Nous ^^,f,^ P'®™»^'"^ strophe de Gautier de 

citerons encore un po€me de 508 vers sur ChAU^lon se irouve dans la collection de 

samt Augustin, parOodefroid de Saint- M. Wright i la page 152. 

Yictor ' (^) tendere dans M. Wright; les autres 

AugoBtini gioriae meritis pracciarae variantcs quc nous indiquerous sc rappor- 

laudM qnantom dabitur r(h)3rtbmo cumulare , lCnl lOUteS k SOU edllioU. 



— 156 — 

ergo quia cursitant omnes ad coronam : 

semper ego auditor tantum , nunquamne reponam (1 ) ? 

Quando cibus deficit animabus (2) brutis , 
mugiendo postulant cibum , spem salutis (3) ; 
sed est mihi resonans (4) vocibus argutis 
fistula disparibus septem compacta cicutis. 

Festisbacchalaribus(I. bacchanalibus?) interesse minimus, 
YOlo quia nequeo magnus , major, maximus ; 
derogare vitiis omnibus est animus , 
et nos ergo manum ferulae subduximus (5). 

Cum videam reprobos opibus nltescere (6), 
dominari vitia , virtutes succumbere , 
vilipendi feminas, viros ante nubere (7), 
difficile nobis est satyram non scribere. 

Spargat ergo primitus sua Clio jacula , 
in illos quos operit pastoralis infula ; 
nam ab illis omnibus, quid irem per singula ? 
Defluxit (8) in subditos vitiorum macula. 

Ecce sponsi comites vendunt sponsae dotes ; 
furantur (9) in cacabo camem sacerdotes ; 
si spectes (10) medullitus, si rem bene notes , 
Christum vendunt hodie (11) novi Scariotes. 

Jam prorsus aboluit (12) usus largiendi 
praebendas, altaria quae non debent (13) vendi , 



(1) Nunquam me; c'est un vers de Ju- (4 Et mihi resonat. 

v6nal, sat. i, v. 1 ; le derniervers du (5) Cette strophemanquedansM.Wright. 

quatrain suivant est de Virgiie, Eglog. ii, (g) p. £53. affluere. 

V. 36 ; celui du iroisiime quatrain est encore ,^. g^ ^j^g „4^^ 

emprunt^ k Juv^nal, sat. i, v. 15; ces J ' p jks. h u 

rapprochements ne nous sembient pas assez ^^' *^' *°^'^ aecnnat. 

curieux pour que nous en indiquions davan- ^^i ^* **^» curantur. 

tage. (10) Infactis. 

(2) Gette strophe est dans la collection de (ii) Iterum. 

M. Wright, p. 160; il y gipecudibut. (12) P. 154; obsorduit. 

(3) Velut spe salutis. (13) Nam vendunt altaria quae non solent. 



— 157-- 
versa est in habitum cupido tenendi ; 
tempore crevit amor qui nunc est summus habendi. 

Studet praesul pretiis, et archilevita 
vivit solitarius ; coenat heremita (1) ; 
morerentur utinam hi qui vivunt (2) ita I 
Felices obeunt quorum sine crimine vita. 

Vis decanus fieri , praesul , patriarcha ? 
auri multa tibi (3) sit vel argenti marca ; 
tantum habet fidei , teste manu parca , 
quantum quisque sua nummorum servat in arca. 

In quo mundi climate, sub quo coeli (4) signo 
est abbas aut pontifex ,* pectore benigno 
dignus Christi nuptiis, dignus vitae ligno ? 
Rara avis in terris nigroque simillima cygno. 

Ut Judaeis odio sunt carnes suillae, 
sic in his extinctae sunt virtutum scintillae ; 
hic vacat libidini , nummo (5) servit ille ; 
credite nunc vobis folium (6) recitare Sibyllae. 

Omnes avaritia mentibus imbutis 
in nummo constituunt spem suae salutis , 
nolunt (7) dici prodigi rebus dissolutis , 
fallit eos (8) vitium specie virtutis. 

A praelatis defluunt vitiorum rivi , 
et tamen pauperibus irascuntur divi ; 
impletur versiculus illius (9) lascivi : 
quidquid delirant reges, plectuntur Achivi. 

Parrochiam contrahit lege matrimonii 
sacerdos a praesule , si numjni sint medii ; 



(4)P. 155: 

Nec melior pontifex quam archilevita , 
Tivetu aolitoritts , eoenat horemlta. 

(2) Coenant. 

(3) P. 155; lui muKi. 
14) P. 155; mundi. 



(5) P. 155 ; gulae. 

(6) Me folium vobis. 

(7) P. 161 ; volunt. 

(8) Enim. 

(9) P. 154 ; sic impletur ilerum vox illa. 



— 158 — 

nam (1) , si nummus deficit et tumor marsupii , 
dabit ei pontifex libellum repudii. 

Vos ergo cum talia, Praesules, agatis, 
de futurae (2) gaudio vitae desperatis , 
illudque Lucanicum mente pertractatis : 
Tolle moras, semper nocuit (3) differe paratis. 

Quanto plus possidet, quanto plus ditescit, 

tanto magis locuplex sitit et ardescit ^ 

nam sicut (h)ydropicus qui semper arescit, 

crescit amor nummi quantum ipsa pecunia crescit (4). 

Mundus nummis (5) deditus sequitur hunc morem , 
ut tanto quis judicet quemque digniorem (6) , 
illum quanto noverit esse ditiorem : 
servitium nummi nobishunc praestat(7) honorem. 

NuUus avaritiae rebus erubescit , 
ex hac vis libidinis dirivata (8) crescit ^ 
nam cum semel (9) opibus dives intumescit, 
inguinis et capitis quae sintdiscrimina nescit. 

Florebant antiquitus artium doctores, 
nunc acquirunt redditus auri possessores, 
quia sicut exprimunt versibus actores (10) : 
In pretio pretium nunc est ; dat census honores. 

Nescit mundus compati , nescit condolere 



(t) P. 154 ; Sed . SitU avaritlae voti modam nescit ; 

19\ V 4IU • fiiinprnaA »ed qoanto foUioulu* mafls intumeecit , 

^as; r. im , superuae. jj^njo vehementiua pestia invalescit : 

(3) P. 154; velle venit semper, nocuit. /«x » ^«» _ ^ - 
On a ins^ri dans la ni«me piice, p. 1S8, ("' ^ *«*' """^" '™"''"'- 
une autre strophe qui finil de la ni6me ma- (^) Meliorem. 

ni^re : (7) nummi, nummi vobis impendit. 

Idcirco divitias forsam non amatis, ia\ p tHf . /1<»rivaln 

utaetemam postmodum vitam capiatis; ^^l ■^- »«>* » uerivaid. 

heu ! heu ! Mentes perditae, numquid ignoratis /i|^ OuolienS. 

qnod sempermultum nocnit difforre paratis? x*^ / V 

(4) P. 163 : ies trois premiers vers sont ^*^^ ^* ^^"^ * 

*OUt k fait diff^rentS : ^^^ "^ completnm est quod dicunt anctores. 



— 159 — 

mandicanti (1) pallidi (1. Palladi) quae solet vigere , 
nam si nummo eareas, foris expellere , 
ipse licet venias Musis comitatus, Homere. 

Axis magisterii fractus est et t[h]emo •, 
audiri si cupiam , auditores emo 5 
hoc est unde conqueror (2) , hoc est unde gemo : 
scire volunt omnes, mercedem solvere nemo. 

Senes avaritiae sunt imbuti felle ; 

odor lucri pueris dulcior est melle : 

nolle pudicitiam , nummos autem velle ^ 

hoc discunt [omnes] ante alpha et betha (3) puellae. 

Si recte de vitio vitium derives, 
si de gestis consulas (4) Athenarum cives , 
inter actus saeculi pravos et declives , 
intolerabilius nihil est quam femina dives. 

Hoc (5) idcirco dixerim, ne quis sine macula 
femina (1. feminas) existimet quarum lingua jacula , 
fascinantes oculi, digiti novercula (1. novacula), 
sed a diverticulo repetatur fabula. 

Filii nobilium, dum sunt juniores, 

mittuntur in Franciam (6) fieri doctores , 

quos prece vel pretio domant corruptores , 

sic artaxatos (1. praetextatos) (7) referunt artaxata mores. 

Mores habet (8) Barbarus (1. habent barbaros ?) , Latinus et 
sic sacerdos ut plebs est-, coecum ducit coecus ^ [Graecus ; 



(1) P. 162; medicanli. La mdine id^e se (3) P. 162 ; alphabeta. 
rctrouve dans deux autres strophes, p. (4) P. 162; consulis 

*^' , .^A (5) P. 162; haec. 

Adora pecunUm , qui Deos adoras ; , 

cur stnias armaria ? Cur libros honoras ? (6) L'ile - de - FranCC , dont ICS eCOlCS 

IJ^SS f^^XCnoTJ^: S" ' jouissaienl d>une grande ciMbnU. 

Disputet pwiosophus vacuo cratere, (7) Anecdola lUerariaf p. 38 ; praetaxa- 

etsciatquodminusestsclrequamhabere; j^g . ^'est UH VCrS dc Juv6nal, Sat. 11- 

nam si pauper fueris , foras expellere » . _^ 

ipse licet venia» MubIs comitatuB, Homere. V. 170. 

(2) P. 162; doleam. (8) Anecdota literariay p. 38; habent. 



— 160 — 

se mares efTeminant ut equa flt equus ^ 
expectes ab homine hoc (1) usque ad pecus. 

Et quia non metuunt animae discrimen (2) , 
principes in habitum verterunt hoc crimen , 
virum viro turpiter jungit novus (h)ymen 5 
exagitata procul non intrat femina limen. 

Satire cmtre les prilats , par Gautier de Chdtillon (3). 

Fallax est et mobilis lex humanae sortis, 
nedum natis etiam spondet horam mortis, 
ac peccantis ultio semper est in portis , 
quia sic instituit judex justus , fortis. 

Si quis ergo sperneret mundum male tutum , 
nummorum congeriem reputans ut lutum, 

(1) Hoe manque. Nostri* laeta malis, mala gens, sora daemonialis ; 
. - . , . . . Turba noceiu estls, scelenun fons, iniblica pestis . 

(2) Celle Stropne Se trOUVe danS deUX Vlpereumquegenus, grexomnlcrimine plemw, 
pi^CeS dilKrenleS ; Latin poemi eommoniy Cur anathema pati, non horretis scelerati ? etc. 

aUributed to Walter Mapei, p. 161 , et j^^ fo„dg ^^ Sainl-Victor, no 785 

Anecdota literariay p. 58. (Xllle si^cle), fol. 18, reclo. 

(3) B. R. no 3445, fol. 37, reclo, col. 2. „ ^^j^j^ ^^^. „„^ ^^^ ^^ ^^„ ^ 

A «ne/{«q«e «V? ^ Ta *. h^oT;?i! «<!"«» consonnants, que Fiacius a publile, 
^ta ient i la tftte de la sociel^ et de la cmli- ^^ ^^^^ g^^^,'J^ ,^,^ ^^ J 

sation. ilsdeyaientnalurelemem «irefort p^bricius a rdmprim^ Bibliotheea 

attaqu^s par tous les malconlenU, e ces ^^^.^ ^, .^^^^ ^^^. ^ „, ^^^ 

^*'!'!!!'*'!:^ *****' "*" "7*? ^' f "° On 1'atlribue gen^ralement k un Gallois 
intdr^t rtel; non sans doule comme docu- „^^^^ g„^,^ ^ Fabricius loeo lau- 

ments officiels, m in6me histonques, mais ^ Leyser, p. 434 , et Wright, Biogra- 
comme expre^ion des griefs de I Opposition j^-^ britannica literaria , Piriode anglo- 
systdmatique duXIIe sidcle. Cesticeti re „^^„, ^^^y ^^j^ ^^ g^^,^ ^^^^.^ ^^^^ 

seulement que nous citerons une autre ^^ ^,^0 ou 1170 , et la salire dont on le dit 
pi6ce ac^phale sur lavidit^ des moines, ^.^^^^^ ^^ ^^^^^^ ^ ,^ ^ ^ ^j^^^^ ^^ 

que nous croyons inMite : Notre-Dame , no 129, fol. 90, verso) , dans 

Anjubetordosacer utsicfrematimpetusaoer „„ „,8. qui a les caract^res ordlnaires du 

Nec teneat frenum jus invadens alienum ? _._ | 

Mente Deum pura sitientes qui sua jura ^le SieclO ; elle est trop COnuue pOUr que 

Bponte reliquerunt, me cur invadere quaerunt? nOUS la CitionS tOUt entl^re : 
Turpiter ergo gerunt quia sorbent quod vomuerunt. 

Quae pietas ? <^s amor ? Pulsat meus aethera clamor, Ordo monastlcus ecolesiasticus esse solebat , 

Qnaque magis plango, minus horum pectora tango. dura cibaria cum (per)agre8tia rura colebat : 

Qnam cm^ele genus , quod flens non tangit egenus ! Nulla pecunia, nulla negotia porpediebant ; 

Insultat flenti, panem rapit esurienti ; sobria copia, parva colonia sufllciebant. 

Turbam raptorum transcendit grex monachomm. Fro venialibus et capitalibus invigilabant ; 

Bodens viventes, acuit gens mortua dentes ; tam ven(i)alia quam oapitalia nostra piabant ; 

Mortua gens mundo ft-emit ore , Torax , furibnndo ; 8ed miserabilis et lacrymabilis est sibi factus : 

Mitem se fingens sic virus contegit ingens. post ven(i)alia, sub ci^iitalia damna redactus. 

Hic dolns est magnus , lupus est qui c(r)editur Ordo monasticus ecdesiasticus est violenter, 

Non est flda satis vestrae nota simpllcitatls ; [agnus. ecclesiastica comparat omnia dona patenter. etc. 



— 161 — 

conservans viriliter corpus incorruptum , 
hunc plane diligeret dominus virtutum. 

Sed non placet omnibus haec consuetudo , 
quia placet amplius bursae plenitudo -, 
universos allicit cutis pulcritudo^ 
hodie vix aliquem decet sanctitudo. 

Ubi sunt Ecclesiam in Christo regentes , 
qui velint existere benefacientes ; 
exemplorum levitae tantum relucentes , 
ut laetentur pariter et exultent gentes ? 

Nil volunt solatii subditis conferre, 

et , cum modo conterant totum mundum guerrae , 

nolunt se pro filiis Israel offerre 

ut in pace maneant omnes fines terrae. 

In bellorum turbine de Deo diffidunt, 
hos norunt metuere qui cor(p)us occidunt , 
omnes in pecuniae thesauris confidunt, 
assidos (1) et validos debiles elidunt. 

A foris suscipiunt cultum pastoralem ^ 
nunquam degustati sunt coenam spiritalem . 
non habentes apud se vestem nuptialem ; 
agentes operibus curam mercennalem (2). 

Isti sunt quos tumidos efflcit potestas 
et quos nunquam afflcit pauperum egestas ^ 
hos districti judicis opprimet majestas, 
cujus in circuitu valida tempestas. 

Omnes avaritiae coeunt caetatum (3) , 
ore psalmos ruminant, in corde mercatum ; 
nonne, dum non cogitant Domini mandatum , 
eorum oratio fiet in peccatum ? 

(1) Pour atsiduos; cette contraction (2) Mercenaire; ce mot manque aussi 
n'est pas indiqu^ dans la nouvclle Mition dans le du Cange de M. Hensctiel. 
de du Cange. (8) Peut-^tre, comme Coetuty Suite, Gour ; 

il ue se trouve dans aucun glossaire. 

11 



— 162 — 

Habundes (1. Habentes) in capite cano(s) senectutis , 
retinent in renibus flores juventutis ^ 
male sibi conscii , de via virtutis 
insectantur alios gladiis acutis. 

Ex his esse novimus proles adamaeos , 
deas non recipere sed amare deos^ 
sed quotquot invenerit hujus rei reos , 
qui in coelis habitat irridebit (1) eos. 

Sic pascunt ut ipsimet potius pascantur, 
qui vix ad humilium preces inclinantur , 
et tamen sublimiter eis dominantur ; 
confundantur pariter et revereantur ! 

Qui bursae solummodo quaerunt implementum 
nec Christi familiis dividunt frumentum , 
qui male dominicum duplicant ialentum 
veterascent miseri sicut vestimentum. 

Quis Myrr(h)aeo praesuli similis nunc vivit ? 
Nam gua cujus quia guas (2) decem acquisivit, 
hunc ad ea Dominus praemia ascivit , 
quae non vidit oculus nec auris audivit. 

Paucossibi similes nunc habet Paulinus, 

et quem (I. cui ?) quondam habuit parem Mons-Cassinus • 

sed et qualis exstitit pastor Midertinus (?) , 

vix habet consimiles (I. consimilem ?) Ecclesiae sinus. 

Sanctulum presby terum nolumus tacere, 
qui vitam pro proximo voluit carere ; 



(1) Probablement ptmtra, chdlira; nous grotia. Gomme dans ce ms. \e% v et les n 

ne connaissons pas d'autre exemple de cet n'ont pas des diff^rences fort tranch^ , 

emploi d'/rrt(iere . peut-6ire cependant faut^il lire gna, qui 

(8) ll8'agitdesaintNicolas; maiscevers pourrait se ratlacher au grec rvooijiti, 

est Irop corrompu pour fttre resiilu^ avec Savoir, Gonnattre. 

quelque Certitude : Gftia, qui est ^Crit tr^S- Nam vlrtute graUam quU acquialvlt , 

lisiblement deux fois et doit ^tre un mono- ou 

syllabe , ne saurait ^tre une abr^viation dc oraHa quod gratias (leccm acquisivit (?) 



— 163 — 

sed moderni praesules hunc solum legere : 
Si nihil attuleris, exibis, Homere. 

Magis fiunt avidi tumore bursarum , 
sitim quod multiplicat fons divitiarum ^ 
quia sic desiderant congestus earum , 
ut cervus desiderat ad fontes aquarum. 

Si me forsan odiunt ob hoc Pharisaei , 
quod eos non taceo tantae reos rei , 
cantabo suppliciter in conspectu Dei : 
Ego dixi ; Domine , miserere mei. 

Sed asculta (1) , Pontifex , cor habens tam coecum ^ 
ut thesauros congreges, aestimo non aequum •, 
quare dicit Dominus ut jam loquar tecum : 
Nonne ex denario convenisti mecum ? 

Audi , Pastor ovium , vivere si velis ; 
pugnato pro Israel manibus et telis ; 
sis in domo Domini prudens et fidelis , 
ut laudare valeas Dominum de coelis ! 

Satire de Pierre des Vignes sur les desordre^ du eorps 

ecclesiastique (2). 

Vehementi nimium commotus dolore , 
sermonem aggredior furibundi more 

(1) Pour auieulta ; celte corruptioD (Voyez Grescimbeni , Ittoria della volgar 
n'elait pas rare pendant le moyen Age. poesia, l. 111, p. 9; Poeti del primo secolo 

(2) Apr6s avoir m longtemps chancelier della lingua ilalianay t. 1, p. 39>54, et 
de Tempereur Fr<ki6ric 11 et Tavoir assist^ Raumer, Geschichte der Hohenstaufen , 
dans toutes ses luttes contro la papaut^, t. VI, p. 506), et apr6s avoir parl^ de ses 
Pierre des Vignes fut aecus^ , selon quel- lettres, Trithemius disail dans le Chronicon 
ques historiens, d*avoir voulu Tempoisonner Hirsaiigiense , ann. 12^ : Fertur enim et 
ou , ce qui noas parait plus vraisemblable , alia quaedam scripsisse ; mais persoune ne 
de 8'^tre vendu au pape Innocent II, et sembleavoirconnu lerhythmequeuouspu- 
eut les yeux crev^s^ Dante le fait figurer blions. Aucune mention n'en est faite dans 
dans son po^me : Tedition de ses leitres donn^e par Iselius, k 

lo 8on colui che teaui ambo le chiavi BAIC, Cn 1740, Ct il parall avolr ^ChaDD^ »n\ 

del cuor di Federigo, e che le volsi «/v,«k-«..^.a« .^»i.^.»i ^- a^ «r « . 

•errando e diserraSdo si .oavi. Dombreuhes rechcrches dc M. Periz dans 

Dell* Infemo, ch. vui , v. 58. 'es n»»- qu» nous ont conserve ses ouvrages ; 

On connatt de lui quelques canzoni italiens ^oyez Archiv der Gesellschaft fUr dltere 



— 164 — 

ct quosdam redarguam in meo furore , 
nullum mordens odio vel palpans amore. 

In praelatis igitur primo docens figo , 

quorum vita subditis mortis est origo 

et malorum omnium corrodit rubigo 

per quam grex inficitur, dum serpit serpigo (1). 

Est abominabilis praelatorum vlta, 
quibus est cor felleum Iing(u)aque mellita ; 
dulce canit fistula eorum^, et vita (1. ita ?) 
propinant , (h)ypomenis (2) miscent aconita. 

Fluxum in consiliis agunt et non fructum 5 
vident prunnonium (3) Christi jam destructum , 
et plorat Ecclesia nec dimittit luctum , 
frequentans suspirium ab imo deductum. 

Vita sine (1. Vitae suae?) moribus si quis est insignis 
caret beneficio quod praestant indignis 
cognatis, et filiis, suisque provignis, 
in quibus luxuriae praeterardet ignis. 

Fur ut gregem rapiat et perdat et mactet , 
et praelatus praeparat, non ut eum lactet , 
sed ut pravis usibus lac et lanam tractet, 
cum spem non in Domino sed in nu(m)mis jactet. 

Praelato pecuniae ostendens (1. ostende ?) acervum , 
si vis eum humilem, tibi non protervum 5 



deuttche Getchiehttkunde ^ t. U, p. 54, 
75; t. lU, p. 656; l. IV, p. 245; l. V, 
p. 555, et t. VII , p. 890 et 980. Ce Thylhme 
se Irouve k la suite des lettres dans un ms. 
de la B. R. ecrit en 1594; fonds de Notre- 
Dame, no 202, fol. 157, verso. Quoique 
d'une fort belle ecriture , ce ms. est mal- 
heureusement plein de corruptions et de 
n^Iigences de toute esp^ce. 

(i) Lepre ; nous n'avions vu ce mot em- 
ploje que dans le Medicina ScUernitana : 
Ad haec serpiginem nonnunquam et impe- 



tiginem morphaeamque ac lepras progignil; 
p. 242, ed. de 1622. Serpigine sigDifie en- 
core Dartre en italien, et Serpige avait 
pris en proven^al la sigoification de Galle. 

(2) Ce mot qui vient sans doute du grec 
07:o(X£ve'.v, Soutenir, doit signifiqr Gordial ; 
i1 manque dans la nouvelle ^dition de du 
Gange. 

(3) Peut-6tre primieeriumf Empire, 
Domination ; mais ce mot est trop corrompu 
pour que nous ayons os^ admettre notre 
restiiution dans le texte. 



- 165 — 

dum sectant cum Symone Elisaei servum , 
relaxant justiUae vel dirumpunt nervum. 

Non splendet humilitas collis praelatorum , 
sed superbe satagunt, non tamen minorum 
sibi flecti janua (1. genua), sed superiorum , 
cum Deds humiliet (I. humiliat ?) colla superborum. 

Praefecit Ecclesiae Christus piscatorem , 
ut haberet humilem per saecla pastorem ^ 
nunc vero non eligunt Petro successorem, 
Constantino similem sed quaerunt rectorem. 

Bella miscent , peritus (1) et seductiones (I. seditiones ?) 
intra plebem , milites, reges et barones ^ 
unde fiunt hodie tot occasiones 
quod fere se perimunt omnes nationes. 

Regnum regnum destruunt (1. destruit) et gens perdit gen- 
dives mactat pauperem et pauper potentem ; [tem ^ 

pater tradit Glium et ipse parentem , 
nec fratrem invenies fratrem diligentem. 

Partes mundi quatuor nunc guerra lacescit ; 
nec mare , nec flumina , nec terra quiescit ; 
omnis homo fulminat et arma capescit , 
etpestis discordia(e?) tota die crescit. 

Notus (Totus ?) est in caedibus orbis involutus , 
et hinc inde gladius versatur acutus ; 
est vasallus domini cruore pollutus , 
nec hospes ab hospite potest esse tutus. 

A in*aelatis omnia haec ortum traxerunt ; 
sed ipsos pericula non praetermiserunt : 



(1) Peui-«tre ce mot qui manque dans rido de la basse-Iatinlt^ ; voyei du Gange, 
lous les glossaires, esl-il d^rive de Perire i. v, p. 207| col. I. 
et a-t-il la mdme signiGcation que le Pe- 



— 164 — 

et quosdam redarguam in meo furore , 
nullum mordens odio vel palpans amore. 

In praelatis igiturprimo docens figo, 

quorum vita subditis mortis est origo 

et malorum omnium corrodit rubigo 

per quam grex inficitur, dum serpit serpigo (1). 

Est abominabilis praelatorum vita, 
quibus est cor felleum Iing(u)aque mellita ; 
dulce canit fistula eorum^, et vita (1. ita?) 
propinant , (h)ypomenis (2) miscent aconita. 

Fluxum in consiliis agunt et non fructum ; 
vident prunnonium (3) Christi jam destructum , 
et plorat Ecclesia nec dimittit luctum , 
frequentans suspirium ab imo deductum. 

Vita sine (1. Vitae suae ?) moribus si quis est insignis 
caret beneficio quod praestant indignis 
cognatis, et filiis, suisque provignis, 
in qtiibus luxuriae praeterardet ignis. 

Fur ut gregem rapiat et perdat et mactet , 
et praelatus praeparat, non ut eum lactet , 
sed ut pravis usibus lac et lanam tractet, 
cum spem non in Domino sed in nu(m)mis jactet. 

Praelato pecuniae ostendens (1. ostende ?) acervum , 
si vis eum humilem, tibi non protervum ; 



deuttche Getchiehttkunde y t. II, p. 54, tigiDem morpbaeamque ac lepras progignil ; 

75; t. m, p. 656; t. IV, p. 245; t. V, p. 243, dd. de 1633. Serpigine sigDiae en- 

p. 555, et t. VII , p. 890 et 980. Ge rhy thme core Dartre en italien, et Serpige avait 

se irouve k la suite des lettres dans un ms. pris en proven^al la sigoificalion de Galle. 
de la B. R. ^crit en 1594; fonds de Notre- (2) Ce mol qui vient sans doute du grec 

Dame, no 202, fol. 157, verso. Quoique uTcojxEveiv, Soutenir, doit signifior Gordial ; 

d'une fort belle ecriture , ce ms. est mal- ji manque dans la nouvelle ^dition de du 

heureusement plein de corruptions et de Gange. 

n^ligencesdelouteesp6ce. (3) Peut-are primieerium, Empire, 

(t) L^pre ; nous n'avions vu ce mot em- Domination ; mais ce mot est trop corrompu 

plo}^que dans le Medicina Salernitana : pour que nous ayons os^ admettre notre 

Ad haec serpiginem noniiunquam et impe- restilutlon dans le texte. 



- 165 — 

dum sectant cum Symone Elisaei servum , 
relaxant justiUae vel dirumpunt nervum. 

Non splendet humilitas collis praelatorum , 
sed superbe satagunt, non tamen minorum 
sibi flecti janua (I. genua), sed superiorum , 
cum Deds humiliet (I. humiliat ?) colla superborum. 

Praefecit Ecclesiae Christus piscatorem , 
ut haberet humilem per saecla pastorem ^ 
nunc vero non eligunt Petro successorem, 
Constantino similem sed quaerunt rectorem. 

Bella miscent , peritus (1) et seductiones (I. seditiones ?) 
intra plebem , milites , reges et barones ^ 
unde fiunt hodie tot occasiones 
quod fere se perimunt omnes nationes. 

Regnum regnum destruunt (I. destruit) et gens perdit gen- 
dives mactat pauperem et pauper potentem ; [tem ^ 

pater tradit filium et ipse parentem , 
nec fratrem invenies fratrem diligentem. 

Partes mundi quatuor nunc guerra lacescit ^ 
nec mare , nec flumina , nec terra quiescit ; 
omnis homo fulminat et arma capescit , 
etpestis discordia(e?) tota die crescit. 

Notus (Totus ?) est in caedibus orbis involutus , 
et hinc inde gladius versatur acutus -, 
est vasallus domini cruore pollutus , 
nec hospes ab hospite potest esse tutus. 

A praelatis omnia haec ortum traxerunt ; 
sed ipsos pericula non praetermiserunt : 



(1) Peut-«tre ce mot qui manque dans rilio de la basse-latinlt^ ; voyez du Gangc, 
loiis les glossaires, esl-il d^rive de Perire i. V, p. 207| col. I. 
et a-t-il la mdme signiGcation que le Pe- 



— 166 — 

nam navali praelio quidam perierunt , 
et quidam in carcere obtrusi fuerunt. 

Gredo quod Gregorius qui dictus est nonus, 
fuit apostolicus vir, sanctus et bonus; 
sed per mundi climata strepit ejus sonus , 
quod ad guerras fuerat semper nimis pronus.' 

Hic de suis finibus coegit exire 

antiquam concordiam et fecit abire ; 

ultra (1. intra?) mundi limites nec potest quis scire 

ubi nunc permaneat , vel saltem audire. 

Vir sanctus sic fecerat ; nam praedlcatores ^ 
quos deberem dicere praevaricatores, 
secum semper habuit et Fratres minores , 
qui suum perverterant sensum atque mores- 

Si Papa non crederet istos detractores , 
amicos discordiae et seminatores , 
Imperator hodie inter amatores 
fuisset Ecclesiae atque defensores. 

Isti si pontificum non sint electores , 
statim eligentium sunt reprehensores 
et electos reprobant , quamvis sanctiores 
ipsis sint , et literis eminentiores. 

Advocati , medici et procuratores, 
tutores et judices sunt et curatores , 
voluntatis ultimae sunt ordinatores, 
fide[m]commissarii (1) et executores. 

Gunctorum contractuum sunt mediatores , 
defensores criminum et palliatores ; 



(I) La nouvelle Mition de du Gange ne Fidefraguiy Fidejuttor, FidejutriXy Fi^ 
cite que Fideicommittarii ; m«is plusieurs demanualit. 
autres d^riv^ sont formes de rablatif;: 



— 167 — 

si dentur enxennia (1), sunt adulatores^ 
si cessant servitia sunt attentatores (2). 

Ergo mi[m]mi merito vel joculatores 
dici possunt , saeculi vel baratatores (3) ^ 
aliorum ordinum fiunt contemptores , 
nam se credunt aliis excellentiores. 

Per fora, per nundinas atque per plateas 
discurrunt ; per cameras nec vitant c(h)oreas ^ 
et §i fiunt nuptiae , mox vadunt ad eas : 
quod non credo doceat Baruch vel Michaeas. 

Cumque per provincias sunt inquisitores , 
malos beatificant , daninant meliores , 
et qui cibos praeparant eis latiores , 
nunc inter caeteros (sunt) laude digniores. 

ne solum ecclesias gravant , haec dicendo , 

sed parrochialia jura minuendo ; 

propter quod sunt clerici facti non solvendo. 

Ista privilegia sunt eis indulta 
a papa Gregorio, quibus est suffulta 
eorum praesumptio superba et stulta , 
et parrochialia jura sunt sepulta. 

Miratur (1. Mutatur ?) Ecclesia a statu priore , 
per haec privilegia in deteriore •, 
plorant suo canones carere vigore , 
plorant suo clerici privati honore. 



(1) Pr^nts ; corraption nouvelle de tals ; ce mot manque dans la nouvelle ^di- 

Xmttfm/ondisaitordinairementfixemum, tion de du Gange : Attenlato est rest^ eo 

ou par euphonie ETicennium : italien. 

JicRcvi^ 8unt epuio : sed sunt ENCBNmA dona (jj impostcurs, Trompeurs , enitalicn 

XJoae qnandoqae probis caosa mittuntur honoris. »».... . n ^a J^ t^ 

T?u u j r» • L .- Barattxerx; de 0ara<<o, Echange : cette 

Eberhardus. Graeexsmus ^ ch. 11. ^» i • > . •* i i 

a^i7«.iua>uu9, f(^(..«ff>w«, vu. ai. ^tymologie n'est pas , comme on voit, i la 

(3) IIs commettent des crimes, des aUei^ louange du commerce du moyeo Age. 



— 168 — 

Eis dantur omnia , nec deest revera , 
quod mensura rarius (hoc) capit statera ; 
saeculares clerici sunt quidem chimaera ; 
sic rependet hospiti suo mus in pera. 

Crevit inter ordines Fratrum zizania , 
qua Rachel inficitur, fatigatur Lya ; 
propter ipsos deserunt omnes loca pia , 
et dimittunt pauperes jejunos in via. 

Cumque poenitentias confessis injungunt , 
quos debe(re)nt pungere adulantes ungunt^ 
quos deberent ungere increpantes pungunt ^ 
et , cum possunt , aliquid ab eis emungunt. 

Sed si poenitentia sit cuique data 
a suo presbytero , quod reddat ablata , 
Fratres poenitentiam laxant et peccata , 
dunmiodo pecunia sit eis oblata. 

Nam sic restitui (1. restituere) faciunt usuras 
et id quod acquiritur per falsas mensuras ; 
inde libros faciunt et magnas structuras , 
sed propter hoc animae non sanant scissuras. 

Erat nostris partibus vir exercens foenus ; 
vir nequam , vir Belial , vir nimis obscoenus , 
monetam falsiGcans summi regis , plenus 
omni labe, respuens femininum genus. 

Hic semper discordias inter Fratres sevit 5 
Dei et Ecclesiae jussa semper [e]sprevit 5 
furtis, homicidiis et rapinis haesit (1. crevit ?) ,. 
et domum illicito thesauro replevit. 

Hic mittebat Fratribus , hora matutina , 
ova , pisces , caseos , meliora vina , 
pastillos , [et] artocreas ex ejus rapina ^ 
erat Fratrum fertilis frequenter coquina. 



— 169 — 

Hinc cum de vicinia quidam accusaret, 
et coram episcopo chartam ventilaret , 
(li)bellumque curiae suum [re]praesentaret , 
et cbartae notarius acta compilaret ^ 

Ecce Fratres veniunt , capis elevatis , 
parte fere media braccbiis nudatis, 
extractis capuciis, oculis [e]levatis, 
inceperunt dicere vultibus iratis : 

Cur est actitatio (1) contra justum mota, 
cujus est a crimine vita munda tota ? 
Ejus est confessio nobis bene nota , 
per quem (1. quam) conscientia est a labe lota. 

Fratrum testimonio ivit absolutus 
ille tot sceleribus tantisque pollutus , 
qui non tantum pessimam vitam est secutus , 
sed fuit majoribus clipis (2) involutus. 

Inde fuit postmodo facta cantilena : . 
Bonum testimonium bona facit coena , 
foecundique calices et dives crumena ; 
ista Fratres diligunt et spemunt terrena. 

Olim a principio vestitu contenti , 

nunc quaestores olivi ^ vini et frumenti , 
non sunt ad pecuniam congregandam lenti. 

[C] Si ordo hujus (moris) non esset egressus , 
mundus tot pericula non esset perpessus ; 
antequam prosequerer eorum excessus , 
scio quod millefius (1. millesies ?) prius essem fessus. 

Sed sicut de vitiis recitavi quaedam , 
ita de virtutibus nunc sermonem edam , 

(i) Poursuite; ce mot maDque dans ie (2) Ce mot qui manque dans tous les 
du Gange de M. Henschel ; on n'y tfouve glossaires , vient saus doute de KXstto; , 
que ActikUa. Vol. 



— 170 — 

et ipsos offendere nullomodo credam ; 
sed per yiam mediam, ut decet, incedam. 

Sunt ab eis mortui plures suscitati ; 
seci (1. coeci), surdi, debiles, infirmi sanati 5 
fugatique daemones , leprosi mundati , 
et aperti carceres, nautae liberati, 

Et omnes audivimus aquam factam vinum 
per Johannem scilicet et per Jacobinum , 
quod gustatum fuerat per Architriclinum •, 
sic fecisse legimus beatum Martinum. 

Loquebatur Dominus eis cum volebant 

et ad eos angeli boni descendebant , 

et mali similiter eis apparebant, 

qul suis per omnia mandatis fovebant (1. favebant). 

His nunquam Apostoli fecerunt majora , 
sed nec his similia 5 nam, quacunque hora 
invitabunt (1. invitarunt) Dominum Fratres, sine mora, 
fiebant miracula laude digniora. 

Visiopes aliquas per raptum viderunt , 

sed non licet homini loqui qui (1. quae) fuerunt ; 

de futuris etiam plura praedixerunt , 

quae sicut praedixerant ita contigerunt. 

Signa quidem plurima sunt ab eis facta 
qui (1. et) fuissent omnia haec scripto redacta , 
sed cum vellent scribere penna fuit fracta 
et bissexti (1) numerus crevit in opaca. 

Vos precor hoc credere qui signa vidistis, 
nam et ego crederem, sed sum valde tristis ; 
haec namque miracula quae nunc audivistis, 
versa sunt in nihilum in (1. saepe ?) rebus istis. 



(1) Malbeur : Tunc bissextilis erat annns, revera corruit bissexUis ; Ord^ric Vital , 
ac sicut Tulgo audivimus, super proditores Hittoria eccletiat(ica, I. xii , p. 883. 



— 171 — 

Partem quoque maximam subtraxerunt fures , 
deinde residuum comederunt mures ; 
et (1. at ?) si scire forsitan veritatem cures , 
testes tibi dabimus qui viderunt plures. 

Qui non habent biblias (1) sibi praeparatas , 
sic fantur episcopis : Multum diffamatas 
habetis dioceses et coinquinatas ; 
nobis constat haereses ibi seminatas. 

Non utuntur clerici nostri vestimentis : 
sed tenent focarias , quod clamor est gentis 

quod exgradientibus pacet argumentis. 

Aut haec inquisitio nobis co(m)mittetur, 
aut in nos infamia tota convertetur. 
Annuunt episcopi : nam quisque veretur, 
ni favere[n]t Fratribus , quod actitaretur. 

Inquirentes igitur primo clericorum 
de vita et moribus, post haec laicorum •, 
scribunt Fratres divitum peracta reorum , 
et non curant scribere culpas egenorum. 

Dehinc reum convocant et , turba rejecta , 
dicunt : Ista crimina sunt tibi objecta ; 
pone libras quindecim in nostra collecta , 
et tua flagitia non erunt detecta. 

Deus (1. Reus) dat denarios, Fratres scriptum reddunt (1. ra- 
sit (1. sic) infames plurimi per num(m)os evadunt : [dunt) ; 
qui non (1. totam ?) pecuniam quam petunt, non tradunt, 
simul (in) infamiam et in poenam cadunt. 

Post haec ad episcopos , bursis sic repletis , 
revertentes inquiunt : Gaudere debetis ; 

(1) Livres ; on le relrouvera plus bas edition de du Gauge nc donne que Biblm. 
avec la m^me signification : la nouvelle 



— 172 — 

nam plebem catbolicam et bonam habetis ; 
credunt evangeli(i)s et sanctis prophetis. 

Adulantes vitiis , fiunt canes muti , 

dum timent pericula inmianiter tuti , 

vel ubi sunt aliquod munus assecuti ; 

his [d]exceptis, nec vitio (1. malo ?) parcunt nec virtuti. 

Et hoc est quod dixerat Verbum veritatis : 
Occisores corporum non pertimeatis. 
Sic Fratres avidius non timent (sic) armatis , 
qui ipsos dilapidant magis caseatis. 

Sic se gerunt maxime in illis contratis (1) 
qui carent haereticae (labe ?) pravltatis ; 
sed partes Itali[c]ae non inquirunt satis , 
ubi vulpes latitant caudis intricatis. 

His triti verberibus et afflicti poenis , 
qua(e ?) ferunt in prandiis Fratres et in coenis ; 
ut (per^aeva verbera pellant ab egenis 
praedicatum nequeunt ire Sarracenis. 

Dum parcunt Italiae aut timet (I. timentes?) de morte, 
aut in terris aliis pinguiores forte , 
caseatas comedunt et , post vinum forte , 
disputant de Pontio (2), Placone (L Platone ?) vel sorte. 

Inquirunt ut populis inducant tremorem 
magis quam ut haeresis appellant (I. expellant?) errorem ; 
* quia multi tribuunt eis per timorem , 
qui nil darent penitus ipsis ob amorem. 

Dei et Ecclesiae simulantes zelum , 

non verentur ponere os suum in coelum ; 

et secum ypocresis (I. hypocrisis) deportantes velim (I. ve- 

excolantes calicem glutiunt camelum. [lum) , 

(1) CoDlr^s, Pays; en italleu CotUrada. (3) Probablemenl Ponce Pilale. 



— 173 — 

Ingerunt consiliis se, non invitati ; 
quidquid agant laici , quidquid literati 
et majores clerici seu magni praelati , 
spernunt et vituperant nisi sint vocati. 

Hi portantes gladium more furibundi , 
per jura quae nesciunt et summam rei pro mundi (1 ) , 
credunt se confundere nec posse confundi , 
omnes quamvis fuerint in jure profundi. 

Hac(ce?) de provincia dictus rex notavit , 
ubi de contractibus et chartis tractavit, 
dum aperte minima totum nominavit 
et nomen tuum, (o Lex), simul usurpavit. 

Per ipsam causidici sunt Fratres effecti , 
ipsam(que ?) habent secum mensae , viae , le(c)ti , 
ut videri valeant in jure provecti , 
nec curant de bibliis quas solent amplecti. 

Enervant e(t) distruunt (1. destruunt) juris aequitatem, 
nec sequuntur canonum meram veritatem ; 
plenam esse clavibus (2) negant potestatem : 
quod quidem haereticam sapit pravitatem. 

De occultis judicatur (1. judicant) ut de manifestis , 
et quam (1. quem ?) nec confessio convincit nec testis , 
sed ut (1. sicut?) evidentia de peccatis gestis, 
damnant decretalibus, scriptis et digestis. 

Quos volunt absolvere absolvunt vel ligant, 
quos volunt alleviant , quos volunt fatigant ; 
si qui eos forsitan secreto castigant , 
tempus quaerunt, talibus ut poenam infligant. 



(1) Le second h^mistlche a deux syllabes (9) La papaute qui a pour armes symbo- 

de trop ; saos doute Tauteur avait dit et liques trois cl^s , parce que J^sus-Ghrist a 

sumtnas res mundi ou pro summa re dit k saint Pierre : Tibi dabo claves regni 

tnundi. coelorum. 



— 174 — 

Omnis homo gaudeat ! Tot papas videmus ! 
Non ergo de Curia romana curemus ^ 
nam cuncta cum Fratribus haec expediemus 
dunmiodo pecuniam quam petunt portemus. 

Hos praelati pessimi qui fama laborant 

quorum multa crimina famam decolorant , 
ne ipsos redarguant , pascunt et honorant. 

Utque per episcopos Fratres venerantur, 
sic per ipsos crimina sua palliantur ; 
dum sese funiculo tali foederantur, 
his crescit praesumptio , illi depravantur. 

Nam si de his quispiam esset accusatus , 
Fratres clamant : Sanctior non vivit praelatus. 
Quamvis symoniacus notus et probatus, 
sic praelatus remanet et secum reatus. 

Et cum more solito faciunt sermonem, 
videntur in cathedra dare lectionem ; 
hoc ad suam faciunt [h]ostentationem, 
sed non audientium ad instructionem. 

Horum non invenies quemquam verbis partum (I. parcum), 
et pudet inducere Mathaeum et Marc[h]um 
sed per Aristotilem et per Aristarchum 

Quum deberent populum ad bonum (h)ortari , 
quaerunt cum (I. cur ?) opportuit sp(h )eram rotundari , 
et quaerunt de circulo , si posset quadrari ; 
sol quot debet gradibus in signo morari. 

Irigono (I. Trigonos ?) quadrangulis si quis alte(ra)ri , 
unde possunt (I. possint?) grandiens (I. grandius) aestate 
de his et similibus non debe(re)nt fari , [arari ; 

cum non possit populus his aedificari. 



— 175 — 

Ecce palam praedicant quod non est peccatum , 
retinere decimas , quod est reprobatum 
per romanam Curiam et legis mandatum , 
Augustino etiam decreto firmatum. 

Verum de concordia quae jam exulavit , 

quidam fidedignorum (1. fidei dignus ?) sic mihi narravit , 

qui Cisterciensium ordinem intravit (1) , 

ipsorumque manibus se recom(m)endavit . 

Fratres eam diligunt et habent honori 
nec ipsam dimitterent si deberent mori , 
sed preces quotidie fundunt Creatori 
quod ipsos confoederet ipsius amori. 

Monuerunt attamen ipsam ut rediret 

ad romanam Curiam et cum eis iret ; 

quae respondit flebilis quod nunquam veniret , 

quamdiu in Curia doctos Fratres sciret. 

Hi Fratres discordiam , pacis inimicam , 
ei[s]que contrariam et hostem antiquam 
fovent, et concordiam fugant ut iniquam, 
dum latenter liliis immiscent urticam. 

Deo et hominibus et mari et ventis , 
toti mundo conqueror , necnon elementis , 
de perditis Fratribus qui suis figmentis 
me toUunt de medio universae gentis. 

Sedari non poterit strepitus bellorum , 

(dum?) ordo incassabir (incessabit?) Fratrum perditorum ^ 



(1) Les moioes de Gileaux n'etaient pas 
jug^s si raTorablement par tous les auteurs 
du moyen Age; ils ^taient, comme on sait, 
habill^s en blanc , et Giraldus Gambrensis 
leor appliquait ce vers ancien : 

Qni color albus erat, nnnc est contraiius albo. 

Cambriae deseriptio, p. 831. 
Waller Mapes ayait fait une satire contre 



eux, et on lit dans les poemes qui iui sont 
altribu^s, p. 56, ^. de M. Wrighl : 

Duo snnt qui nesciunt satis detestaH , 
quae exosa sentio coelo , terrae , mari , 
quibus omnis regio solet devastari, 
quibus nullo studio potest obviari. 

Pestls animalium , quae shuta vocatur, 
et Ciatercensium quae sic dilatatur : 
Tluplex hoc conta^ium orbem populatur ; 
quod sit raagis noxium prorsus ignoratur. 



— 176 — 

nam dixit veredicus senno senioniin : 
Paeem terris abstulit adventus eonun. 

Per hos Fratres omnium quies perturbatur, 
unionis vinculum per ipsos vastatur*; 
libertas studentium sic eliminatur, 
quod per privilegia nullus jam curatur. 

Radius concordiae per hoc (I. hos ?) eclipsatur (1 ) , 
et pacis stabilitas ruinam minatur, 
omnisque securitas procul effugatur , 
et vix quies modicu(s) aliquibus datur. 

Sed si Papam Dominus nobis talem daret, 
eorum consilium qui non approbaret , 
et qui supercilium eorum calcaret, 
quin irem ad curiam nihil me tardaret. 

Qui postquam silentiam Fratribus imponet , 
credo quod hanc gratiam Deus mihi donet , 
quod rancorem pristinum uterque deponet , 
atque meis precibus quilibet componet. 

Imperator scilicet et Papa facturus ; 
recedet discordia et pax erit murus *, 
omnis homo poterit dormire securus , 
a nullo calumniam vel damnum passiirus. 

Nam cum in capitibus pax erit firmata, 
in membris per consequens erlt reformata 5 
mons, vallis , planicies quiescent et strata , 
domus , habitaculum et omnis contrata. 

Imperator el eis semper fuit talis 
quod ejus justitia non pepercit malis , 
quamvis esset etiam suus comme(n)salis 
vel amicus qualibet magis specialis. 

(1) Esl obscurci ; Yoyei du Cange, t. III, p. 0, col. 2. 



— 177 — 

Cui det longo tempore Christus imperare , 

si Yos et Ecclesiae bostes superare 

et scit cum Imperio sese gubemare 

ut eum (1. id cum ?) Ecclesia possit commendare. 

lUe qui , dum Lazarum suscitaret , flevit ; 
qui pro nobis triduo sepulcro quievit ; 

Papam nobis suscitet sicut consuevitl 

Et Fratrum consilio diu exulLt]atam 
revocet concordiam a nobis optatam •, 
ipsorum a curia turbam effrenatam 
pellat , ut custodiat pacem illibatam ! 

Eq(u)us minus (I. nimis?) debilis et fessus an(b)elat, 
campum non deficere si virtus revelat , 
nec suarum virium parvitatem celat , 
timensque deficere cursum non protelat. 

Satire de saint Thomas Becket contre les Symoniaques (1). 

Ecce sonat in aperto 
vox clamantis in deserto. 



(i) B. R. ms. 4880 (XI Ve si^cle) , non de vera atlribude k Petrus, fils de Johannes, 

pagin^. On connaissait d^jii un rtiylhme de cbanoine de Saint-Omer, et intitul^ De 

saint Tbomaa Becket sur les sept joies de crimine tymoniaco Curiae romanae : 

la Sainte^Vierge , COmmen^aut par Gaude Boma, potens qooniUm csput orbls, honor regionnm, 

fhre Virginali, qui paralt m^me aVOir il6 ambitione m«la modo Jt spelunca latronum ; 

i-Mj m« • j n ■# • Legibua , imperlo , studiu opibuaque beata 

pnbue par MaraCClUS Oans SOn De Marta- ollm, strata Jacet nunc, laude «ui vlduata. etc. 

nit antittibut; mais pcrsonne n'avait en- ^a|g i^ nas. de la B. R. (107, Suppl. tatin) 

core parl6 de cette satire. Son sujet ^lait est probablement moins complet que celuide 

malheureusement devenu fort populaire Leyde (ms. de Vossius, lat. no 31, fol. 99, A), 

pendant le moyen Age; Flacius lllyncus a ^^^ „^„8 |»y avous inutilement cherch<ie. 

pabli^ dans son De earrupto Ecclettae johanues de Hanville disait aussi dans son 

ttod», p. S34, une pidce qui commence Archithreniutf l v, ch. 14 r 

par CeS deUX VerS : q utinam aanctoa haeo citra visccra Patres 

Crerit in EcclMia monatntm , genitor« Losinga , Templorum pupugisset acus , ne vilior auro 

STmontdam ■ecta, canonum virtute resecta. Ara foret, sed libra llbro, sed numine nummusl 

Non dono caderet momm censnra, Catonis 

Selon le Sert^peuni , t. III , p. 146 , Lam- Llmatnm potlens temere morsura rignrem ; 

bertus, chanoine de Saint-Omer, aurait Non partiretur conMiito symone retri 

. Vi j »«— '^„« „. Curla, vel baculos Christi, vel coraua : virtus 

in«W danS le reCUeil qUll COmpOSa en fturgeret,exce98U.circumci8urabeatos, 

1190, SOUS le nom de Floridut , Une pi^Ce lUustres factura viros; librasset bonores 

12 



— 178 — 

Nos desertum , nos deserti, 
nos de poena sumus certi. 
Nullus fere yitam quaerit , 
sed sic omne vivens perit. 
Omnes sumus quidem rei *, 
nullus invitator Dei , 
Nullus vult portare crucem , 
nullus Ghristum sequi ducem. 
Quis est verax , quis est bonus , 
vel quis Dei portat onus? 
Ut in uno claudam plura , 
mors extendet sua jura. 
Jam mors regnat in praelatis , 
nolunt sanctum dare gratis , 
Quod promittunt sub ingressu, 
sanctae mentis in excessu : 
Postquam sedent jam securi 
contradicunt sancto juri. 
Rosae fiunt saliunca , 
domus Dei fit spelunca. 
Sunt latrones non latores , 
legis Dei destructores. 
Symon , sedens inter eos , 
dat magnates esse reos ^ 
Symon malos praefert bonis •, 
Symon totus est in donis ^ 
Symon regnat apud Austrum ; 



▲d merltl librftm , nec ea lub Judlc« poMent 
Jora perorantl loculo succumbere ; nunquam 
Birr(h)ia sufflceret ubi defecissot Homenu. 

Fol. xLVi, verso, ^d. d'A8ccnsius, 
1517. 

Let historiens 8'expriinent sur ce poinl de 
la m^mo mani^re que les po^les ; nous n'en 
citerons qu*un cxemple : Jam dudum mu- 
neribus excaccalis, ineptis pene universis 
principibus, desaevit hace pestis ionge 
lateque , in ecclesiarum quibuscunque , 



praelatis toto terrarum orbe diffusis ; 
que omnipolcntis Ghristi domini gralaiUim 
ac venerabiie donnm , ad fropriae damM- 
tionis cumulam , converterunt in avaritiae 
lucrum ; Radulphus Giabcr, HUtoria Frm^ 
corum , 1. II , ch. 6. Nous finiroiu cette 
longue note par une ^pigramme tr6s*r^ 
pandue pendant le moyen Age : 

Ecolesias portis hie quatuor itur In^mnM , 
prinoipifl et Syraonis, sanguinis atque Dei : 

^rima patet magnis , uummatis altera , caris 
tertia ; aed raris janna quarta petct. 



— 179 — 

Symon frangit omne claustrum. 
Cum non datur, Symon stridet ; 
sed , si detur, Symon ridet. 
Symon auffert, Symon donat*, 
hunc expellit , hunc coronat ^ 
Hunc circumdat gravi peste , 
illum nuptiali veste ; 
Illi donat diadema, 
qui nunc erat anathema. 
Jam se Symon non abscondit , 
res permlscet et confundit. 
Iste Symon confundatur , 
cui tantum posse datur! 
Symon Petrus hunc elusit 
et ab alto jussum trusit , 
Dum Superbi motus penna 
datus fuit in gehenna. 
Quisquis eum imitatur , 
cum eodem puniatur , 
Et, sepultus in infernum , 
poenas luat in aeternum ! 

Chanson contre le mariage (1). 
Sit Deo gloria et benedictio , 

(f) B. R. fonds 4e Notre-Damef ms. 34S cbasiet^ et de d^voAmentreligieux, l^^glise 

(Xni« sMcle), fol. 86, recto. Cctte pitoe, lat oblig^e dlnterveoir d'uDe manidre di- 

que noos n'aurions pas pubK^ si le latin recte, et d'interdire positivement le mariage 

n'avait de grands pHvil^es d'expression , par le synode de Latran de 120S. Gette sa* 

semble d^abord une pnre satire , qui etkt tire notis semble avoir m faite pour secon- 

par eons^ent ^t^ plus k sa place dans la der la r^volution dont les hommes pieux et 

section consacr^e aux po^ies profanes ; prevoyants sentaient la n^cessit^ : dans la 

roais une ^ude plus r^fl^cliie nous a con- copie que nous publions, on voit k deux 

vaincu qu*elle avait ^t^ compos^e dans un reprises difT^renles qu'elle 8'adresse aux 

but moral, nous dirons m^me religieux, clercs. Mais pendant le XI 11« si^cle un 

afin de d^toumer les clercs du mariage. grand nombre de clercs et d'etudiants s'a • 

Ses iBconv^nients se firenl , comme Ton mus^rent k composer des chansons latines 

sait, plus vivement senlir k la fin du XII« rimees , oiii ils se moquaient de toutes les 

si^cle , et, apr^ avoir cberche par la con- classes de la soci^^, et n'^pargnaieiit 
viction k ramener le clerg^ k une vie de m^me pas les choses les plus sacr^ 



— 178 — 

Nos desertum , nos deserti , 
nos de poena sumus certi. 
NuUus fere yitam quaerit , 
sed sic omne vivens perit. 
Omnes sumus quidem rei -, 
nuUus invitator Dei , 
Nullus vult portare crucem , 
nuUus Ghristum sequi ducem. 
Quis est verax , quis est bonus , 
vel quis Dei portat onus? 
Ut in uno claudam plura , 
mors extendet sua jura. 
Jam mors regnat in praelatis , 
nolunt sanctum dare gratis , 
Quod promittunt sub ingressu, 
sanctae mentis in excessu : 
Postquam sedent jam securi 
contradicunt sancto juri. 
Rosae fiunt saliunca , 
domus Dei fit spelunca. 
Sunt latrones non latores , 
legis Dei destructores. 
Symon , sedens inter eos , 
dat magnates esse reos ^ 
Symon malos praefert bonis •, 
Symon totus est in donis ^ 
Symon regnat apud Austrum ; 



Ad meritl libr«in , nee ea sub Jud\c« poMent 
Jora perorsnti loculo succumbere ; nunquam 
Birr(h)la suiHceret ubl defeclBtet Homeru». 

Fol. xLVi, verso, ^d. d'Asccnsius, 
1517. 

Les historiens s^expriment sur ce poinl de 
la m^mo maniere que les poeles ; nous n'en 
citerons qu'un cxemple : Jam dudum mu- 
neribus excaecalis, ineplis pene universis 
principibus, desaevii hacc peslis longe 
laleque , in ecclesiarum quibuscunque , 



praelatis toto terranim orbe diffusis ; 
que omnipolentis Christi domini gratoiUim 
ac venerabiie donnm , ad propriae damM- 
tionis cumulom , converterunt in avaritiae 
lucrum ; Radulphus Glabcr, Hisioria Frmnf 
corum , 1. II , ch. 6. Nous finirons cette 
longue note par unc ^pigramme tr6s*r^ 
pandue pendant le m(^en Age : 

Ecolesiaa portis his quatnor itur In^emnea , 
prineipiB et 8yraonis , sanguinis atque Dei : 

|?rima patet magnis , uummatis altera , caris 
tertia; >ed rarts janua quarta petet. 



— 179 — 

Symon frangit omne claustrum. 
Cum non datur, Symon stridet ^ 
sed, si detur, Symon ridet. 
Symon aufTert , Symon donat ; 
hunc expellit , hunc coronat ; 
Hunc circumdat gravi peste , 
illum nuptiali veste ; 
Illi donat diadema, 
qui nunc erat anathema. 
Jam se Symon non abscondit, 
res permiscet et confundit. 
Iste Symon confundatur , 
cui tantum posse datur! 
Symon Petrus hunc elusit 
et ab alto jussum trusit , 
Dum Superbi motus penna 
datus fuit in gehenna. 
Quisquis eum imitatur , 
cum eodem puniatur , 
Et, sepultus in infernum , 
poenas luat in aeternum ! 

Chanson contre le mariage (1). 
Sit Deo gloria et benedictio , 

(f) B. R. foiids 6e Notre-Dame, ms. 34S chasiet^ et de d^voAmentreligieux, {'^glise 

(Xni« sMcle), fol. 86, recto. Cette pi^, lat oblig^e dlntervenir d'une manidre di- 

qoe noos n'aarions pas pubH^ si le latin recte, et dMnterdire positivement le mariage 

n'avait de grands privil^s d'expression , par le synode de Latran de 120S. Gette sa- 

semble d^abord une pnre satire , qui etkt tire notis semble avoir ^t^ faite pour secon- 

par eons^quent ^t^ plos k sa place dans la der la r^volution dont les hommes pieox et 

section consacr^ aux po^ies profanes; prevoyants sentaient la n^cessit^ : dans la 

mais une ^lude plus r^fl^chie nous a con- copie que nous publions, on voit k deux 

vaincu qa*elle avait ^t^ compos^e dans un reprises difT^rentes qu'elle s'adresse aux 

but moral, nous dirons m^nie religieux, clercs. Mais pendant le X1I1« si^cle on 

afin de d^toomer les clercs du mariage. grand nombre de clercs et d'^tudiants 8'a- 

Ses incoDV^nients se firent , comme Ton mus^rent k composer des chansons lalines 

sait, plos vivement senlir k la fin do Xll« rimees, o6 ils se moqoaient de tootes les 

si^cle, et, apr^ avoir cherche par la con- classes de la soci^t^, et n'^pargnaient 

viction k ramener le clerg^ ii une vle de m^me pas les choses les plus sacr^ 



— 180 — 

Johanni pariter atque (1) Laurentio, 

dans leurs bouffonneries. On les appelait tenu la m^me annde k GbAleafu-Gonlbier, 

Goliardi e¥, ainsi que nous l^avons deji vu, cb. 21 ; dans Labbe, Saero-^aneta eoneilia^ 

on les personnifia dans un «tre imaginaire, t. XI, col. 439. Nousdevons cependaut re- 

nomm^(ro/ta«, auquelonattributitycorame connattre qu'on Kt dans le De eontemptu 

k un autre Pasquin , les satires anonymes tnundi de Bernardus Morlanensis qui passe 

de celte esp^ce. Celle-ci fut ramen^e k la pour avoir ^crit au milieu du Xlle sidcle : 

SOUrce COmmune des bouffonnerieS lalines; stu tas qvaerere, qaaerU et addere monomachMm, 

Seulemenl au lieu de Croire que GoiiaS en dopllce corpore conBpicls afFore sponte GoHam. 

fOt Tauteur, on supposa qu'elle lui ^tait L. iii, p. 77, dd. de 1597. 

adressee, el on y inlroduisit son nom : mais Du Gange, t. III, p. 539, col. 1 et 2, et 

11 ne fallait qu'un instant d'attention pour M.Wri^iij Latin poemt eommonly <Mrilm- 

reconnaltre qu'il n'y est question que des ted to Walter Mapet, inlr. p. ix-xvi, se sont 

inconv^oicnts du mariage en Iui-m6me , livr^s k des recbercbes sur le caract^re et 

sans aucune allusion k la contrainte qui en rexislence des Goliardiqm ne laissent rien 

rdsultait pour les bob^mes de la goliardite. k desirer ; nous nous bornerons k ciler deux 

On doit s^altendre k ne pas trouver un passages qui en donnent une id^ trds-claire : 

grand atticisme dans les salires du Xllle Item {Clerici) si in goUardia vel bistrionatu 

si^cle; mais celle que Ton va lire est en- per aonum fuerint vel breviori tempore, et 

core loin d'atteindre k la crudii^ , uous ter monili non desistunt. . . . omni priviiegio 

dirons m^me k la grossidret^ de plusieurs clericali sunt eiclusi ; Statutt tynodaux 

autres. Nous cilerons , comme exemple de d% Qtierey dans Martenne , Thesawrut 

ce qu'on pouvait faire en ce genre, un anecdotorumy t. IV, col. 729. Item omni- 

fragment du po^me de Bernardus Morla- bus et singulis praelatis ac clericis nostrae 

nensis : diocesis et provinciae probibemus ne in do- 

Nullaquldembona, sltaroen etbonacontigituUa, mibus SUis Vel COmmeStionihuS SCbolareS 

est roala res bona, namque fere bona femina nuUa. VagOS, qui Goliardi ^ Vel Hittrionet allO 

.«tr ^^•.'S.Sj;: SSl"; "^Z',^!', n?""* «PPellanlur, per quos non mcKiicum 

Fossanoyisaima, viperape8airaa,pulcIiraputredo, VlleSClt dlgDltaS CleriCaUS , UllatenUS rCCi- 

semiut lubrica, res male publica, praedaque praedo ; piant; £dit de Gitelbert. arcbCV^UC dc 

Hurrida noctua , publica Janua, dulce venenum , » • j .^^^ •. ■? w 

nil bone conacia, mobUis, impii, va» lue plenum ; Br6me , reodu Cn 1292, qUC Clte HalUUS 

Yas minus utiie , pius vioiabiie , flagitiosum , dans son Glottorium germanicum medii 

insociabile , dissociabile , litigiosum ; apiii pol i^(\i Ij\ rhanonn cnntrfk\amstriairek 

Merx leve vendlta , sed cito perdita ; serva metalU , "^''*» *^**'- V" ^ CnanSOn COnire IC mariage 

flarama domestica, diligit unica faUere falli ; Se trOUVC daUS Un mS. du VallCan qUI COn- 

Exstat amantibus bostis, et liostibiis exstat amica ; liem |es po^sicS dc Scrlon (Hittoire litti- 

ni petitur peUt. idque lucri meUt , ut sit iniqua. ^^.^^ ^^«j; ^^^^^ ^ ^ ^^V^ p ^^^ . ^^.^ 

Nous avons dit que les Goliardi ne s'^taienl beaucoup d'autres pi^ces ne sont pas de 

multipli^s que pendant le Xllle si^cle, lui , ot il est impossible de rien conclure de 

quoiqu'une disposition d'un concile de la positif d'une r^union qui semUe faite un 

province de Sens , que le P^re Labbe place peu au basard. M. Wright Ta publiee dans le 

au Xe sidcle (t. IX, col. 1()77), soit dirigee Poemt attributed to Walter Mapet, p. 77, 

contre eux ; mais nous sommes convaincu d'apr^s plusieurs ms. assez corrompus , et 

qu'il s'est tromp^ de trois cenls ans , et fort differents de celui qui se trouve a la 

qu'au lieu de 923, ce conciie a dtii avoir B. I(. Ainsi qu'on va le voir, le texte de son 

lieu vcrs 1223. D'abord, c'e8t de ce temps ms. principal avait cependant conserv^ pro- 

que sont les premiers documents posiliCs bablement plus de renomm^ que les le^ons 

od il soit parle des Goliardi; les m6mes plus ancieunes, puisqu'il a plus de rapports 

expressionssontexaclement employ^sdans avec une imilalion qu'on en fit en fran^als, 

un concile de Normandie de 1231 : Statuimus dans le XI Ve si^cle : il dut sans doute cetle 

quod cierici ribaudi , maxime qui dicuutur preference k l'intercalalion qu'on y avait 

de famiiia Goliae, per episcopos, arcbidia- fAite du nom de Golias. Nous donnons en 

conos, officiales et decanos cbrisUaniialis , note les variantes du texte de M. Wrigbt. 
tonderi praecipianlur vel eliam radi , iia (i) Petro } dans la premi^ ligne il y a 

quod eis tonsura non remaueat dericalis; laut k la place de et. II s'agit, commeoDle 

iu quod sine scaudalo et periculo ista fiant ; voit dans le texte de M. Wrigbt et dans rimi- 

Concilia Normanniae , P. i , p. 136 ; et le talion frau^aise, de saint Jean Ghrisostdme 

mdme canon se relrouve dans ie coucile et d'un moine de Durbam , nomm^ Lauren- 



— 181 — 

quos misit Trinitas in hoc naufragio, 
ne me permitterent uti conjugio. 

Uxorem ducere quondam volueram , 

ut viam sequerer multorum miseram ; 

decoram conjugem(L virginem), pinguem(l)et teneram, 

quam inter alias solam dilexeram- 

Accensus siquidem amore virginis , 
in verno tempore cum sol in Geminis , 
istam elegeram (2) ex cunctis feminis , 
ut ei nuberem in fide numinis. 

Hinc quidem (1. quidam) socii dabant consilium, 

ut cito currerem ad matrimonium •, 

ut in miseriis haberent socium , 

viam conjugis (1. conjugii) laudabant nimium (3). 

Tam cito volebant nuptias (4) fieri , 
ut de me misero gauderent miseri; 
sed per tres angelos quos missos reperi 
me Deus eruit a porta Inferi (5). 



lius, qui avait compos^ des vers De dis- 
tucuione conjugii , naentionnds par Leyser, 
p. 430. La variaote du texte de M. Wrigbt 
se rapporte k Pierre de Corbeil, arcbev^que 
de Sens , qui , ainsi que nous Tavons d^jii 
dit, mourut en 1226 : sa pi^ce paralt au- 
jourd'hui perdue. L'absence de cette men- 
lion dans le lexte de la B. R. , TAge aut^ 
rieurdu ms. et les stropbes qui y manquent, 
nous le font regarder comme plus ancien. 

(1) Pulcram. 

(9) Eligerem. 

(5) Vitam coQJugii landabant nimium, 
nt ia miseriis haberent soeium. 

(4) Voiebam. 

(5) Cnjns imperinni,yolebam anbjic! 

et colinm snbdere poena (1. poeuae) multiplici; 
sed ad me charitaa Patrls magnifici 
venit per angelos in forma triplici. 

In valle siquidem , quam Marabre dicimus , 
raisit tres angelos Dcus altissimus ; 
inter quos ioqnitur Johannes ultimns , 
OB habens anrenm , vir consultissimus . 

In tribus angolis accessit Triuitas , 
quibus vox varia , scd sensus unitu.'« , 



ut innotescerot uxoris pravitas , 

cor semper varium , camis fra^itaa. 

P. de Corbolio uxorem Aragilem 
probat , Laurentius stultam et habilem ; 
Johannes asserlt hanc nunquam humilem , 
sed superblssimam et irascibilem. 

Datur potentia P. de Corboiio , 
quae notat firmitas et petrae ratio ; 
hic prlus loquitur de matrimonio 
et de nubentium labore vario. 

Volentem igitur nxorem ducero 
coeperunt angeli me redarguere , 
et de conjugii loquentes onere ; 
. cocpit pe^r ordlnem <et primus dicere, 

On lit dans rifnitation frauQaise publiee 
par M. Wrigbt, Ibidem, p. 292 : 

Mes Dieu par sa mcrcl 

me salva , come eynz vus di ; 

Par sa merci Vne salva , 

par treis aungles qu'il m'envoia , 

En une valoie come aloy 

tot sonl jucr, come dirroi. 

Comentr les anngles furent nomez , 

q'a moi furent maundeas ? 

Pieres de Corbloi fnst le premer 

qe vint a moi come messagttr ; 

Le secounde out noun Laurcncc , 

honme de grant sapience , 

E le tierz compaignoun 

Juhan ov la bouche d'or appclom. 



-^182 — 

Qui ducit coajugem se ipsum (1) onerat ^ 
a c(uj)us onere sola mors (2) liberat •, 
vir servit conjugi et uxor imperat , 
et servus factus est qui iiber fuerat. 

Saoiper laboribus labores cumulat, 

et labor praeterit (1. advenit) et labor puUulat ^ 

ipse est asinus quem uxor stimulat , 

ut pascat feminam quam alter baculat (3). 

Se saepe (4) mulier infirmam asserit 

et movet (5) nauseam postquam conceperit, 

et vir laboribus se totum ingerit (6) , 

et tunc incipiet quod (L cum) consummaverit. 

Cum res conjugibus succedunt prospere, 

uxores asserunt se totum facere ; 

si fiant pauperes , volunt arguere 

quod propter homines sunt factae (7) miserae. 

Contra conjugium est patientia , 
. dolor continuus post puerp^ia ; 
experti conjuges horrent conjugia , 
qui crucem bajulant sunt in angaria (8). 

Marito plurima sunt necessaria , 

pro se , pro conjuge proque (9) familia , 



Trels aanglei les nomay 
si vna dirroi bien pnr qnay : 
En selnte Escriptnre nm pnet iyre 
qe anngel yalt tannt a dyre , 
Come cely qn'est bon messager, 
qne bone chose yint nonnoier. 
E bone chose onnt nounoi^ 
oes trois anngles, pnr yerlt^ ; 
Qnar par enx su escliap^ 
longe pqrne , la meroi TH l 

Pieres dit qe femme est firele , 
ja ne soit ele si bele ; 
Lanrence dit que ele est chaongable , 
fance , fole e morable ; 
Johan dit qe ele est coronsonse , 
deooTable e orguUlouse. 
Veies oi x>OTre oomencement 
a doner honme bon talent 
De femme in^ndre en esposaille ! 
l{'est mie bon , Je dy, sannte CaiUo. 

(fl) Nimis. 



(3) Horssota. 

(3) nt pasoat flUos qnos ipsa bi^nlat. 

Baculai est pris ici dans un sess ^rotiqM , 
qui n'e8t pas indiqu^ par du Gange. Le mteie 
vers se trouve plus bas, p. 184; ce qui fait 
croire que la le^on du ms. de M. Wrigbt 
est la meilleure. 

(4) Semper se. 

(5) Vomit. 

(6) Se mullis atterit. 

(7) Gonjuges sunt ipsae. 

(8) Gette strophe manque dans \e texte 
de M. Wrigbt. 

(9) Ac pro. 



— 183 - 

et modo quilibet (1) tractans negotia 
mercando cogitur uti fallacia (2). 

Est stulta mulier et semper (3) varia, 
ad multa (4) rapitur per desideria •, 
si vir non dederit sufficientia , 
se totam poUuit per adulteria. 

Vere conjugium est summa servitus , 
duplex angustia camis et spiritus ^ 
sic homo trahitur sicut bos vinditus , 
ut (sit) perpetuo dolori subditus (5). 

Qui ducit conjugem ad jugum ducitur 

et , poenam sentiens (1. nesciens) , ad poenam vehitur ^ 

ut semper servia(t) servus efficitur , 

nec ejus servitus exterminabitur (6). 

Ut vestes habeat quaerit adulterum , 
et , ut refrigeret ardorem viscerum , 
tota succenditur amore munerum 
spemitque misera maritum miserum (7). 

Petit licentiam uxor adultera (1. neflsiria), 

ut vadat peraegre per monasteria, 

et , tecta subi(g)ens prostribunalia (1. prostibularia) , 

plus ipsa cdebrat quam sanctuaria. 



(1) Et non legitime. 

Cn Vix sibi snfllcit rir op«nurias , 
et dacit coiOnffeni doloris nescios , 
enm inliins nascitnr ftrater est «nxlus , 
tono «dt lacrTnMUis , doknis fllins. 

Instat laboribns cansa pecnniM , 
n« fkmas nrgeat ventres famlliae ; 
laborat Jngiter et sine reqnie , 
•t cras hiciplet nt fecit holie. 

Tir laasns dormiens labores sompidat : 
sie se continne labore cmciat , 
nt pascat conjngem qnam nnnqnam satiat ; 
Golias igitnr nzorem ftigiat I 

Hino sapientia datnr Lanrentio ; 
nam lanms Tlridls cnm pleno foUo 
▼iret In Iiyeme sient In Jnnlo ; 
hio seqnens loqnitnr slo de conjngio. 

II Doas semble Impossible de ne pas recon- 
nattre de grandes diff^rences enire ces 
coapleto et le reste de la pidee. 



^) Semper et. 

(4) Et multa. 

(5) Gette strophe se troive beaucoup plus 
k>in dans r^dition de M. Wrigbt ; mais il 
nons semble inutile dlndiquer tes diff^ren- 
oes qui ne portent que sur Tordre des cou- 
plets. • 

(6) Gette strophe 6nit dant r^ition de 
M. Wright par ces deux vers : 

nxorem capicus plus ipse capitur, 
nam aempcr serviens servua efficitur. 



(7) On 
Wright : 



lit apr^s dans rtMilion de M. 



Cito snbstantia mariti praoterit , 
postquam adultemm uxor dUexerit : 
quicquid laboribus vir acquisierit , 
hoe dat adultero , maritnm deserit. 



— 184 — 

Qui ducit conjugem rancorem induit, 
pascit adulteram quae (1) se prostituit , 
prolem (2) alterius haeredem statuit 
vir (1. et) nutrit filium quem alter genuit. 

Uxor adultera dimisso gremio , 
non (3) potest argui de adulterio : 
ut navis transiens in mari medio 
non comprehenditur uUo vestigio. 

Hic dolor maximus est et opprobrium , 
conceptus (4) filius per adulterium ; 
quem uxor propria scit esse spurium , 
maritus fatuus appellat filium. 

Uxor adultera se multis copulat 
et nihilominus se castam simulat (5) , 
et (1. at) vir quotidie laborans exulat 
et pascit feminam quam alter baculat. 

Haec est iniquitas omnis adulterae 
quae virum proprium vellet non vivere , 
ut det adultero non cessat rapere ; 
desistat igitur clerus nunc nubere (fi) I 

In adjutorium (7) facta est femina , 
ut salvet germinis (8) humani semina ; 
in cunctis aliis est viri (1. viro) sarcina , 
et tamen domini vult esse domina. 

Natura (9) mulier est irascibilis, 
fallax et invida et nunquam humilis ; 
^ maritus factus est asello similis, 
qui est ad onera semper passibilis* 



(1) Qui. 

(2) Partum. 

(3) Vix. 

(4) Susceptus. 

(5) et com adolteris se (otam mocuiat. 

(6) Golias nubere. On lit ensuile : 



Johannes sequitur in quo est gratia , 
afflatuB eplritu majori copia ; 
hic sicut aquila videt subtiliu , 
et ita disputat super conjugiu. 

(7) Adjutorio. 

(8) Generis. 

(9) Nam omnis. 



— 185 — 

Vir bonae conjugis beatus dicitur 

sed bona vix uxor aut (1. mulier vix) nunquam legitur , 

aut erit contumax aut fomicabitur, 

nec virum proprium praeesse (1) patitur. 

Bonarum conjugum est summa raritas , 
de millenaria vix erit unitas ; 
est viri melior quaedam iniquitas 
quam benefaciens uxoris aequitas. 

Omnem excipiet (2) femina masculum 
omnemque subdita vincit testiculum ^ 
quis posset conjugi(s) replere vasculum? 
Nam una mulier fatigat populum. 

Insatiabilis vulva non deficit , 

nec unam feminam vir unus reOcit ^ 

idcirco mulier se multis sub(j)icit , 

sed (1. et) adhuc subi(g)ens (3) dicit : Non sufficit. 

Quis sufBceret (1. satisfaciet) ei per coitum ? 
Qui coeunt nimis incurrunt obitum , 
ei non serviet quisque ad libitum , 
ut reddat tociens carnale debitum. 

Idcirco plurimae fiunt adulterae ^ 
taedet et plurimas maritos (4) vivere ^ 
cum nullus feminae possit (5) sufficere , 
dico quod nemini expedit vivere (1. nubere). 

Est lingua gladius in ore feminae , 
quo vir percutitur tanquam a fulmine ^ 
per hanc hilaritas fugit ab homine; 
domus evertitur australi turbine (6). 

Irata mulier perdit consilium 

(1) Juxta se. (4) Quam plurimas marilas. 

(2) SusciDiet ^^^ 1' y a <ians le ms. de la B. R. mullis 

^ ' reminis possint. 

(^ Sitiens. (6) Ut auslro fulmine dans le ms. B. R. 



— 186 — 

et viam appetit ad homicidium ; 
leproso sub(j)icit corpus nefarium, 
ut lepra polluat maritum proprium (1). 

.Si forte fuerit de magno genere , 

virum innobilem quaerit opprimere , 

et si vir forsitan velit (resistere ?) 

in potu tocicum (1. toxicum) dat ei bibere (2). 

Voluntas conjugis semper perficitur 5 
sin autem litigat, flet et irascitur : 
vir autem patiens clamore vincitur ; 
dimittens jurgia (3) , domum egreditur. 

Fumus et mulier et stillicidia 
expellunt hominem a domo propria : 
vir blande loquitur , dans (4) verba mollia *, 
illa multiplicat lites et jurgia. 

Serpentis capite nihil astutius , 
nec (5) ne€[uam conjuge nihil est nequius ] 
nam cum leonibus morarer potius 
quam pravae conjugi essem obnoxius (6). 

Omni supplicio mors est amarior ; 
est prava (I. tamen) mulier morte cnidelior; 
mors enim praeterit ut hora brevior , 
sed mortem superat langor prolixior. 

Qui capit conjugem , hic mortem accipit ; 
qui prius sapiens , hic primus desipit ; 
qui ducit conjugem laborem recipit (I. incipit) ^ 
sed , ipsa mortua , mors vitam recipit (7). 



(1) Gette slropbe manque dans T^tiou (5) Et. 

de M. Wright. (6^ Fuissem socius. 

(2) Cette strophe ne se trouve pas non (^) |, „ ^ dan« rwilion de M. Wiight 
plus dans le ms. anglais. „ , . _. 

' ° ^ Uxorom capicns et mortera «ccipit ; 

(3) Et Cedens COnJUgi . cam pntat vivere tanc mori incipit : 

. vivendi taediam in mentem conoipit , 

v4) Dat. ot, ea mortaa, vita mox inoipit. 



— 187 — 

Quid dicam breviter esse conjugium ? 
Certe , vel Tartara , vel purgatorium ; 
non est in Tartaro quies nec (1) otium , 
nec labor (2) conjugis habet remedium (3). 

Quis potest conjugis ferre molestias , 
labores varios et contumelias? 
Labor et taedium restant post nuptias ^ 
uxorem igitur ducere fugias (4). 



(1) Aut. 

iS) Dolor. 

(3) On lit ensuite : 

Ingressus Tartari sunt viro nuptiae -r 
est ibi mulier in loco Furiae ; 
nati qui devorant sicut et bestiae , 
poenae diffloiles et multifarlao. 



(4) Croiia , fugias. La pi^ce flnit par cetle 
slropbe : 

Fost hacc angclico flnito nuncio , 
toctis epistolis et uuvangclio , 
ipsis tralicntibua me dc inccndio , 
rc8i)ondi breviter : Vobis consentio. 



POESIES PROFANES. 



Uhomme reQoit en naissant un amour du rhythme et de Thar- 
monie, qui s'affaiblit souvent lorsque son intelligence vient k se 
preoecuper plus des idees que des sons qui les expriment. Mais 
pour reconnaltre la puissance naturelle de la musique , il ne faut 
que voir les douleurs d'un enfant s'apaiser au bruit d'une chan^ 
son dont le rhythme est assez simple pour ^tre facilement saisi 
par son oreille (1). Les efforts les plus penibles eux-m^mes se 
soumettent instinctivement k une sorte de cadence ^ on dirait 
en entendant le chant fortement accentue des ouvriers et des 
rameurs, que le charme de la mesure all^ge jusqu'aux fatigues 
du corps. Dans la Grfece, ou sous le souflle createur de la poesie, 
les idees etaient devenues des ev6nements historiques , on ra- 
contaitque, attires parles chants d'Orphee, les animaux avaient 
oublie tout-i-coup leur ferocite, et que les murs de Thebes 
s'etaient eleves d'eux-m^mes aux accords de la lyre d'Amphion. 
n n'est pas jusqu'k FAncien-Testament, ou, malgre Tesprit 
severe du peuple hebreu , nous ne lisions que les murailles de 



(l)C'est ]k sans doute une des raisons significtlion de eharme et de pc^me, 
qui onl fait donner k Carmen la double 



— 190 — 

Jericho se sont ecroulees devant les sons rauques de la trom- 
pette. Pour apprecier ce charme inne de rharmonie, il sufBt de 
s'^tre senti une joie au coBur k TAge oii Favenir n'est qu^une 
inepuisable esp^rance, ou, si ces jours sont trop loia de la 
pensee , de songer qu'il n'est pas un seul peuple qui ne croye 
rendre ses pri^res plus agr^bles k Dieu en les accompagnant 
d'une sorte de musique. Lors donc qu'aucun fait positif iie nous 
serait parvenu , nous serions en droit de. conclure des donnees 
de la nature humaine , que dans les premiers sifecles de T^re 
chretienne , la musique n'avait point perdu sa popularite ; mais 
les temoignages les plus formels ne manquent pas. Saint Jean- 
Chrysostdme nous apprend que les femmes , les laboureurs , les 
voyageurs et les matelots avaient des chants qui les soulageaient 
de leurs fatigues (1). Nous savons que , comme au berceau de la 
Reforme , Arius se servit de chansons pour r^pandre ses doc- 
trines (2), et saint Augustin nous dit lui-mtoie que pour rendre 
ses attaques contre les Donatistes plus puissantes, il leur avait 
donne une forme rhythmique (3). 

Sans doute cependant le goilt de la musique n'est pas le m^me 
chez tous les peuples ^ il en est de naturellement graves , qui 
compriment avec soin leurs sentiments, et mettent une sorte de 
point d'honneur k paraitre impassibles ; mais peut^tre ce godi 
ne fut-il nulle part plus repandu ni plus dominant que chez les 
premiers habitants de FEurope modeme. Peu aprte la ccmver- 
sion des Bretons , lorsque leur christianisme etait encore dans 
toute sa ferveur , Gildas disait dans sa Lettre , si precieuse pour 
les moeurs du VP siMe : « Arrecto aurium auscultantur captu , 
non Dei laudes , canora Christi tyronum voce suaviter modu- 
lante , neque ecclesiasticae melodiae, sed propriae, quae nihili 

(i) notoO(Tt 8e TouTo xai Yuvaixe; , (5) Voleiis etiam causam Donatistarum ad 

xat oooiwopot , xai YyjTcovot , xai vauTai ; ipsius bumiHimi vulgi et omiiino imperilo- 

HonUlie $ur le ptaume XLI , Opera, t. V, rum alque idiotarum noiitiam perveuire , el 

p. i51 , ^d. de Montfaucon. eorum quautum fieri posset per nos inhae- 

rere memoriae, psalmum qui eis cantaretur, 

(i) Pbilostorgius, Historia eccletiatlica^ per latinas litteras Teci, sed usque ad v lit- 

1. 11, cb. S, p. 302, ed. de Valois; voyez leram. Tales autem o^ceciartof appellaot ; 

aussi ci-dessus, p. 24, note 1. Retraclationumt l. I , ch. 20. 



— 191 — 

sunt , furciferorum refertae mendaciis (1); » et Fon sait que les 
Germains conservaient leurs traditions dans des vers qui jouis- 
saient d'une grande popularit^ : nous rappellerons seulement les 
passages si connus de Tacite (2), d'Einhard (3), de Thegan (4) 
et de saint Alfrid (5). Ces vcrs etaient certainement chantes , et 
encore & la fin du XI* sitele , on reunit et Ton nota , par ordre de 
la princesse Gonstance , toutes les traditions qui se rapportaient 
au roi d'Angleterre Henri V^ : 

Ele en fist fere un livere grant , 
le primer vers noter par chant (6). 

Malheureusement la corruption des anciennes langues , les 
elaborations successives des idiomes qui les remplagaient et la 
surveiUance de plus en plus despotique et jalouse que le chris- 
tianisme exer^a sur tout ce qui se rattachait, par des liens 
quelconques, aux croyances qu'il voulait detruire, firent dispa- 
raltre presque tous les anciens chants populaires. Quelques vers 
ont seuls echappe k Foubli , gr^ce k d'heureuses circonstances ^ 
lels sont les fragments de la chanson sur saint Faron (7), et ceux 
que le grammairien Virgile nous a conserves : « Ut sunt canta- 



(1) Nmnius und GUdat, p. 1G2, ^d. de 
SiD-Marle (Scbttlze). Un passage qui se 
troure k la page suivanie n'e8t pas moins 
liffDificalir : Ad praecepla Sauciorum, si 
aliquando duntaxat audierint, quae ab illis 
stepissime audienda erant, oscitantes ac 
slupidos , et ad ludicra et ineptas saecula- 
rium bominum fabulas, ac si iler viae, 
quae morlis pandunt, strenuos et intentos. 

(i) Gelebrant carminibus antiquis (quo- 
rum unum apad illos merooriae et annalium 
goiasest) originem gentis conditoresque ; 
iienKMmia, 

(3) Barbara et antiquissima carmina 
qoibos Veterum actus et bella canebantur, 
scripsit (Garolus magnus) memoriaeque 
mandavit; YHa CaroH magni y ch. xxix. 

(4) Poetica carmina gentilia quae in ju- 
vcntute didicerat {Hludovicut piut) , res- 



puit, nec legere, nec audire, nec docere 
voluit; De getlit Hludoviei pii, ch. xix. 

(5) Ecce illo discumbente cum discipuli» 
suis, oblatus est caecus, vocabulo Bernlef, 
qui a vicinis suis valde diligebalur, eo 
quod essel afTabiiis et anliquorum actus 
regumque certamina bene noveral psallen- 
do promere ; Sancli Liudgeri viia , dans 
Perlz , Monumenla Germaniae hittorica , 
t. II, p. 412. Tous les t^moignages de ces 
anciennes tradilions ont el^ recueiliis par 
M. W. Grimm , dans VAUdeultehe WOlder^ 
t. I, p. 195; t. III, p. S53, et dans le 
Deultche Heldenlieder. 

(6) Gairoar, Chronique rimie, dans 
M. yi\c\iQ\ , Chroniquet anglo-^rmandet y 
t. I, p. 62. 

(7) Voyez nos Poetiet populairet latinet 
anUrieuret au J/ie tiicle, p. 230. 



— 192 — 

menta et cantatellae quibus vel maxime Sagillius Germanus et 
Vitellius utuntur. Ut ille quid^ in libello De mari et luna : 

Cucurrunt una vice 
altante temporum gande. 

Iste vero in laude Matronae uxoris suae cantatellas satis intu- 
lit ; in quadam ita infiens : 

Mea Matrona , tuam amplector zonam ; 
nobis anima una haeret aquae arctum (1). 

Mais de nombreux et irrecusables temoignages nous appren- 
nent qu*il en existait un grand nombre \ nous savons m^me par 
un passage fort curieux de Bede , que les poesies populaires 
avaient dte le ¥!• siecle une versification differente des autres. 
<( Videtur autem rhythmus metris esse consimilia , quae (^lisez 
consimilis^ qui) est verborum modulata compositio, non me- 
trica ratione sed numero syllaborum , ad judicium aurium exa- 
minata, ut sunt carmina vulgarium poetarum (2). » Saint Cesaire 
disait dans la premifere moitie du VI® siecle : « Quam multi rus- 
tici , quam multae rusticae mulieres cantica diabolica , amatoria 
et turpia, ore decantant (3). » En 585, lors de Fentree de 
Guntchramn k Orleans : « Processit... in obviam ejus inunensa 
populi turba cum signis atque vexillis , canentes laudes (4). » 
Environ cent cinquante ans aprfes , saint Boniface fut oblige de 



(I) Epitome III, dans M. Mai, Clasti- 
c&rum auetorwn fragmentay t. V, p. H2. 
Mabillon a cit^ dans son De re diplomatica, 
1. IV, p. 246, trois iignes d^une chanson 
probablemenl sur Cliarlemagne : 

Urbs Aqnensls , nrb» regall» , 
sedes regni principalis , 
prima regum curia. 

L'arcbev^ue de Cantorb^ry , Etienne de 
Langton, nous a conserv^ aussi daus un 
sermon sur la Vierge deux vers d'une chan- 
son amoureuse : 

ftlcat lilium inter spinas , 
sic anima mea int«r filius. 

Dans la traduction anglaise du Manuel 



de pechie , par T^v^que de Lincoln , Gros- 
seteste, que Robert de Brunne (Robert Man- 
nyng) fit, vers 1400, on trouve mentionn^ 
ces trols lignes d'une ronde : 

Equltabat Bevo per sylrara frondosam ; 
ducebat secum Merwyndam focmoBam. 
(^uid staiuus ? Cur uon imus ? 



(2) De 
col. 41. 



metriea ratione , Opera , t. 1 , 



V3) Homilie XIII , Opera, p. 84, M. de 
1558. 

(4) Gr^goire de Tours, Hittoriaeceletiat' 
tica Francorum, l. viii, p. 375, id, de 
Ruinart. 



— 193 — 

chasser la poesie populaire des eglises : « Non licet in ecclesia 
choros saecularium vel puellarum cantica exercere (1), » et 
Ghilderic 111 fut oblige de porter cette peine sev^re dans un 
capitulaire que Ton suppose de 744 : a Qui in blaspheniiam 
alterius cantica composuerit vel qui ea cantaverit , extra ordi- 
nem judicetur (2). » L*archev^que de Tours , H^rard , defendit , 
en 858 , de chanter le dimanche dans les rues : « Ne in illo 
sancto die vanis fabulis aut locutionibus sive cantationibus vel 
saltationibus stando in biviis et plateis, ut solet, inserviant (3). » 
La defense que fit, quelques ann6es apr^s, Hinkmar, archevd- 
que de Reims , n'est pas moins positive : « Nec plausus et risus 
inconditos et fabulas inanes ibi referre aut cantare praesu- 
mat (4) -, » et Otfrid dit expressement qu'il composa son Krist (5) 
pour remplacer les chants profanes dont les personncis pieuses 
etaient blessees : « Dum rerum quondam sonus inutilium pul- 
saret aures quorumdam probatissimorum virorum, eorumque 
sanctitatem laicorum cantus inquietaret obscoenus, a quibus- 

dam memoriae dignis fratribus rogatus , partem Evange- 

liorum eis theotisce conscriberem, ut aliquantulum hujus 
cantus lectionis ludum saecularium vocum deler«t, et, in Evan- 
geliorum propria lingua occupati dulcedine , sonum inutilium 
rerum noverint declinare (6). » 



(1) Staiuiaf cb. xxi; daos d'Achery, obaequio, microloguin cudens de Itpsu 
Spieilegium , 1. 1 > p. 507. mundi , senario delerminat cum fermoae 

(2) Dans Baluze, CapikUaria regum Thyihmico ; Vita saneti Theofredi abbaiitj 
Franeorumy t. 1 , col. 164. «h. x. On lit dans le Chroniea brementity 

(3) DansBalure, Ibidem, 1. 1, col. 958, tJ!^"!!ZlT^r^t ^" k^''^' 
M Ha rhiniar Herum germantcarum 1. 1, p. 57, que, 

;.:^ ? ? ^ x. , K <»e *^" * <«S», U y eut un paysan, nomme 

(4) Capttulare ad pretbyterat, ch. xiv. q^^^^ q^j ^'^^^^^^ ^^ ^^ ^;^^^ ^ ^ 

(5) De 863 k 871. muiu veniebant ad eum, et fama ejus in 

(6) Bibliotheca n^axima Palrum, omni terra personuit; carraina elogica, 
t. XIV, p. 765. Voyez nos Poitiet popu- vulgo toiten, fueruot de eo facta et eantata 
lairet tatinet, p. 40, not. S; p. 234, in viis; et le fr^re Elias disait, i rassem- 
not. 2; elc. Nous ajouterons quelques nou- bl^ de capucins, tenue h Rome, en 1221 : 
veaux t^moignages qui nous sembleDl tr6s- Fratres , est quaedam r^io Teutonia , in 
profHres k prouver la grande popularite de la qua sunt homines cbrisliani et deyoti » qul , 
po^ie. Les personnages les plus graves 8'en ut scilis, saepe terram noslram cum longis 
senraiont dans des productions s^rieuses, baculis et iargis ocrei8,sub tepldissimosole 
d^ le commencement du VlUe sidcle : sudoribus aestuantes pertranseunt ae U- 
Denique quodam tempore famiiiari semotus mina Sanetorum visitant , laudes Deo et 

13 



— 194 — 

Dans rimpossibilite de disposer les chants profanes dans un 
ordre methodique, noos avons voulu au moins group^ ensembte 
ceux qui avaient quelques rapports d'inspiration ou d'origine. 
Gbez les peuples grossiers^ les plaisirs de la table occupent tou-* 
jours une large place dans la vie , et donnent une longumr 
interminal^ie aux banquets. On les egaye d'abord par le r^t 
d'aventures personnelles ou de traditions populaires , et on y 
introduit insensiblement des narrations fabuleuses ou des chants 
auxquels Fimagination prend chaque jour une part plus consi* 
derable. Cest, eomme l'on sait, cequi eutlieu chez lesRomains : 
leurs festins fiirent d'abord animespar deschants historiques(t) 
qui c^l^braient les traditions de la patrie, mais on y a{q[)ela 
bient6t des chanteurs de profession, dont les vers devinrent sans 
doute de plus en plus infid^les k Fhistoire (2) , et sous les Empe- 
reurs, oii les souvenirs de la R^publique etaient devenus impor- 



Sanctis ejusdecantando; Waddiog, ilnna- supinorum, contondunt. Sunt alii qoi in 

UiMinorunt t. H, p. 3. Les Flagellants, epigrammatfbas,rfaytbniisetmetri8, utontiir 

qui furentsi r^pandus, surtouten Allema- vetere ilU triviali dicaoitate; liceiitia f«s* 

gne, dans la secoode moitie du XI 11« cennina socios, suppressis nominibus, libe- 

n/M^r 86 frappaieot eo chanitanl : Tamdia rios laotrtnl; loedorias JaoataDiur eftsc«Bi* 

cruciantes, quousque ad quasdam canti- mata; salibus socraticis sociorum vel forle 

leaas quas de passione ac morte Domini majorum viiia tanguut, vel mordacHis 

dictaverant, dit Henricus Stero, dansson dente rodunt theonino audacibus dUby- 

AnneUett publi^ par Ganisius, Lectiones rambis ; dans M. Wrigbt , Biographia 

anliquaey t. IV, p. 195, 6d. de Basnage. britannica literaria , t. II, p. 364. 

Hais nous devons !e reconnaltre, ces can- (|) ^tque utinam exstarent illa carmina 

til6nes n'^taienl pas toujours en latio; car q„a© muHis saeculis ante suam aelatera in 

Pulkava nous apprend dansson Chrontcon, epullf esse cantiuta a singulis convivlsde 

imprim^ par Dobner, Monumenta histo^ «Aarorun* virerum laudibus ia Ort^nt^ 

rica Boemiae nusqumm antea edita, scriptum reliquil Calo; Cic^ron , Bry<y# , 

l. UI, p. 833, qu'ils chantaient secundum ch. xix, par. 75. On temoignage semblable 

distinctione» linguarum, et nous avoni seiro\iye QuaestionumtusctUanarum liy, 

encore un pelit chant allemand qu'ils r^- q\^ ^ 

laieul en se dicbirant Us ^paules 4 ceiip de ^g^ i„ ^^^^.^.jg ^^^^ ^^^^^^ ^^ ^^^^^ 

^^^ * rent carmina anliqua in quibus laudes 

ir siaffM eiMh s«re erant ra^orum , assa voce et cum tibicioe; 

SiSTGSMiatdUsuudemftre. Varrou, cit6 par Nonius , I. II, ch. 7©. 

Poeticae artis honos non erat : si quis in ea 

EaBn Willetmu» filius Stepbani (Fitzstephen) re studebat, aot sese ad eenvivia applica- 

disait, ao commencemenl de la Vie de saint bat , grassator vocabatur ; Noetes Atticae, 

Tbomas Becket , dans une «Jeseription des I. xi , eb. 9. Nous devons dire cepeudant 

^coles de Lendres , pendant le XII« si^cle : qa^Auiu - Gelle met cette pfarase dans la 

Pueri diversarum sebolarum versibus inter bouehe de Caton , et qu'elle contredit fbr - 

se conrixantiir ; aut de principiis artis mellement le t^moignage qoe lui pr^te 

frammatieae , vel regolis praeteriierom vel Cic^ren ; veyex la uote pr^c^dente. 



— 195 — 

tans au poovoir et peut-^tre ausBi k la conacience du peuple , 
ces chaats traditionnels furent remplaces par de joyeuses chan- 
sons qui ne ressortaient plus que de la fantaisie des poetes. 
fieaucoup d'odes d'Horace furent c^tainement composees pour 
^re cbantees au dessert de quelque banquet , et on lit dans 
Juvenal : 

Nostra dabunt alios hodie convivia ludos : 
Conditor Iliados cantabitur, atque Maronis 
Altisoni dubiam facientia carmina palmam (1). 

Les Romains porterent un usage si naturel dans les Provinces , 
nous savons m^me par une epigramme tres-curieuse , que Bur- 
mann a recueillie dans son Antbologie latine, qu'il existait 
encore dans les Gaules apr^s Finvasion des Franks : 

Non audet quisquam dignos educere versus 

inter eis (1. heil) gothicum scap! jah matjam^jah drigkam (2); 
Calliope madido trepidat se jungere Baccho , 

ne pedibus non stet ebria musa suis (3). 

Cette coutume existait diez les Anglo-Saxons, dfes le VII* sifecle ; 
elle etait m^me assez generale pour qu'aucun eonvive ne pdi se 
soustraire k la necessite de chanter k table sans une sorte de 
honte ; car B^de dit, en parlant de Casdmon qui, par une sorte 
de miracle , regut k un Age assez avance le don de faire des vers : 
« Unde nonnunquam in convivio, cum esset laetitiae causa ut 
omnes per ordinem cantare deberent, ille ubi appropinquare 
sibi citharam cemebat, surgebat a media coena et egressus ad 
suam domum repedabat (4). » L'usage de ces propos de table 



ti) Stlire XI, v. ITT. 
(9) II y a daM Samann 

Inter KIS foUiIeum SCAFIAXATZIAIADBUrCAX. 

Beil signiOait en vielt - anemand Salut; 
voyez Graff, Aiihochdeuischer Spraeh- 
uhats , t. IT , col. f98 : on lit dans le 
Liber de coiibus monaiterii Sancti-Galli : 
Fuga urbanorum comperta equis potentio- 
respraevolant curraces, episcopo pro portis 



conspecto, clamativo illum cantu salutant : 
Ueil , Herro l Heil , Liebo. Quant au reste 
du vieil-allemand , 11 signifie sans donte : 
Prendt la coupe ! Mangeons et buvons ! 

(3)L. v, no 161. Nous avons transpos^ 
les deux premiers vers, pour ^Mir une 
uniformit^ de mesure eC donner deax dislt- 
qnes h cette petite pi^. 

U) Bisloria ecclesiastica^ I. iv, ch.24. 



— 196 — 

n'^t pas moins r^pandu en Scandmavie (1), et il y subsista 
longtemps encore aprts rintroduction du christianisme <2) ; la 
langue suMoise avait m6me un nom particuli^ pour les ehants 
des banquets qui ayaient lieu la veille de la Saint-Jean (3). Une 
invitation k dlner , qui nous a ^te eonservto dans un manuscrit 
du X* siicle , est trop inconnue (4) et trop curieuse sous ce rap- 
port pour que nous ne la reproduisions pas en entier (5). 

Jam, Dulcis amica , venito, 
quam sicut cor meum diligo ; 
Intra in cubiculum meum , 
omapientis cunctis onustum. 
Ibi sunt sedilia strata 
et domus velis omata , 
Floresque in domo sparguntur 
herbaeque fraglantes (I. fragrantes) miscentur. 
* Est ibi mensa apposita , 
universis cibis onusta ^ 
Ibi clarum vinum abundat 
et quidquid te , Cara , delectat. 
Ibi sonant dulces symphoniae , 
inflantur et altius tibiae *, 
Ibi puer doctus et puella 
pangunt tibi carmina bella : 
Hic cum plectro citharam tangit, 
illa melos cum lyra pangit ; 
Portantque ministri pateras 



{i)hocemius,4ntiquiiatesn>eogothieaej (S) Qaoiqae cette pi^ soit not^ dans 

I II ch. 1. ^^ °>s** '® rhythme D'eii est qu^approximadf ; 

' {%) Olaus Magnus . HiUoria de gentibut " varie de huit h dix sy Uabes , el H y en 

tepLfUrumalibii, I. xy, ch. 10. • P'^"!,,*^^".^"^!!*' T ''^ "^ 

•^*^ manque d'uniformil<^ enoore plus remar- 

(5) Haskarla huot. quable, c*est que les lignes li^s par la 

(4) EUe a M pubUte par M. Haupt, rime n*ont pas toi^ours le m^e noodMre de 

Sxempla poetit medii aevi, p. 29; et syllabes: 

eette brochure, tirte h un trte-petit nom- j,^^ ^ j^^^ fntam cooTivinm . 

bre d'exemplaires, est ^puisee depuis long- quantum poct duice coiioqaioin. 

temps. 






— 197 — 

pinguitatis (1) poculis plenas» 
Non me juvat tantum convivium 
quantum post dulce coUoquium , 
Nec rerum tantarum ubertas 
ut dilecta familiaritas. 
iam nunc veni, Soror electa 
et prae cunctis mibi dilecta , 
Lux meae clara pupillae , 
parsque major animae meae. 
Ego fui sola (I. solus? ) in silva 
et dilexi loca secreta ; 
Frequenter effugi tumultum 
etvitavi populum multum. 
Carissima , noli tardare ; 
studeamus nos nunc amare , 
Sine te non potero vivere : 
jam decet amorem perficere. 
Quid juvat differre, Electa, 
quae sunt tamen post facienda ? 
Fac cita quod eris factura , 
in me non est aliqua mora. 

La musique et les chants faisaient, comme on voit, partie 
integrante deTordinaire des festins, et il serait facile de prouver 
par une foule de temoignages qu'il en ^tait ainsi chez tous les 
peuples : nous nous bomerons k en rapporter deux. 

Ad mensam magni principis 
est rumor (2) unius bovis ; 
praesentatur, ut fabula , 



(I) Peat-6lre fiiat-U lire Pigmeniatii , Dicite, mmoru nunc qoid noMi nfeimtu t 
Uquears pimentees , quoique ce niot mtD- BuoMieb , fr. ii , t. M. 

qae aassi dans la nouTeUe edition de du 

Gange. On troaye dilh dans Horace : 

(a) BwHor signiiUit dani le moyen Age ^^" • "^*^ "»"** ^ ~"p**» "^*- 
wm9€lie,eoiUe: Satireiy I. ii, aat. ti, t, 80. 



per verba jocularia (1). 

L'autre passage montre que ces chants et ces recits avaient 
lieu aussi k la table des rois : ^ 

Segnor , oies une grant fable 
qui avint jadis sor (sic) la table 
Au bon roy qui ot non Felipe , 
qui volentiers moilloit sa pipe (2). 

Les menestrels etaient m^me admis dans le refectoire des mo- 
nast^res (3) ; et cette introduction de la mufflque et de la poesie 
dans les cours et dans toutes les rejouissances , contribua plus 
que tout le reste k la grande multiplicite des jong^rs (4). Gr^ce 
k Famour de la nouveaut^ et k la fantaisie des hordeors , il n'est 
peut-^tre pas un seul chant populaire qui n'ait et^ chante dans 
quelque banquet ; mais nous ne rangeons dans cette categorie 
que les poesies qui nous semblent avoir ete composees exprfes, 
comme les chansons bacchiques et ces ohants joyeux ou satiri- 
ques, qui n'avaient d'autre but que d'exclter la galte (5). 



(1) Lateinitche Gedichte det X wnd XI ifoig liberaUe, In atiU l^oris; Ms. de 1338, 

Jahrhwndertty p. 3S4. Nous ajoulerons ce cil^ par Warton , Hitlory of the english 

quatrain de YApoealypsis Goliae , v. 389 : poetry, t. f , p. 93. Datum sex minislrallis 

Cum inter fabuias et Bocchi pocou , de Boliyngham cantantibus in refectorio 

modum <st rearuiam Bmpendit crapuia , martyrium Septem-DormieQtium , ia frsto 

SI l'toS:'XguZelSa:^''' Epiphaniae ; Ms. de 1432 ; mdem , t. OI , 

et ce passage, si soavent dt^, de VAlexan- ^' ' 

4re d'Aleundre 4e Bernay : iv ^ part los jongiart eissamen 

' Qu*ero plu9 de mll e cla eeii». 

"^Tiill^^^ercT^d^^^^TeZr' ' Flamen^a, dans Raynouard, Uxi- 

PoStes frangais depuis le Xlh „ . . ^^^ roman,X. \, p.7. 

si^cle jusqu'd Malherbe^ t. II , ^"'^ •^'*"» multiludo histnonum circa mille 

p 50^ quingentof et uHra ; Uhs Murau>ri , Rerum 

,_. - ', * ... , ^ italicarum scriptoret , t. XIV, col. 1141. 

(«) Lorsqu'on communiait sous les deux ,^ , . . 

espices, on se servait, pour ^viter les ^^ ^ ^^®"® ^'^^*® appartiennent encore 

profanations invoIonUires, d'un cbalumeau, certaintf cbansonf en ITionneur de saint 

en latin /istula, pipa; et il r^sulte de ce ^icolas, de saint Urbam et de satnt Martin, 

passage que la pipe ^tait aussi autrefois «I"*' P?r <*«« ^auses diff^rentes, dtaient de- 

employ^ a la table des rois ; Fabliau des ^enus les patrons de la bonne '''hf e. Noim 

vins; dans Sinner, Catalogus eodicum en cileroni une qiie Den» a publi^e d apr6s 

BiUiothecae bemensis, t. III , p. 351 . un ms. de la B. de Vieune , du XV« aidole t 

(3) Et ctnUbat jooulalor quidam , nomine ^*in*1Si Mertens ere , 

Herebertus , canticum Golbrondi (un per- patronique largisiimi 

sonnage du llom<m de Gu» de Warniick) . i/^j^-fito p™.SS,""- 

nec non gestum Smmae regioae a judicio ^n weine wetd^nt moste 



t- 



— 199 — 

A Rome , on chantait dans les Ktes nuptiales des chansons 
d'une libert6 qui ne s'arr^tait qu'aux dernieres limites de la 
licence ; Varron , lui-m^me qui , en sa qualite de vieux Romain , 
n'exagerait pas la pudeur du langage , disait dans son Agathon : 
« Pueri obscoenis verbis novae nuptulae aures restaurant(l). » 
Soit que ces joies grossiferes aient ete adoptees par les habitants 
des Provinces, soit que Feloge des charmes de la jeune epouse 
et rexpression des desirs de son amant aient naturellement 
abouti a des obscenites (2) , le clerge desapprouva , d^s les pre- 
miers si^Ies du christianisme , les indecentes gaites des noces. 
Une assemblee d'6v^xiues , tenue k Vannes , vers 465 , defendit 
aux eccI^siasUques d'y assister, parce que , dit-elle , « amatoria 



et qui hoc noiiet credere , ntens , Olaus fld itiSalaiii NoiTiffiae-, Motlwr 

der 1«»8 die ■warieu chosten. „«^:„«»«^ -j^i*-. •» n- - . 

Martin«B,chrirtifamuia», nominatam , adpiicuil. Hic ooctu innotail 

was gar ein milder herre , ipSI SanctUS MartiuUS CpisCOpUS , diccns 

"r ?o4'^h1tc?i.^,'^"'^ "« = »«"•, '" W. lerris <».« «rtet, cum 

£t tratumittat hic iuntibu» convivia celeoreniur, in memoriam Thoreri, 

die pfeonigr aa» der tasehen Odini ct aliorum Asarum scvphos evacuare * 

"^ZSlrin^^'i^Z"? I'.''»e ."» »«"«« volo, alque ut in mei memo- 

Detque esurientibu» riam in postcrum bibalur, tua cura efficias : 

die gnet»n feisten p»»ten , ▼clus autem illt consuetudo ot deponatut 

rallinaa cum oauponibus (1. caponibus ?) . . , »/« « «« u^puuatur 

wir nomen» ungesoten ; convenicns cst; ch. XXIV, p 102. Un canou 

vei pro honore dirigat (sic) du concile dc Carihage, lenu en 398, montre 

«i;:S S^*e'w»irii" """" '- ««"•'■en l'usage de chanter des chansons i 

der sei in dcm panne ! lablc ^tait devcnu gendral, malgrd la d^sap- 

Hoffmann, Getchichte det deut- probation du clerge : Clericum inter epulas 

ichen Kirehenliedes , p. 167. cantantem, supradictae sententiae (excom- 

^ ^ A f i ' A. w j municationis) severitate coercendum ; dans 

Voyei ausdAufeess, in^cii^cr^r jr«nd^ j^^bbe, Sacroioncla concilia, t. II, col. 

des deutschen MtttelaUen , 183S8, col. 14. ^^g ' * 

On lit d^j^ dans Thomas Cantipratensis qui ,,*r«-. > i^i t m •• » 

^rivait au milieu du Xllle si^cle : Cantus ^ .^^i ^*J® P^F «onius Marcellus, De eompen- 

turpissimus de beato Martino , plenus luxu- »!^'* doctrtna per htterai , ch. i v, p. 243, 

riosis plausibus , per diversas terras Galliae f^' **« *7"«®.*» ^["^^ *<>'*»• ^ne autre le?on se 

et Teuloniae promulgalus ; Bonum uni- ^^"^^ ^?°* '« ^^' " ' P* **^ • P"«" obwoe- 

vertum de apibus, p. 456, M. de Colvener. ,°'« ^®*:^.'' "«^«® n"P'f« aures habeant, et 

On concoil que la feie de saint Martin , »es jneilleurs manuscriis ont des variantai 

pr6c6dant presque imm^diatement Favent ^^^ff^^entes ; mais le sens reste consiant. 

qui ^tait un iemps d'ab8tinence , TAt c^l^- (2) Quasdam (virgines) non pudet nuben- 

br6e par des festins ; mais cette raison tibus interesse et in illa lasciventium liber- 

Daturelle ne pouvait convenir h Tamour tate sermonum colloquia incesta miscere, 

do merveilleux , si g^n^ral et si exigeant audire quod non licet dicere , observare et 

pendant le moyen Age ; aossi le moine esse praesentes inter verha turpia et temu« 

Oddo en a~t-il donn^ une autre explication lenta convivia quibus libidinum fomes ac- 

dans 8on Saga de saint Olaf . Uislandais est cenditur, sponsa ad patientiam stupri , ad 

trop peu connn pour que nous ne citions pas audaciam spont us animatur ; saint Cyprien, 

de pr^f<^ncela traduction latine, qui est De habitu virginum , Opera, p. 179, dd. 

d^aiHenrs assez fiddle : Ex Eoo mari ve- de Paris, 1726. 



— 200 — 

cantantur et motus corporum choris et saltibus efiReruntur (1); » 
et nous ne doutons pas que ces carUica turjna^ luxuriosa^ nefaria^ 
amataria et ob8coena(2)^ si souvent frapp^ par les conciles des 
peines les plus s^v^res , n'aient eu pour la plupart une origine 
semUable (3). M. Magnin va jusqu'^ croire que les carmina , 
qualifies par plusieurs canons de diaholica , ^taient des cbants 
obsc^nes ou m^mes de simples chansons bacchiques (4). Sans 
doute, dans une pieuse colire contre ces impudiques grossi^retes^ 
on aurait pu fort bien les appeler diaboliques ; mais il semble 
resulter des explications qui nous ont ete conservees , que ces 
chants n'etaient , au moins le plus souvent , que des incantations 
magiques ou des reminiscences de croyances palennes. Ainsi 
on lit dansla collection de d^crets reunie par Burchard : a Pers^ 
crutandum , si aliquis subulcus, vel bubulcus, sive venator, vel 
caeteri hujusmodi diabolica carmina dicat super panem, aut 
super berbas , aut super quaedam nefaria ligamenta , et haec 
aut in arbore abscondat, aut in bivio, aut in trivio progiciat, ut 
sua animaUa liberet a peste et clade , et alterius perdat (5). >^ 
Reginon a cite le canon d'un concile qu'il dit , peut-^tre par 
erreur , avoir et6 tenu k Arles , mais qui n'en serait pas moin& 
d'une tr^haute antiquite , puisque cet abbe de Prum mourut 



(1) Dam dom Morfce, Bitioire de Bre~ LamprechtvonRegeiispfirgdisait, aamilieu 

tagne, 1 1, p. 184, Preuyes.Uoe semblable du XlVe sidcle, dans son Toehter Sion : 

dtfense se troute dans le 8Se canon du Mit snecem minnesange 

eonoUe tena k Aix4a-Ch.pelle, en 816 : 2:rd»*bS^":iW -. a. 

Quod DOn Oporteat SacerdoteS aut ClenCOS in den palss gecondwleret. 

qaibaseunque spectacuUs in scenis aut In Dans presque toules nos provinces , on 

nuptiis interesse; Toyei aussi le 54« canon cbaute eocore, aux noces de campagne, 

du concile de Laodic^, tenu en 310 (?), dans une sorte d'epithalame plus ou moins gros- 

Labbe, 1. 1^ col. 1806. sidre, que Ton appeUe la Chanson de la 

{^yoyeiWi&Poi$ie$populaire$l(Uinett ,,. ^' ^ . j . ui • 

40 note t ^^ Quant aux cbansons dc table, qiaelque 

/* ' envie quenousayonsdeconnattre ces amo- 

(S) Gette grande populariu^ ne peut s^ex- toriat luxwriota ei diaboUea earminar 

pliquer que par un k>ng usage , inoessam- comme disent un peu durement les saints 

ment raviv<i par les circonstances. Saint Peres et les conciles, nous n'ayoo8 malheu- 

(k&saire s'toriait d^J^ dans sa xiii* homdie, reusement rencontr^ aucnne de ces oeuvres 

au commencemeot du Vle sidcle : Quam du d^mon dans le recueil de M. du M^ril;. 

multi rustici, quam multae rusticae mulie- Joumal de$ tavanUj 1844, p. 155. 

res cantica diabolica, amaioria et turpia ore (5) Daus Grimm, DeuUcke MyiKoiogie^ 

decantaul; Opera , p. 84, ed. de 1558. appendice, p, xxxiii. 



— ^ -^ 



— 201 — 

en 908 : « Laici, qui excubias funeris observant, cum timore, et 
tremore, et reverentia haec faciant. NuUus ibi praesumat diabo- 
lica carmina cantare, non joca et saltationes facere, quae 
pagani diabolo docente adinvenerunt (1). )> Quoi qu'il en soit, 
les defenses repetees dont ce genre de poesie fut Fobjet , prou- 
vent qu'il etait fort populaire ; et malgre Toubli general ou il 
finit par tomber , grdce aux progrfes de la decence publique , il 
nous a encore ete possible de recueillir neuf pifeces de cette 
espfece, que leur langue erudite nous a permis de ne pas rejeter 
de ce volume. Le plus grand nombre n'est pas beaucoup plus 
grossier que les chansons du m^me temps en langues vulgaires ; 
et il y a dans toutes une facilite de versification , nous dirons 
m^me une elegance de forme , qui donnent k cette branche de 
la poesie populaire latine une importance veritable. L'histoire ne 
peut d'ailleurs faire de la pudeur retrospective ; il lui faut ac- 
cepter le passe tout entier , et les scrupules seraient ici d'autant 
plus deplaces que les personnages les plus distingues ne dedai- 
gnaient pas de composer des pifeces de ce genre. Ainsi le celfebre 
Pierre de Blois, qui mourut probablement dans la derni^re 
annee du XIP si^cle , dit dans une de ses lettres : « Ego quidem 
nugis et cantibus venereis quandoque operam dedi, sed per 
gratiam ejus qui me segregavit ab utero matris meae, rejeci haec 
omnia a primo limine juventutis (2). » Longtemps aprte , il n'en 
attachait pas moins encore k ses oeuvrcs de jeunesse une tres- 
grande importance (3), et allait jusqu'i dire dans une autre 
lettre : « Quod autem amatoria juventutis et adolescentiae 
nostrae ludicra postulas ad solatium taediorum, consiliosum 
non arbitror , cum talia tentationes excitare soleant et fovere. 



.(1) Dans HarUbeim, Cbnct7ta Gertnch- «anc(a con«t7ta,t.Vni, p. 117. Voyez aussi 

ntoe, t. II, p. SOO. Une expKcation sem- Eccard, Francia orientalii , t. I,p. 405 et 

blable se trouve dans les actes d'un syuode 408. 

tenu k Rome sous L^n IV, vers le milieu (2) LeUre ltlxwi. 

du IXe si^cle : Garmina diabolica quae (3) II ^crit a son neveu : Mitte mihi ver> 

nocturnis horis supm- mortuos vulgus facere sus et ludicra quae feci Turonis , et scias, 

solet, et cachinnos quos exercet sub con- cum apud me transcripta fuerint, eaden» 

testatione Def omnipotentis ; Labbe, Sacro- sine dilatione aliqua rehabebis; Lettre xiu 



— 202 — 

Omissis ergo lasciyioribus cantilenis, pauca quae maturiore 
stylo cecini tibi mitto, si te forte relevent a taedio et aedificent 
ad salutem (1). » 

Enfin nous avons reuni ensemble tous les chants sur des 
sujets historiques , et quoiqu'iI soit impossible d'affirmer qu'ils 
aient toujours ete composes immediatement apr^ les evene- 
ments qui les ont inspires , nous les avons ranges conformement 
k Fordre des temps : il n'a ete fait d'exception que pour la chan- 
son sur le Cid, les legendes de Pilate et de Judas, et le poeme 
sur Mahomet, qui demandaient des explications pr^Iiminaires 
trop longues pour ^tre rejetees dans les notes. 

Chanson b(icchique {2]. 

Bacche , bene venies gratus et optatus , 
per quem noster animus sit laetificatus. 



(1) Letlre lvii. boire, donl nous donnerons ici le commen- 

(2) Ancien ms. de Tegemsde, 6cril pen- cenient d'apr^s la copie de M. Wolf : 
dant !e xiiie si^cle, qui se trouve maintenant Bibtt hera, bibu^eras t 

k la Biblioih6que de Munich. Plusieurs ex- SJJJ me"bibu au^ ' 

traits en ont d^j& 616 publi^ par Aretin, biut mWiu cam MkcmA ; 

BeitrOge, t. VI I , p. 297-309, 498^8 ; t. IX, Jlij* ^•^«>» . ^||>" pI»" ? 

p. iSll-1322 , et par Docen , Miieellaneen SSl S.'„?tL,'?w;itrai« ; 

xur Geichichte der deuUchen Literatw, ^^* ndia , bibit magiia. 

t. n, p. 190-208 : M. J. Grimm en a donn^ Biwt pauper et aegrotu. ; 

une analyse accompagn^ de beaacoup de ffi jrel.wtreS^J»; 

citaiions dans son Gedichte dei MittelcU- bibit praesni et decanu* ; 

ters auf KOnig Friedrich I den Staufer, J^IJ}* Z"^'> ,^*JfJ '"*" « 

PTi Q-r r^tt^Zu . • . bibit anus , bibit mater ; 

, . ^^^ cbanson, que ces trois savants biwt ista , wbit iue ; 

n'avaient pas mentionn^e, a d^jk ^t^ impri- Wbunt centum, bibunt mine. 

m^ aur une copie du ms. qui appartient Le reste n'a pas k beaucoup pr6s une forme 

a M. Ferdinand Wolf , dans le Joumal des aussi populaire , quoiquMI y ait des r^rai- 

tatanls de Normandie, t. I, p. 552. niscences dvidcntes dans une chanson cit^ 

Le rhythme en est fort grossier ; chaque par Canonherius , De admirandis vini 

ligne a g^n^ralement treize syllabes di- virtutihut , p. 501 : 
Yis^ en deux h^mistiches par une c^sure Quicunque vuit ewe frator, 

apr^s la septieme, et se rattache k une bibotbia, teretquater! 

aulre ligne par une consonnance.qul porte ^^ec nihitsu 'iH^^do'! 

sur deux syllabes. Mais les deui h^mis- Bibat hera, bUmtherus, 

tiches ont quelquefois huit syllabes , sans iwbu kto^Tib" uua**™* ^ 

■«me une augmentation semblable dans ia bibit "ert^ *ciJin'ancma ! 

Ugne correspondanle, et dans le 4e couplet , Bt im> Bege, et pio Pap» , 

U rime rfest qa'aDe rimple assooance. Ce Tp:^'?^'!^! ^%e , 

ms. coDtient , p. ^, une autre chanson k bib« riiram «lae lege t 



— 203 — 

Istud vinum , bonum vinum , vinum generosum , 
reddit virum^, curialem, probum, animosum (1). 

Iste (s)cyphus concavus , de bono mero profluus , 
si quis bibit saepius satur fit et ebrius (2). 

Haec sunt vasa regalia quibus spoliatur 
Jerusalem, et regalis Babylon ditatur. 

Ex hoc (s)cypho conscii bibent sui domini , 
bibent sui socii , bibent et amici. 

Bacchus, forte superans pectora virorum, 
in amorem concitat animos eorum. 

Bacchus , saepe visitans mulierum genus, 
facit eas subditas tibi , o tu Venus. 

Bacchus , venas penetrans calido liquore , 
facit eas igneas Yeneris ardore. 

Bacchus lenis, leniens curas et dolores , 
confert jocum , gaudia , risus et amores. 

Bacchus mentem feminae solet hic lenire , 
cogit eam citius viro consentire. 

Aqua prorsus coitum nequit impetrare , 
Bacchus eam facile solet expugnare. 



Hmc vm est lex bacchic» , 
btbentiiim spe* unica. 

L*ancieD ms. de Tegernsi^ noas a aussi 
coDserY<^ une pi^ce intital^ De confliclu 
f)ini et aquae^ que M. Grimm a publi^, 1. 1. 
p. 90; mais la copie de M. Wolf nous per • 
met d'lntroduire dans le Tn« couplet de son 
texte une correctioa importante : 

8ed cmB TSBtfif eat isflatiu ^ 
tonc dirano* nddit flatnf 

cxnrilqse gnttore, 
et enm ita dispensatnr 
Tentcr, aer pertnrbatnr 

a ee nu pto ■mnere ; 

n faut lire dans la troisi^me ligne ex uiroque 
gvUlure. Ce sujet ^tait fort populaire pen- 
dant le moyen Age. Dans son Poefnt attri" 
buted to Walier Mapes , M. Wright a pu- 
Mi^ des pi^s de ce genre en latin (p. 87), 
CD fran^ais (p. 999) et eu espagnoi (p. 506). 



Nous en citerons une aulre, que nous 
croyons inedite ; elle se trouve ^ la B. R., 
k la fin du ms. 1819 , dont T^criture a les 
caract^res ordinaires du Xllle si^cle 

In cratere raeo Thetifl «at conjnncta Lyaeo ; 

est dea jnncta deo, sed dea major eo. 
Nil ralet ia vel ea niai qnando snnt phariaaea 

haec duo ; propterea sit dene abeqne dea. 
Ree Thetia est mala, cnm Baochns miscetur eaenm : 
(h)7dropicas stomachnm enm dae (h)ydropera mihi 

CBaccbum. etc. 

(1) Ces deux lignes formaient un refrain 
qui se r^p^tait apr6s ctiaque couplet. 

(2) Ge couplet est, comme on voit, d'une- 
grande irrdgularii^ ; 11 n'y a aucun paral- 
l^lisme eulre les deux lignes : dans la pre- 
mi^re , le second h^mistictie est m^me plus 
long que le premier , et la rime ne porte que 
snr la derni^re syllabe ; mais il y a une 
consonnanoe int^rieore. 



— 204 — 

Bacchus, numen faciens hominem jocundum , 
reddit eum pariter doctum et facundum. 

Bacche, deus inclyte, omnes hic astantes, 
laeti sumus , munera tua praelibantes. 

Omnes tibi canimus maxima praeconia, 
te laudantes merito tempora per omnia. 

ArUre (i). 

Vinum bonum et suave , 
bonis bonum, pravis prave , 
cunctis dulcis sapor, ave, 
mundana laetitia ! 

Ave ! Felix creatura , 
quam produxit vitis pura ; 
omnis mensa fit secura 
in tua praesentia. 



(1) GeUe parodie d'aiie hymoe k la Vierge 
a ^U^ |Hibli<ie d^aprte im ms. du XlVe si^cle 
«xmserTi^ h la Bibl. da 8<^minaire de Li^e , 
par M. Mooe , Anxeiger /Ur Kunde der 
deuttehen Vorzeit^ 1835, col. 189. Une 
version un peu abr^gto se trouTe dans un 
ms. du m^me temps, qui appartient k la 
Bibl. de Heidelberg; Ibidem, col. 190 : 

Are I Color rini elttii ; 
«Te I Sapor slne p«ri ; 

tanoe inebrlarl 
dignerla petentes. 
F^lix homo te plantATit, 
qni te, Vlnnm, nnneapaTit; 
oontra talem potnm 

nnllnm est^perionlnm. 
Fellx gnttnr qnod rigabis I 
Felix venter qnem intrabli I 
Felix est y qnem latiabia 1 

O beatalabiAl 
Oh I Qnam plaoens in ooiore I 
Oh ! Qnam fragrans in odore ! 
Oh t Qoam sapidnm in ore ! 

Dnlce lingnae Tincnlam ! 
Eigo vinnm collandemns , 
potatores exaltemns , 
non-potantes conftindemas 

ad Infemi palatia ! 

Une troisiime yersion, un peu diff^- 
rente, a iU publite par M. Wright , Earlff 
inyflertef and other latin poem$, p. 190, 



d*apr6s un ms. d^Amndel, doot r^criiure 
est de la fin da XVa siMe : 

Ato ! Color Tinl daii , 
dnlcis potos, iMNi anirl ; 
taa nos inebriarl 

digneris potentla. 
Oh ! Onam MIx ci e atmm 
qoamQirodaxit Titis pora ! 
Omnls mensa sit (1. flt7) seeora 

in tna praesentia. 
Oh I Qnam plaoens In oolore t 
Oh ! Qnam fragraas la odore t 
Oh I Qaam sapidam in ore t 

Dolee Ungnae Tlnoalam t 
Felix Tonter qaem Intrabis ! 
Felix gnttar qaod rlgabis f 
Fellx os qood ta laTibis , 

et beata labia 1 
Bigo Tinam collaademas , 
potatores exaltemn4 , 
non-potantes eonAmdamns 

in aetema soppUeiat 

Ges trois versions, (knrites k des epoques 
diverses, dans trois pays diffd^rents, noiis 
oot sembl^ la meilleure preuYe de la grande 
popularite dout jouissait cette esplee de 
chansons. Une autre parodie baechiqueda 
psaume xcv , en allemand et en lati», a 
<^t^ publk^ d*aprte un ms. du XVe sitele » 
par M. Ton Lassberg, Li^dentuU , t. II ^ 
p. «77-679. 



— 205 — 

Ave ! Color vini clari ; 
ave ! Sapor sine pari ; 
tua nos inebriari 
digneris potentia ! 

Ave ! Placens in colore ^ 
ave ! Fragrans in odore 5 
ave ! Sapidum in ore, 
dulcis linguae vinculum ! 

Ave ! Sospes in modesUs, 
in gulosis mala pestis ! 
Post amissionem vestis 
sequitur patibulum. 

Monachorum grex devotus , 
omnis ordo, mundus totus , 
bibunt ad aequales potus 
et nunc et in saeculum. 

Felix venter quem intrabis ! 
Felix lingua quam rigabis ! 
Felix os quod tu lavabis , 
et beata labia ! 

Supplicamus , hic abunda , 
per te mensa fit fecunda ! 
Et nos cum voce jucunda 
deducamus gaudia ! 

Jutre (i). 
Mihi est propositum in taberna mori , 

(1) Publito par Gamdeu , Remaint con- les ^tudes eccl^astiques , attribu^e k Ro- 
twning Britain, p. 436, W. de 1674, et bert Baston, commence de la m6me ma- 
rtimprimte par RiUon , Ancient tongt and niere : 

balladt. l. !• P. 3. Elle a ^l^ fondue dans Meam e.t pn^gltum genti. imperitae 

v«M»tM*«, •. *»!'"• wr • Uf D «•»• «rte. frngi reddere meliori. vltae , 

Une piftce publiee par M. Wngni, roemt ^^ ^ ,^^»8 .inpula» procedati. rite : 

atlributed to Walter Mapet ^ p. 7!,80US «d mea, Deceptljuvene., documentavenlte. 

leoom de Confettio Goliae; et a dft 6lre Dans M. Wright, Polilical tongi, 

fort populaire, puisqu*une chanson contre p. 206. 



— 206 — 

vinum sit appositum morientis ori , 

ut dicant , cum venerint , angdorum ehori : 

Deus sit propitius huic potatoril 

Poculis accenditur animi lucema, 
cor imbutum nectare volat ad supema 5 
mihi sapit dulcius vinum in tabema ^ 
quam quod aqua miscuit praesalis pincerna. 

Suum cuique proprium dat natura munus ^ 
ego nunquam potui scribere jejunus : 
me jejunum vincere posset puer unus ; 
sitim et jejunium odi tanquam funus. 

Unicuique proprium dat natura donum ; 
ego versus faciens , vinum bibo bonum , 
et quod habent melius dolia cauponum , 
tale vinum generat copiam sermonum. 

Tales versus facio, quale vinum bibo ; 
nihil possum scribere , nisi sumpto cibo ^ 
nihil valet penitus quod jejunus scribo ; 
Nasonem post calices carmine praeibo. 

Mihi nunquam spiritus prophetiae (1. poetriae) datur, 
nisi tunc cum fuerit venter bene satur ^ 
cum in arce cerebri Bacchus dominatur , 
in me Phoebus irruit ac miranda fatur. 

j^iUre (4). 

Meum est propositum in tabema mori , 
et vinum appositum sitienti ori , 



(i) Publi^ iTapr^ un ms. du XVe si^clet meot de la pi^ [Hr^cMente. Nous en ajou^ 

|>ar M. Wright, Latin poemt commonly terons une autre sur Tamour de la bonne 

iUtributed to Walter Mapet, p. xlv; au ch^re, que M. J. Grimm a ins^ree dans le 

commencement pr^s , elle difli^re enti^re- Gedichte det Mittelalteri auf KOnig FriC' 



— 207 — 

ut dicant cum venerint angelorum chori : 
Deus sit propitius isti potatori ! 

Potatores singuli sunt omnes benigni^ 

tam senes quam juvenes, in aetema (1. aeterno) igni 

cruciantur rustici qui non sunt tam digni , 

qui (1. quod) bibisse noverint bonum vinum vini ! 

Vinum super omnia bonum diligamus ! 
Nam purgantur vissia (1. vitia?) dum vinum potamus ; 
cum nobis sint (1. sit ?) copia , vinum dum clamamus , 
qui vivis in gloria te , Deum , laudamus. 

Magis quam ecclesiam diligo tabernam •, 
ipsam nuUo tempore sprevi , neque spemam , 
donec sanctos angelos venientes cemam , 
cantantes pro ebriis requiem aetemam. 

Fertur in convivium vinus , (vi)na , (vi)num ; 
masculinum duplicet (I. displicet) atque femininum , 
sed in neutro genere vinum est divinum ; 
loqui facit socios optimum latinum. 



drich r, p. », d^apres le ms. de Te- 
getDSte: 

Alte clamat Eplctmis : 
XmtBT sator Mt tecanu ; 
T«nt«r d«a« nieus erit. 
Talem deum gula quaerlt , 
ci^in templnm eet eoquiaa , 
i» qua redoleat dWbuh. 
Beoe de«» o(p)portunu» , 
noMo tempore jtsjuo'" 1 
ante cibum matutlnum 
ebrlns eraotat vinam » 
' ealus mensa et eratera 
funt beatitudo vera. 
Cuti» ejus «emper pl«na| 
vetat mter et la^ena } 
jwKit pModium enm eoena 
unde pingui» rubet gena » 
«t si quande sureic veaa , 
flMtior est qum.oataaa. 
ftio relicioinis cultos 
In Venere (8ic) move^tumultug ; 
rugit ve«ter fcs agone, 
vinum pugnAt cum medone : 
Tita feUx , otioea , 
ciica veatxem operoea. 
Venter inquit : Nihil curo 
praeter me , sio me procuro , 
ut in 9«oe iQ id ipsum , 
moiliter gerent m«(t)ipsura , 
super potum , snper eecam 
dormiam et requiescam. 



II eiiste aossi de tr^s-vieilles cbansons ji 
bolre es langue volgaire ; a celle que noos 
aTons cH6e dans nos Poitiet poptUairet 
latinetf p. 96 , note , nous en ajouteroas 
une en patois poiteYin du XUle si^cle, qoe 
nous avons dej^ publlee dans le Jownud 
det tatanU de Normandie, t. I , p. 71» : 

Dres iaa matln quand jo m'esveaill« , 

J'oavTe la foule avaat les oils 

ct J'ai recours a ma bouteuille 

qui me rend le teint si vermoils. 
Si n*ai do vin, a ma foi jo endeve ; 
ii m'«at a vis qne mon ponre cuer cbiet 

qoand jo ne bei qae de i'ev«. 

Ha bouteaitle , ale est ma raigBotm* , 

ale (1. al* ?) fkit ben tot elMtt q«e jo vemx : 

jo la debonche et la tapoune , 

pnis jo li met mon delt an creox. 
Si n'ai do vin , a ma fi>i Jo endcva ; 
II m'e8t a vis que mon poore caer ohiet 

qnand Jo ne bei que d« Teive. 

L'eve peurit et le fin bmle , 

II vant meu bruler qne penrir ; 

il ne sert de ren qn'on recnle 

pisque nous faut tartous morir. 
8i n'ai do vin , a ma foi jo endeve ; 
il m'est a vls que mon poure cuer chiet 

quand Jo ne bei que de Teve. 

Ms. de TArsenal , B. L. F, no 1G70, 
t. 11, p. 25. 



— 208 — 

Chansan de Codrm Urcem pour la fHe de saint Martin (1), 

lo, lo, lo, lo, 
gaudeamus , lo , lo ! 
Dulces Homeriaci (2) , 
Io,Io! 

Noster vates hic Homerus , 
dithyrambi dux sincerus , 
pergraecatur hodie (3) ! 
lo , lo ! 

Haec est illa bona dies , 
et voeata laeta quies 
vina sitientibus, 
lo, lo! 

Nullus metus, nec labores, 
nulla cura , nec dolores 



(I) Gette cbanson , d^j^ publiee par Gol- 
dant dans son Ovidii eroHca et amatoria 
oputculat et r^imprim^e dans le Virorum 
obicurorum epistolaey appendice, p. 65, 
M. de Francfort, 1634, n*a pas la m6me 
antiquit^ que les autres pi^ces, puisque 
Godrus Urceus ne vivait que daos la seconde 
moitie du XV« si^le. M ab elle ne nous en 
semble pas moins curieuse ; les cbansons 
popalaires latines, compos^ en lUlie, 
sont fort rares, et celle-ci a iti faile 
pour la f^te de saint Martin. Naogeorgus 
disait dans son Papistieum regnum , I. iv, 
p.iSS, M. deB&le, 1553: 

Altera Martinu» deln baccbanalia praebet , 
Quem collt aaaeribu» populn» multoque Lyaeo , 
Tota nocte dieque. Aperlt nam dolia qnisque 
Omnia, deKUBtatque haustu spumosa frequenti 
Mn«ta, aacer quae post Martinas vina vocari 
E£Boit. Ergo cannnt illum , laudantque bibendo 
Fortiter ansatiiB pateris, ampli»que culullis. 
Quin etiam Indi protunt liaec festa magiatris : 
Circumeunt etenim aumpto grege quisque canoro , 
Non ita Martini laudes festumque canentes , 
Anserem nt assatum rWendo caAnina jactant. 
Gujns nonnunquam partem nuramosve viclssim 
Accipiunt, celebrantque hoc festum musice et ipsi. 

Un passage de Boemus Aubanus, p. 272, 
n'est pas moins positif : Nemo per totam 
regionem (la Franconie) tania paupertate 
premilur, nemo tanta tenacitate tenelur, 
qui in feslo sancll Martini , non altili aliquo, 



vel saltem suilk), vitulinove viscere assato 
vescatur , qui vino non remissius indulgeat. 
— Wie Deutschen halten Fassnacht , sanct 
Burkhard und sanct Martin , Pfingsten und 
Ostern fUr die Zeit , da man soU fUr andern 
Gezeiten im Jahr frohlich sein und scbleni- 
men. Burkhards Abend um des neuen Most 
willen ; sanct Martin vieUeicbt um des 
neuen Weins wiUen, da brat man feiste 
Gans und freuet sich alle Welt; Agricola, 
Teutiche SprUehwOrler , no 542. Sekm 
Drecbssler , De larvii natalitiii , p. 31 , 
la f6te de saint Martin serait un souvenir 
de celle d^Esculape. Yoyez aussi une ca> 
rieuse dissertation de MiUin, Lei Marti- 
nales ou deicription d'une m^daille qui 
a powr type Voie de la Saint - Martin ; 
Fldgel, Geichichte dei Groteikekomiichen, 
p. 194; Keysler, Antiquitatei ieptentrio- 
nalei, p. 358; Pontanus, De feitii Marti- 
nalibut; nos Poiiiei popuJtairei latines, 
p. 170, note, et ci^dessus, p. 198, note 3. 

(2) Probabiement Sectateurs, £tudiants 
d'Hom^re ; j^coiiers : ce mot manque dans 
du Gange. 

(5) II y a sans doute ici un jeu de mots; 
Pergraecari signifiait pendant le moyen 
^ge Devenir grec et S'enivrer. 



— 209 — 

sint in hoc symposio I 
lo, lo! 

Vultis mecum jam potare 
et Lyaeum exaltare 
dulces Homeriaci , 
lo, lol 

Qui potare cupit mecum , 
licet verum , portet secum 
vina plenis utribus ! 
lo, lo! 

Ecce tibi Trebulani 
apportamus et Albani 
centum plenos urceos (1 ) : 
lo, lo! 

Sed quis nobis ministrabit , 
et quis praesto vinum dabit 
dulce sitientibus? 
lo, lo! 

Hic habemus Thomasinum , 
cognpscentem bonum vinum 
primo visu subito : 
lo, lo! 

Hic ridendo propinabit , 
et bibendo provocabit 
omnes Homeriacos : 
lo, lo! 

Audi , bone Thomasine , 
graece bibens et latine , 



(I) Le Vffitim trebulanum «btait d^j^ c^ 
l^bre dans rantiquit^ ; voyez Pline , Bit- 
toriae naturalit 1. xiv, ch. 6 : comme 
on connaissait deui villes de ce nom dans 
le pays des Sabins, et une dans la Campanie, 
il est impossible de d^terminer d'une ma- 
ni^re certaine celle dout il s'agit ici. Peut- 
Hre mdme ce Trebulanum est-il le nom 



latin que Ton doimait du temps de Codrus 
Urceus au vin appel^ en langue vulgaire il 
Trebbiano , quoiqu'il fAt fait en Toscane. 
Quant au vinum cUbanum^ c'est du vin 
d'Albano, ou par m^tapbore du vin ^lranger ; 
Trebulanum pourrait alors signifier da vin 
na^ional. » 

14 



— 210 — 

tuum fac ofliciuin ; 
lo, lol 

Est jam tempus ut potemus , 
et post potum sic oremus : 
Deflectamus genua : 
lo, lo! 

Si potasUs , jam levate 
et crateras coronate , 
ut bibatis iterum ; 
lo, lol 

Felix est ter , felix quater , 
cui dat potum Bacchus pater 
de spumanti cantharo : 
lo , lo ! 

Ne lucemae extinguantur 
et potantes moriantur , 
date nobis oleum : 
lo, lo! 

Yos Germani , vos Hispani ; 
vos Insubres , vos Britanni , 
bibite pro viribus : 
Io,Io! 

Sed vos rogo dum potatis , 
ter quater(que) videatis , 
ne frangatis urceum : 
lo, lo! 

Omnes fortes sunt vinosi, 
et potantes aninH)6i , 
dicit Aristoteles : 
lo, lo! 
Omnis doctor , omnis rector 
Bacchi patrts sit protector 
in aeterna saecula ! 
lo, lo! 



— 2H — 

Dulce dulci misceatis , 
ex hoc in lioc faciatis 
ut potetis dulcius : 
Io,IoI 

Bacche , vatuin fortis pater , 
et qui solus est bimater(l), 
et formosus diceris : 
lo, lol 

Qui delphinos , amatores 
puerorum et potores (2) , 
feris misces lyncibus : 
lo, lo! 

Tecum civem Lam(p)sacenum (3) 
rogo ducas , et Silenum , 
Bacchasque thyrsigeras : 
lo , lo ! 

Et te prope sit Potina (4) , 
quae dat potum in culina 
prima cunctis pueris ! 
lo , lo ! 

Tentat Bacchas it(h)yphalius (5), 
malus caper, malus gallus , 
aha ! nimis turpiter : 
lo, lo! 

(1) Ou donnait ce uom a Baccbus, parce (3) Priape, donl le cuile comraen^a h 

que n'^tant pas encore assex fort pour tc- JLampsaque, selon Pausanias, I. ix, ch. 5i . 

nir au monde , lors de la mort de sa mere On en avait fait le flls de Bacchus, parce que 

S^mele, Jupiler le garda quelque lemps sans doute sine Baccho friget Venui, et 

dans sa cuisse. Cest un mytbe oriental, on le representait avec des cornes de bouc 

parce que la r^sidence favorite du Bacchus et une couronne de pampre ; voyez Tibulle , 

indien (Schiba-Dewanischi) ^tait la raon- ^Ugies^ I. i, el. 4, v. 7. 

lagne Schimala ou Meru, et que |i.7ipo; (4) C'6lait la deesse qui pr^sidait chez les 

signifie cuitse, Roraains au boire des enfants ; voyez saint 

(«) Le dauphin figurait dans la suite de Augustin, De civilate Dei, I. iv, ch. U. 

Bacchus, et Aulu-Gelle dit, 1. vii, ch. 8 : (5) D'£00u;, Droit, et ^aXXo;, Symbole 

DelfinosTenereosesseetamagios, nonmodo du pouvoirde la gMration; on le prome- 

hfstoHae veteres, sed et recentiores memo- nail dans les f^tes de Bacchus ; voyez Vir- 

riae declaraut. gile, Georgicm, I. 11, v. 385. 



— 212 — 

Bifee quantum vis, Pirape , 
sed honestam partem cape 
ne perturbes gaudia : 
lo, lo! 

Bibe , bibe , bibe , bibe ; 
tu qui sapis , bibe , bibe , 
dum Lyaeus imperat : 
lo, lo! 

Sed jam potrix turba tace , 
et tu , Codre , talos jace 
sub bibendi arbitrio : 
lo, lo! 

Quod jecisti canes ternos (1) 
bibe , bibe , bibe temos 
jam Faiemi calices : 
lo, lo! 

Tu jecisti senionem , 
bibe , bibe bactrionem (2) 
Trebulani veteris : 
lo! lo! 

Codre , caput tibi fumat •, 
ne quis ignis te consumat, 
stingue mero citius : 
lo, lo! 

Et vos , mei combennones (3) , 
elevate bactriones 

ii\ C^tait le coup le phis funesie qne ron nas vasls longioris manubrii : boc alii trui- 
pdt amener au jeu de dis : '«»» appeUanl ; mais tfaulres ms. ont bm- 

Me qnoqne per lalos Venerem qn«,renU scoundo. . «rioneW et baeCiOnem, 

semper damnori snbBUuere cane». jj^^ Selon FoStUS, CombennoneS dicuntur 

Propcrce, I. iv, el. 8., v. 45. -^^ eadera beuna sedentes; il a d6j^ ici le 

Cam< etait Tas, et Fentwle six. gens de compagnoM et peul faire douter 

(4) U faul sans doute lire bacrionem, car que ce dernler mot vienne de Cumpagani , 

6n lit dans Feslus : Bacrionem dicebantge- Habitanls du m^me village. 



— 213 — 

ut possitis dicere : 
10, lo! 

lo, lo, lo, lo! 
Gaudeamus, lo, lo! 
Dulees Homeriaci , 
lo,Io(l)! 

Sur le retour du printemps (i>\ 
Vetus error abiit , 



(i) Toutes les aUusions classiques dont 
celte cbanson est remplie nous font croire 
qa'eUe fut compos^ pour des ^coliers qui 
fetaient la saint Martin d'une manidre toule 
sp^iale. Nous citerons une aulre chanson 
fori ancienne, que nagu^res encore les ^co- 
liers du coll^ge de Sainte-Marie de Gam- 
bridge chantaient la veille des Tacances de 
la penlec6te : 

Condiuunus , o Bodales 1 

Eia ! Quid silemiu ? 

Noblle CMitieum , 

dulce meles, domnm, 
dulce domum retonemus. 

Chobvb. 
Domum , domum , dulce domum ; 
domnm , domum , dulee domnm ; 
dnlce, dulce, dulce domum ; 
dulce d<«inm resonemna ! 
AppropinquAt ecoe fellx 

hora fandiomm ! 

Post grvre taedium , 

•dTcnit omnium 
meta petita labomm. 
OH<»VB. 
* Domum , domnm , dulce domum ; etc. 

Mnsa, libros mitte, fessa I 

Mitte pensa dura I 

Mitte necpotium ! 

Jam datur otium ; 

me mea mittito cura ! 

CHOBVft. 

Domum, domum, dnlce domum ; etc. 
Bidet aanns , prata rident , 

nosque rideamus ! 

Jam repetit domum 

Daulias advena ; 
nosque domum repetaiAus ! 

Obobvb. 
Domam, domiim, dulce domnm ; etc. 
Heus ! Rogere , fer eaballos 1 

E)a! INunc eamus! 

Limea aanabile , 

matris et osonla 
•uaviter et repetamus ! 

CHOBVB. 

Donnm, donum, dttlea domnm ; etc. 
CoBoinamus «d Peaates , 

>ox et audiatnr ! 

Phosphore, qoidjubar 

•egnius emicans 
gaudia nostra moratur? 



Chobvb. 
Doraum , domum , dulce domum ; 
domum , domum , dulce domum ; 
dulce , duloe , dulce domnm ; 
duloe domum resonemns I 

DansBrand, PojnUar antiquitiest 
t. I,p.246, ^. deM. Ellis. 
(^ Ms. de Saint-Bertin , ^rit k la fin du 
Xllle si^cle, et conserve k la Biblioth^ue 
de Saint-Omer, sous le no 351. Gette chan- 
soo avait ^t^ d^ji publi^ par Bf. Mone, 
AnzeigerfUrKunde der teuUehen Vorzeit, 
1838, col. 393. La derniire ligne de chaque 
couplet n'a que six syllabes au lieu de sept, 
et se termine dans toute la pi^ce par la 
m^me consonnance. Gette forme rhythmi- 
que ^it fort usil^e dans la po^ie pro- 
ven^e ; nous cMerons comme exemple 

HOITZ B JORN SUI EN PBS8AMBN dc GariuS- 

le-Brun. Des po^mes de ce genre furent 
compos^ en grand nombre pendant le 
moyen Age ; un des plus curieux se trouve 
dans un ms. de Tegerns^e, ^crit k la fin 
du Xlle si^le, qui contient le Ludus 
patchalii de Werinberus , que Pezius a 
publi^ dans le Thetawrui anecdotorumy 
t. II , P. 11, p. 185. Le commencement a ^t^ 
cit^ par Kugler, De Werinhero taeculi XII 
monacho tegerntenti , p. 57 , et nous le 
r^imprimons d'aprte lui : 

Jam vernali tempore , 
terra viret gramine , 
sol noYO cum Jubare , 

frondent nemora, 

condent lilia , 

florent omnia. 
£^t ooeli serenitas , 

yeris suavitas , 
ventorum tranquillitas ; 

est temperies 

elara, et dles. 

Cantant Tolucrea : 
merulns cineitat, 
acredula rupillulat, 

turdns trucnlat 
et Btumus pusitat ; 

14- 



214 — 



renovantur vetera ; 
imber enim transiit , 
^l serenat aera ^ 
tument veris ubera , 
tellus impraegnatur. 

Dictus a majof ibus , 
non natu sed ordine , 
Maius, major omnibus 
in anni volumine ^ 
a majorum nomine 
sic denominatur. 

Hle rosis derogat 
et rosis abutitur, 
qui sua non erogat 
dum rCsa recolitur ; 
large si non agitur 
rosa derogatur. 

Lascivire moniti 
temporis lascivia , 
non simus soUiciti ! 
Cesset avaritia, 
cujus in praesentia 
virtus absentatur ! 

Chmnson saiirique sur Vabbe de Glocester (1)» 

Quondam fuit factus festus , 
et vocatus ad commestus 



tartnr gemltAt , 
palmAbM plansitat , 

perdfic dcabftt^ 

anter craceitat , 

cigniis dreniat , 

pavo paululat , 
gallina gaeillat , 
cioonla doeturat , 
pica concinnat, 
hirundo et trispbat (1. trisaat?), 

apes bombilat, 
merops sincidulat ; 

bubo bubilat 
et gucnitts guculat , 

passer sonatitrat 
«t cornns (1. corvus) crocilat. 



(1) Pabli^e par M.Wright, Keliquiae an- 
liquae, t. I, p. 140, d'aprto un ms. du 
commencement du XlVe si^cle. Gette pi6ce 
est d'une lalinitt^ trop grossiire pour que 
nous essayons d'y inlroduire aucune am^ 
lioration ; elle nous a rappel^ y pour le 
rbylbrae et la forme, une cbanson trop 
connue qui commence par ce couplet : 

Vinum bonum eum sapore 
bibat Abbas cnm Friore , 
conventus deteriore , 
magna cnm tristitia ! 



— 215 — 

Abbas , prior de Glowcestrus , 
cum totus familit. 

Abbas ire sede sursum , 
et Prioris juxta ipsum ^ 
ego semper stavi dorsum , 
inter rascalilia. 

Vinum venit sanguinatis 
ad Prioris et Abbatis ; 
nihil nobis paupertatis , 
sed ad dires omnia. 

Abbas bibit ad Prioris : 
date yinum ad majoris , 
possit esse de minoris , 
si se habet gratia. 

Non est bonum sic potare , 
et conventus nihil dare ; 
quia volunt nos clamare 
durum in capitula. 

Surge , cito recedamus , 
hostes nostros relinquamus , 
et currino (1) jam precamus , 
ibimus in claustria. 

Post completum redeamus , 
et currinum combibamus , 
atque simul conlaetamus 
in talis convivia. 

Estne aliquid in curriuo? 
Immo certe plenum vino^ 

(1) Ge mot, qai fte trouve dans trois qui nous satisfasse k aueuti mot grec, 

slrophes cons^otives, n'est pas exptiqnd Mn, saMS, gallique, anglais ou Trau- 

dans la nouvelle Mition de du Gange, et ^ais. 
nous ne pouvons le rattacber d'une mani^re 



— 216 — 

ego tibi nunc propino 
de bona concordia. 

Dixit Abbas ad Prioris : 
Tu es homo boni moris y 
quia semper sanioris 
mihi das consilia. 

Post completum rediere , 
et currinum combib^*e , 
potaverunt usque flere 
propter potus plurima. 

Prior dixit ad Abbatis : 
Ipsi habent yinum satis ; 
vultis dare paupertatis 
noster potus omnia? 

Quid nos spectat paupertatis ? 
Habet parum, habet satis , 
postquam venit non vocatis , 
ad noster convivia. 

Si nutritum esset bene , 
nec ad cibus nec ad coenae 
venisset pro marcis denae , 
nisi per precaria. 

Habet tantum de hic potus, 
quod conventus bibit totus , 
et cognatus et ignotus , 
de aegris servisia. 

Abbas vomit et Prioris ] 
vomis cadit super floris ; 
ego pauper steti foris , 
et non sum laetitia. 

Rumor venit ad Antistis , 
quod Abbatis fecit istis; 



— 217 — 

totum monstrat ad ministris , 
quod fecit convivia. 

Hoc est meum consulatis , 
quod utrumque deponatis , 
et Prioris et Abbatis , 
ad sua piloria. 

Per hoc erit casUgatis , 
omnis noster subjugatis, 
Prior 5 Cierus , at Abbatis , 
ne plus potent nimia. 

Absit I dicit alter clerus , 
quia bibit parum merus , 
qilbd punitur tam severus 
per noster consortia. 

Esset enim haec riotus , 
quod pro stultus horum polus , 
sustineret clerus totus 
pudor et scandalia. 

Volunt omnes quidem jura , 
quod per meum forfectura 
alter nullus fert laesura , 
sed pro sua vitia. 

Sed sic instat in privatis , 
bis sex marcas det Abbatis , 
Prior denis , et est satis , 
ut non sit infamia. 

Placet hoc ad nos Antistis , 
dent ad praesens nummos istis , 
sed si potant , ut audistis , 
nunquam habet supera. 

Dixit Abbas ad Prioris : 
Date mihi de liquoris , 



— 218 — 

status erit melioris , 
si h(ab)ebit gratia. 

Dixit Prior ad Abbatis : 
Habes modo bibe satis , 
non est bonum ebriatis , 
ire post in claustria. 

Unus de majomm , 

bonus lector et cantorum , 
irascatus ad Rriorum 
dixit ista folia : 

Prior , vos non intendatis , 
quantum sumus laboratis , 
in cantare et legaUs , 
per ista festalia. 

Abbatis et Priore , 
nihil datis de liquore ; 
non est vobis de pudore ? 
Tu es avariUa. 

Yos nec nobis nibil datis , 
nec Abbatem parvitaUs , 
facit noster socis^tis 
sua curialia. ' 

Qui stat , videt ne cadaUs, 
multos enim de praelatis 
sunt deorsum depooaUs 
propter avaritia. 

Propter cordis strtoUtatis , 
sunt superbi desc^DMlaUs , 
et sic propter parvitaUs 
perdere magnalia. 

Rogo Deus majestatis , 
qui nos fecit et creatis , 



ut hoc vinum quod bibatis 
possit V08 strangulia. 

Ad hoc verbum Prior cureus , 
furabatur sicut ursus , 
unam vicem atque rursus 
momordavit labia. 

Tandem dixit ad : 

vilis , garcione , 

quondam discus de pulmone 
fuit tibi gaudia. 

ISunc tu es canonizatus , 
et de nihil elevatus , 
sicut regem vis pascatus , 

et in major copia. 

« 

Habes justum et micheam , 
et servisiam frumenteam , 
unde regis posset eam 
bibit cum laetitia. 

Nullum carnes conmiedatis , 
neque pisces perfruatis , 
lactem quoque denegatis , 
sic te facit sobria. 

Nullum tibi sit tabellum , 
neque tibi sit scabellum , 
mensa tibi sit patellum 

non habeus (1. habens) mappalia. 

Super terram sic sedebis, 
nec abinde removebis ; 
velis, nolis, sic manebis , 
in haec refectoria. 

Post haec dies accedatis 
ad Prioris et Abbatis 



— 220 — 

disciplinas assumatis . 
fac : Flectamus genua. 

Sic devote prosternatis , 
ac deinde lacrimatis , 
dorsum nudum extendatis , 
caret te laetitia. 

Ibi palam confiteris , - 
quod tu male delinqueris , 
et sic pardonem consequeris , 
in nostra capitula. 

Tunc proinde tu cavebis 
malum loqui , sic tacebis , 
praelatores non spemebis 
contra tuum regula. 

Chanson en Vhonneur ctun prelat par Conrad Mamer (1). 

Pange vox Adonis 
nobilem praelatum de solio , 

qui gaudet in bonis 
et caret vitiorum lolio ^ 
est jocundus , laetus et afTabilis , 

in promisso stabilis , 
pronidus (I. providus), prudens, honorabilis. 

Cum Architriclino 
dicere possum ejus vultibus , 

tu servasti vino 
nobili finem atque dapibus , 
et post primum non datur deterius , 



(i) Publi^ par M. ron Der Hagen, Ber Hagen, Ibidem, i. IV, p. 534-536. 

Minnetinger, t. III , p. 333. Gonrad Mar- On connatt de lui une aulre pidce toate 

ner ^tait n^ en Souabe, et florissait dana la latine , Ibidem, t. II , p. 257, et une mAiie 

premi^ moili^ du XUU sidcle; c'^tait un d'aUemand et de latin, t. III, p. 44». 
des plus babiles minnesinger; voyez M. von 



— 22i --' 

verum loquor, verius 
funditur bonum atque melius. 

Ad gradus virtutum 
properas , ut sol ad meridiem ^ 

paupertatis nutum 
sentiens, quaeres ejus faciem : 
cur, Fortuna vitrea, sic deficis, 

cur cito non efficis 
quod sit hic in loco Pontificis? 

Sed si non est princeps , 
cathedrae scilicet offlcio , 

ut clerus deinceps 
memorat quando electio ; 
est statura caeteris praestantior , 

vultu elegantior , 
moribus cunctis honorantior. 

Major mea laude , 
forma veri hominis , 
tamen sine fraude 
gloriam cano sui nominis : 
verbi Dei gratia fit ratio; 

non est adulatio, 
hunc decet vere coUaudatio. 

Huic ignoro parem 
circiter per totam Carinthiam , 

si perambularem 
Saxones , Francos et Bavariam , 
Suevos , fertilem Alsatiam , 

ibi finem faciam , 
non habet clerus talem, quam. . . 



- 222 — 

Chansm canire les Jmf$ (1). 

natio nefandi generis ! 
Cur gratiae doni8 abuteris ? 
Multiplici reatu laberis , 
dum literam legis amplecteris 
et literae medelam deseris. 

Gens perfida , coecata , deperis ; 
sed Moysen consideraveris 
nec faciem videre poteris^ 
si mystice non intellexeris , 
in faciem permutam falleris. 

Considera , 
Misera, 
quare damnaberis 
quod literam 
properam 
interpretaveris. 

Convertere 
propere^ 
nam si converteris , 
per gratiam , 
veniam 
culpa (1. culpae) mereberis, 

Chanson erotique{2). 
Importuna Yeneri 



(1) Cette pi^ce, qui ne semble plus appar- 
tenir k la cat^orie des chansons de table , 
se Irouve dans un ms. du XI V** siecle, 
consefT^ k la Bibliolh^que de T^cole de 
mddecine de MontpeUier, sous ie no ige : 
nous en devons la copie que nous publions 
ii Tobligeance de M. Pascal Blanc, Gonser- 
valeur du Mus^e Fabre. 



(2) Ms du XUe sieclei appai-tenant ja'- 
dis k Tabbaye de Saint-Bertin, et con- 
serv^ k la B. de Sainl-Omer, sous le 
no 351; dans M. Mone, Anzeiger fUr 
Kunde der teutsehen Vorzeit; i838, 
col. 288. Avant de publier ces chan^ 
sons qui sont souvent d'une libert^ d'ex- 
pression rort regrettable, nous ferons re- 



— 2-23 — 

redit brumae glacies , 
redit equo celeri 
Jovis intemperies : 
cicatrice veteri 
squalet mea facies : 
Amor est in pectore 
nullo frigens flrigore (1). 

Jam cutis contrahitur , 
dum (flammis ?) exerceor ^ 
nox insomnis agitur 
et in die torqueor ; 
si sic diu vivitur , 
graviora vereor : 
Amor est in pectore , 
nuUo frigens frigore. 

Tu qui colla superum , 



marquer encore poar notre justification 
que les recueils oii elles se trouveut con- 
tieDoent aussi des cbausons d^totts qai 
etaient probablemeut des m^mes auteurs. 
Les expressions sensuelles et m^me \\cen~ 
cieuses cboquaieot si peu la naivet^ du 
moyen Age qu'on ne se Taisait pas scrupule 
de s'en servir en parlant de la Vierge, (Si 
des sentiments qu*elle inspirait k Dieu. 
Nous ciierons , comme eiemple , une pi6ce 
qae M. Groke a publit^e d'apris ub ms. du 
Xllc siicle (?) : 

kve , Pulcra peUe , pnlpa , 
foecondata sine culpa , 

sine viri semine ! 
A.ve , cujus pulcrimenti 
totua fulgor flnnamenti 

vincitur Tibramine ! 

Ave, Fulcra naio, malis , 
pulcra dorso , pulcra palia , 

dentiumqne serie ! 
Fulcra , pnlcram aliorum 
formam vincis et olorum 

olorina facie. 
Ave, Fulcra columeilis , 
et gingivis , et labellis , 

pulcro FulcTR cilio I 
Ave, cujus calcem clare 
nec centenni commendara 

sciret Beraph studio I 

Ave , Fulcra pulcri» «uris , 
pulcra pulcrl noniinc (su) oruria , 



masculiB et tibiis : 
pulcra plantis , pulcra talin , 
umbilico, coxis, aliis (I. alis) , 

pemls et arteriis l 

Ave , Pulcra fauce , nare , 
cujns nemo caraxare 

potest formam graphicis ; 
palcra nomine (sic) digitorum , 
scapularum , lacertorum , 

et interscapulis (sic). 



Ave , caste foecundata , 
nulla camis titillata 
lasciva libidine ! 

Ave, Teniplum summi rcgts 
et posteris novae legis 
altare thuricaeum ! 
Ave , cujns faber poli 
reservavit sibi solt 
virginale hyroeneum (SIC) ! 

Etsay on the hitlory of rhyming 
latin terte, p. 100. 



(i) On lit dans 
ni6me manuscrit : 



une autrc chanson du 



Jovis intemperiea 
mutat rerum speoiem : 
nulla meam speoiea 
alterat temperiem : 
totum cogat spiritum 
Boreaa in glaciem , 
tamen hoc propositum 
non varlem. 



— 224 — 

Cupido, suppeditas , 
cur tuis me miserum 
facibus sollicitas ? 
Non te fugat asperum 
frigoris asperitas : 
Amor est in pectore , 
nuUo frigens frigore. 

Elementa vicibus 
qualitates variant , 
dum nunc pigra nivibus, 
nunc calorem variant 5 
sed mea singultibus 
coUa semper inhiant : 
Amor est in pectore , 
nullo frigens frigore. 

Jutre{i), 

Dulcis aurae temperies , 
dulcis garritus avium , 
hi sunt cibus et requies , 
quibus Amor est gaudium (2). 

Amor est illa species , 
juxta vatis praesagium , 
quae repetita decies 
placet nec infert taedium. 

Pallor , singultus , macies , 
suspiria , jejunium , 



(1) Ms. de Sainl-Omer, no 551 ; dans M. vema redit tcmperfes , 
Moue , Anzeiger fUr Kunde der ieuUchen prata depingens floHbu» ; 
Vor^eit, 1838 , col. 2M. ^^ SSt«'r,b«. -, 

(2) On lit dans une autre chanson du quibus amor est requies , 
meme manuscrit : •="^'" e.«rientibu.. 



— 225 — 

haec est amoris aoies 
in castris militantium. 

Amoris est materies 
de natura coelestium, 
quam non frangit canities , 
nec demolitur senium. 

Amor , tua mollities 
declinat in contrarium^ 
tua blanditur rabies ^ 
tuum mel fit absynthium (1 ). 

Tu saturis esuries , 
siti peruris ebrium , 
per abrupta planities, 
per plana praecipitium. 

Amor, tua durities 
vertitur in remedium , 
ludus tuus est series ; 
tuus labor est otium. 

si fiam Maro miilies 
et linguis loquar omnium , 
vix explicem materies 
amoris et amantium. 

Amor Medeam docuit 
spargi natorum sanguine-, 
Amor Tonantem minuit , 
indutum membra feminae , 
Amor Alcidem domuit , 



(1) Celle m^iaphore se relrouve dans une 
auire chanson du m^me manuscrit : 



"Dum fugitur 
■TOor , incurrltur , 



•'t non cnnvcrfitur 
In mel abKyntliiinn ; 

nil agit«r, 
si dum reliuqnitur 
Syrti», incurritur 
Scyllae (iaurrugiuin. 



15 



— 226 — 

trahentem pensa dominae (1). 

Auire (2). 

Declinante frigore , 
picto terrae corpore , 
tellus sibi credita 
multo reddit foenore : 
eo surgens tempore , 
nocte jam emerita , 
resedi sub arbore* 

De sub (3) ulmo patula 
manat unda garruia ^ 
ver ministrat gramine 
frontibus umbracula , 
qui per loca singula 
profluunt aspergine 
virgultorum pendula. 

Dum concentus avium 
et susurri fontium , 
garriente rivulo, 
per convexa montium 
removerent taedium^ 
vidi sine patulo 
venire Glycerium (4). 



(I) Ce deniier couplet a , comme on voit, le reste de la chanson , et un rragmeott 

un rhythme enti^ementdiff6rent; c'est uo d'une «nidil^ regrettable, qui se troaTe 

sixain au lieu d'un quatrain, et les rimes dans l'ancien ms. de TegernM^, que roo 

sont chang^es. oooserve maintenant k la Bibl. de Muuicb» 

(8) Ms. de Saint-Omer, no 351, danf fol. 98, recto. 

Mone, AnzeigerfUr Kunde der ieultchen dj. ^„j,p, ^^j^^^ 

Vorseitj 1838, COl. 287. Mundu» est In variom saepe variatus 

(31 Cesl l-origine du fran«ais Deuoui-, on ^»^2^^° «fSSSlL , 

r^UniSSait assez SOUVent dans la Vieilie lan- mundus nomlne tenus st«t sed est prostntu*. 

gue deUX pr^pOSilionS latineS. Tmnsierunt vetera, perit mos antiquus ; 

/.\ /1» . «*-. A^ r»n«mA •nalfvvil a« inolevit nequior mos et plus Iniquus ; 

(4) Cest un nom de femroe , malgre sa „^„o „,^^^ quinbet suus cst amicus ; [iniqum. 

lerminaison maSCVHnC , COmme le prOUVe non Satumus re^at nunc , immo (l. »ed ?) ludu» 



•—227 — 

Chlamys , multifario 
nitensartificio, 
dependebat vertice ; 
cotulata(l)vario, 
vestis erat tyrio 
colorata murice , 
opere plumario. 

Frons illius adzima (2) , 
labia tenerrima : 
Ades, inquam, omnium 
mihi delectissima , 
cor meum et anima , 
cujus formae lilium 
meapascit intima. 

In te semper oscito (3) , 
vix ardorem domito ^ 
a me quidquid agitur, 
lego sive scriptito , 
crucior et merito , 



SperalMtmnt qnod adhuc quisqaam remaneret , 
mundura qul praecipitem dando sustineret , 
pleno conrn copiae munera praeberet , 
nomen largi , sed et rem , quod plus est , Iwberet. 

Avem raram nondnm hanc potui videre ; 
est phoenice rarior, hircocervus vcre ; 
hanc quaesivi saepius ; Feliz , tu Jam quaere ; 
ei nomen interim dabimus chimaerae. 

Handus ergo labitnr, nallns hunc sustentat ; 
corrit, cadit, corruit; quis eum retentat? 
Larfitatis semitas nemo Jam frequentat ; 
actus largi strenCn]aos nemo repraesentat. 

Unam tamen yideo fonnam largitatis , 
quam vos specialiter cleri celebratis ; 
hanc edicam nudius, si vos sileatis, 
tk cum patientlA me sustlneatis. 

Diclt qais : Enuclea ; quid est hoc qaod ais ? 
Dicam. Larga munera vestra sentlt Tlials ; 
Thais illa celebris termis , cum s. bais (sic) ; 
illa Trojae pestilens et damuosa Grals. 

Haec (1. hnic) dum nudo nndam se per hoc injun^t, 
roaan, lingua, lablis, p«lp«t, lingit, nngit ; 
Mt Venns mednHitns scaipit, prurit, pnngit : 
Panphilum dupliciter sic Thais emungit. 

Tamen est qui Thaidem ut cadaver odit , 
ab hac ut a bestia cavens se custodit ; 
sed dnm Oanlmedlcns.... (pusiantem ?) fodit , 
igncm ei, loculos pari dente rodit. 



Nullum hic est metlium ; quivis clcricorum , 
si Bon in Ulicerinm, largun ct (1. ost) in Ponim ; 
licet ambidextri nunc multi modemorum , 
uni tamen profero Jocos geminorura. 

Restat ndlmc alter (ftic) largitatis genua , 

sed hoc totum ventris est , nil hic capit Venus. 

(LE RESTE MANQUE.) 

(i) Ge mot ne se trouve pas dans la nou- 
veile ^diliou de du Gange; probablement 
il signiRe A cOte , Bayie; le patois normand 
doune encore le nom de Golillon k des robes 
sans manche , presque toujours rayees de 
difTereotes couleurs. 

(*2} Ce mot, ordinairement ^crit Asyma^ 
signifle Pur, Sans lache ; Paschasius Kad- 
berlus dit dans son livre De corpore elsan- 
guine Domini, ch. 20 : Si tamen sumus 
azymi , id esl absquc fermento malitiae et 
nequitiae. 

(r>) SMI nc faul pas lire Ad te , Oscilo est 
employ^ dans un sensqui n'est iudiquedans 
aucun diclionnaire. 



— 226 — 

trahentem pensa dominae (1). 

Autre (2). 

Declinante frigore , 
picto terrae corpore, 
tellus sibi credita 
multo reddit foenore : 
eo surgens tempore , 
nocte jam emerita , 
resedi sub arbore* 

De sub (3) ulmo patula 
manat unda garruia ^ 
ver ministrat gramine 
frontibus umbracula , 
qui per loca singula 
profluunt aspergine 
virgultorum pendula. 

Dum concentus avium 
et susurri fontium , 
garrienterivulo, 
per convexa OKmtium 
removerent taedium^ 
vidi sine patulo 
venire Glycerium (4). 

(I) Ce deniier couplet a , comme on voit, le reste de la chanson , et un fragmeQt, 

un rhythmeeQti^ementdiff6reni; c'est ut d'uBe ^ni^ regrettable, qui se trouve 

sixain au lieu d'un quatrain, et les rimes dans l'ancien ms. de Tegerni^, qoe l'on 

sont chang^. oooserve maintenant k la Bibl. de Muuicb ; 

(8) Ms. de Saint-Omer, no 351, dani fol. 98, rccto. 

Mone, Anzeigerfilr Kunde der teulschen de muitdi statu. 

Vorzeitf 1838, COl. 287. Muadus est in varium saepe variatns 

(5) Cesl IVigiDe du frantais De.,ou,-, on :5^'rJilCf.i° «rS^i. . 
r^unissait assez souvent dans la vieille lan- mundus nomine tenus st«t sed cst pnwtmtuc. 

eue deUX pr^pOSilionS latineS. TMnsierunt vetera, perit mos antiquus ; 

* . - «irt-A a» inolevit nequior mos et plus iniquns ; 

(4) CeSt Un nom de lemme, maigre Sa nemomeus, quillbet suu» cst amlcus ; [iniquns. 

terminaiSOn maSC1»^inC, COmme le prOUVe non Satnrnus regnat nnnc, immo (1- *ed?) ludus 



— 2-27 — 

Chlamys, multifario 
nitensartificio, 
dependebat vertice ; 
cotulata(l)vario, 
vestis erat tyrio 
colorata murice , 
opere plumario. 

Frons illius adzima (2) , 
labia tenerrima : 
Ades, inquam, omnium 
mihi delectissima , 
cor meum et anima , 
cujus formae lilium 
mea pascit intima. 

In te semper oscito (3) , 
vix ardorem domito ^ 
a me quidquid agitur, 
lego sive scriptito , 
crucior et merito , 



Sl>erabamut quod adhoc quisqaam remaneret , 
mundum qui praecipitem dando sustineret , 
plcno comu copiae muncra praeberet , 
nomen largi , sed et rem , quod plus est , haberet. 

Avem raram nondum luinc potui Tidere ; 
est phoenice rarior, liircocervus vcre ; 
hanc quaesivi saepius ; Feliz , tu Jam quaere ; 
ei nomen interim dabimus chimaerae. 

Mnndus ergo labitur, nullus huno sustentat ; 
currit, cadit, corruit ; quis eum retentat? 
Largitatis semitas nemo Jam frequentat ; 
actns largi strenCn]aos nemo repraesentat. 

Unam tamen video formam largitatis , 
qnam vos specialiter cleri celebratis ; 
hanc edicam nudius, si vos sileatis, 
si cum patientia me sustineatis. 

Dicit quis : Enuclea ; quid est hoc quod ais ? 
Dicam. Larga munera vestra sentit Thals ; 
Thais illa celebris termis , cum s. bais (sic) ; 
illa Trojae pestilens et damuosa Grais. 

Haec (1. hnic) dum nudo nudam se per hoc ii\}un^t, 
manu , lingua , labiis , palpat , lingit , ungit ; 
at Venns medullitus scalpit , prurit , pungit : 
Panphilum dupliciter sic Thais eraungit. 

Tamen est qni Thaidem ut cadaver odit , 
ab hac ut a bestia cavens se custodit ; 
sed dam Oanimedicna.... (pusiantem ?) fodit , 
igncm ei, loculos pari dente rodit. 



Nullum liic est medium ; qulvis clericorum , 
si non in Glicerium, larguH et (1. est) in Ponim ; 
licet ambidextri nunc multi modemorum , 
uni tamen profero Jocos geminomm. 

Reatat adliue alter (SIC) largitatis gonus , 

aed hoc totum ventris est , nil hic capit Venns. 

(LE BKST£ MANQUE.) 

(i) Ge mot De se trouve pas dans la nou- 
velle ^diliou de du Gange; probablenient 
il signifie A cOte , Bay6e ; le patois normand 
doune encore le nom de Golillon k des robes 
sans manche , presque toujours ray^s de 
difTerentes couleurs. 

(2) Ce mot, ordinalrement ecrit Azyma^ 
signifie Pur, Sans lache ; Paschasius Kad- 
berlus dit dans son iivre De corpore elsan- 
guine Domini, eh. 20 : Si tamen sumus 
azymi , id est absque Termento malitiae et 
nequiliae. 

(r») S'il ne faul pas lire Ad te , Oscilo est 
eroploy^ dans un sens qui n'est indique dans 
aucun diclionnaire. 



— 228 — 

ni frui conceditur 
quod constanter optito. 

Ad haec illa frangitur, 
humi sedit igitur 
et sub fronde tenera , 
dum vix mcHram patitur, 
subjici compellitur : 
sed qui nescit caetera ? 
Praedicatus vincitur. 

AtUreii). 

Sole regente lora 
poli per altiora , 
quaedam satis decora 
virguncula 
sub ulmo patula 
consederat ; 
nam dederat 
arbor umbracula. 

Qu(a)m solam ut atteiidi , 
sub arbore descendi 
et Veneris ostendi 
mox jacula, 
dum noto singula , 
caesariem 
et faciem , 
pectus et oscula. 

Quid , inquam , absque pari 
placet hicspatiari, 
Diones apta lari 



(1) Ms. de Saint-Omer, no 35i , dans Mone, Anzeiger fiir Kunde der teuttehen 

rorzeil, 1838, col. 287. 



— 229 — 

Puellula ? 
Nos nostra vincula, 

si pateris , 

a Veneris 
disjungtfht(l. conjungent?) copula, 

Virgo decenter satis 
subintulit illatis : 
Haec , precor, o[b]mittatis 
ridicula-, 
sum adhuc parvula , 
non nubilis , 
nec habilis 
ad baec opuscula. 

Hora meridiana 
transit , vide Titana (1 ) ; 
mater est inhumana : 
jam pabula 
spernitovicula^ 
regrediar , 
ni feriar 
materna virgula. 

Signa, Puella, poli 
considerare noH , 
restant inunensa soli 
curricula : 
placebit morula, 
nil temere 
vis spemere 
mea munuscula. 



(i) LeSoleil, UH des Tilans; celte forme quncquo atii.eiantom prcmotw 

se trouTe d^j^ dans Sen6que , Medea , act. rituua , tautiH Autna fervcscit miuu? 

III, sc. 1 : 



— 230 — 

* 

Muneribus oblatis 
me flecti ne credatis , 
non frangam castitat^ 
repagula ^ 
non haec me fistula 
decipiet, 
nec exiet 
a nobis fabula. 

Quam mire simulantem 
ovesque congregantum 
pressi nil reluctantem 
sub pennula , 
flore et herbula 
(viridente 
et) praebente 
(votis) cubicula. 

A^re (1). 

Plaudit humus , Boreae 

fugam ridens exulis ; 

pullulant arboreae 

nodis comae patulis : 
gaudat (1. gaudet?)Rhea (2) coronari 

novis frontem flosculis , 
olim gemens carcerari 

sui saevis vinculis. 
Felix morbus qui sanari 
nescit sine morbo pari ! 

Aethera Favonius 

inducit a vinculis , 

(l^ Publi^ d'apr6s un ms. du commen- (2) La lerre ; c'eUiit la fille de la Terrc , 

cemeni du XlVe sx^Xt , par M. Wright , iftals on la prenait quelquefoiS pdnr M mire, 

Earlv m^tteriet and other latin poems, de m6me que Vm disignail V6nu9 p«r ie 

1^^. ftoift ^ ^ ^^^ Dion^ 






— m — 

ornat muiMhun Cyprius 

sacris diu copults ; 
ctstra Venus renovari 

novis Qvat; populis 
et tenellas populari 

blandis mentes stimulis. 
Felix morbus qui sanari 
nescit sine morbo pari ! 

Tecum, Venus, baurio 
venis ignem bibulis ^ 
tuis, Flora, sitio 
favum de labellulis ^ 

Flora , flore singulari 
praeminens puellulis , 

solum sola me solari 
soles in periculis. 

Felix morbus qui sanari 

nescit sine morbo pari! 

Rapit nobis ludere 
dictis livor aemulis , 
nos obliquis laedere 
gaudens linguae jaculis ; 

nolo volens absentari , 
votis uror pendulis , 

fugi timens le notari 
nigris famae titubs. 

Felix morbus qui sanari 

nescit sine morbo pari ! 

In discessu dulcibus 
non fruebar osculis ; 
salutabas nutibus 
pene loquens garrulis , 
fas nm erat pauca fari ^ 



— 232 — 

fuere pro verbulis 
quas , heu ! vidi derivart 

lacrimas (1. lacrymae) ex oculis. 
Felix morbus qui sanari 
nescit sine morbo pari ! 

Auire (1). 

De terrae gremio 

rerum praegnatio 
progreditur 
et in partum solvitur 
mirifico colore. 

Nata recentius 

lenis Favonius 
sic recreat , 
ne flos novus pereat 
t(h)raicio rigore. 

(H)erbis ad(h)uc teneris 
eblanditur aet(h)eris 

temperies ; 
ridet terrae facies 
multiplici calore. 

Herba florem , 

flos odorem , 

odor floris , 

ros (h)umoris 
[generat, generat,} 
generat materiam. 

Sementivam 

redivivam (2) 

(i) B. R. no 3719 (Xllle siecle), fol. 36, (3) Probablement ce mot est un substaniif 
recto ; ni les lignes ni les coaplets ne sont et signifie Renouveau ; il manque dans \st 
difis^s. nouvelle edition de da Gange. 



— 233 — 

reddunt cun(c)ta, 
fruges (1. frugum?) multa 
etpromittunt copiam. 

Fronde sub arborea 
Philomena Terea , 
dum meminit , 
non desinit 
(sic imperat nttura) 
natura, 
recenter conqueri[t] 
de veteri 
jactura. 

Mens eflfertur laetior, 
oblectatur gratior, 
dumjaceo 
gramineo , 
sub arbore frondosa , 

fpondosa 
riparum margine , 
cum virgine 
formosa. 

Vere suo , 
adolescens mutuo, 
respondeat amori , 

creber erit 
nec defessus cesserit 
venerio labori (1). 

Veneris 

in asperis 
castris nolo militem 
qui juventae limitem 

(I) Lc copiste scmble avoir oubiie \in couplel correspoiMlant. 



— 234 — 

transierit , 

perdidcrit 

calorem. 

Rideo 
dumvideo 
virum longi temporis, 
qui ad annos Nestoris 
ingreditur 
et sequitur 
amorem. 

Autre (1). 

Ecce laetantur omnia ^ 
quaeque dant sua gaudia , 
excepto me qui gratia 
amicae meae careo ^ 
quod quorumdam invidia 
evenit , unde doleo. 

Amor amoris lancea 
me vulneravit aurea , 
mallem ego quod plumbea : 
nam sic in iUam ardeo , 
non est catena ferrea 
quae me teneret laqueo. 

Est equidem res anxia , 

amor plenus miseria ^ 

nam tunc dat in (1. mihi) gaudia 

cum velle mentis (h)abeo , 

item praebent (1. praebet) suspiria 

cum cupita non teneo. 



(1) B. R. no 3719 (Xlll« MHd), lol. 40, recto. 



— 235 — 

Amore nihil gravius , 
nihil amore levius , 
nihil eo felicius ; 
gravat corde lapideo ] 
mutatur ex lascivia ; 
est felix cum possideo. 

Quot sunt arenae littore , 
quot folia in arbore , 
quot rami sunt in nemore , 
tot dolores sustineo ^ 
ob (h)oc infirmus corpore , 
quod (h)anc tenere nequeo. 

Rursus quot sunt in aethere 
astra, (vel?) quot sub aere 
(h)omines credo vivere , 
tot vicibus congaudeo 
cum possum mane tangere 
quam semper mente video. 

Nulli sit admirabile 
quod facit amor feminae 
me non carere crimine ^ 
nam sub throno aethereo 
non est qui pulchritudine ' 
(h)anc vincat cui me debeo. 

^utre(i). 

De ramis cadunt foUa, 
nam viror totus periit, 
jam calor liquit omnia 
et abiit ; 

(i) B. R. no 3719 (XHIe si^cle) , fol. 43 , reclo. 



— 236 — 

iiam signa coeli ultima 
sol petiit. 

Jam nocet frigus teneris, 
et avis bruma laeditur, 
et philomena caeteris 

conqueritur , 
quod illis ignis aetheris 

adimitur. 

Nec lympha caret alveus , 
nec prata virent herbida , 
sol nostra fugit aureus 

confinia ^ 
est inde dies niveus , 

nox frigida. 

Modo frigescit qui(d)quid cst ^ 
sed solus ego caleo ; 
immo sic mihi cordi est 

quod ardeo ^ 
hic ignis tamen virgo est, 

qua lageo. 

Nutritur ignis osculo 
et leni tactu virginis ; 
in suo lucet oculo 

lux luminis, 
nec est in toto saeculo 

plus numin(i)s. 

Ignis graecus extinguitur 
cum vino jam acerrimo ; 
sed iste non extinguitur 

miserrimo 5 
immo fomento alitur 

uberrimo. 






— 237 — 

Autre (1 ). 

Sic mea fata canendo solor , 
ut nece proxima facit olor^ 
blandus (h)aeret meo corde dolor, 
roseus effugit ore color , 
cura crescente , 
moerore vigente, 
vigore labente , 
miser morior, 
tam male pectora multat amor ^ 
ah ! morior ^ ah I morior ^ ah ! morior 
dum quod amem cogor et non amor. 

Felicitate Jovem supero 
si me dignetur quam desidero , 
si sua labra semel novero, 
una cum illa si dormiero ^ 
mortem subire , 
placenter obire , 
vitamque finire 
statimpotero, 
tanta si gaudia non rupero ^ 
ah ! potero ; ah ! potero ^ ah ! potero , 
prima si gaudia concepero (2\ 

Chant sur la conversion de VAngleterre (3). 
Sanctus papa Gregorius , 

11) B. R. no 3719 (XIIIc Sidde), fol. 88, baBiorum mella 

fQAtQ ditlce orc mlhJ praebnit. 

(2) Nous citerous encore le premier cou- (3) Publi^ par M. Wright, d'apres un 

plet d'une chanson publii^e avec une vieille ms. du Xe si^cle , dans le Biographia bri- 

Iraduclion alleroande par von Fichard, tonmcaW/erarta, 1. 1, p. 18; iUlait cer- 

Frankforlische Archxv, l. lll , p. 2(»-208 : taineraent deslinc^ h dlre chanl^, puisqu'il 

AmabUis paeUa , est nol^. 

per omnia teneUa, 



— 238 - 

Augustini didascalus (1), 
Dum per eum multimoda 
nosset geri miracula , 
Et Saxonum cor saxeum (2) 
fateri Christum dominum , 
Proventu euvangelicae • 

exhilaratus vineae , 
Psallebat hoc celeumate , 
divino tactus pneumate .- 

Ecce lingua Britanniae , 
frendens olim barbarie, 
In Trinitate unica 
jam alleluia personat , 
Proventu euvangelicae 
exhilarata vineae (3). 

Chantpour la riception d'un roi (4). 

Salve , Proles regum invictissimorum I 
Dominus Deus exercituum memoriale tuum I 

(1) Ce fut (ir^goire I . qui occupa le (4) Publie , d'aprte un ms. du Xe si^le , 
SaiotSi^e du 3 septembre 5U0 au IS mars par Canisius, Leclionet afUiguaet t. 11, 
604, qui envoya les premiers missionnaires P. iii, p. 900, €d. de Basnage; il rattribue 
en Angleterre, sous la conduile du ben<^ k Ralpert, qui dirigea r<^cole de Saint-Gall 
dictin saint Augustin. II y conserva pendant dans le dernier quart du IX* siecle; voyex 
longtemps une grande r^putation de sa- Leyser, Historia poetMtum et poetarum 
gesse, car on en dit dans le Metrical mo^ medii aevi, p. 257; Hittoire littiraire de 
nologyf v. 900 : ia Franee, t. V, p. 637, et Papebroch dans 

Ne hjTAe ic gaman nvrjrn , le Vilae Sanctorumy avril, t 1, p. 377. Ge 

^nigne asr chanl aurait aiors 6t6 fait lors de la visite de 

ofer neau^mtre quclque pHnce carliugien k Saint-Gall , et la 

Bviran larv , — grossi^rete , nous dirions volontiers la nul> 

Bisceop bremran. ^^ ^^ rhylhme, nous fcrait croire qu'il fut 

(2) Ce jeu de mots ^lait sans doute fori compos6 en allemand , et que nous n'en pos- 
connu, car Alcuin dit aussi dans son po^me s^dons plus qu'une traduction latine. Cest, 
De ponti/icibut el tanctit Eccletiae ebo- comme nous Ta vons dit dans nos PoStietpo- 
racentit: pulairet latinet ^ p. 157, ce qui est arrlve 

Duritiam propter dicti oognomine Saxi. aussi pour rhymne dc saint Gall , el il est 

(3) Cetle derni^re ligne ne se trouve pas fort remarquable que rimltallon qui nous en 
dans le ms.; mais le sens et le rhythme Pont a et^ conserv^, soit ^galement attribu^ k 
fait ajouter par M. Wright , et cetle reslitu- Ratpert. Au moinsle rhythmed'autres chants 
lion nous semble suffisamment probable. de cette nature est-il beaucoup plus marqu^ : 



— 239 — 

Salve, Proles regum inyicUssimorum (1)1 
£t tu ad Dominum tuum converteris ! 
Salve, Proles regum invictissimorum I 
Misericordiam^ judicium custodi ! 
Salve, Proles regum invictissimorum ! 
Et spera in Domino Deo tuo semper ! 
Salve , Proles regum invictissimorum. 

Chant mr la victoire remport6e par les Pisans^ en 1088 (^). 

Inclytorum Pisanorum scripturus historiam, 
antiquorum Romanorum renovo memoriam ; 



ftuoipc clementetn , Plebs derotlMliBA, ng«m , OOnCOFdia Ucla , tOOO 1068 , Simal Stoklin 

d.oqae canen. Oaiu tect. .ub «it* pu. foceniBl fo AfricaB , ei cepenint duas ma- 

HarimaDD , Ibtdem , p. «U. gnificas civilales. Almadiam et Sibiliam, die 

Rex benedicte , reni Tisen. iwbitwMU G»ui , s. Sixii; ex q«ikHis civitatibus , Saracenis 

othn».ri tnti. .ocipienda ««.ri.. j^ omnibus inierfecti», maximam praedam 

WaUramm» Ibtdem. ,„^1^ argenU, paUionim et ornamentorum 

impetatonun genimen potentam absiulcruBt. De qua praeda thesauros pisa- 

macte reirnonnn novitate mira : _ » • • ji • "^ vT 

Mmi)er anHqni. fhmnii. , benigne nM occlesiae w diversis orDamentis ampb- 

Bex, miMrere. ficav«runt et ecclesiam S. Sixli in curia ve- 

Anonymt, Ibidem^ p. 905. tera aedificavemnt. Guido Vicecomes, Gui- 

Enaae.tcae.ar piu. et beniirna. donis filius , in praelio oUit; BreviarUim 

orbe qui toto rutuat coru.cu. , hietorioe pitonoe , dans Muraiori , Rerum 

'*"" LTnrckrt.H"''"* ^"*'* a^iciirum ecriptoree , t. VI , col. 16«. Le 

Theodulfus, Ibidem, i. II, P. n, CjMnmxcim pitanum s'exprime k peu pr^ 

p .^ dans les m^mes termes : Fecerunt Pisani 

et Janueoses stolom in Africa et ceperunt 

(1) llD'y a dansCanisiusqoe Salte\ mais duas munitissimas oivitates, Dalmatiam et 

nous avons cru que , comme dans une foule gibiUam, in die S. Sixti. In quo bello Ugo 

d'aulres exemples , le premier vers 6tail un viceoomes , filius Ugonis Vicecomitis, mor- 

refrain , indiqu^ seulemenl dans le ras. par mus est. Ex quibus civilalibus Saracenis 

le premier mot , que tous les moines r^p*- fere omnibus interfectis, inaximam prae- 

taient en chcBur. dam auri et argenti, palliorum et oruameu- 

(3) Ge po^me a d^jii m publid par M. de torum abstraxenmi. De qiia praeda ihesau- 

Reiffenberg dans le BuUelin de VAcadimie ros pisanae ecclesiae et (I. ia) diversis orna- 

de Bruxettet , t. X , P. i, p. 524 , d^apres mentis mirabiliter amplificaverunt, et eccle- 

un ms. du commencement du XUe si^le, siam B. Sixti in curte veteriaedificaveruut; 

qui est conserv^ k la B. R. de Belgique, sous Ibidem , col. 109. Le reeii de Paolo Tronci 

le no 3912. Son importaiice aveit m sigoal^ est plus deiaill^ ; mais il n^indique pas ces 

par M. Periz, Archiv der Getelltehafl sourees, ei pouvaii par cons^uent parattre 

/Ur dltere deuttehe Getchichttkunde , t. suspect. Cessati tiitti i tumulti, si diedero 

VII , p. TS39 : il donne des d^ils sur un ^vd- queste duere publiobe al coaceriato apparec- 

nement qui ne nous ^tait oonnu que d'une chio delle armate , che ben presto uoite e 

maniire ioui k faii insuffisancte. Anno 1078, daie le vele al vento, con prospero viaggio 

Pisani ei Januenses guerram habenies, plu- si porlorono alle spiagge di Damiaia ; onde 

ra sibi damna invicem contulerunt. Deinde sbarcato Tesercito, posero Tassedio a quelia 



— 240 — 

nam cxtendit modo Pisa laudem admirabilem , 
quam olim recepit Roma vincendo Carthaginem. 

Manum primo redemptoris collaudo fortissimam , 
qua destruxit gens Pisana gentem impiissimam ; 
lit hoc totum Gedeonis simile miraculo , 
quod perfecit sub unius Deus noctis spatio. 

Hic cum tubis et lanternis processit ad praelium ^ 
nil armorum vel scutorum pertendit in medium ; 
sola virtus Creatoris pugnat terribiliter , 
inter se Machanitis (I. Madianitis) caesis terribiliter. 

Sunt et (hi) Machanite (1. Madianitae) signati ex nomine; 



cilta} la quale in pochi giorni cadd6 in loro n'k^sitODS pas k croire que ce chant fut 

potere. Riposati che furono alqnanio, risol'- compos^ pour le peuple. Twysdeu nous a 

sero tentare di nuovo un' altra impresa , si- cependant fait connatire dans son Hitkrricte 

che dati gi' ordini conYenienti per l'attacco anglieanae icriptorei decem dcux chants 

d'un' altra piazza , andorono ad accamparsi sur des victoires , compos^s Tun dans un 

sotto la citta di Libia, e dategli alcune bal- rhytbme tout h fait semblable, et 1'autre 

taglie ridussero que' barbari ad estremo dans une roesure fortpeu diffi6rente,quiDe 

partilo ; onde eglino persnasisi con inven- sont certainement pas populaires. Le pre— 

tata astuzia d'ingannare i christiani, finsero mierest attribu^ k Serlo, et fut fait k Toc— 

di voler venire a parlamento per concludere casion de la bataille de T^tendard, que le 

accordi e rendersi ad nso di buona gnerra. roi d'Angteterre itienne gagna en 1138 

Ma penetrale i Pisani le false lusinghe contre le roi d^^^cosse David 1 ; il com> 

degl' inimici; senza intervallo di tempo, mence ainsi : 

COndotti tUtli i prigioni da loro fattl in Davld , llle manu fortis scoptrum tenens scoticum , 

quella impresa , a ViSta degF assediali li mi- nrmatorum nmlta manu regnum intrat angUcum ; 

J^^^ m. at Ai fl.v«<ln v-<u«nf A : Q„w.^nint 4it.a :i *** *'"'" Tjsan contra suum transit infortnnium , 

SerO a fil dl Spada. VedutO l SaraCim , Che ll quem iuvadit vlx evaalt Stepham standardium. 

loro disegno non haveva havuto l'csito desi- l^ ^^^^^^ ^^^ anonyme et deplore la ba- 

derato, si accinsero con grand impeto ad j^j„g ^^ Bannockburn, ou les Anglais fu- 

una disperata difesa , nelle quale rimase es- ^^^^ tatlus par Ics lElcossals en 1313; nous 

tinto Ugone Viscoiili , capitano insigne per g„ rapporterons les deux premiers couplels 
nobihta et molt^ piH per valore. Continuan. \r^ • ^^ ^^ caract^re : 

do que barbari con sregolato conccrto alla ,, _,.,., , ■ 

/* j I, . »• L • .1 . 1 j- j Me cordis aogustia (1. an|;iutia) cogit mira fnn , 

resistenza degl impeti christiani, le forze de' scotiae quod AngUa coepit subjugari : 

quali Sempre piil SUperavanO il lorO ardire, "ova. jam (l. uam ?) prodlgia dicitur patrarl , 

stanchi et intimoriti , diedero esito a' Pisani '*"*'^^° ™'*^ *"* '^"" dominari. 
dimpadronirsi della citta; siche presa che «TSXri^al^ttrTor,*' 
rhebbero , per vendicare il sangne cbris- proit doior i nunc oogitur nimis osse prona 
tiano sparso da quegl* infedeli con crudelta ^^'"^^ i"* laeditur matema corona. 

inaudita , levoroiio a tutti miseramenle la Tromp^ par la fr^uence des rimes inte- 

vita; Memorie ittoriche della citla di rienres,etprobablementaussiparlerhyihme 

Pisa, p. 30. Les viotoires fournissaient si ordinaire des baUades anglaises, le savant 

natnrellement nn th^me k l'inspiration po- conservatcur de la Bibliotheque royale de 

pulaire , que malgr^ la longueur et la pr^ci- Belgique a coupe en deux les lignes de 

sion des d^tails , roalgr^ m^nie des allusions quinze syllabes dans lesquelles ce poeme 

et des expressions qui indiquent un auteur est ecrit : nous les avons retablies dans leur 

^nidit et probableroent ecd^siastique , nous entter. 



— 241 — 

hos in malo nam Madia (1) nutriebat homine, 

sita pulcro loco maris civitas haec impia , 

quae captivos constringebat plus centena mil(l)ia. 

Hic Timinus praesidebat, Saracenus impius, 

similatu(s) Antechristo , draco crudelissimus ^ 

habens portum, juxta urbem , factum artificio, 

circumseptis (1. circumseptum) muris magnis et plenum navigio. 

Hic tenebat duas urbes opibus ditissimas 
et Saracenorum multas gentes robustissimas ; 
stultus et superbus nimis, elatus in gloriam (1. gloria) , 
qua de causa Pisanorum fit clara victoria. 

Hic cum suis Saracenis devastabat Galliam , 
captivabat omnes gentes quae tenent (H)ispaniam , 
et in tota ripa maris turbabat Italiam ; 
praedabatur Romaniam usque Alexandriam. 

Non est locus toto mundo neque maris insula , 

quam Timini non turbaret (h)orrenda perfidia ^ 

R(h)odus (et?)Cipius (1. Cyprus?) (et?) Creta, simul et Sardinia 

vexabatur, et cum illis nobilis Sicilia. 

Hinc captivi redemptorem clamabant altissime 
et per orbem universum flebant amarissime ; 
reclam(ab)ant adPisanosplanctu miserabile (1. miserabili); 
concitaba(n)t Genuenses fletu lacrymabili. 

Hoc permotus terrae motu hic uterque populus, 

injecerunt manus suas ad hoc opus protinus , 

et component (1. componunt) mille naves solis tribus mensibus , 



(1) Noas ignoroDS la position de cette Tille, 
que les autres documents appellent Mma- 
iia, DtUmtUiaj Damiatay et placent en 
Afrique. Si cetle indication dtait exacte, 
Madia aurait dO se trouver sur les cdtes 
dela BarlMirie, pr^ du pays de Madauri ; 
oiais il est fort possiMe qa^Afriea slgnifie 
ici seolement le Pays des Sarrasins, comme 
dans ce vers de notre po^ne : 

Hos condnxit Jheiu» Christus quem negabat Africa ; 



c'est ainsi que Ton appelait indiffi^remment 
la monnaie des Sarrasins Saracenui et 
Africanut. Peut-6tre tous ces noms sont- 
ils des corruptions de Tarabe Medine, Ville; 
nous nous bornerons donc k rappeier que 
PUne, liv. iv, ch. 12, parle d'une yille de Hle 
de Gr^te, nomm^ McUium, et que la ville de 
Golchide , k laquelle il donne le m^me nom, 
liv. VI, ch. 4, semble^tre celleque Ptol^m^e 
appelle Madia. 

16 



— 242 — 

quibus bene praepafatus stolus (1) luc^t ihelytus. 

Convenerunt Genuenses virtute mirabiii , 
et adjungunt se t^isanis amore amabili ; 
non curant de vita tnundi nec de ^is fftiis , 
pro amore Redemptoris se donant perifeulis. 

His accessit Roma potens potenti auicilio , 
suscitatum pro Timini infami raartyrio -, 
renovatur hinc in illa antiquamemoria 
quam illustris Scipionis oiim dat victoria. 

Et refulsit inter istos dom parte eixercitds 
Pantaleo malfitanus, fnter €raecos Sipantds ^ 
cum forte et astuta (^) , ^potenti a^tSa , 
est confusa maledicti Tiniini versutia. 

Hos conduxit Jhesus Christus quem necabat (1. negabat) Afrlca, 
et contruxit (1. constrinxit) omnis (1. omnes) ventus praeter solum 
Cherubin emittit illum cum aperit [hjostia , [japiga ; 

qui custodit paradysum discreta custodia. 

Pervenerunt navigando quandam (1. quadam?) maris insuiam 
quam Pantaloream (3) dicunt, cum arce fortissima -, £(1. insute, 
hujus incolae palumbos emittunt cum literis, 
qui renuntient Timino de viris fortissimis. 

Hic est castrum , ex natura «t arte mirabile^, 

nulli umqnam (1. unquam) in hoc fwilttdo Castrum c6mpiirfilH!e ; 

duo mil(l)ia virorum hoc tenebant oj^tdum , 

qui nec Deum verebantur nec virtutem hominum. 

Accesserunt hu6 econtra mirandi artifices, 



(I) Flotte^ du grec lxoK%, (5) Nous ignOrons ^'eHe est cetlelle^ Mn 

(9) Probabrenfent Farte t id le sens de ^^ "« ^ irouve dans aucnn des dictiofi- 

Fortia, Porce, et 1'on doit ttrc astutiapmir "^*''®^ g^ograpWqties qoe nons aTOitf pu 

compl^ter le sens et le rhyihme. consulter. 



— -243 — 

et de ligni(s) nimis (1) altis facti sunt turrifices (2); 

destruxerunt, occiderunt sicnt I)eus voluit-, 

et fecerunt quod a mnndo nnmquam (1. nunquam) credi potuit. 

Sed, ut puto, soli viri qui exisse viserant (1. viderunt?) 

alios mandant palumbos, qui factum edisserant (1. edixerunt?) : 

quo audito, rex Timinus desperat de viribus , 

et hoc factum (1. facto) perturbatus tractat cum principibus. 

Inter haec regalis stolus discedit et navigat, 
et jam videt illas urbesquas Timinus habitat : 
mare ,. terra , muri pleni paganis teterrimis , 
quos conduxerat superbns ab extremis terminis. 

Hic incepit adulando demulcere populum 
et captivos promittendo pertrahebat otium ; 
sed hoc sprevit Benedictus astutus , Dei nutu 
(et sacra) illuminatu(s) luce Sancti-Spiritus (3). 

Yocat [ad se] Petrtim et Sismundiim , principales consules , 
(et) Lambertum et Glandulfmn, cives cari (1. caros?) nobiles , 
revelat quod hoc Timinus faciat (1. facit) ex insidia , 
hoc totum ex tradimento et mira perfidia. 

Hinc conscendunt parvas naves tracti ad consilium ; 
decreverunt solam pugnam trac(ta)ti ad praelium , 
ut hoc solum judicaret divinnm judicium. 

Hoc fuit antiquum festirtn sancti Sisti noWle , 

qui (1. quo?) sunt semper Pisahoruim de 'coel6 victoriale 5 

(1) Dans layi^ille latiDile, Nimii s'ein- chine de guerre dont on se servait pour 
l>loyait souvent dans lei^ns dfe Valde : prendre les villes entour^s de murailles. Ce 

L«giones nimU yulchri« armi'* praediUu» DAOt , qui maD(]Ue dauft la nOUVeUe ^tlOD 

Amphitruo , act. I , sc. i , ▼. 63. JS-^l^*"^®' *®"*^'® ^"^^'^ ^^^ ^^"'"^ *^""*® 

Lcs ecrivains eccl^siastiques , et notamment ,_» . ' ,i^^ „„, ««™«« ^^ „«:» r^-. • 

les traducleurs de la Bible, ont conlinu^ de Jll^t Zult^J^TZliTn u T 'Z 

lui donner cetto signification. ? * ,Z P?"'"*'".* '® P^^^^ a-t-il clierch^ 

v,;i.vu ^iguiuuawuu. ^ suppl^r h son insuflisance par des con- 

(2) Fabrieants de lour , espice dc ma- sonnances Int^rieure». 



—244 — 

m hoc Benedictus praesul populum alloquitur 
et, silentio indicto, murmur omne moritur. 

Praeparate vos ad pugnam, Milites fortissimi, 
ei pro Christo omnis mundi vos obliviscimini ; 
maris iter restat longum , non potestis fugere ^ 
terra tenet quos debetis vos hostes confundere. 

Non (sitis) expavescati[s] de eorum numero, 
nam sunt turpiter defuncti, timentes in eremo-, 
neque vos conturbent domos (l. domus) altis aedificiis ; 
Jericho namque p(r)ostrata cum muris altissimis. 

Inimici sunt Factoris qui creavit omnia , 
et captivant Christianos pro inani gloria; 
mementote vos Coliae , gigantis eximii , 
quem prostravit unus lapis, dext[e]ra parvi pueri. 

Machabaeus, ille clarus, confidens in Domino (1. Dominum), 
non expavit ad occursum plurimorum hominum ^ 
nec confidens in virtute cujusquam fortissimi , 
sed in majestate sola Dei potentissimi. 

Vos videtis Pharaonis fastum et superbiam 

qui contemnit Deum coeli regnantem in saecula (1) ; 

Dei populum aflligit et tenet in carcere ; 

vos conjuro, propter Deum jam nolite parcere. 

Hinc incitamentis claris(et) multis similibus, 
inardescunt omnes corde, irritantur viribus; 
offerunt corde (de)vote Deo poenitentiam 
et conmiunicant vicissim Christi eucharistiam. 

Universi Creatorem laudant unanimiter ; 

ha(be)nt vitam atque mortem utrumque (1. utramque?) similiter 

invocabant nomen tuum , Jhesu bone , coelitus , 

ut turbares Paganorum triplices exercitus. 



(1) Souvent la voyclle nasale rimait avec celle qui avait conserv^ sa prononciatioii 
naturelle. 



— 245 — 

Jam armati petunt terram cum parvis naviculis 
et tentabant maris fundum cum (h)astis longissimis-, 
se demergunt (1) ut leones postquam terram sentiunt^ 
aquilis velociores super (h)ostes irruunt. 

Etexcelsi(?) Agareni (2) invocant Machumata (3), 
qui [con]turbavit orbem terrae de sua parfidia ; 
inimicus Trinitatis atque sanctae fidei , 
negat Jhesum nazarenum verbum Dei fieri. 

Sed fit clamor Pisanorum altus et nobilior, 
nam intonuit de coelo sonus terribilior ; 
Michael cecinit tuba ad horum praesidium , 
sicut fecit pro Dracone (4) cum commisit praelium. 

Altera ex parte Petrus cum cruce et gladio 
Genuenses et Pisanos comfortabat animo , 
et conduxerat huc princeps coetum apostolicum , 
nam videbat signum sui , cum scarsellis (5) populum. 

(1) Ge verbe ne peat avoir la significatioD femme, et saiot Augastin dil, en parlant du 
qa'on lui donnait dans la bonne latinit^, «11 diable, dans sa 36« homdie sur Fl^criture 
d'aiUeur8 il ne prenait pas le pronom refl^- sainte : Leo et draco est ; leo propter im- 
cbi; il signifie sans doute Se d^mener ou Se petum , draco propter insidias. 
pr^cipiter : il manque dans la nouvelle *di- ^gj q^ ^^1 signifiait dans la basse lati- 
tion de du Cange. nlt^ Bourse de cuir, et il a conserv^ ce 

(2) Les Sarrasins; Agareni qui et Sara- sens en italien; Vetearcelle ^tait ^ comme 1e 
ceni dicuntur; Vincent de Beauvais, Spe- bourdon, un signe de pdlerinage, et ou la 
eulum hislariale , 1. xxiv, ch. 30 ; litt^ra- faisait b^nir quaod on allait visiter k Roroe 
lement les descendants d'Agar : les Ar^bes ia chaire et le tombeau de saint Pierre. Si 
reconnaissent Isma^l pour le fondateur de les habitudes commerQantes des Fisans leur 
leur nation. avaient fait porter une escarceile, comme 

(3) Le c devant le h en rendait l'aspira- » ««^i^^ ?'"« ^^^^ ^ans les aatres pays pour 
tion plus forle; on trouve souvent dans les Vaumon.ere , ce passage sentendrait fort 
vieux textes Michi , mchil , et les deux 5'«" ; »"«»8 dans Hgnorance ot nous sommes 
ms. d'apr68 lesquels nous publions le poeme ^e '^S"^'8%\ r^ f "P^f i?.?r '^n^i? a^.~ 
de Waltberuncrivent constamment Ma- ''^'"''^'''^^^,^^.^.^1^^^^^^^ 
ehomet , au g^nitif Machometit : celle or- vour tclucelltt, de 1 a lemand SchlUttelX\et. 
Ibographe 6tait si commune, que le fonda- ^es clefs. qui sont le signe caraclerisUque 
leu? de la religion musulmane 6lalt souvent fe sainl Pierre , figuraienl sans doute dans 
appel6 en vieux fran^ais Macomel, Ma- es armes de P.se , car on l.t dans Facius 
ehumel, et que 1'italien a conserv6 la forme Wbertus c.t^ par Albertus , DetcripHo tor 
MacomeUo , lius Italuie , ^. M i 

,,, _ . - . .. „. rost Motronem deinde venimuB 

(4j Satan; Ce lUt, COmme On Sait, SOUS la ^^^i urbcm pulchram quae pio insiernibus liabot 

figure d*Un Serpent qu'il lenla la premicre Signum ronnnumi , ac si ipsius ossot proprlum 



— 246 — 

Et econtra Agareni concurrunt similiter ; 
telis , spat(h)is et sagittis hos petunt (h)ostiliter , 
fit hic pugna dura nimis , sed in parvo tempore *, 
nam coeperunt Agareni statim terga vertere. 

Misit namque Deus coeli aogdum foi;tissimum;, 
qui Sennacherib percu^it mudcte ^. mucrone) ex,er^tun^ ^ 
qui (1. quod) cum yident hi qui stabant inti;a,mur<^s fim, 
obser(r)arunt portas illis qui fugebant (L ^ab^^t?) o^ri. 

Occiduntur et truncantur omnes quasi pecudes; 
non est illis fortitudo qua possipt resi^tere ^ 
perimuntur in momento paganprum mil(l^ , 
antequam intrarent portas et tenerent maeoia. 

Pos(t)quam desuper et subter intrarunt fortissime , 
pervagantur totam urbem absque ulla requie ^ 
occiduntur mulieres , virgines et viduae, 
et infantes alliduntur ut non possint vivere. 

Non est domus neque via in tota Sibilia (1) , 
quae non esset rubicunda et sanie livida ; 
tot Saracenorum erant cadavera misera, 
quae ex(h)alant jam foetorem per centena mil(l)ia. 

Urbs est una desolato (1. desolata), festinant ad alia[m] , 
et confendunt transilire (1. transigere?) ad alta palatia , 
ubi stabat rex Tiipinus satis miserabilis , 
qui despicieb^t Deum , ut insuperabilis. 

Jussit poctas aperire et leones solvere , 
ut turbarent Christianos pugnantes in^provide -, 
sed conversi sunt leones ad honorem gloriae , 
nam vorarunt Saracenos in laude victoriae. 

(1) Nous ignoroDS aussi remplacement de Phrygie qae Ptol^m^ d^sigoait sous le nom 
celte viHe ; nous rappellerons seulement de liX^tov. 
que Hi^rocles nommait Siblia la ville de 



— 247 — 

Hic evenit tibi, Pisa, magnuai uiifQptuniiMi^) 
nam hic perdis caput urbiset coronam juven^m , 
cadit Ugo Vice-comes, omnium pulcherrimus; 
dolor magiius Pisanorum et planctus miserrimus ! 

Nam cum omnes Saraceni erupissent subito , 
sustinet hic mille viros cum (h)asta et clyp^o ; 
cum nescit cessare (1) loco et recusat fugere , 
mille caesis Saracenis , ante cadit juvenes (2)» 

Hicimponunt illum scuto et ad iiaves deferunt^ 
plangunt omnes super illum quasi unigenitum : 
decus et dolor magnus Pisanorum omnium ! 
confusio triumphL et magnum inccanmodum! 

dux noster atque princeps cum corde fortissimo ! 
Similatus rex(l. est?)Graecorum regi nobiKssimo, 
qui sic fecit ut audivit responsum ApoHinis ; 
nam ut sui triumphagrent sponte mortem su^jijl; (:3> 

Sic infemus spoliatur et Satan destrui^ur 

cum Jhesus, redemptor mundi, sponte su^moritur^ 

pro cujus amore , Gare , et cujus servitio 

martyr pulcher rutilabis venturo judicio. 

IVon.jacebis tu sepultus ha(c) in t^rra pessim^,. 
nec ie tractent (1. tradent ou trahent) Sara,ceni, qui sunt quasi 
Ksani nobiles [te] ponent in sepulcrum ^^tiiiuffli.; [bestia; 

teltalia plorabit, legens epitaphium. 

Erimus in domo tua fideies et placidi , 
et vivemus apud tuos tutores et bajuli (4) ; 



(1) II faut probablement lire restare. (3) Godrus, dernier roi d^Ath^nes; nous 

(8) Les deux demiAres lignes de cette *^o"' «PP«** l'attention dans la note pr6- 

«trophe oe sont, comme on Toit, li^ que c^«ntfi «ur cette assonance. 

par nne simple assonance et ce n'e8t pas (4) Ge mot avait pris d«n8 la baaae lati^ 

k SQol exemple; doos avongd^ vu joecu- nit^ le sens de Tuteur, D^tenseur : Tutores 

<^ rimer avec reftt^re , et: nous trouve- vel bajuU respondeant, si voluerint, pro 

roDs toat k Vhewre defernnt et ^igenu' pupiUis; Ms» cit^ par du Gange, L I(, p. 

iwm, ApoUinii et tuifii^ 541 , col. 1. 



— 248 — 

nuUus unquam contra tuos levabit audaciam , 
quia tu , Care , pro Pisa posuisti animam. 

Non est mora , corpus findunt et ejectant viscera , 
balsamum infundunt multum et cun(c)ta aromata, 
et componunt quadam capsa de ligno composito , 
ut mater et conjux eum videant quoquo modo. 

Hinc exarsit ira tanta (h)is et Genuensibus , 

quod non homo , neque murus , neque quidquam penitus^ 

valet horum sustinere furores et fremitus : 

unde fit Saracenorum maximus interitus. 

Sic irrumpunt omnes portas , et Madiam penetrant , 
et occumint illuc prope quo stat fera pessima (1) , 
quae turbabat omnes gentes de sua perfidia ; 
modo latet circumclusa in muris altissima (2). 

Alii petunt meschitam (3) pretiosam sc(h)emate; 
mille truncant sacerdotes qui erant Machumatae ; 
qui fuit heresiarcha potentior Arrio, 
cujus error jam permansit longo mundi spatio. 

Alii confundunt portum factum mirabiliter ; 
darsanas (1. darsenas) (4) et omnes turres perfundunt simiiiter •, 
mille naves tra(h)unt inde qua (l. quae) cremantur Iit(t)ore ; 
quarum incendium Trojae fuit vere simile. 

Alii irrumpunt castrum atque turres diruunt , 
equos regios et mulas omnes interficiunt ; 
aurea vexilla mille tra(h)unt et argentea , 
quae in Pisa gloriosa sunt triumphi praemia. 



(1) Sans doate Timinas oa quelque chef /l«mo, cti. viii, v. 70; et le vieux fr«n^is 
dont les d^prMations avaient d^termin^ disait igalement Jfetc^tto. 
rexp^ition. (4) Da„e , Port int^rieur ; en italien /tor- 

(2) Pour la rime ; le sens exige (Uli$timit, ,ena : probablement le souvenir du eonfun- 

(3) Mosquee ; de Tarabe Metzit; Dante dunt de la ligne pr^ddente a fait ecrire 
mployait Metchile dans le m^me sens ; In- perfundunt au lieu de perfringunt. 



— 249 — 

Concurrentes pervenerunt ad illud palatium, 
mille passuum , ut credo , quod tenebat spatium ^ 
quinquaginta cubitorum murus latitudine , 
erat idem quat(er) tanta[s] murus altitudine. 

Super hunc procerae turres, ad nubes altissimae , 
ubi vix mortalis bomo jam possit aspicere ; 
scalaefactae circumflexae, faciles contendere (1), 
ubi nullus neque valet neque scit ascendere. 

Multitudo Paganorum hoc tenebant cassarum (2) , 
nam Gassandi (3) sic appellant hoc tale palatium , 
quod Pisani circumfusi contendunt destruere ; 
sed lassati jam non audent hoc tale confundere. 

Et jam isti fatigati pausabant in requie^ 
ipse rex misellus nimis pacem coepit petere : 
donat auri et argenti infinitum pretium ; * 
ditat populum pisanum atque Genuensium. 

Juravit per Deum coeli , suas legens literas , 

jam ammodo Ghristianis non ponet insidias 

et non toUet tulineum (1. teloneum (4) his utrisque populis, 

serviturus in aeternum eis quasi dominus (1. dominis). 

Terram jurat sancti Petri esse sine dubio, 
et ab eo tenet eam jam absque colludio (5) ^ 
unde semper mittet Romam tributa et praemia ^ 
auri puri et argenti nunc mandat insignia. 

Et cum starent ad videnda(m) donorum potentiam , 

(1) Peut-^tre faut-il lire defendere pour (3) Les Arabes, les Africains; peut-^tre 
defentu , Faciles k d^fendre. est-ce un mot corrompu par le souvenir dn 

(2) Ce mot d^nv^ de Tarabe Cazar, ... _ . . ,^ . . . . 
ChAteau, ^tait souvenl employ^ dans la la- ^*} ^® "»?' ^? *'«"»?« P«« ^^^ «?"« **^"*« 
tinite du moyen Age : Ejus (Evisae) itaque "" !!°P^/ r^guUer, mais les exaclions aux- 
moenibus undique dirutis, ejusque cassaro q^elles les Sarrasins soumettaient d^s ce 
destructo : Getta triumphalia per Pisanot ^emps-Ia la marine marchande . 

facla, dans Muratori, Rerum iialiearum (5) Gollislon, Difficult^; on ecrivait plus 
terifkoretf t. VI, col. 102 : Cattaro est souveulConlttdtttin; voyezduGange, t. H, 
passe avec la ro^me signification en italien. p. 512, col. 3. 



'f 



— 250.— 

ecce gentes Arrabites (1) intrarunt Sibiliam ; 
levesmultum supra modum cum discurrunt pedites, 
euro vento leviores eum bellantur equites. 

Docti retro et (a)stuti fugendo (1. fugando) respicere , 
valent meUus in fuga hostes interficere , 
lev[ior]es super omnes gentes, in gyro volubiles , 
macris equis insidentes , corporibus ductiles. 

[Et] Istorum tam valentium jam centena mil(l)ia 

urbs (1. urbem) relicta(m) [a] Pisanis tenebant Subilia (1. Sibiliam) 5 

ripa maris insistentes et implentes lit(t)ora, 

t(ur)ba(n)t reliquos Pisanos servantes naviUa. 

Quod cum audiunt qui stabant in Madia nobiles, 
plus quam leopardi currunt, ordinati, mobiles; 
ipse rex Timinus spectat altis aedificiis, 
laetaturus utriusque populi periculis. 

Sed nec armis nec virtute confiderunt Arabes, 

fuga nimium veloces , fugientes agiles *, 

nam quicunque remanserunt depugnantes manibus , 

Pisanorum figit telum et detrunca[n]t gladiis (1. gladius). 

Sic , Madia superata , recepta Sibilia , 
jam Pisani gloriosi intrarunt navilia ; 
destruxerunt pretiosa passim aedificia , 
cuncta simul reportantes cum parvis eximia^ 

Captivorum persolverunt plus ad centum mil(l)ia , 
quos recepit Romania (2) jam ex longo misera ; 
Saracenos et captivos ducunt sine nu(mer)o \ 
qui (L quod) est totum tuum donum , Jhesu , sine (jlilI^Pv 

Ecce iterum(H)ebraei Egyptum exspoliant 
et, confuso Pharaone, item conjubilant; 



i. 



1 { 



\\ 



(1; PeuU^re fout-il Hre Arabiitie, 



(2) La terre od V<m parle 1« UoguQ ro- 
maDe» riialie. 



— 251 — 

transeunt in mari magno ut terra siccissinja ; 
Moyses eclucit aquas de petra durissima. 

Nam ut veniunt ad Curras (1), quasdajn; maris insulas , 
ubi nullas vidit (1. vident) aquas ad potandum limpidas , 
fit hoc f visu et audito (1. auditu?) nimis admirabile , 
terra parum circumfossa , potant aquam largiter. 

Sunt reversi gloriosi virtute mirabili 
et , quo durat (2) iste mundus honore laudabili , 
sancto Christo consecraru^t perpulchram ecclesiam , 
et per orbem universum Sanctis mandant praemia. 

Sed tibi , Regina coeli , stella maris inclyta , 
donant cuncta pretiosa et cuncta eximia; 
unde tua in aetemum splen^bit ecclesia , 
auro, gemmis, [et] margaritis et palliis splendida. 

Clericis qui remanserunt, perpetuo servitio (3) , 
donaverunt partes du(as) communi consilio ; 
sic volebas, tu Regina; sicrogasti filium 
cuju^ illis praebuisti in cunctis auxilium. 

Sit laus tibi , Trine Deus , unus et altissime, 

super onmes gjoriose, in cunctis fortissime , 

qui timere[t] et amare[t} debes supw (1. debetur per?) oo)nia , 

cujus manet sine fine sempitema gloria ! 

Chant sur la fnori de Lmfranc (4). 

Eu hetl ! (1. Eheti I) ploret Anglia , simul et Italia , 
plangat Francia , lacrymetur et Alemannia , 

(i) La posUion de ces tles nous est aassi (4) B. de Douai , no 801 , xiiie siicle, 

entierement inconnoe. fol. 152, ro. M* Le Glay avait d^jk parl6 

(3) Peut-^e faut-il lire guo dwet isto de ce ms. dans ses Mimoiret mr let bi^ 

mwndo. bliothdques du Nord^ p. 142, et dans son 

(3) U y a dans cet hemisticbe une syllabe ^ition de Balderic, Chronicon came- 

de trop que le cbant dissimulait par une racense et atrebatense, p. 568 : il avait 

synal^be, qui devait, k cause de la rime, m^me publi^ les deux premi^res strophes de 

porter pluldt sur perpetuo que sur contilio. ce petit po^me en imprimant par erreur 



— 252 — 

nationes proximae et omnis gens extranea (l). 

Omnis terra suum florem cecidisse lugeat , 
sponsa Christi magnum decus amisisse doleat , 
nec solam[m]en hac in vita de Lanfranco capiat! 
vos omnes qui transitis , exspectate modicum, 
et Lanfrancum mecum flete virum apostolicum , 
ejulando , gemiscendo propter ejus obitum I 

Hea ! heft ! clamet omnis destituta regio , 

nec gaudere quaerat magis hujus mundi gaudio, 

quandoquidem est orbata lumine Lanfranico ! 

Tu , Papia (2) , sume luctum , urbs prae cunctis inclyta 

quae Lanfrancum educasti multa nimis gloria; 

pro defuncto funde preces atque Deo supplica ! 



Beu! heu, AUmannia, prime pour 
proximae et tolamen. LaDfranc moarut le 
38 mal 1089, etce chant fundbre fut certai- 
nement compose tr^s-peu de temps aprds 
sa mort. Nous avons d^ji publi^ dans nos 
po^sies populaires latines plusieurs pidces de 
ce genre , et si nous n'y voulions une forme 
particuli^re de rhythme qui nous fasse 
croire h une certaine popularit^, nous pour- 
rions en ajouter beaucoup d'autres, quoique 
un grand nombre ait d(k se perdre. Telles 
sont celles que Mabillon a menlionn^es, 
Acta Sanctorum ordinis Sancti-Benedicti^ 
1. 1, p. 83, et Annaliumy I. lxi, note 23, 
et le chant fundbre sur la morl de Henri V, 
par Blitero, qui nenous est plusconnu que 
par Orderic Vilal , 1. viii , p. 683. Nous ci- 
terons, comme exemple, unpetit po^me en 
vers lambiques rim^s , compose par Kadul- 
phus Glaber, k Toccasion de la mort de 
flugues Capet, en 1025 : 

Fsalmator, parce moestis mnndialibus 1 
Buccurrat fletus intimis doloribos , 
pascat moerentes singniltuum gemitus , 
humanum decus dum rapit interritus ! 

dans le Rerum gallicarum 
tcriptoret, t.X, p. 39 ; 

un autre, par Serlo, sur la mort de Sumer- 
led , roi de Man, arriv^e en 1164 : 

David rege mortis lege clauso ; 

dans M. Wright, Biographia 6rt- 



tannica literariat P^riode anglo- 
normande, p. 313; 

et un autre sur celle de Thedbaldus , comle 
d'Anjou : 

Magni Thedbaldi mortera dum carmine plango , 
mortis conditio quam dnra sit ordine tango. 

B. R. fonds de Saint-Germain latin, 
no 1647 (xii« si^cle), fol. 184, r<^. 

Quelquefois m^me ces regrets , plus ou 
moins int^ress^, n'avaient aucun rhythme 
apparent : tel est le Planctus de Laurent , 
doyen de Poitiers, sur la mort de Gislebert 
PorreUn, qui a ^t^ pnbli^ dans le Rerumr 
gallicarum tcriptorett t. XIV, p. 379. 
Saint Anselme fit aussi des vers sur la mort 
de son pr^^cesseur, dont nous citerons seu- 
lement les qualre premiers : 

Arcliiepiscopii non divitias nec honores 
Lanfrancus subUt , sed curas atque laI>ores. 
Katus in Italia , papiensi de regione , 
Civibus egregiis et lionesta condltione. 

(1) Gette strophe est la seule dont la me- 
sure ne soit pas r^Ii^re; la c6sureqni, 
dans le rhythme trochaVque de quinze syl- 
labes , doit suivre imm^iaiement la hui- 
ti^me, manque dans les trois vers. 

(2) Pavie , oti , comme on sait , Lanfranc 
itait n^. On ignore k quelle ^poque ceWe 
ville perdit son ancien nom de Ticinum ; 
Paul Diacre (Warnefrid) , De gettis Lon- 
gobardorum, \. ii, ch. 45, rappelle d^j» 
Papia. 



— 253 - 

O Lanfrance , pater magne , praesul honorabilis , 

orthodoxae legis Christi doctor admirabilis, 

qui(s) te novit, dum te pensat , non est sine lacrymis? 

Sic fuisti , dum vixisti , prudens , bonus , sapiens 
et in rebus universis sapienter gradiens, 
t non tibi parem habet Oriens vel Occidens. 

^nde jure contristatur omne praesens saeculum , 
perdidisse se deplorans lucis suae speculum , 
atque normae christianae magnum gubernaculum. 

Heu ! heu ! properemus istum flere , Socii , 
cujus sumus amatores plus quam omnes populi , 
nec optemus a singultu tempus ullum otii ! 

Nulla dies vel momentum sine luctu transeat , 
tantus moeror de Lanfranco non de corde pereat ; 
sed per dies et per noctes , ut est dignum , maneatl 

Quis Lanfrancum flebit digne, mihi , quaeso, dicite , 
quem sophia gubemavit a primaevo tempore , 
divinarum causas ejus condens rerum pectore? 

Oh ! quam pulchre deputavit sibi necessarium , 
quem tam valde venustavit disciplinis artium (1) , 
sigillatim super cunctos , septem liberalium ! 

Non in magnis rerum causis fuit tam diflicile , 
si per sensum meditantis erat unquam scibile, 
quod Lanfrancus indagando non fecisset facile. 

Sic nimirum semper ejus vigilabat animus , 

ut in rebus universis esset peritissimus 

et quaerenti rationem reddere promptissimus. 

Quod in scholis dum studeret adolescens didicit 
secuturos instructurus optime retinuit , 



(1 ) Ce vers semble corrompa ; qaoique un sens refl^chi , il faut sans doute lire gui, 
Venuitare n*eftt pas dans la bonne lalinit^ ou disciplina. 



— 254 — 

et in usum meliorem renovando transtulit. 

Cujus actum cum sennone bene si disentias (1) , 
orbis eum luminare restat ut consentias , 
si te testem veritatis esse non dissimulas. 

Propterea quae noscuntur istic esse practica , 
non omisit frequentare quaeque sunt theorica , 
quibus fervens intonab^t voce cathegorica. 

Heli dolor ! execranda nimis illa potio , 

qua gustata, mors susscessit (1. successit?) corpori Lanfranico, 

quamvis esset compilata (2) vitae pro remedio. 

Nunquam manus Johannitis (3) miscuisset poculum, 
quae coelestis exemplaris orbi tulit oculum 
et induxit prae moerore mortis in umbraculum. 

Fluant illi pro reatu poenitentilacrymae! 
Quis infelix pro moerendo suo medicamine 
viduarum, orphanorum spem praesumpsit toUere? 

Vos, dilecti Christo, Fratres, tanti patris filii, 
nunquam sitis sine prece, quaero, benignissimi , 
obsecrantes et dicentes semper quod proposui : 



(1) Nous ne savons sMl faut ^crire avec 
^eux s dinentiai; ce verbe semble signi- 
fier ici Seutir, Appr^cier, quoique aucun 
dictionnaire ne lui donne celte valeur. 

(2) Faite , compos^e ; ce sens de Compi- 
lare n^est pas indiqu^ dans la nouvelle 
^dition de du Cange, mais on y trouve avec 
un sens analogue CompUatut^ 1. 11, p. 497, 
col. 1. Ce pofime nous apprend tfn fait que 
les historiens avaient n^li^e de recueillir , 
c'est que la mort de Lanfranc fut bAt^e par 
iine potion m^dicinale. On lit seulement 
dans la biographie contemporaine de Bilo : 
Appropinquanle termino vitaesuae, decidit 
io aegritudinem : qua in dies ingp-avescente, 
anno archiepiscopatus xi\, v kaleodas 
junii, diem clausit extremum; dans Lan- 
franei opera, p. 16, col. 2, ^. de d'Achery. 
Quoique il parle de la potion, Guillelmus de 



Malmesbury n'est pas k beaucoup prds aussi 
explicite que le Planctut : VLx^ pertaesus 
non moras Idngas in luce traxit. Sed post 
annos xix episcopatus febrim uactus, cum 
medici C6nsulti necessariam potionem res- 
pondissent, prius se confessione et viatico 
munivit. flinc poculo sumpto, sed in con- 
trarium verso efilavit, qualem semper op- 
taverat exlfium sortitus.Hoc enim domes* 
ticis confitebatur, se Dominum precari, ut 
vel dissenteria, v^l febri urgente moreretur, 
quod hae valetudines nec memoriam tur- 
bent, nec loqoelam iinplicent; De pontifibut 
Angliae^ \,\, p. 133. 

(3) Fr^re de Tordre de Saint-Jean ; du 
Gange ne doDne que la forme Johannila: 
peut-^tre en esl-ce ici une nouvelie qui 
appartient k la troisidme declinaison. 



— 255 — 

Christe , virtus , laus et decus Beatorum omnium , 

da Lanfranco patris tui possidere gaudium , 

ut te ducem laureatus habeat perpetuum ! Amen , amen ! 

Chant sur la conquSte de JerUsaiem (1 ). 

Hierusalem (1. Jherusalem) laetare , 
quae flebas tam amare , 
dum serva tenebare. 
Jherusalem , exulta ! 

Namque diu servisti 
Turcis sub quis fuisti 
post mortem J(h)esu Christi. 
Jherusalem , exulta ! 

Fletu , movisti regem 
qui , ne nil veri negem , 



(i) B. R. no 5132 (XUIe si^cle), foh ^ , ad Vikionehi pdcis veniamus, ibiqoe aspectu 

ro. Gette pi^ce se trouve k la fin de gloriae ejus sine fine satiemus! Item item- 

VHiiloria hierosolymitanat pHT fiSiiiAnnii qoe, etikm atque etiam laetando cum 

de Aguilers (d'Agiles), chapelain du Jherusalem, cantemus in laude ejus boc 

comte de Toulouse, et ensuite cbanoine da cujusdam pbiloso^hi descriplum carmen 

Puy; elle n'est ni dans 1'^dition au'en a canorum. Dans son Gedichle dei Mittel- 

donn^e Bongars , Geita Dei per Francoi , altert auf KOnig Friedrich /, p. 72, 

p. 139, ni dans les variantes ins^r^es ^)ar M. J. Grimm a publi^, d'apr6s le ms. de 

Barthius, dans Ludwigt, Reliquiae ma- Munich , dout nous avons deji parl^, le 

nuicriptorum medii aevi , t. 111, p. 230. commencement d'un autre chant, mais 

On lit en t^te : Laetare Jherusalem et diein certainement plus moderne , sur la prise de 

festum age cum omni cbristiana plebe de J^rusalem. "Ce frjtgment est trop court pour 

tua liberatione et frequeutatione qua dein- que nous ayons cherch^ k en d^terminer le 

ceps frequentaberis, atque, ut mafer rhythme; nous le r^imprimoos avec les 

caeterarum ecclesiarum, ab omnibus fiiiis divisions adoplees par le savant philologue ; 

tuis honoraberiS. Quae enim dieS Celebrior Exultenm. et cantemus cantlcum victorUe , 

eSt habenda quam ista tOt anniS desiderata, et clamemus, quas debemus, laudea rcgl gloriae, 

qua antiqua miracula sunt renoVata et qui «aivavit urbem David a Pa^anu ; 

. . . ^ . . hodie festum airitur, dies recolitur, 

repromissionis terra per qumquenium ex- m quaDagon frangitur, 

pUgnata ? Tua maenia SUnt JudaeiS VeriS , natus Apar pellltur, AWmelech vincitur, 

hoC est COnfeSSOribuS VeriS, patefacla. Si JerusalemeripituretChristianisredditur, etc, ctc, 

enim falsi Judaei de quibusdam successibus La suile n'apparlient pas certainement k la 

suis festa celebrant, qnanto magis culto- In^me p^^ce, rquoique M. Grimm ne Tait 

ribus verae coufessionis solemnitas haec pas indique et qu'il soit par cons^quent 

generalis victoriae est agenda? Slt laos fort proi)able quMl nc se trouve aucune 

aeterno regi Christo, ad quem spectat division dans le ms. 
omnis nostra intentio, qua inlendimus ut 



— 256 — 

proposuit hanc legem : 
Jherusalem , exulta ! 

Ut concio fidelis , 
si vult potiri coelis , 
curet accingi telis : 
Jherusalem ! exulta ! 

Ut perimat tyrannos , 
qui per tam multos annos , 
vexarunt Christianos : 
Jherusalem, exulta! 

Ut locus suae mortis , 
nobis per fidem ortis , 
propriae fiat sortis : 
Jherusalem, exulta! 

Vera res est et nota ^ 
non est Deo devota , 
gens non ad haec com(m)ota. 
Jherusalem, exulta! 

Hoc praemium rex dabit , 
quod se manifestabit 
huic qui bene pugnabit. 
Jherusalem, exulta ! 

Cur ergo creatura 
non militet secura , 
eum sit hoc adeptura? 
Jherusalem , exulta ! 

Quam bene servit patri , 
proles devota matri, 
sic placitura fratri ! 
Jherusalem! exulta! 

Christe , tuis es pater ; 
ipsi sunt tibi mater; 



— 257 — 

his tu soror et frater. 
Jherusalem , exulta ! 

Nati , parete patri ; 
fili , sucurre matri 5 
fratres, servite fratri. 
Jherusalem , exulta ! 

Urbs regia , gaudeto ; 
corde resulta laeto, 
et secura maneto ! 
Jherusalem, exulta ! 

Rex praecipit ut gentes , 
gladiis renitentes , 
te visitent gaudentes : 
Jherusalem , exulta ! 

Procedant ipsae tute , 
signo crucis indutae , 
coeli regem secutae! 
Jherusalem, exulta ! 

Lancea regis coeh 
genti datur fideli , 
utsit morsinfideli. 
Jherusalem , exulta ! 

Coetus Christianorum , 
pro vobis stant cunctorum 
catervae Superorum. 
Jherusalem , exulta ! 

Quidigitur timetis! 
Nonne plane videtis 
quae dona capietis ? 
Jherusalem , exulta ! 

Jussa regis complentur ; 
finli (1. singuH?) gratulenlur 

17 



— 258 — 

per quos hostes delentur. 
Jherusalem , exulta ! 

Rex pugnat et praecedit j 
sic mors neminem laedit, 
qui moritur dum cedit. 
Jherusalem , exulta ! 

mira lex vivendi ! 
De casu moriendi 
vis oritur nascendi. 
Jherusalem , exulta ! 

Jherusalem terrestris , 
principium coelestis , 
laetare novis festis ! 
Jherusalem, exulta ! 

Felix est ille mensis , 
quo te tuorum ensis , 
eruitab infen^s! 
Jherusalem , exulta ! 

Juniusobsidendi, 
julius capiendi 
jus dedit et gaudendi. 
Jherusalem, exulta! 

Ab ortu Redemptoris , 
ad hoc tempus honoris, 
certis maturis horis , 
Jherusalem , exulta ! 

Anni centeni fructus , 
undecies reductus, 
diluit omnis (1. omnes ?) luctus. 
Jherusalem , exulta ! 

Sexta die suspensus •, 
sexta fuit defensus 



— 259 — 

ejus locus immensus. 
Jherusalem , exulta ! 

Meridies dum splendet, 
Christus in cruce pendet , 
ut sic suos emendet. 
Jherusalem , exulta ! 

Urbs capitur hac (h)ora •, 
nuUa sit ergo mora , 
nostra sit vox canora ! 
Jherusalem, exulta! 

Ut ipse dux laudetur , 
quid facit ut vivetur 
urbs ejus et laetetur. 
Jherusalem, exulta! 

Rivi fluunt cruoris , 
Jherusalem in [hjoris (1), 
dum perit gens erroris. 
Jherusalem , exulta ! 

Et templi pavimentum 
eificitur cruentum 
cruore morientum. 
Jherusalem , exulta ! 

Ipsi traduntur igni 5 
vos gaudete , Benigni , 
nam pereunt maligni. 
Jherusalem, exulta! 

Cessit invasor reus; 

pulsus dolet Judaeus ; 

qui regnat (2) Christus Deus. 



U) II y a dans le ms. minoris, mais il (2) Tenet dans le texle iregnat est une 
donne lui-m^roe la variante in [h]oris, Tariante. 



— 260 — 

Jherusalem , exulta 1 

Sit gloria spelaeo , 
unde surrexit leo , 
suscitatus a Deo (1). 
Jherusalem, exulta! 

Chant funebre sur la mort de Charles le hon , comte de 

Flandres (2). 

Huc ades , Calliope , 
viresmihi suggere! 
Carmen fingo lugubre 
nobili de principe. 

Quem produxit Dacia 
satum stirpe regia ; 
mater fuit Mhala (3), 

(1) Le ms. donne en variante jam jM>(«(tfr pium, servus dominum sceleralissime de- 
Xrophaeo truncat ; De vHa Lvdovici grossi , regis 

(2) D»ns BaWerlc, Chronicm, p. 385, Francorum i^n, le Rerum gaUiearum 
ed de M. Le 61.^. Charles le bon fut 'ortplore,. l. XII , p. M. CeWe mort «tait 
assassinA k Bruges, dans l'(!gllse Saint- ''f »«"«?« «n «ijet de traduions popala.res, 
ttonatien, le « mars 11S7. Suger, qui de- f» .. »"'"»1 '« BtbMheca Mgteaie Va- 
vSt «tre parfaitemeDt instruit de toutes les «""' ^ndreas, une version «a.t fort c^- 
circonstancesdesamort.lesraconteainsi : Ife fous to nom de Foretttcrum fabella. 
Flmosus comes, yir poJentissimus, Caro- " «' 5»«»"«», ^» ces trad.Uons dans la 
108, de amita d<inini Jegis Ludovici , Da- Chromque «» langue flamande. .mpna.«e 
Zim regi» filiu», cum successisset jure * Anvers, en 1S3J, et le Vvla San^lorum, 
consangutoilaUs foAissimo comiti Balduiuo, ■»"». '• L P- «f . "»"» »T",v'"h ^ 
hierosdymitani Roberti fllio , Flandriae ava.t sur ce sujet une sorte d'act.on dra- 
lerram ralde populosam tam strenue quam ,'»»1'3"«'.?"' <^i<»""\ » Bruges. pendant 
Snter adZistrabat. . . . Cum igitur le XVe s.*cle Au reste , les quatre p.6ces 
quadam die Brngas venisset , summo mane <i«e "ous pabhons sont la meHleure preuve 
Sae Dei ^istens, pavimento pros- de la populanrt dont Charles le bon 

tTatus, librum orationiii manu lenens 1»"'^''' ? ^1*",^?.=,"?"' J^^T/r^^.M 

orabat : cum subito Bncbardus quidam , qneHe autorU* VButotre WWe deja 

Sepos praeposili praefati (brugensis eccle- France t. XI, p. 157, les attiibue 4 Mi- 

sia^, satelles truculentus, cum aliis de ter» : .1 eu exisla.t cerU.nement dautres, 

eadem sceleratissima radice, et aliis tradi- f<"^«« » conl.nuat.on de la Chron.tgue 

tionis pessimae complicibus , oranti , immo <le Balder.c par e dans le ch. xiv de poerr.es 

Deoloquenli, taciterelrocedit,et, caute melnett ver$tbiu. 

gladio evaginato, collam terrae prostratum (3) Adfele; elie etail soeur utirine de 

comitis suavissime tangens , ut paululum Berlhe , lille de Ftorent , premier comte de 

erectum ferienlis gladio se inopinatc diri- Hollande , ct femmc de Pbilippe I , roi dc 

geret, cnsem ei applicans, uno iclu implus France. 



— :>01 — 

Frisionis filia. 

Pater cujus hostia 
factus in ecclesia , 
mortem pro justitia 
pertulitin Dacia (1). 

Noster autem Carolus , 
clam sublatus hostibus , 
fugit ad avunculum , 
comitem Flandrensium. 

In qua proles regia 
marchionis curia , 
crevit sapientia , 
atque morum gratia. 

Ubi vero inclytus 
obiit avunculus, 
Balduinum patrio 
statuunt in solio. 

Hic vicinis regibus 
terror fuit omnibus , 
cultor suae patriae , 
hostis injustitiae. 

Morbo insanabiii 
fracta came fragiJi , 
Sithiu (2) fit monachus, 
et successit Carolus. 

Quo regnante , Flandria 
viguit militia 5 
cujus sub imperio , 
floruit religio. 



(i) Saint Knut (IV) > mort martyr en nasl^re de Saint-Bertin , dans le d^parle- 
1074. ment du Pas-de-Calais. 

(2) Sithieu est Tancien nom du c^l^bre mo' 



— 262 — 

Auxit patrum gloriam , 
comitum potentiam ^ 
plurimas flandrensibus 
terras junxit fmibus. 

Heu ! heu ! Magne marchio , 
digne regni solio •, 
forma digna principe , 
digna tanto nomine! 

Heu ! Pater Ecclesiae , 
nostrae decus Flandriae , 
ultor injustitiae 
et munimen Franciae ! 

Dux bonorum praevius , 
cleri defensor pius , 
monachorum clypeus , 
terror malis omnibus ! 

Te Flandrorum comite , 
quiescebant semitae j 
nec audd)at quis tuam 
conturbare patriam. 

Praeda nunc efBcimur, 
undique diripimur ; 
fit , pastore mortuo , 
ovium direptio. 

Nemo justum sequitur, 
paxque tecum moritur, 
et , abscisso capite , 
membra pugnant undique. 

Dole, plange, Flandria , 
quasi patrem filia ; 
nulla sunt solatia, 
perit tua gioria. 



— 26S — 

Ad lamentum convoca 
quaeque regna proxima , 
et ad tua funera 
planctus pulset aethera ! 

€um facit justitiam 
passus est invidiam , 
et pro causa pauperum 
pertulit martyrium. 

Ergo pro justiUa 
coronaturgloria, 
et laetandum potius , 
sed tamen non possumus. 

Cogit nos continuo 
flere desolatio ^ 
cujus in absentia 
conturbantur omnia. 

Flent Pontus , et Anglia , 
totaque Normannia ^ 
te (1. tu) plus his, 6 Franeia ? 
sed minus quam Flandria. 

Flandria , tu misera , 
tua tundepectora^ 
scinde genas unguibus , 
neque parcas fletibus ! 

Hinc dolet Italia , 
totaque Sicilia , 
duraque Germannia , 
atque Lotharingia. 

Nostra nam miseria 
terrae pulsat intima , 
doletque cum Dacia 
Thule remotissima. 



— 264 — 

Glaciaiis Rhodope 
stupet tanto scelere , 
geticusque Ismarus , 
et exclusa Bosphorus (1). 

Ploret et Hispania , 
juncta cum Galatia ^ 
nec laetetur Graecia^ 
lacrymante Flandria. 

Flandrenses miseri , 
porta patens Inferi 
devoret vos penitus 
nec evomat amplius I 

Quae vos , Servi , furia 
compulit ad taha ? 
Sicut Judas proprium 
tradidistis dominum. 

Superatis nimium 
facinus Lemniadum , 
Danaique funera 
vestra vincunt scelera. 

Ergo Judae perditi 
facti estis socii ; 
secum in supplicio 
vos expectat mansio. 

Imo pene miserum 
fecistis innoxium ; 



(I) Le Rhodope etait une partie de la 'IXioeev (U (pspwv dvcjto; Ktxovefffft weXaef- 

Thrace, situ^e sur la rive droite du Nestus, iaji.ap<i>. [957 

aujourd*hui le Karasu , qui s'appelle main- Odyuie 1 ix v 39 ' 

i^i^mi Detpok^imDetpoHDagVhmaru» i, 5,-1 ^^ ^^^^ j^j du* Boiphore* de 

est uiie yille de Thrace . nomm^e par quel- xhrace ; Fexpression exclusa Botphorus se 

ques dcrivains Ctconum opptdum dont li irouve dans Sulpice Severe, De miraculit 

est d^ji queslion dans les Homdndes : ^ Martini , dial. m , par. W 



— 265 — 

tradens enim Dominum , 
implet vaticinium ^ 

Multis quippe profuit 
Dominum quod tradidit ^ 
sed vestra traditio 
multis est perditio. 

Fuit ergo nescius 
quod prodesset pluribus ; 
sed vestra vesania 
multis erit noxia. 

Quae jam vestro sceleri 
poena possit fieri ? 
Quaerere non desino , 
nec tamen invenio. 

Non est tam sacrilego 
poena digna populo ^ 
vos expectant omnia 
tormentorum genera. 

Tantalus purgatus est ^ 
vester ejus locus est ; 
et nocentum agmina 
cedunt vobis omnia. 

Ixion jam exsilit , 
rotam vobis deserit ; 
saxumque volubile 
vos oportet volvere. 

Stupet mundi machina , 
pavent Ditis abdita^ 
horrent coeli sidera 
tam nefanda scelera. 

Et nos exhorrescimus , 
unde finem facimus 



— 266 — 

ne sordescant saecula 
ialium memoria. 

Autre 9ur le mSme sujet {i ). 

Proh dolor ! Ducem Flandriae , 
et defensorem Ecclesiae , 
bonum tutorem patriae 
et cultorem justitiae, 

Traditorum versutia , 
impiorum nequitia, 
plena gravi invidia , 
peremit pro justitia. 

infelix Flandria (2) ! 
crudelis , 6 impia ! 
Quae te cepit dementia ? 
Quae perversa nequitia , 

Ut ducem tuum spemeres, 
mortem illius quaereres 
et laqueos praetenderes , 
protectorem perimeres ? 

Tu per eum florueras , 

et decorem indueras , 

primatum obtinueras , 

mHltis (1. multos) honore praeeras. 

Sed , quia fornicata es , 
praevaricatrix facta es , 



(1) Les trois autres pi^cesont ^t^ publi^s le rhythme est le in6me : elies sont en qua- 

dans Martenne, Amplissima collecHo, t. traini moiiorimQS, dont chaqueligne a hui 

VI, col. 1134-1138, etdanslUcto Sanetorwnt syllabes. 

mars, 1. 1, p. 219-230. Si elles ne sont pas ,At wi n u x .. >• 

du mdme auteur, elles ont probablementlS^ J*LV "?°^* "■'' ^^^^^ * ^"* *'^'' 

faites k llmitation les unes des autres, car P®«'^"« '**• 



— 267 — 

et non audenda ausa es ; 
prae caeteris spernenda es. 

infelix ! misera , 
crudelis et pestifera ! 
Cur intulisti vulnera , 
patris fundendo viscera? 

Cur hoc scelus perpetrasti? 
Pacis jura conturbasti , 
justitiam violasti , 
patrem tuum jugulasti. 

Quid vobis deerat, Impii (1) 
crudeiitatis filii, 
tanti sceleris conscii , 
timoris Dei nescii. 

Non aurum, vestes, praedia, 
non equorum subsidia : 
ergo pro multa copia 
perpetratis flagitia. 

moerore plena dies , 
nostri luctus materies , 
qua finitur nostra quies , 
per malignas progenies ! 

Omni privanda lumine , 

tetro fuscanda turbine , 

quo patriae (1. qua patria) munimine 

privatur et regimine. 

Impudens luge Flandria , 

gravi digna miseria ! I 

Tibi manent supplicia 

mortis inscrutabilia. 



(1) Getle ligne a une syllabe de trop que raisait sans doule disparattre la contraction 

«le deerat. 



— 268 — 

Prius eras praecipua , 
modo facta es fatua , 
exigente culpa tua , 
strages reddetur mutua. 



AiUre complainte sur le mime sujei. 

Carole , gemma comitum , 
dux inclyte , flos militum , 
te dolemus immeritum 
pertulisse interitum ! 

Cujusprudensmodestia , 
et solers vigilantia , 
soUicite pro patria 
tuta servabat omnia. 

Te exhorrebant impii , 
amabant patris fllii ; 
bonis locus refugii, 
malis eras supplicii. 

Te luget dulcis Gaflia , 
pro te gemit Burgundia , 
et proxima Britannia , 
insuper nostra patria. 

Quae , lacrymarum flumine 
exuberans sine fine, 
flet , vacua regimine , 
privata et munimine (1). 

0(h) ! quam bona constantial 
Quam constans patientia ! 



(1) Gclte slropbe montre que ce chanl dut bon , et rappelle ravanUderuiere strophe de 
suivre de tr^s-pr^s la mort de Gbarles le la page pr^c^ente. 



— 269 — 

Moritur pro justitia , 

per quem constabat patria. 

Cum esset in ecclesia , 
intentus in psalmodia , 
orans Deum mente pia , 
emersit cohors impia. 

Mox exeruntur gladii •, 
jugulant patrem filii ] 
perimuntur innoxii 
una quatuor filii. 

Junguntur amore pio , 
mortis dantur exitio : 
eorum internecio 
fit Flandriae confusio. 

Hic cum duobus filiis 
pater truncatur gladiis ^ 
qui , eruti ab impiis , 
coeli fruuntur gaudiis. 

Mox istorum cognatio , 
compatiens exitio , 
luget , gemit corde pio , 
ut exigit conditio. 

Cesset amodo luere , 
studeat preces fundere •, 
constat animas quaerere 
juvari precum munere. 

Pia Dei clementia , 
caesos pro tua gratia 
transfer ad coeli gaudia, 
ut tecum sint in gloria. Amen 



— 270 — 

Complainte sur la vengeance de la mort de Charles le bon , 

comte de Flandre (1). 

Descripta morte consulis 
cunctis invisa populis , 
lacrymis flenda sedulis 
et inaudita saeculis ^ 

Describuntur crudelia 
impiorum supplicia , 
quae pro sua nequitia 
pertulerunt in Flandria. 

Justa Dei potentia 
volens tanta flagitia , 
suppliciis obnoxia , 
puniri cum justitia ^ 

Mittit ab austro indicem (1. judicem), 
justitiae opificem 



(1) Sa mort fut vebg^ la m^me ann^e; masticando devorabat : aliquando etiam, 

voici le recit de Suger : Jam ergo de vita quod borribile dictu est , stercorabat ; sic- 

eis desperantibus, cum jam in luctum ver- que miseram vitam, miserior miserrimo, 

teretur cythara eorum , et organum eorum morte perpetua terminavit. Quos autem in 

invocem flentium, nequissimus Buchardus, turre incluserat multis angustiis ad deditio- 

sociorum ccmsensu fuga lapsas, terram exi- nem cogens, sigiliatim unum post allum co- 

re volens nec valens, sola iniquitate pro- ram suis fractis cervicibus dejecit. Qnem- 

pria prohibente, in firmitate cujusdam amici dam eliam eorum , Isaac nomine , timore 

et familiaris reversus, interceptus Regis mortis in monasterio quodam tonsoratnm, 

imperio , exquisilo miserae mortis genere , demohachatum patibulo affixit. Potitns ila-- 

alta rota superligatus , corvorum et alitum que brugensi victoria, Rex cum suis Ipram, 

rapacitati expositus, desuper oculis defossus peroptimum castrum contra Guillelmun) 

et tota facie dilaceratus, inferiorum sagit> baslardum, proditionis fautorem, ut et in 

tis et lanceis et jaculis millies perioratus , eum ulciscatur, accelerat. Brugenses tam 

miserrime interfectus, in cloacam projectus minis quam blanditiis , directis ad eos nuu' 

est. Bertoldus iflliat Bertulfus) vero caput tiis, allicit. Dumque Guillelmus cum trecen- 

iniquitatis cum simiiiter eCTugere decrevis- tis militibus ei obviat, altera pars regails 

set, cum huc illucque deambulasset, sola exercitus in eum irruit; altera ex obiiquo, 

superbia reversus (dicebat enSm : Quis ego alia porta , castellum audacter occupat ; 

autquid ego sum?) , etiam capitur et, Regis eoque relento, Guillelmum a tota Flandria 

arbitrio expositus, merita et misefrima exhaeredatum exterminat; De vita Ludo- 

morte estdamnatus. Furcis enimcumcane vici grottij regit Francorum; dans le 

suspensus, quoties canis percutiebatur , in Rerum gallicarum teriptorety t. XII, 

eum iram retorquens, totam faciem ejus p. 55. 



— 271 — 

et nequitiae vindicem, 
qui impiis reddat vicem. 

Venit igitur Franciae 
rex , provisurus patriae , 
inimicus nequiUae , 
et amicus justitiae. 

Init grande consilium 
qualiter agmen impium 
puniat , quod dissidium 
fecit per homicidium. 

Cum principibus loquitur , 
denefandisconqueritur, 
consilium revolvitur , 
sanum tandem suggeritur. 

Hortantur mentem regiam , 
ut transeat in Flandriam , 
punitura nefariam 
nefandorum nequitiam. 

Rex fretus hoc consilio 

illuc et cum corsortio (1. consortio), 

hos daturus exitio 

opere pro nefario. 

Hoc audientes noxii 
iniquitatis filii , 
quaerunt locum refugii , 
vim timentes imperii. 

Intrant castrumtutissimum, 
ad bellandum aptissimum, 
cor habentes promptissimum 
tueri nefas pessimum. 

Sed Isaac subtractus est, 
monachus srmulatus est . 



— 272 — 

ovina pelle tectus est , 
qui ferox lupus intus est. 

Captus fatetur peccasse , 

tantum scelus perpettasse (1. perpetrasse) , 

mortem comitis tractasse , 

cum debuit honorasse. 

Ore suo convincitur, 
ad tormentum deducitur , 
sic in altum suspenditur ^ 
quod meruit assequitur. 

Intrat ergo Rex Flandriam, 
cohortem quaerens impiam, 
de his per Dei gratiam 
expleturus justitiam. 

Venit potestas regia ^ 
machinis vallat moenia , 
aggreditur palatia 
quibus latet gens impia. 

Utrinque bellum geritur, 

hostis hostem aggreditur ; 

alter mucione (I. mucrone) caeditur, 

alterjaculofigitur. 

Istis dat vires caritas , 
illis crescit debilitas ; 
his animum dat aequitas , 
illis tollit iniquitas. 

Qui , privati consilio , 
desperant de auxilio *, 
tanto pro homicidio 
dari timent exitio. 

Caput hujus nequitiae , 
nullius dignum veniae , 



"^- * >^-.^-.-— ■>■ — 



— 273 — 

per fenestram maceriae 
dimittitm* ab acie. 

Dum desperat de venia , 
cogente conscientia , 
fugit nequam per devia , 
mortis timens exitia. 

Huc et illuc progreditur , 
fugere mortem nititur ; 
sed latere non fruitur 
qui hoc scelere premitur. 

Compertum est praepositum , 
sic latenter expositum 
fugisse , ne interitum 
subeat propter meritum. 

Passim per terras quaeritur, 
tandem repertus capitur, 
ad judicium trahitur, 
quod promeruit patitur. 

Tortores tenentes eum , 
ponunt in collo laqueum ; 
trahitur ad equuleum : 
talis poena decet reum. 

In equuleo ponitur 5 
pugnis, fustibuscaeditur; 
saeva ilagella patitur : 
sic cruciatus moritur. 

Iste postquam mortuus est , 
patibulo suspensus est : 
ita tractari dignus est , 
qui proditor probatus est. 

Redeamus ad alios 
iniquitatis Olios , 



18 



— 274 — 

proditionis conscios , 
prae onmibus nefarios. 

Audita fama miseri 

de capite sic fieri , 

non cessant intus conqueri , 

sic intuentes conteri. 

Burgardus mox exponitur : 
fugiens errat, capitur; 
captus ad mortem trahitur ^ 
rotae suspensus moritur. 

Audiens cohors impia 
et hunc peti supplicia , 
desperando de venia , 
reddit castelli moenia. 

Intrat castrum rex inclytus, 
et ipsius exercitus, 
de consule sollicitus , 
currit fundendo gemitus. 

Adducit tradi tumulum , 
gemitum promens querulum 
flet , plangit gemmam consuium , 
bene regeoitem populum. 

His expletis doloribus 
et captis proditoribus , 
ailigantur compedibus, 
mancipandi tortoribus. 

Tractatur de supplicio ; 
exquiritur confusio ; 
placet yultui regio , 
hos mori praecipitio. 

Ruunt ab arcis solio , 
mortis dantur exitio : 



— 275 -' 

hoc sunt digni supplicio, 
quibus placet proditio. 

Jppel des Bretons aux armes{\). 

Trucidare Saxones soliti Cambrenses 
ad cognatos Britones et Cornubienses ; 
requirunt ut veniant per acutos enses 
ad debellandos inimicos saxonienses. 

Venite jam strenue loricis armati *, 
sunt pars magna Saxonum mutuo necati ; 
erit pars residua per nos trucidati : 
nunc documenta date qua sitis origine nati. 

Mellinus (2) veredicus nunquam dixit vanum , 
expellendum populum praedixit vesanum (3) ; 
et nos (1. vos) hoc consilium non servatis sanum , 
[s]cermte fallaces quorum genus omne profanum. 

Praedecessor validus rex magnus Arturus 
si vixisset hodie , fuissem securus ; 
nullus ei Saxonum restitisset murus : 
esset ei (1. eis) sicut meruerunt in prece durus. 

Procuret Omnipotens sibi successorem , 

saltem sibi similem, nollem meliorem , 

qui tollat Britonibus antiquum dolorem 

et sibi restituat propriam propriaeque decorem ! 

Hoc Art[h]uri patruus velit impetrare , 



(1) B. de Leyde , fonds de Vossius, no i04 
(Xnie si^cle) , foj. 144 , ro. Getle pi^ce a 
d«ja ^t^ publi^e par M. Wrigbt, PoliUcal 
iongs^ p. 56 ; mais nous devons a ia copie 
que M. Geel a bien vouhi nous transmettre 
avec la plus aimable obiigeance, de pou- 
voir introduire quelques am^iiorations dans 
son texte. La pitee ne peut pas ^tro bien 
ant^rieure au ms. , puisqu'il y est queslion 



de la grande reputation de bravoure que 
8'6tait acquise Richard G(cur-de-Lion. 

(3) Meriin ; dans nos plus vieux romans 
carlingiens» on trouve souvent, par une 
corruption semblable, Kallemaine pour 
Karlemaine. 

(3) Vexanum dans le wa&. , mais le x avait 
souvent , pendant le moyen dge, le son d'un 
s fortement prononc^. 



— 276 — 

sanctus Dam (1) maximus anglum ultra mare ^ 
scimus festum martis (1. martiis) kalendis instare ^ 
ad natale solum Britones studeat revocare! 

Virtuosos filii patres immittantur (1. imitentur?); 
sic Arturum Britones virtute sequantur 5 
quamprobo (l.probi?), quamstrenuo(l. strenui?)monstrent, 
ut fuit Arturus sic victores habeantur! [procreantur ; 

Regnabat Parisiis potestas romana, 
FroUo, gigas strenuus, cujus mons ursana (2), 
hunc Arturus perinut, credit fides sana ; 
testis tentorium sit et insula parisiana (3) ! 

Insanit qui Britones necat generosos : 
videtur quod habeat sic eos exosos ; 
namque per invidiam clamat odiosos , 
semper et assidue quos audit victoriosos. 

(1) Cet hemistiche a , comme on voit , partibus stelerunl , conrestim subdenles 

une syllabe de trop peu; M. Wright a im- equis calcaria, sese maximis ictibus per- 

prim^ quidam : Galfredus de Monmouth ne cusserunt. At Arturus gestans cautius 

nomme pas le beau-p^re d'Artur , il dit lanceam , Fiollouem in summitale pectoris 

seuiement que sa femme s'appelait Ganhu- infixit, ejusque telo vitato, quantum vigor 

mara. sinebat, illum in terram prostravit. Evagi- 

(«) Ce mot, qui se trouve aussi dans le «alo quoque ense festinabat eum ferire, 

lexte de M. Wright, manque dans tous les cum Flollo velocius ereclus, praelensa 

glossaires, et nous en ignorons la signifi- ^ancea occurrit, illatoque intra peciusequi 

caiion : c'est peut-6tre un nom de lieu. Arluri lethifero vulnere, utrumque concidere 

Gauue avoit nom France o«i jor ; «oegit. Britones ut prostratum regem vide- 

8i n'i avoit roi ne signor, ruut , timeutes eum pcremptum esse , vix 

Romains en demaine ravoient poluerunt retineri, quiu Tupto foederc in 

et en demaine le tenoient : ^ n ••»•«*. j 

En garde ert a Vroiie livree, Gallos unauimiter irruereut. At dum metam 

et n 1'avoit lonc tana gardee. pacls jam egredl medltarentur , erectus est 

Brutj V. 10158. ocyus Arturus. {«'aetensoque clypeo immi- 

Galfredus de Monmouth l'appeile FMlo, nenlem sibi Flollonem cito cursu pelivil. 

1. IX, ch. II , p. 168, <ki. de M. GiUes. * Instanies igilur cominus, mutuosiclus iu- 

(3) Ea vons ie« denx vassax armes geminant, alter ueci alterius insistens. 

et dedens i'iiie, ei prc entres. Deuique Flollo iuvento aditu , percussil 

Brul , V. 10276. Arturum in frontem, et, nisi collisione cas- 

Voici comme Galfredus de Monmoulh ra- sidis mucronem hebetasset , roortiferum 

conle ce combat ; loc, cit. : Dato igitur ab vulnus forsitan intulissel. Mananle ergo 

ntraqoe parte foedere , oonveniunt uterqne sanguine , cum Arturus loricam et clypenm 

in insHlam quae erat extra civitatem , po- rubere vidisset , ardentiori ira succensus 

pulo expectante quid de eis fulurum erat. est atque, erecto totis viribus Caliburno, 

Ambo erant decenier armati : super equos iropressit eum per galeam in caput Fiol- 

etiam mirae velocitalis sedentes : nec erat lonis , quod in duas partes dissecuit. Quo 

promptum dignoscere utri triumphus prove- vulnere cecidit Fiollo , tellnrem calcaneis 

nirel. Ut itaque erectis lanceis in adversis pulsans, etspiritum in auras emisit. 



— 277 — 

Ex hac gente quatuor sunt impe[t]ratores , 
Arturus, Broiusius(l), fortes bellatores, 
Constantinus (2) , Brennius (3) , fere fortiores 
hi monarchiam tenuerunt ut probiores. 

Solum suum Karolum Francia praejectat(4) 
et Ricardum Anglia probitate jactat; 
paucitatem numerus major labefactat , 
virtutem regis quia quadrupla gloria mactat. 

Istis , suis finibus contigit regnare ; 
illis, duces , praesides , reges triumphare, 
quibus nuUo merito se possint aequare : 
€st quam regnare longe plus induperare. 



Chant sur l*enlevement de ff^aldemar II^ roi de Danemark (5) 

Plange, PrimatusDaciae, 



(i) Broimiut dans l'^iUoD de M. Wright ; 
Brianut, neveu de Cadwallo qii'il r^tablit 
daos 800 royaume apres avoir chass^ Edwi- 
uus et tu^ reochaDteur Pelitus, aurait une 
syllabe de trop peu ; il s'agit doDc proba- 
Uement d'Jin-H&ro««tt«,ou Emrys, le qua- 
tre-viogt-quatri^me roi de la Graode- 
Bretagne« qui lua Vortigero et mourut vers 
Pan 500 de notre dre. 

(3) Gonstantin appartenait k la Bretagne 
par sa m^e , sainte Hel^ne ; sa m^moire y 
^it devenue fort populaire : 

Costantins fU de grant justice 
et mult ama toute francise : 
Autreteus fu en sa Jonnece, 
com altre sont en lor viellece. 
Les Bretons ama por sa mere 
et les Bomains par son pere. 

Brut, V. 5802. 
Sa bravoure ^tait devenue proverbiale, 
car on lit dans le BomoM d*Alixandre, 
p. 137 , V. 15, <kl. de M. Micbelant : 

Qoar aini mins ne feri Costentins de Bretagne , 
Ne cU de Durendal qui fu ni^s Cariemagne. 

(3) Uretimt avec no sigoe d'abr^viatioa 
dans la copie de M. Geel : jious avions 
d'abord pens^ k une corroption d'Uterut 
Pendragon , p6re d'Artur , ou d'Urianfit , 
son Ir^re; mais M. Wright a imprime 
Brenniut , et cette le^on nous semble plus 
probable , puisque les Bretons comptaient 
avec orgueil Brenniut parmi leurs plos 
grands capilaines : 



Inclyta fulsit 
Posteritaa daclbus tantis , tot dives alnmnis , 
Tot foecnnda viris , premerent qui viribus orbem 
Et fama veteres. Hinc Constantinus adeptus 
Imperium , Romam tenuit , Bysantion auxit : 
Hinc Senonum ductor captiva Urennius urbe 
Romnleas domuit flammia victricibus arces : 
Hinc et scaeva satus , pars non obscura tumnltus 
Civilis , Maf^um solus qui mole soluta 
Obsedit , meliorque stetit pro Caesare murus : 
Flos refcum Artliurus, cujus tamen acta stupori 
Non micuere minus , totus quod in aure voluptas 
£t populo piaudente favus. 

Josephus Iscanius, Jntioeheit, cit^ 
par Gamden, Remaint eoneeming 
Britain, p. 410 , M. de 1674. 

(4) Ce verbe manque dans la nouvelle 
Mition de du Cange ; T^tymologie et la riroe 
indiquent praejactat, mais nous n'avons 
renconlr^ non plus aucun exemple de cette 
forme. 

(5) Ce chant a etd publi^ par Hvitfeld, 
Jkmmarckit rigit krOnnicke, 1. 1 , p. 188, 
qui s'est born^ k ^crire en tdte cus deux 
lignes : Om deris fengsel finder jeg en 
Ptanctum oc nogle gamle Yers , giort effler 
den tids stiji. Isaac Pontanus l'a imprimd 
aussi , probablement d'apr^8 un autre ms. 
moius correct , dans le Rerum danicorum 
hittoriae , I. vi , p. 510. L'enl^vement eut 
lieu pendant une partie de cbasse , daos 1» 
nuil du 6 au 7 mai 1323, par Heon, comte 
de Schwerio ; il emmena d'abord soo pri- 
soooier k Daooeberget ensuite k Schweno. 



— 278 — 

quondam clarus in acie , 
sed nunc tua militia 
vili torpet pigrltia. 

Rex tuus furtim toUitur , 
saevus hostis extoUitur : 
o maris acris specula , 
cave mortis pericula I 

Mare piratis scaturit^ 
fures spelunca parturit; 
horret nemus latronibus ^ 
campus patet praedonibus. 

Pater, inquam, claustralium (1 ) , 
pax exulat ruralium ^ 
premit egenum impius^ 
rebus spoh'atur pius. 

Omnis dolet religio , 
novo stupens prodigio ; 
deplorat infortunium 
et infaustum augurium. 

Munus rusticorum ruit ; 
totus orbis cohorruit, 
detestans pseudocomitis 
scelus nefandi criminis. 

Novus Judas invaluit, 
contra pios praevaluit^ 
invisus Christi nomine 



Toales les circenslaDces qui se rattacbent 
k ce suigalier ^y^nenient sont assez olis- 
cures; on sait seulement que le pape 
HoDorius UI, intervint de la mani^e la 
plns actire (Yoyez. Rajnaldus, AnncUeg 
eeclesiasiieiy t. III, annto 1323); il alla 
jusqu'^ dire dans une leltre k Tempereur : 
NoB tibi suggerimus hoc exemplo , ul occi- 
das eomitem memoratum ; dans Suhm , 



Critiske historie af Danmark i den 
hedenske tid, t. IX, p. 788. Waldemar 
ne recouvra sa libertd qu'en yertu d'uD 
trait^, sign^ le 34 juillet 1334, que Leibuiiz 
a publid dans VOrigines guel/icae , t. IV, 
pr^face, p, 89. 

(t) Cest la le^n des deux ms. ; peut^ 
^tre faut~il corriger le premier mot et lire 
Campus, inquam^ clauitralium. 



— 279 — 

seduxit christos Domini (1 ). 

Venit pacis sub specie, 
fultus turba nequitiae ; 
falsum flngens negotium , 
regis turbavit otium. 

Donativa subsequitur , 
sed gratia negligitur; 
dolum ingratus gratiae 
blanda celat sub facie. 

Invadit solitarium 
nihil timens (2) contrarium , 
aggreditur in lectulo 
quem non audet in praelio. 

Sic infelix vir Belial , 
aiter Cain , alter Nabal , 
qui cruentas in proprios 
manus injecit dominos. 

Hunc Herodis impietas , 
quem nulla flectit (3) pietas, 
addicit (4) noxae sceleris 
malis rerum prae caeteris. 

Hunc Neronis immanitas 
et enormis crudelitas 
condemnant impiissimum , 
yidelicet plus impium. 

Dum impios recenseo , 
nullum pejorem censeo 
hoc Henrico nequissimo 
vel Juda, suosocio. 

(1) Probablement Tauteur a voulu rem- (3^ iVt^tn«iti«iifomdaii8Pontaou8;p60t- 

placer la rime par la consonnance de la ^tre faut>il Ure iiH timeniem, 

p^nultitoie et de 1'ant^ptoulti^me, ou 11 faut (3) FleciU dana Hvitfeld, 

corriger les ms. et lire ekriihit Domine. (4) Addidit dans Pontanns. 



— 280 — 

Sed Judas eo melior, 
quo nobis necessarior ^ 
dum Christum morti tradidit ^ 
nobis ignorans profuit. 

Sed hic malorum pesamus 
et latro nocentissimus 
nullis juvando consuiit , 
sed damna multis intulit^ 

Gommovit statum saeculi , 
turbavit pacem populi , 
fit causa pugnae principum 
certusque sudor militum. 

Regnum super regnum ruit , 
et hoc malum vulgus luit ^ 
quod plectitur hic populus 
asseverat philosophus (1). 

Yae mundo nunc a scandalis , 
vae pauperum piaculis ! 
Quidquid jam plangit Dania 
laeta gaudet Saxonia. 

Eheu ! eheu perfidia ! 
Eheu vetus invidia ! 
Quod diu clam delituit , 
nunc in palam apparuit. 

Eheu! reges tam nobiles , 
toti mundo spectabiles , 
raptos regni fastigio, 
actos flemus exilio ! 

Eheu! praeclaros proceres , 
insigni fama celebres , 

(1) LeS deuX ddlleurs Ont ajOUt^ le Yers Quldquld dellrant rcges, pleetontar AohiTl, 

d'Horace, aoquel le podte fait anusion : EpUiola^ , 1. 1 , ^p. ii , v. 14. 



— 281 — 

ciausos dolemus carcere , 
insontes omni scelerel 

Utquid obdormis , Domine , 
et [re]quiescis ab homine , 
ab homine pravissimo , 
Judae reatu proximo ? 

IUe temet per osculum 
dedit in manus hostium ; 
hic deceptor obsequiis 
vinctos tra[di]dit inimicis, 

Qui das quandoque propere 
digna malis pro scelere , 
da propter sua scelera 
christosque tuos libera ! 

Libera nunc de carcere 
reges tuos , Rex gloriae ; 
hos erue e vincuUs , 
nos bellorum periculisl 

A saeculo non est factum 
contra fidem , contra pactum, 
duos reges sic deduci , 
[et] in manus hostium duci. 

regis nostri milites (1) , 
robusti quondam pugiles , 
in hoc summo negotio , 
quare vacatis otio? 

bellatores inclyti 
et gigantum fraterculi , 
cur desides haesitatis 
subvenire captivatis ? 



(i) Praeiuhit dans Pontanus. 



— 282 — 

Vestra vilescit gtoria ; 
infirmatur victoria ; 
honor vester despicitur , 
militiae (1. militia?) detrahitur. 

Yos subsannat gens perfida ; 
irridet plebs vilissima ; • 
Saxones(,l. Saxoma) et Slavia 
vestra gaudent ignavia. 

Qui'meretur patris dono 
praesidere regni throno , 
flos Danorum egregius , 
heros ex avis regius^ 

Ingenuus ex patribus , 
retro eundis aetatibus (1) , 
si non condoletis seni , 
condolete vel juveni ! 

Possidere (l.Possideat?) solatium 
ad patemum palatium , 
heros beati seminis 
et ramus alti germinis ! 

Chant sur la mort de Pierre de Gaveston (2). 

Vexilla regui prodeunt , 
fulget cometa comitum; 
comes dico Lancastriae 



(i) Le fil8 de Waldemar ayait ^t^ pris 
avec lui. Gette ligne a, comme on voil, 
une syllabe de trop et ie seos n^en est pas 
satisfaisant : peut-^tre faut-il lire retroac' 
tis aetatibus. 

(3) Cdlait on favori d'£douard II , roi 
d^Angleterre , que les baroos r^volt^s firent 
d^capiter dans le mois de mai 1313. Gette 
parodie d'ane hymne de Venantius Forto- 
nalus, qui n'a pu dtre faite que dix ans 



apr^ , puisqull y est qoestion de la mort 
de Thomas, eomte de Lancastre, a ^t^ 
publi6e par M. Wright, Political songst 
p. 258; cet infatigable ^teur nous a fait 
connattre la parodie d'an antre cantique 
8ur le mdme snjet : 

Pange, Hnguft, necem Petri qoi tnrbaTit Angliin ; 
qaem rex anuuu inper omnem praetolit Comabiam ; 
YUlt hinc Comos, et non Petnu, dici per saperbiam. 

!bidem, p. m. 



r 



— -283 — 

qui domuit indomitum (1). 

Quo vulneratus pestifer 
mucronibus Walensium , 
truncatus est atrociter 
in sexto mense mensium (2). 

Impleta sunt quae censuit 
auctorttas sublimium ; 
mors Petri sero patuit , 
regnavit diu nimium (3). 

Arbor mala succiditur, 
dum collo Petrus caeditur : 
sit benedicta framea 
quae Petrum sic aggreditur (4) I 

Beata manus jugulans ! 

Beatus , jubens jugulum ! 

Beatum ferrum feriens , 

quem (1. quod?) ferre noUet saeculum( 5) I 

crux , quae pati pateris 
hanc miseram miseriam , 
tu nobis omnem subtrahe 
miseriae materiam (6) ! 

Te , summa Deus Trinitas , 



(1) Le peuple regarda Thomas , comle de 
Lancastre, comme un martyr ; on composa 
m^me apr^ son ex^culion uue sorte d'office 
en son honneur; la prose commencait par /^x 
cetle stropbe : 

Pange , Llng:aa , gloriosl comltis martjiHum 
sanguinigqne pretiosi Thoraae , floria mtlitum , 
germinisqae generosi laudis (L laodem ?) lucia co- l^\ 

[mltum. ^ ' 

PMical iongij p. 270. 
U y a dans rhyome atlribu^e k Yenantius 
Fortunatus : (^) 

YexUla regis prodeunt , 

folget crucis mysterium , 

qno came camis conditor 

snspensns est iMttibulo. (6) 

(3) La seconde strophe n'a pas et^ imit^, 
mals c^estla seule; voici la troisi^me : 



Quo vulneratns insnper 
mucrone diro lanceae , 
nt nos lavaret crimlne 
manavit unda sangnlne. 

Impleta snnt qnae concinlt 
David fldeU carmine , 
dicens : In nationibus 
regnavit a Ugno Deus. 

Arbor decora et ftilgidfl , 
omata regis pnrpnra , 
electa digno stipite 
tam sancta membra tangere f 

Beata, cujns bracbiis 
pretium pependii saeouli , 
statera facta saeouU , 
praedanuiue tulit tartaris ! 

O crux , ave spes nnica , 
hoc passionis temporo , 
auge piis justitiara 
reisque dona veniam ! 



— 284 — 

oramus prece sedula , 

fautores Petri destruas 

et conteras per saecula I Amen (1)1 

Chanson mr le Cid. 

Quoique le Cid ait vecu dans un pays ouvert a la civilisation 
europeenne , a une epoque oii les documents historiques con- 
trdlaient dejk les traditions populaires , son existence est envi- 
ronnee des m^mes obscurites que celle de ces heros mytho- 
logiques qui appartiennent k la poesie beaucoup plus q\x'k 
rhistoire. U n'a fallu k Timagination du peuple espagnol que 
quelques ressemblances de nom (2), ou peut>-^tre m^me une de 
ces expressions figurees qui se presentent si naturellement k la 
pensee(3), pour confondre dans lem^me sentiment d'admiration 
et de reconnaissance des personnages qui Tavaient egalement de- 
fendu contre les envahissements du pouvoir royal et les con- 
qu^tes des Arabes •, et il en est resulte un amalgame de faits mer- 
veilleux , inconciliable avec la verit6 et la severit^ de rhistoire. 
Suivant les tendances naturelles deleur esprit, la plupart des his- 
toriens recents ont complaisamment cede k un sentiment par trop 
judalque de la poesie populaire , ou aux preoccupations syste- 
matiques d'un scepticisme etroit etraisonneur. Les uns, comme 



(1) Te , sanimA Detu Trinitu , 
coUandet omnis spiritua ; 
qaos per crucis mysterium 
salvaB , rege per saecttlA ! Amen I 

(3) Voyez Kisco, La Cattilla y el mat 
famoto Cculellano, p. 414, et Huber, Ge- 
tchichte det Cid Ruy Diax Campeador von 
Bivar, p. 96; aussi, pour le dislinguer de 
ses homoDymes, l'appelait*on Catiellamit ; 
voyez Florez, Etpana tagrada, i. XXXVHl, 
app. 19, et cetle distinction n'etait pas 
encore suflSsante, puisque selon Masdeu, 
Hitioria crilica de Etpafiaj t. XX, p. 370 : 
Hube otros Gastellanos con el mismo nom- 
bre y appellido. Le Poema del Cid Tappelle 
souvent El de Bivar; ainsi, on lit daos le 
V. 296 : 



Qnando lo lopo raio Cid el de BiT«r. 

Voyez aussi les ▼. 558 et 1093. 

(3) Le Cid doit ^lre un nom glorieux que 
les Arabes auraient donn^ eux-mdmes k 
leur vainqueur, et la flatterie ou une admi- 
ration r^lle durent le faire donner plus 
d'une fois aux chefs qui venaient de se 
battre avec succ^ contre les ^teroels enne- 
rois de TEspagne. Au resle, le nom d'£/ 
Cid ne se trouve poiut dans les ^crivains 
arabes, cit^s par Gasiri et par Gonde; ils 
Fappellent Kambitur, ce qui semble une 
corruption de Campecidor, et Ruy Diaz fut 
trop souvent leur alli^ et leur chef pour 
qu'oo iie pOt expUquer ce litre de Sei^ 
gneur que par uue victoire extraordinaire. 



— 285 - 

MuUer (1), se sont plu k considerer la poesie nationale comme 
le temoignage authentique d*un peuple entieret, pour ainsi 
dire , la verite ofBcielle de Thistoire : ie pofime du Cid a ete pour 
eux une sorte de document diplomatique (2). Les autres ont re- 
jete avec dedain Fhistoire tout entifere, parce qu'il s'il y est glisse 
quelques details justement suspects. Ainsi , malgre des rensei- 
gnements beaucoup plus probants qu'on n'en possMe sur Tan- 
tiquite et les premiers si^cles du moyen Age , Masdeu est alle 
jusqu'4 dire : « Habiendo ahora examinado la materia tan 
prolixamente, juzgo deberme retractar aun de lo poco que dix^ , 
y confessar con la debida ingenuidad , que de Rodfigo Diaz el 
Campeador.... nada absolutamente sabemos con probabilidad , 
ni aun su mismo ser o existencia (3). » M. Aschbach et M. Ro- 
mey (4) qnt mis beaucoup plus de moderation dans leur incre- 
dulite, et de critique veritable dans leurs negations •, mais ils ne 
sont arrives qu'i un etat de doute plus ou moins scientiflque, et, 
m^me sous ce rapport purement historique, la pifece que nous 

(1) Der Cid naeh den Quellen , 1805. (4) U dit , apr^ avoir ciU plusienrs tra- 

(2) Celte opioioD a a* trop facileraent dilions recueillies par Quintana dans son 
r^ful^ parM.Enk, dans \e Jahrbuch der ™» ^«' ^•<' Campeador : De tout cela 
Lileralw, t. XLIX , p. 153, et par le Fo- personne ne saurait trouyer la moindre 
reign review, no viii, p. 442. M. Huber '»'ace ^ans les hisloriens des deux si^cies 
hii-iii«me a dit dans son Geschichte dei imm^diatement post^rleurs au Cid ; ffutotre 
Cid, p. XXVI ; Hieiu kommt nocb, dass rf'fi*/>o^« , l- V, p. 492. Un Allemand, dont 
das Poema del Cid eigentlicb kein Volks- '«» jugemenls sont babituellement moinsir- 
Ked, keiDeTradiiionist(deDniDdiesem Fall reflechis, M. Huber, a dit, Chronica del 
wUrde es wirklicb mehr historlschen Werth fanuao cavallero Cid Ruydiex , Introduc- 
baben), sondern eiD (weDn der Ausdruck er- '«on» P- vi , note : Entre los Franceses en 
laubt ist) erfuDdcDes Gedicbt. eslos ulUmos ailos o no solo Romey y Ros- 

,..„-.. ... . , !»•,«.•- seuw Saint-HIIaire CD sus respectlvas bisto- 

(3) Refutacton crUfca de ^^ nuloria ^.^^ ^^ ^,^^ ^, ^^^^ ^^^^.^^ 

^^"^l^^- ^*"* ^il^^ '^%'^\"" 2l en una obra particular ban tratado mas 

p. 370. II lyoute , Ibidem : Resulta por con- acerUdamente del Cid ; il ajoute 

sequentia legitima, que no tenemos del fa- ^ ^^^^ . ^^^ ,^^ Pranceses Rosseuw 

moso Cid ni una sola nolicia , que sea se- g^ini^.H^^ire y Romey uo tenemos nada 

gura fundeda o merexga lugar in las me- ^. J^^^ ^^ ^^ ^^^^^ ^^^ ^^^_ 

monas de nueslra nacion. Mariana dit lui- ^J.^^^^^J^ ^^^^^^ ^^ ^^ ^^^^^ .^ historica 

meme : Hujus narralionis multo maximam ^^ .^ . «^j ^„, . ^^ ^^^^^ ^^.^^.^^ „^ 

partem mter aniles fabulas quidam |wnunl : ^^. ^. J^^ Malbeureusement pour la 

ipse etiam plura transcribo quam credo ; De ^^^^^^^^^ »iu savant critique , M . Romey 

rebus Htipamae ,1. ^ , cb. 4. Voyei aussi ^^,^ ^^^^^ ^^ d6veloppements k son 

Sandova , Hutoria de loi reyei de Cai^ .^j^^ ^ J ,^ g. ^ ^ ^^ ,^ ^^^^^,, ^p^^.^, ^^^ 

Ulla , fol. 54; Abarca , AnaXei de Aragon y j^ Rosseuw Saint-Hilaire a annonc6 depuis 

ann^e 1074, et Moret , Analei de Navarra,- longiemps n'esl pas encore publi^. 

ann^e 1091. p r r r 



— 286 — 

publions pour la premi^re fois est d'une tr^s-haute importance. 
Peut-^tre , sans m^me en excepter la Chronique de Leon , est— 
elle plus vieille que toutes les autres sources; et sa langue 
sayante moins accessible aux inventions du peuple, la sim— 
plicite de son style , son esprit nalf et yraiment historique , en 
font assurement un des documents les plus precieux qui nous 
soient parvenus. Toute tronquee c[u'elle soit, elle n'en a pas 
moins conserv6 des preuves irrecusables de son caractfere popu- 
laire, et s'etend precis^ment sur ia periode de la vie du Cid que 
les romances espagnoles ont obscurcie de plus d'incertitudes et 
de contradictions. 

Les temoignages contemporains sont k peu pr^ nuls. U 
n'existe que trois chartes qui se rapportent a Thistoire du heros 
castillan , et leur authenticiti a ete justement suspectee (1). Un 
autre fait est encore plus extraordinaire : quoique le Cid soit 
mort en 1099 (2), aprfes avoir rempli toute TEspagne du bruit 
de ses exploits , aucune des annales du XII« siMe ne le nomme , 
m^me en passant (3). Nous n'excepterons qu'une chronique , 
terminee en 1134, probablement dans le midi de la France, qui 
raconte k rannee 1099 : « In Hispania , apud Valentiam , Rode- 
ricus Comes defunctus est -, de quo maximus luctus Christianis 
fuit , et gaudium inimicis Paganis (4) ; » et il semble au moins 
fort singulier, que la premiere mention d'un heros si national se 
trouve dans une histoire etrangfere. On ne peut expliquer ce 
silence universel des annales espagnoles qu'en supposant que la 
poesie populaire s'empara du Cid, m^me pendant sa vie, et 
orna ses aventures d'embellissements tellement contraires k 



(1) Voyez Masdeu , loe. laud,y p. 343-357 ; 
c^est inutileiDent que Villanueva s'est ef- 
forc^ de r^fuler ses raisons dans son Viage 
literario a lat igletiat de Espana, t. 1, 
p. 46. 

(2) 1137 de Tere espagnole. 

(3) Voyez I'ouvrage de Pelagius , ^v^que 
d'Oviedo, publie dans Florez, Espana ta- 
graday t. XIV, et VHiitoria composlellana, 
Ibidem, t. XX. Le Chronicon burgense, 



VAnnales toletani et VAnnalet compos- 
tettani; Ibidem^ t. XXIII, ne font que 
menlionner sa mort. 

(4) Chronicon malleaeente (de Saint- 
Maxence) ; dans Labbe , Ifova bibliotheca 
ma/nuscriplorumlibrorum, t. II, p. S16. 
.On aunonce la prochaine publication k 
Leyde de documeuts arabes, inconnus k 
lous les bistoriens, dont nous ignorons 
malheureusement TAge et la teneur. 



— 287 — 

rhistoire, que les ^crivains graves n'oserent plus en parler dans 
leurs chroniques (1). 

A la verite , le texte actuel des romances sur le Cid n'est pas 
anterieur au XV* sifecle : tant qu'il ne s'est conserve que dans la 
m^moire du peuple , le perfectionnement des moeurs et les va- 
riations de la langue durent necessairement y introduire des 
changements qui en faisaient disparaitre les marques cho- 
quantes d^antiquite. Quelques pifeces moins chantees , ou peut- 
^tre defendues de ces pretendues ameliorations par une popu- 

larite plus universelle et plus respectueuse , purent seules 
echapper k ces remaniements inintelligents , et protestent par 
les id^es d'un autre ^ge (2) , ou les archalsmes de leur style (3), 
contre les consequences que Ton voudrait tirer des rajeunisse- 
ments complets dont on a hadigeonne les autres. L'existence de 
chants populaires k une epoque beaucoup plus reculee est d'ail- 
leurs incontestable. Le Chronica del famoso Cid Ruydiez Cam- 
peador, qui parait au moins aussi vieux que le texte des ro- 

(1) Le Cetta Bo4eriei eampidocli, p. ix, liene olra memoria, sino la que ellos nos 

ed. 4» Rfseo» i^moigoe bien positivement handexado, y conocese notariamente, que 

da earactdre popolaire des traditions du el vuigo Tue siempre anadiendo k sus heciios 

Cid, en dtsant qu'elies n'avaient pas encore muy sei\aladas cosas, que fuesen de admi- 

^t^ reeoeiUies; veyez le passage cit^, p.388, racion en.sus cantares; Zurita , Anales de 

note 3, el I'od poarrait ajouter d'autres pbra- Aragon , I. i , cli. 22. 
sesiirappui : Rodericus autem permansit in 

BorriMM tanquam lapis immobilis; p. xxxiii. («) Telle est par exemple la romance : 

Si auteni exieris ad uos in plano et separa- Fabiando estaba en ei ciaustro 

reri. le . monW tu», eris rp^ Rodericus, trSr^*1,?H1.'c'a , 

qaeDi dicimt BelkUorem et Campeaiorem ; despues de misa , una fiesta. 

p. XXXV. C'e« bien k tort , comme on ie ^a romance Helo, helo pordoviene, daus 

verra tout k i'heure , que Sandovai a pre- y^^^^ Romancero de rommcet cabaHe^ 

teodu que ces traditions navaient ^t6 m- ^^,^^ p „ ^gg ^ ^^^ ^^^ ^^ 

vent^s par les jongieurii que depuis Ro- ^^^. ^^ ^^j^^^lg dantiquit^. 

dericua, archev^ue de Toldde, et Lueas, ^ 

diaere de Tuy ; mais les plus cr^ules bis- (3) If ous cilerons , comme une des pius 

loriens reconnaissent eux-m^mes que Ti- anciennes, celle-ci que M. Duran a n^- 

maginaiion eut une tr^s-large part dans les gilg^ de recueiliir dans sa collection : 

r^CitS qui nOUS SOnt parvenUS. LaS COSaS ^^ Sant-Peidro de CardeSa, 

de este prodigioso cai>aliero se cuentan por do yace ei cid enterrado 

tan difereutes caminas y taii encontradas , «<>« la ■" donna ximena , 

que hombres muy prudentes han dudado ^*"® "*" '^'° en m » 

geBeralmente en ellas, o por lo menos ne- Peut-6tre cependant, ainsi que nous le di- 

gadosu credulidad k muchas; Briz, HisU>- rons tout k rheure, la rarete de ces ar- 

ria de Sanr-Juan de La Pefia^ I. iv, ch. J2, chaismes tient-elle en grande parlie k la 

Asi que dificullosamente se pueden concor- langue danslaquelle les premi^res romanees 

dar estoS autores en hechos de que no se furent compos^es. 



— 288 — 

mances qui nous sont parvenues (1), est ^videmment compose 
d*apris des traditions fort vivantes (2) , et un po^me espagnol , 
conserve k la Biblioth^ue royale de Paris dans un ms. du 
XV« sitele , que personne n'avait remarque avant ces demiers 
temps (3) , raconte plusieurs aventures de la jeunesse du Gid , 

(1) Le Chroniea del Cid fut puUi^ pour Avant r^riyaio de celte histoire, qni ne 

la preroi^re fois en 1512, par 1'abM de San- paratt pas avoir joui d*une grande popa- 

PedrodeGtrdeftatDonDreijuandeVellorado. larit^, la m^oire des gestes de Ruydias 

Sans ^tre aussi vieille qu'on Ta dil, puisque <&tail donc conservde par une tradition qui 

la langue est plus modeme que celle du servit aussi certainement de source princi'- 

Coronica generalf et qu'il y est question de pale au Chronica del Cid. D'ailleurs , ce 

Tarcbev^ue de Toldde, Rodericus, du diacre n'est nuliement une composition romanes- 

de Tuy, Lucas, et des rois de Gastille et de que, ^crite pour le piaisir de rimaginatioB , 

Navarre, qui vivaientdans le Xllle sidcle, mais un fragment d'bistoire s^ieuse, qoi 

cette chronique est certainement du XIV*: m^lait aux aventures du Gid des faits qui 

car elle se trouve dans un manuscrit de lui ^taieut ^trangers; ainsi on lit dans le 

la Bibliolh^ue royale de Paris (no 9988), ch. xii : E esto facia ^l por tomar vengan^a 

dont Tecriture ne paratt plus moderne que dellos : e porque mataron by al rey don 

de quelques ann^es , et ne connalt pas les Alfonso su suegro de uua saeta , assi como 

anMHirs de Rodrigoe et de Ghim6ne , qui ya diximos ; et cb. xxx : E murio el rey 

devinrent si populaires dans le si^cle sui- don Bermudo, segun que vos lo contamoa 

vant. Elle se bome k dire , ch. iii : E ^l es- por la historia ante desto. Tous les exploits 

tando en esto , vino ante ^l Ximena Gomez, du Gid n'y s(»t pas m6me racont^ ea d^ 

fija del conde don Gomez de Gormaz , e tail ; il se bome k dire , en parlant de Tex- 

finc6 los finojos ante €i , e dixola : « Seftor, pMition contre le Portugal et la Galice , od 

yosoy fija del conde don Gomez, e Rodri- AlphonseVfutbless4;£ntodoe8tofu^Rodri- 

go de Bivar mat6 al conde mi padre, e yo go de Bivar unode los que by mas fizieron 

soy de tres fijasque dex6 la menor. E, Se« de buenos fechos e grandes; p. 31, M. de 

ftor, vengo pedirvos merced, que me dedes M. Huber. IVailleurs, Tauteur annonce plu- 

por marido a Rodrigo de Bivar , de que sieurs fois rintention de raconter des faits 

me tendr6 por bien casada , e por mucbo post^rieurs, qui n*ont rien de commun avec 

honrada : ca 86 cierta, que la su fazienda le Gid; ainsi il dit en parlant de Yu^f 

ba de ser en el mayor estado que de nin- Abentaxefin : E iu6 seAor de AndahiKia , e 

gun ome de vuestro seAorio. En esto tern^, ovo el sefiorio todo de allende el mar, e de 

Sefior, que me fazedes gran merced ; e vos, aquende el mar : fasta que se lo quitaron 

Sefior, devedes fazer esto, porque es servicio los Almobades, assi como lo contaremos 

de Dios, e porque perdone yo a Rodrigo de adelante en la historia ; cb. cxlviu. 

Bivar de buena voluntad. » E el Rey lovo ^gj „ ^ ^^ ^„,,^5^ ^ ^ ^^^^^ ja Cata- 

por bien de acabar su ruego; p. « , ^. de ,^ razonado de lot numuicHtoi etpa- 

M. Huber. Gependant la romance Dta era ^^, ^ ^„, BiHioteeai de Paru, puMif» 

de lot reyes (DaM Duran, llotiMmcero gous le nom de M. de Ocboa , et commenwi, 

de romaneet cabaileretcot, P. 11, p. 49), gj n^n enti6rement composd, depais loni^ 

qui est une des plus anciennes, cbanie les ^^^^ puisqu'il indique dans la descripiion 

amours de Chim6ne et du Gid. ^^ plusleurs ms. des reliures qui ont cess* 

(3) On lit au commencement du Getta d'exister depuis plus de cinquante ans. 

Boderici campidocli : Quoniam reram M. Huber en a cit<^ aussi quelqaes vers 

temporalium gesta immensa annorum vo- d'une mani6re fort inexacte , dans son Mi- 

lubilitate praetereuntia , nisi sub notifica- tion du Chronica del Cid, Introd., 

tionis speculo denotentur, oblivioni procul p. cxlvi-cxlviii, et Tun des hommes les 

dubio traduntur, idcirco Roderici Didaci , plus vers^s de ce temps dans la Iitt6rature 

nobilissimi ac bellatoris viri, prosapiam et espagnole, M. Ferdiuand Wolf, se propose 

bella ab eodem viriliter peracta sub scripti de le publier en entier dans le Jahrbueh 

luce contineri atque liaberi decrevimus. der Literatur. 



— :>89 — 

qu'on ii'avait encore trouvees nuUe part , m^me dans les ro- 
mances j tels sont , par exemple , la querelle et le combat avec le 
pire de Chim^ne : 

El conde don Gomez de Gormaz (1) 

a Diego Laynez fizo dano, 

fferiole los pastores 

et robole el ganado. 

Bbibar llego Diego Laynez , 

al apellydo fue Uegado, 

el enbiolos rregebir a sus hermanos 

e cavalga muy privado. 

Ffueron correr a Gormaz 

quando el sol era rayado : 

quemaron le el arraval 

et comenzaron el andamio 

Et trae los vassallos 

et quanto tienen en las manos , 

et trae los ganados quantos 

andant por el campo •, 

Et trae le por dessonrra las lavanderas 

que al agua estan lavando : 

tras ellos salio el Conde 

con ^ient cavalleros fijos d'algo. . . 

Cuentasse en los gien lidiadores , 

que quisso el padre o que non : 

en los primeros golpes suyos 

et del conde don Gomez son , 

Paradas estan las bases 

et comiensan a lidiar : 

Rodrigo mato el Conde ^ 



(1) En brisant aiosi les vers, nous nous qu*un bemistictie , qu'il u*j a pai plus de 

confonnons k un usage que nous ne pou- raisons pour ^rire k part dans les vcrs 

Tous pas plus approuver que ne l'ont fait espagnols que dans nos alexandrins. 
MM. Grimm : chaque ligne n'e9t r^lleroent 

19 



— 290 — 

ca non lo pudo tardar (1 ). 

D'ailleurs, le Chronica del Cid dit en parlant du siege de Za- 
mora : « E algunos dizen en los cantares que la tovo cercada 
siete anos ^ mas esto non podria ser, ca non reyno el mas de 
siete anos , segun que fallamos en la Coronica (2). » Le Coro- 
nica general de Espana , qui ne peut ^tre posterieur k la fin du 
XIIF sifecle , puisque don Martin de Cordoue l'ecrivit par ordre 
d' Alphonse le Savant , n'atteste pas d'une maniere moins posi- 
tive Texistence de jongleurs qui recitaient de& chants histo- 
riques : « E algunos dizen en sus cantares de gesta que fue este 
don Bernaldo, fijo de dona Tiber, hermana de Carlos el grande de 
Francia (3). » Que quelques-uns de ces chants fussent consacres 
au Cid , c'est ce dont il est impossible de douter, puisque na- 
guere encore il en existait dans la memoire du peuple espagnol 
qui n'ont jamais ete recueillis (4) , et qu'une nation entifere ne 
s'enthousiasme pas pour un heros, plusieurs siecles apres sa 
mort, lorsque sa gloire est deji eteinte et que ses services n'ont 
plus rien d'actuel qui passionne la reconnaissance publique. 
A ces preuves morales un temoignage irreciisable nous permet 
m^me d'en ajouter une materielle. On lit dans un petit poeme 
surla prise d'Almeria, en 1147, ou se trouvait certainement 
I'auteur : 

Ipse Rodericus Mio Cid semper (1. usque) vocatus , 
De quo cantatur quod ab hostibus haud superatus, 
Qui domuit Maurps , Comites domuit quoque nostros (5). 

Quoique les premiers feuillets du manuscrit qui nous a con- 



(1) B. R. no 9988, fol. 192, vo, col. 1. 
Le Chronica del Cid dit seulement : E 
esie Rodrigo, andando por Gaslilla ov6 
griesgo con el conde don Gomez , senor de 
Gormaz : e ovieron su lid entre amos a dos : 
e malo Rodrigo el Conde ; ch. ii , p. 10, ^d. 
de M. Huber. 

(2) Ch. Lviii, p. 67, ^d. de M. Huber. 
(5) Paric tercera, fol. 30, vo, col. 1, 

(kl. de Vnlladolid, 1G04. 



(4) Sandoval, Hiitoria del rei don San- 
cho, p. i!3, 6d. de 1792; Sarmiento, 
Memorias para la hiUoria de la poesia 
y poetag etpanoleSy p. 159, etc. ; Huber, 
Chronica del famoso cavallero Cid Ruy- 
diez , Introd. , p. lxix. 

(5) Bans Sandoval , Historia del rei don 
Alonso VII, p. 976, ed. de Madrid , 1792. 



— i91 — 

serve le Poema del Cid aient ete arraches (1), on peut assurer 
qu'il ne s'etendait pas sur les aventures de la jeunesse de son 
heros. Ce n'est ni le vainqueur des Maures ni Tamant de Chi- 
mine que le poftte voulait chanter, mais le veteran , revenu de 
la gloire et de Tamour, qui n'appartient plus qu'i ses devoirs de 
vassal et de pere de famille (2). Peut-^tre est-on alle trop loin 
en y voyant une composition litt^raire qui ne relevait que de la 
fantaisie de Tauteur, car la Chronique raconte aussi le mariage 
purement imaginaire des fiUes du Cid avec les Infants de Ca- 
rion (3) , qui n'existaient m^me pas alors , et le peu d'influence 
que le po6me exerga sur les formes de la versification espagnole 
ne permet pas de croire qu'il ait jamais ete populaire. Non seu- 
lement , comme dans quelques-uns de nos plus vieux po6mes(4), 
Tassonance n'y porte que sur une voyelle, et n'etait souvent 
marquee que par une prononciation qui s'ecartait arbitraire- 
ment des habitudes du langage*, mais le nombre des syllabes y 
est lui-m^me k peu pres facultatif (5) , et ces deux irregularit^s 
qui feraient croire k un rhythme base sur Taccentuation ou 
entiferement subordonne k la declamation, ont disparu des plus 

ii) Por estar el codice defecluoso al prin- rieg» »i criador que en cieio e»tk 
cipio , 60 que acaso habria alguna invoca- «"« "*" ^«' "«'*»' ^**^ ^"^ •" •^•^" 
cion, y tal vez el aombre del poela, v. 2903. 

empieza por e! deslicrro que el rey don Grandes fneron los duelos 4 la departicion : 

\.*^„ir. ,. , , i j .«-« I El padre con las fljas loran de corazon. 

Alonso VI intimd por les afios de 1076 al ^ ^^ 

Cid Campeador; Sanchez , Coleeeion de , * r*^* 

poetiai cattellanat anlerioret al tiglo XV, (3) Ch. ccxxiu-cclxix. 

l. I, p. ccxxx. Si le ms. n'est pas pagind, ce ij) I' .semble m6me que le Poema del 

quisemble cerlaiu, puisque niSanchez, ^*^ ^tait divise en tirades comme oos 

nilestraducleursespagnolsdeBoulerwek, chansons de gestes, car nous y lisons, 

qui en ont publi^ un fac-simile, p. H2, ^* *^ * 

n'en ont parl^, et si les feuillets ont et6 -^q"* ••conpie« u ge«ta de mio cid ei de Bibu 

arrach^ avant la reliure actuelle, il est etv. 4886: 

impossible d^appr^cier , m6roe approxima- ''" «>pi" «»«•*• "»*" «»"* •*'»" acabando. 

tivement, rimportance de ce qul manque (5) En el poema del Cid no se guarda 

(algunas bojas, selon Sanchez, Ibidem, numero fixo y determinado de silabas, ni 

p. ccxxi) ; aussi nolre opinion s'appuie-t-elle regla cierta de asonantes ni consonantes , 

beaucoup plus sur Tesprit du poeme que sin que por eso se puedan graduar de sueltos 

sur cette d6fectuosit6 du ms. II n*y reste los versos de esle poema. EI poeta baxo un 

plus que 76 feuilleU, el il en manque un, asonanie solia hacer mas de cien versos 

un peu apr^ la moitid. seguidos, sin desechar los consonantes que 

(2) Cela ressort d'uue foule de passages : »e ocurrian , y rauchas veces admilia versos 

piega fc Dios fe 4 «ancta Maria ^»^ "» asonabau ui cousonaban : otras 

Que aun con rois manos case estas mia fljas ) VCCeS SC causaba prCStO de UU aSOnante y 

Y. 383. tomaba otro; Sanchez, Ibidem, p. ccxxii. 



— 292 — 

vieilles romanees. On y trouverait plut6t , ainsi que dans les 
poesies de Berceo et de Lorenzo de Segura , une sorte de divi- 
sion en quatrains, et Tintention de terminer aussi les hemis- 
tiches par une consonnance quelconque. U y a d'ailleurs dans 
ce po^me des habiletes de composition qui peuvent d'autant 
moins ^tre attribuees k d'heureux hasards qu'elles reposent sur 
des fictlons. Pour ne point paraltre dupe de la perfidie des In- 
fants de Carion , le Cid ne consent au premier mariage de ses 
filles que par obeissance aux ordres du roi , et inmiediatemc^nt 
apr^ qu'elles sont repudiees , comme indignes d'une si haute 
alliance , le podte fait entrer dans la salle des Cortfes les ambas- 
sadeurs des rois de Navarre et d'Aragon qui viennent demander 
leurmain(l). 

La petite chronique latine publiee par Risco , sous le titre de 
Gesta Roderid campidocti (2) etait donc jusqu'a present le seul 
document ancien qui ne filt pas evidemment suspect. Les doutes 
que quelques historiens ont voulu elever sur son existence ne 



(1) y^tude des patois a ^t^ pendant long- 
temps si n^ig^, qaMi ne faut pas s^^tooDer 
si une ortkograplie et des formes cataianes 
et valenciennes ont donn^ au po^me du Gid 
une apparence d'antiquit^ a iaquelle oo s^est 
laiss^ prendre. La cel^bre lettre du marquis 
de Sanlillana aurait dCI cependaot inspirer 
beaucoup plus de r^erve aux critiques, 
puisque ce quMl dit du rbythme des com- 
positions en patois catalan et vatencien, 
«onvient parfaitement k la versification de 
ce po<$me. Los Gatalanes, Valencianos y 
aun algunos del reyno de Aragon fueron d 
son grandes oficiales de esta arte. Escribie- 
ron primerameute en trovas rimadas, que 
son pies 6 bordones largos de silabas , 6 
algunos consonaban d otros non ; dans San- 
cbex, Ibidem^ p. lvi. D*aiUear8» «0 lit k la 
fin du manoscrit : 

Qnien Meribl6 «ste Itbro deP Dloe panlao : Amen. 
Per abbat le eeeribi6 «n el oiee de nuiyo , 
En en de mUl e oc... ZLV. afioe. 

Sanehes, qui croyait que rteriture ^tait 
du X1V« siicte, expliquait naturellement 
la lacune de la date par la radiation d*un 
c , peut-^lre pour donner au ms. une plus 
grande apparcnce d'antiquite : il aurait 



alors ^te ^crit en Tann^ 1307 de notre ^re. 

MM. de la Gortina et Hugalde ont dit dans 

leur Hiitoria de la liieratwa etpaMa 

eierila en aleman por F. BotUerwek, 

p. 113, que la (orme des caract^res se rap- 

portait au XHe siicle; mais sans avoir 

une grande habitode des manuscrits ^crits 

en Bspagne, nous n^b^itons pas k crolre 

que le fac-simile quMls en ont publi^, indi- 

que une epoque beaucoup plus modeme, 

et cette pr^mpUon re^it une noovelle 

conUrmation d^une sorte de date qui se 

trouve dans le po^me, puisqu*on y Ut, 

V. 3733: 

Yod qnel ondi» crece al qne un baen otm naeio , 
Qnando Senoras son sns ilju de NaTerrm h de Arag*». 
Hoy los reyes de Eapaua sos parientes son. 

Le sang du Gid entra dans la maison de 
Gastille en f 151 , dans celle de Portugal ea 
1906 et dans celle d'Aragoo en ISSI. Mais 
uous devoos cooveoir qu'oo oe saurait 
ddterminer avec rigueur. d^aprto des ^v^- 
nements purement historiques, la date 
d'un poftme bas<^ sur des tradilions plus ou 
moins populaires. 

(2) Dans La CaitUla y el mat famoso 
Castellanoy Madrid, 1792, app. no vi. 



sont plus possibles, aujourd*hui que les traducteurs espagnols 
de Bouterwek en ont publie un fac-simile dont recriture semble 
appartenir au moins k la fln duXIIF siecle (1), et differents de- 
tails de Thistoire elle-m^me confirment pleinement une conjec- 
ture qui garderait toujours quelque chose de vague et dlncer- 
tain si elle ne s'appuyait que sur les apparences materielles 
d'un manuscrit (2). D'abord , Tauteur dit recueillir pour la pre- 
mi^re fois les traditions qui couraient sur Rodrigo Diaz (3) , ce 
qui suppose au moins qu'aucune source ecrite n'avait encore 
acquis de popularite; il ne donne jamais k son heros le nom de 
Cid , qui se trouve dans le Podme et dans les plus vieilles chro- 
niques ; puis enfin il raconte en termes expr^ qu'apr^ la mort 
de Rodrigue , les Maures reprirent Valence qu'ils ne perdirent 
plus (4), et, comme la conqu^te deflnitive de cette ville par les 
E^agnolseut lieu enl238, on a conclu sans hesiter que la 
Geste latine avait ete composee auparavant. Toute probable que 
soit cette consequence , elle n*a ppint rautorite d'une date posi- 
tive : on pourrait avoir ignore, dans le royaume de Leon, 
ce qui s'etait passe dans le royaume de Valence, et il ne 
serait pas impossible que, dans le desir de grandir la re- 
nommee de son heros , Tauteur edi voulu , k Tinstar des tradi- 
tions populaires, prouver par un fait metaphorique qu*aucun 
autre capitaine n'avait rendu un aussi grand service k la 

(1) P. 354 : ito la croyeot du XI le si^cle naturelle k vieillir les ms. : comme ou 
ou du commeDcemeDi du XHle ; nous som- cooserve k peu pr^s la forme des caractdres 
mes port^ k la regarder comme un peu que Too a apprise pendant son enfancei, Vkge 
moins vieille. de T^crivain est un ^l^ment n^cessaire de 

(2) Si l'on ne peut contester s^rieusement toutes les questions pal^rapbiques, et, 
qu'il y ait des babitudes assez g^n^rales m^me daus les rares occasions 06 l'on au- 
pour donner k rteriture de ehaque siecle un rait pu en tenir compte , il a ^t^ entidre- 
caract^ diifdrent, que des yeui exerc<»s ment n^lig^. M. Huber a publi^, sur rexis- 
reconnalssent sans peine, il faut aussi con- tence et rauthenticit^ de la chronique de 
venir que chaque «^crivain n'en contracte Ldon, unbonarticledansleB/tf<(er/Ur/i(«- 
pas moins des habitudes particuli^es qui raritehe Unterhaltung^iSSOj no SO, p. aoa 
se rapprocbent assez souvent de r^criture (3) Voyez ci-dessus, p. 288, note 2. 
ant^eure, et donnent aux ms. uneappa- (4) Saraceni vero post recessum ejus 
rence d'archa¥8me exag^r^. II y a d^ail- (Regls Adefonsi) urbem (Valenciam), quam- 
leurs , m^me chez les personnes qui ne vis arsam , intraverunt, et eam cum omni- 
portent dans ces sortes de questions aucune bus finibus habitaverunt et nunquam eam 
pr<^cupatioD de patriotisme, une lendance ulterius perdiderunt. 



— 294 — 

chretiente ^ mais il ne faut pas moins reconnaitre dans cette 
allegation la preuve d'une haute antiquit^. Un ^ge aussi avance, 
Tabsence reconnue de toute source ecrite et la part de rimagi- 
nation dans ia formation des traditions populaires, ne per- 
mettent pas de croire aveuglement k l'authenticite de tous les 
faits : on y doit seulement remarquer, comme une grande pre- 
somption de sincerit6, Tomission de tous les details, evidemment 
contraires k la verit^, de Fhistoire que la Chronique espagnole a 
recueillie. Le Cid y nalt en 1050 au lieu de 1026 , et le duel avec 
le comte de Gormaz, le mariage avec sa fille Chim^ne (1) et la 
victoire romanesque remportte sur les cinq rois Maures y sont 
compl^tement passes sous silence. La decouverte d'un docu- 
ment aumoins contemporain, qui fixe quelques incertitudes, 
est donc un heureux evenement, non seulement pour rhis- 
toire de TE^agne , mais pour un des sujets les plus etudies dans 
ces derniers temps , quoique encore un des plus obscurs , pour 
la mani^re dont se forment les traditionspoetiques d'un peuple. 
L'esprit, la forme et la langue de ce document ajoutent 
encore k son importance. Avant le XV® sifecle les ecrivains 
espagnols n'appelaient point les chants populaires romances^ 
mais carUares (2)^1^ premifere expression ne se trou ve que dans des 



(1) Tromp^ par lldentit^ des noois oa he referido. II est Trat que ron montre 

s^uite par le romanesque de raventure , deux tombes de Ghimdne , Tune a San- 

la tradition semble avoir confondu la Glle Pedro de Gardefia et Tautre k San-Juan 

de Gomez , comte de Gormaz , avec celle de La Pena ; mais au lieu d^en conclure que 

de Di^o Rodriguez , comte des Asturies. le Gid ^usa deux femmes , nomm^ 

Au reste, aucun document, v^ritablement tootes deux Chimh^, nous n'y pouvons 

historique , ne parle du mariage du Gid : voir qu^une de ces localisatioes si frdquen- 

car nous ne pouvons reconnaftre la moindre tes dans les traditions populaires. Toute la 

autbenticit^ au Charia Arrharum. Nous vie domestique du Gid est environn^ des 

accorderions plus de poids k Topinion de m^mes obscurH^ : diff^reni« docuDient» 

Sandoval , qui cependant manquait assez parlent de ses fils et Ton n'en connatt poai* 

de critique pour Tavoir cit^ avec com- tivement qu'un seul; ses denx filics sont 

plaisance; il dit, fol. 23 : Dice mas don appel^s tanldt Ghristina et Elvira, tanlM 

Pedro (obispo de Leon) que luego que e1 Maria el Sol; etc. 

rey don Sancbo de Gastilla hizo su alferez (3) E agora sabed los que esta estoria 

a Rodrigo Diaz le cas6 con una parieote oydes que maguer que k>s joglares cantan 

suya llamada Ximena Dias, bija del en sus cantarese dizen ensusfabras, que 

c^ade doB Diego de Asturias que , como Carlos el Emperador , conquirio en Espafia 

cosa verdadera , viene al Justo con las muchos castiellos e muchas cibdades , e 

carlas que en confirmacion de esle hecho que ovo y muchas bataHas con Moros, 



— 295 — 

poesies litteraires (1), et Fautre tomba completement en desue^ 
tude , 4 Fepoque dont les monuments poetiques nous ont ete 
conserves (2) , oii le latin cessa d'^tre facilement compris par les 
masses. Sans doute, ainsi qu'on l'a dit (3), ces deux mots 
n'exprimaient pas la m^me idee ; les changements de denomi- 
nation sont toujours amenes par une modification dans les idees. 
Mais au lieu de faire porter la difference sur la forme du recit 
ou du chant , nous serions tente de croire que ce changement 
fut necesssite par la substitution deflnitive de Tespagnol au 
latin. Cette longue persistance du latin dans la po6sie popufaire 
peut seule expliquer d'une mani^re enti^rement satisfaisante 
r^ge recent des romances espagnoles (4) ^ les transformations 



desde Fraocia Casta SaocUago; esto non str. ii), de Deeir (Berceo, Vida de tan 

podieser, fueras ende que en Cantabria Millan, str. cccxxi), de Contor (Berceo 

conquirio algo; Coronica de Eipafia, Milagrot de Nttestra-Setiora , str. i) 

P. III, fol. 33, vo, col. iy^. de Valladolid, ccclxxvii, etc.) et m^me de Leer (Vida 

i604. Ca non lo sabemos por cierto, sinon de tan Millanj str. i, ii etc ) 

?n Jur J!"^ ^*^*' • '*^ ^"^'"'* *" '"' ^«) »«»« ^ »«"'« «« conn^Uble de Por- 

caniares, eic. ^„^3,^ l^ marquis de Santillana disUnguait 

(1) L'arcbipr6tre de Hita disait, cn par- encoreles cantarei des romancei, et s'en 

lant de ses po^sies, str. mdcviii : servait pr^cis^ment pour d^igner les po6- 

Era de mUl et trecientos, et ochenta et un ailos , SICS populaires, dout UU bel-espHt aUSSJ 

fhe compue.to ei romance. ^^^^ ^if^nem, 00 pouTalt faire grand cas : 

Berceo terminart son Looret de Nuettra- infimoi son aquellos que sin ningunt orden , 

S«nora , str. ccxxxii , par cette pri^re : regla, ni cuento (accento?), facen estos 

qre"t:^miS<S*to^ "' *" ^^"^" ' romanccs 6 cantares, de que la gente baja 

On lit aussi dans le Libfe de Apolonio , tutTl «""iw r« lf!^V ^r'/?.* 

imprim* par M. de Ocboa , k la ^ite de l^Zlli.^' ^'n.nrl nh.f * ''ki! '^'"^'! 

son Witioo de Saochez , p. 531 : expression encore plus remarquable, c'e8t 

^ 1 >. ^, TvT 7 rL -, ^" '* ^^*'' **•' quelques Ugnes auparavant : 

En el nombre ae Dios e de santa Maria , Vatna ee>ianni«^ •„«« ^^iJ^ . -j 

si euoe me gniaMn Mtudiar, qneria ^'Stas sciencias ayau prinieramente venido 

componer un romance de nneva maestria. en manOS de los romOineittat d VUloaret. 

€ette derni^re Ugne prouve dvidemment (3) Huber, Chronica del famoto eaval- 

qoe 1'auteor oe voulait pas faire de la lero Cid Ruydiez Campeador ^ lotrod. 

poteie populaire. II est m^me fort remar* p. xxiii. 

qoable que, si Too eo excepte le Poema (4) Noos avoos expos^, p. 287, les raisoos 

del Cid qui, aiosi qoe ooos favons dit, qui les eussent probablement emp^chtos 

ne peot ^tre consid^r^ conmie apparteoant de se conserver telles qu'elles auraieot m 

k la po^ie populaire daos le seos philoso- compos^es, si elles remootaient k uoe ^po- 

phiqoe du mot, et o'a m^me employ^ que que fort reculee. Nous devons ajooter qoe 

le substaoUf Cantar (v. 2287), tr^proba- leur anUquit^ pourrait n^^tre qu'apparente 

blement daos le sens de Chant, Diviiion et rdsulter d'un d^faut d'^ucation de leura 

(voyez Sanchez, 1. 1, p. ccxxviii), les poS- auteurs : le peuple garde avec amoor , sur- 

tes qoi eompotaient en espagnol ne se tout dans les campagnes, les vieiUes id^ 

servait pas de Cantttr, mais^de Fablar et les formes de langage que les autres 

(Berceo, Del tacrificio de lamiia, str. ii; classes de la soci^t^ ont repudi^s depois 

Lorenzo de Astorga , Poema de Alexandro, longtemps. 



— 296 — 

complit^ que la tradition orale leur aurait fait subir sont diffi- 
ciles k admettre , puisque les autres litteratures europ^ennes ont 
conserve dans leur rudesse primitive des chants qui furent 
longtemps aussi transmis de bouche en bouche avant d'^tre 
recueillis. On sait d'aiUeurs qu'en Espagne rinfluence des chants 
ecclesiastiques , et des rapports plus sensibles de prononciation 
et de langue , maintinrent au latin une popularite qu'il perdit 
quelques sitoles plus tdt dans les autres pays de FEurope (1). 
Naguires encore on y chantait dans les ^glises des cantiques 
populaires , ^rits en cette langue : ce fait fort curieux , qui 
n'ayait certainement d'analogue qu^en Italie (2), est expresse- 
ment afflrm^ dans rouvrage sp^cial d'ArevaIus , sur Thymnodie 
espagnole. « Hi duo hymni , » dit-il , « conditi sunt , non ut 
intra officium ecclesiasticum recinantur, sed ut ab universo 
populo vel decantentur vel recitentur (3). » 

Par sa coupe lyrique et fortement rhythmte, la strophe sap- 
phique et adonique avait aequis une grande popularite dans 
toute FEurope ; c*^tait une mesure habituelle aux chants plus 
specialement destines au peuple. Nous citerons entre autres une 
hymne alphab^tique, attribuee, probablement par erreur, k saint 
Hilaire , ev^ue de Poitiers (4) , mais qui , comme le prouve la 



(!) Le serment de 84t prouve ^videm- (4) Les beoMicUn» ravaieot d^jii reoonDU 

ment que 1e latin avalt cess^ d*6tre usuel dans Fedition de ses (Buvres qu'ils ont 

en France avant le milieu du ixe si^cle , donn^e en 1693 , et n'ont imprimd que ies 

et nous n'avons vu dans aucun concile deux premiers et ies deux derniers couplets 

d^Espagne rinjonction de pr^ctier en langue de cette hymne : c'est d^apr^ un rensei- 

vulgaire. gnement inexact, qu'il nous avait ^t^ im- 

(3) Au commencement du X« sitole , les possible de v^ifier, que noos avions dit le 

soMats assi^g^ dans la ville de Moddne contraire dans nos Poitiet populairet 

8'excitaient k bien se d^fendre par un latinet antirieuret au J//e tiiete, p. 182, 

chant compos^ en latin (voyez nos Poitiet note. Gomme cette pidce ne se trouve ni 

populairet latinet , p. 968) , «t Arevalus dans PMition des muvres de saint Hilairct 

dit, dans roovrage que nous allons citer donn^to par Gampanus, ni dans celle de 

dans le lexte : Viget enim bic mos in Ita- Martin Lypsius , ni dans celle de Maffei 

lia, ut in ecclesiis aliqui sint hymni ap- (suivant Mansi, Pabrieii Bibiiotheea 

pensi, et expositi ad Fidelium pietatem fnediae ei infiinae iaUniiaiitf t. lU, 

excitandam , qui etiam inter preces ailas I. viii , p. 254) , ni dans l^ Poeiae 

puUicas canuntur. ehritiiani^ de Fabricius, ni dans le t. V 

(3) Hymnodia hitpaniea, p. 345, Reme, du Coiieeiio pitaurentit, noos avons era 

1786. devoir la poUicv en entier. 



— 297 — 

detestation des doctrines dArius et de Sabellius , n'en serait pas 
moins d'une antiquite fort reculee (1). 

Ad coeli clara non sum dignus sidera 
levare meos infelices oculos , 
gravi depressus (2) peccatorum pondere ^ 
parce , Redemptor (3) ! 

Bonum neglexi facere quod debui •, 
probrosa gessi sine Gine crimina ; 
scelus patravi , nullo clauso (4) termino v 
subvenifS), Christe. 

Gunctae, quae salso maris sunt in littore, 
arenae, mixtae purpuratis conc(h)ulis, 
non meis possunt coaequare (1. coaequari ?) vitiis , 
fateor, malis. 

Doleo , multis peccatorum jaculis 
confossus, arcu quae Venus libidinis 
intorsit, litta (1. lita?) (6) spicula mortifera 
fellis ab unda (7). 

Effudit Daemon de pharetra flammeas 
sagittas, meum super vulnus vulnere , 
cordis infixit mucronem sub medio 
manu cruenta (8). 



{i) B. R. no 1154 (Xle sMe), rol. 99 , notre copie du ms. de Clermont, niais nous 

To ; nous aYons profit^ de quelques varian- ravons corrig^ d'apr^s le ms. de Beme. 
tes, h peu pr^s du m6me temps, qui se (3) Redemptii, certainement par erreur 

trouvent dans le ms. de la Bibl. de Glermont, dans 1'^dition des b^n^dictins. 
no 189, dont nous devons un extrait k (4) Clauiu dans p ; peut-^tre le signe 

1'obligeance de M. Ghampollion-Figeac. d'abr^viation a-t-il ^t^ omis, et doit-on 

Une autre version est dans un ms. du ^crire, comme dans l'^d. des bdn^ictins, 

IXo si^cle, conserv^ k la Bibi. de Berne; clauium. 

voyez Sinner, CakUogui rodicum Bibluh- (5) Sucurre dans le ms. de Glermont, 

thecae bemeniit , t. I , p. 161 , qui n'en qne nous indiquerons par c. 
cite malheureusement que la premi^re (6) Licta dans c. 
strophe. [7i Abunde dans c. 

(2) Gravi deprettoi, dans r^ition des (8) Dans p, ces deux lignes et les deux 

b^n^ictins et le ms. de Paris, que nous derni^res du couplet suivant ont dtd trans- 

d^signerons par p ; Gravide preaut dans posees. 



— 298 — 

Factus sum vilis ; cuncta super ilia 
venit latenter gladium Superbiae ^ 
infixit statim Cupido turpissima 
fronte rugosa. 

Genus serpentis , adfuit Tnvidia , 
veneni portans pocula pestifera ; 
dedit in sitim ; mortis auctor ex(s)titit , 
sordida lues. 

Horrida vultu , facula(m) Discordia 
igne succensa(m) deferens sulphureo , 
medio meo posuit sub pectore , 
coxit amare. 

Inter has quoque pennas gerens plumbeas , 
inaniscursu (1), transvolavit Gloria (2), 
quae me ventosa[m] nitebatur subito 
fraude perire (3). 

Kanendo venit Gstula Ingluvies (4) , 
bona praesentis irrogabat temporis ; 
extendit ventrem, temulentum (5) reddidit, 
miscuit risus. 

Lugere modo me permitte, Domine, 
mala quae gessi reus ab infantia^ 
lacrymas mihi tua dona gratia , 
cordis ab imo ! 

lleis , ut puto , vitiis tartarea 
tormenta multis non valent sufficere (6) , 
nisi sucurrat , Christe , tua pietas 
misero mihi. 



(i) Inanem cuni dans p; peuMtre faut- (4) Ingluviai dans p. 

il lire inani. (5) Tumidentum dans c. 

(2) Gloriam dans p. (g) Succwrrere dans c. 
(^) Decepii dans c. 



— 299 — 

NuUum peccatum super terrae faciem 
potest aut scelus inveniri quidpiam (1) , 
a quorum non sim inquinatus faecibus 5 
infelix ego ! 

Ortus, Occasus, Aquilo, Septentrio, 
Coelum Terraque (2) , Mare , Fontes , Flumina , 
Montes et CoUes , Campi , mixta rosulo 
Lilia flete ! 

Plangite mecum Astra rutilantia ; 
mecum mugite Bestiae silvicolae , 
dicite : Tu es miser , qui sub impio 
crimine gemis. 

Quis me de manu Cocyti (3) flammivomi 
erui potest nisi Patris unica 
proles (4) qui (1. quae?) mundum precioso sanguine 
jure redemit ? 

Redemptor mundi , unica spes omnium , 
aequalis Patri sanctoque Spiritui , 
trinus et unus Deus invisibilis , 
mihi sucurre! 

Si me subtili penses sub libramine (5), 
spes in me nulla remanet fiduciae ^ 
sed rogo tua me salvet clementia (6) , 
Filius Dei ! 

ToUe peccatum , dilue facinora , 
ablue sordes , donoque c(h)arismatum 
instaura meum clementer pectusculum , 
munere tuo ! 



(1) Invenire dans p ; copia dans c. (4) Prolis dans p. 

(2) Terramque dans p. (5) Libra mina daus c. 

(3) Conciti dans c. (6) Potentia dans p. 



— 300 — 

Veniam peto , non de meis meritis 
fisus , sed tua certus de clementia , 
qui bona reis pietate solita 
gratis impendis. 

Xriste , te semper recta fide labiis 
confessus (1) , corde credidi ort(h)odoxo ; 
haereticorum dogma nefas respui 
pectore puro (2). 

, Ymnum fideli modulando gutture , 
Arium spemo , latrantem Sabellium ; 
assensi nunquam grunnienti Symoni 
aure susurra 5 

Zeloque Christi sum zelatus nomine ^ 
me sanctae matris (3) lacte nam catholico,. 
tempus per omne, nutrivit Ecclesia 
ubere sacro. 

Gloria sanctae Trinitatis unicae 
sit Deo , Patri , Genito , Paraclito^ 
laus mea sonet omnia (4) per saecula 
Domino semper (5) I 

Par une consequence necessaire de leur destination et de leur 
nature , les chants ecclesiastiques furent toujours , comme on 
sait , dans une liaison ^troite avec les chansons populaires , et il 
resulte clairement de la grande quantit6 d'hymnes composees 
sur ce rhythme en Espagne, qull y jouissait d^une popularite 



(1) Confeitum dans p, et eredidii daD8 c. dont le caract^re populaire est fortemeot 

(3) Toto dans c marqu^ , nous indiquerons un caoUque 

pour le jour de NoCl , attribu^ k saint 

(3) Mater dans p; il y a dans c me ma- pjuijn^ Opera^ p. 184, id. de Madrisi ; un 
trt$ taneta, et la fin de la ligne manque g^ant sur la destructiott d'Aquil<Se que nou» 
dans notre copie. ^y^ug ^„^11^ ^ans nos Poitiet populaires 

(4) Inomne dans P. latinet, p. 254, et un autre sur la morl 

(5) Parmi les pi^ces sur le m^me rhy Ihme, de rabb^ Hug ; Ibidem , p. 351. 



— 301 — 

toute speciale{l). Des le VF siecle, saint Isidore voulait sans 
doute s'y conformer dans son hymne en rhonneur de sainte 
Agathe (2)^ et le premier couplet, fort mal imprime par Bollan- 
dus (3) et m^me par M. Daniel (4), montre, k n'en pouvoir 
douter, qu'il ne s'agissait pour le poSte que d'adapter des 
paroles k un air populaire. Cette mesure est aussi celle de notre 
chanson, seulement pour en rendre la cadence plus marquee, 
on y a ajoute une rime (inale que nous n*avons vue dans aucun 
autre pofime semblable. Au reste, malgre quelques allusions 
classiques , le caractfere populaire de cette pifece est trop evident 
pour ^tre revoque en doute, nous citerons, comme preuve irre- 
cusable, le neuvieme couplet : 

Illo nolente , Sancius honorem 



(1) Nous citerons , comme exemples , Dans Ganisius, Lectionei aniiquaey t. H, 

quoiqu^elles aieni malheureusement ^t^ P. ii , p. 325 , ^d. de Basnage. 

corrig^, les bymnes suivantes: Pour la Le cbantde Th^ulf, ^v6que d^Orl^ans , 

€onception de la sainte Vierge , patronne pour la r^ception de Louis le d^bonnaire 

des Indes, dans Arevalus , Hymnodia hii~ dans sa m^tropole : 

paniea , p. 325 ; pOUr Saint Michel-Ar- En adest Caesar ploa et benigntu , 

cbange , Ibidem , p. 373 : poor saint Victor, «^^ <i"i ^^ nm^t conucu. 

Ihidlm\ p. 395; pour saint Ferdinand , roi '**»"* SJLrctA.»."'*"' ^°"'' ' 

d^Espagne , Uidem, p. 304 et 305; pour saint Ibidem, p. 75. 

Simon de Roxas , Ihidem , p. 337 et 340 ; un amre, qui fut ^alement compos^ pour 

^\ , _ . -A ,. A X. c6l6brer Tarriv^e d*un empereur k Saint- 

(3) Les trois premi^res lignes de cbaque Q^y^ . 

COUplet n-Ont que Onze SyllabeS aU lieU de ' imperatorum genlmen potentum 

dOOZe ; maiS Cette anaCrOUSe ne Cbangeait macte regnomm noyltate mlra , 

certainement pas le rbytbme , puisque la semper antiqais famuiis, benigne 

strophe 6tait ^alement termin^e par les _ . , «« migerere. 

cinq syUabes do vers adonique. M. Her- ^^Enfin le petit po«me sur Alexandre pu- 

mann a d^ji reconnu avec sa perspicacit* *>^'^ P«' ^fi^l"* ' ^^«'«'•'«'••<>^ . ». i-vi, 

ordinaire, Elementa doctrinae metricae , ^"- "' ^^^' ^^ ' 

p. 643 , qoe le vers alcaYqoe de douze syl- ^^S^^l^V^^T^Z^n.Zr' ' 

labeS n^etait que le VerS Sapphique Ordl- et superbomm gravis orma regum 

naire avec une anacroose. Probablement diHpit audax. 

raceentuation , qui ne portait pas en (3) Aeta Sanetorum, f^vrier, t. I, 

latin sor la demiire syllabe, fut pour beau- p. 597. 

coup dans ce prolongement du vers, car (4) Theiaurui hymnologieut , t. I, p. 

les poetes qui le mesuraient d'aprds la 183. Ao lieo de 

qoantit^ ne loi donnaient qoe sa longoeor Festum insigne prodiit , 

^j. . „ ,^ vi. choms cum voces in anla resonet , 

OrdlDaire. NOOS OOOS bomerons aCiter pOOr cunctomm Deo dicata plebs altema 

exemple rbymne poor le joor de NoCl de tota pandite vota. 

Walafrid Strabo : il faot sans doote ^crire : 

Gloriam nato cecinere Cliristo Festum insigne prodiit ; dioms cum 

angeli , famam retulere , dara voces in aula resonet , cunctoram 

voce pastores nova concrepabaiit Deo dicata plebs altema tota 

gaudia mundo. pandite vota. 



— 302 — 

dare volfebat ei meliorem 
nisi tam cito subiret rex mortem 
nulli parcentem. 

Si Fon prenait un autre couplet a la lettre, il faudrait croire ce 
chant contemporain du Cid , ou posterieur a sa mort seulement 
de quelques annees; car le poSte dit en's'adressant au peuple 
qui passait sur quelque place publique : 

Eia ! laetando , populi catervae , 
Campidoctoris hoc carmen audite ! 
Magis qui ejus freti esUs ope , 
Cuncti , venite ! 

Malheureusement le manuscrit n'est que du XIII* siecle, et, 
comme il arrive presque toujours , aucun signe materiel n'in- 
dique positivement le lieu ou il fut ecrit 5 mais si nous ne nous 
trompons , il ressort de la description detaillee que nous allons 
en donner, qu'il dut F^tre k rabbaye de Sainte-Marie de Ripoll , 
en Catalogne. 

D'abord, il appartenait k Baluze, qui, comme Ton sait, ac- 
compagna Pierre de Marca dont il etait secretaire, dans son 
voyage en Espagne , et en proflta pour y acqu^rir un nombre 
considerable de manuscrits. Celui-ci , qui portait dans son ca- 
binet le n» 284 , est passe avec tous les autres k la Bibliotheque 
royale , oi il est inscrit sous le n® 5132. Quoique ecrit par plu- 
sieursmains, toutes lespieces semblent delapremiere moitie 
du XIII« siecle, et ce fait, ainsi que Finter^t religieux qtfelles 
oflfrent toutes^ un degre quelconque, emp^he d'y voir une 
reunion de morceaux recueillis en difTerents endroits. 

Les premiers feuillets ont ete arraches , et FHistoria hieroso- 
lymitana de Raymund de Aguilers, qui se trouve au conmaence- 
ment , est incompl^te des deux premiers livres et des dix-sept 
premiers chapitres du troisi^me ^ fol. 1 — 21 , recto. 

Fol. 21 , recto, le chant sur la prise de Jerusalem que nous 
avons publie, p. 255-260. 



— 303 — 

Fol. 2i, verso, un sermon anonyme k la louange de sainte 
Marie , commen^ant par : « SoUempnem memoriam sacro- 
sanctae Virginis Mariae, matris Domini , decet fllios sollempni 
oflBcio celebrare. 

Fol. 23 , verso , une histoire anonyme des anciens comtes de 
Barcelone, commen^ant par : Antiquorum nobis relatione 
compertum est, quod miles quidam fuerit nomine Guifredus. 

Fol. 26 , recto , la discussion devant Probus d' Arius et de saint 
Athanase, commen^ant par : Cum apud Niceam urbem a tre- 
centis decem et octo episcopis, evangelicis apostolicisque doc- 
trinis spirituali vigore praeditis. 

Fol. 79, verso , la chanson sur le Cid , que nous allons publier. 

Fol. 80 , verso , une lettre sur le depart de rempereur Fre- 
deric I pour la croisade et sur sa mort, qui a ete pubiiee par 
Baronius, Annales ecclesiastici , annee li90, par. 10. Le second 
feuillet de cette pi^ce n'a pas ete pagine. 

Fol. 81, recto , un recueil d'homelies anonymes, qui, quoique 
intitule De actibus Apostolorum , en contient quelques-unes sur 
des sujets difTerents, et entre autres sur la naissance de saint 
Fortunat et de saint Felix, qui jouissait en Espagne d'une 
veneration toute particuliere. La fin manque ; la derni^re ho- 
melie sur ce passage de Fevangile de saint Mathieu : Jerusalem , 
Jerusalem , qua£ prophetas occidis^ est incomplete. 

Fol. 93 , recto , la fin d'une donation faite au monastere de 
Sainte-Marie de RipoU, en 1211, par Raimund de Porcian. 

Fol. 93 , verso , une Vie anonyme , en t^te de laquelle on lit 
d'une autre ecriture que celle du manuscrit : Incipit gesta vel 
obitus domini Petri (Urseoli) , ducis Venetiae atque Dalmatiae , 
qui celebratur in idus januarii. La Vie commence par : Quam 
bonae vitae finis, et exibitio prudentis ingenii constituunt habi- 
taculum beatitudinis ! 

Fol. 101, verso, un decret rendu , en 1157, par Tabbe Gaufre- 
dus ei rassemblee des moines de Sainte-Marie de Ripoll , pour 
etablir Fusage de celebrer dans rabbaye la f^te de la Sainte- 



— 304 — 

Vierge tous les samedis, et d'y faire, le m^me jour, k tous les 
moines une distribution de fromage ou d^ceufs bien arranges 
avec du poivre. 

Fol. 104 , recto , un sommaire des revenus du fief de Moion , 
appartenant au monast^re de Sainte-Marie deRipoll. 

Fol. 104 , recto , un decret de Tabbe Gauffredus , pour ajouter 
une collation k Fordinaire des moines , le jour de saint Luc , 
evangeliste. 

Fol. 105, recto, des pronostics pour rannte 1179, par Johanes 
de Tol^de. 

Fol. 105 , recto , une lettre du pape Cl^ment au roi de France 
et k tous les pr^lats de r£glise , sur rapparition de saint Paul k 
un religieux de Rome. 

Fol. 105 , verso , la charte d'une vente faite en 1212, k Tab- 
baye de Sainte-Marie de Ripoll par Petrus de Palad ; Alda, sa 
femme ; Petrus de Palad , son flls , et Sanctia , sa belle-flUe. 

Fol. 105 , verso , TAve , Virgo gloriosa , note. 

Fol. 106 , recto , la fin d'un acte passe la 26' annee du regne 
deLouis le jeune(1163), par lequel, en consideration d'avan- 
tages qui ne sont pas designes dans ce fragment , Tabbaye , re- 
presentee par Fabbi Gauflfredus, s'engageait on ne sait ^ quoi. 

Fol. 106, verso, une note des revenus et usagesquepossedait 
lecomte deBarcelone dans le territoire de Moion^ la finmanque. 

Fol. 107, recto, une constitution de Gautfredus pouraugmen- 
ter la quantite d'habits que Ton donnait habituellement aux 
moines de son abbaye, 

Fol. 107, verso, une lettre d'OIIegarius, archev^e de Ter- 
ragone , k Fev^que de Vich , qui Favait consulte sur la conve- 
nance de conferer Tordination k un honmie qui, dans son en- 
fance, avait tu^ par accident un de ses camarades. 

Fol. 107, verso, une lettre extr^mement courte de saint 
Yvon , ev^e de Chartres , adressee k Olrichus, qui Tavait con- 
sulte sur un cas de p^nitence. 

Fol. 107, verso , une hymne k demi-eflacee et probablement 
mutilee : 



— 305 — 

Vox clarescat, mens purgetur; 
homo natus emundetur ; 
dulci voce conformetur, 
pura conscientia ! 

(P)atrl , Proli jubilemus ; 
sacrum Neupma (1. Pneuma) praedicemus , 
unam landem (I. laudem) tribus demus, 
quos unit essentia ! 

(P)ater creans increatus , 
Nascens ab aetemo natus , 
Amor ab his dirivatus (1. derivatus?), 
sunt una substantia. 

(T)res personae Trinitatis , 
unum esse Deitatis , 
sunt ejusdem majestatis 
et idem per omnia. 

Fol. 108 , recto , le dix-septi^me canon du concile de Chal- 
c^doine. 

Fol. 108 , recto , des r^gles en vers pour des horoscopes ou 
plut6t des divinations , qui doivent se rapporter k quelque ta- 
bteau dont la cle manque. EUes sont trop obscures pour que nous 
ne nous bornions pas a publier fid^lement le texte du manuscrit : 

Lunis procer et sub mense. 
somno. splendor. etinmense, 
Martis procer atque duris. 
consors. ales. et telluris. 
Mercurius. falsus deus. 
rerum. nox. et celi deus. 
Jovis cito pede tange. 
nox atra. lux. ecce magne. 
Dies. vis (l)iejunator tu. 

(1) Dans le ms. le s est au-dessus de «t ; trop : il Taut saos doute transposer tu ou le 
nous serions lente de lire Venerit , si le rejeter k la ligne suivante. 
vers n'avait pas alors deux syllabes de Oq 



— 306 — 

tr eterne. pla^odator 

Sabbato. dat sortem. polus. 
sume. Aurora. o lux. deus (1). 

A la suite se trouve , avec des notes de musique , le Salve, Virgo 
regina. 

Fol. 108 , verso , Cedit frigus. hiemale , que nous avons pu- 
blie, p. 52. 

Fol. 109 , recto , un poeme sur la mort d'un grand capitaine , 
dont on ne peut plus lire que le commencement : 

Mentem meam laedit dolor, 

nam natalis soli color, 

Color, inquam , genuinus 

fit repente peregrinus. 

Color quippe naturalis 

nunc afflictam gentem malis 

Mire nuper decorabat , 

dum vir magnus radiabat. 

Magnus, inquam, comes ille , 

qui destruxit seras mille, 

Mahumeti caede gentis , 

genu nobis jam flectentis. 

Sensit Lorcha (2) virum tantum , etc. 

Fol. 109, recto, un autre poeme efface, dont on peut lire 
encore la fin au verso : 

Quod est anceps tu dis(s)olvis , 



(1) Un poSme da m^me genre , mais infi- 
nimeot plus ^tendu , se trouvait k l'abbaye 
de Sainte-Marie de Lire , et a ^t^ trans- 
port6 k la Bibliotti^ue de Rouen, ou il est 
inscrit sous le no 29, 8, O. Son caract^re 
est si ^tranger k celui des po^sies qui 
composent la plus grande partie de ce re* 
cueil, et il aurait fallu pour le rendre 
compl^tement intelligible , 1-accompagner 
d'un commentaire si d^veloppe , que nous 
avons cru devoir en ajourner la publication. 
Nous nous bornerons k en citer les premiers 
vers , fol, i , vo, col. i : 



8i vis prodesse sortes , anathema nec esse , 
cura praescire quod tit tlbi scire necesse ; 
Id qnoque sic faoies , et certus ad omnla fles. 
' Cum fuerit cura praenoscere sorte fatnra , 
Orans Jejuna, triduo vlgrilabis et nna 
Kocte prius supplex ; sit cereus et tibi dnplex ; 
Post , missa diota , conspersus aqua benedicta , 
Non praotermissas Pater et Crkdo , nec omittas 
Ipsum sipnare qui primus est locus arae ; 
Post venias , eape tres et ibi geminas jace sortes ; 
Dumque fit lioc bene bis seni pascantur egeni. 
Qnicqoid scire velis , dat sors ita Jaeta fidelis ; 
Sortibus Iiis quaeres nec eas te fallere speres. 

(2) Lorca en Gatalogne , que Pline appe- 
lait ilorewn; Hittoriae naturality I, iii, 
ch. 1. 



— 307 — 

quod tegendum tu involvis ^ 
Tu , intrare me non sinas 
infernales ofBcinas , 
Ubi moeror, ubi metus, 
ubi foetor , ubi fletus ; 
Ubi probra deteguntur ; 
ubi rei confunduntur ; 
Ubi tortorsemper scidens ^ 
ubi vermis semper edens ^ 
Ubi totum hoc perenne, 
. quia perpes mors gehennae. 
Me receptet Sion lila; 
Sion quidem urbs tranquilla, 
Cujus faber auctor lucis , 
cujus portae lignufn crucis , 
Cujus claves lingua Petri , 
cujus cives semper laeti , 
Cujus custos rex festivus, 
cujus muri lapis vivus. 
In hac urbe pax solemm's , 
ver aeternum , pax perennis ^ 
In hac odor implet coelos ^ 
in hac semper festum melos. 
Non est ibi corruptela , 
non defectus , non querela: 
Non minuti , non deformes; 
omnes Christo sunt conformes. 
Urbs coelestis , urbs beata 
supra montem collocata , 
Urbs in portu bene tuto , 
de longinquo te saluto ^ 
Te saluto, te suspiro ^ 
te aflfecto , te requiro. 
Quantum tui gratulentur ! 
Quam festive conviventur! 



— 308 — 

Quis afTectus eos stringat , 

aut quae gemmt muros pingat , 

Quis c(h)alcedon (i), quis jacin[c]tus, 

norunt illi qui suntintus. 

In plateis hujus urbis, 

sociatus piis tuii)is , 

Gum Moyse et Elia (1. Helit) 

pium cantem alleluia ! Amen. 

A la suite se trouve la charte d*une donation, faite, en 1218, 
au monast^rie de Sainte-Marie de Ripoll par Barnard de Dons. 

Ella (2) gestorum possumus referre 
Paris et Pyrr(h)i , nec non et Aeneae , 
multi poaetae (1. poetae) plurimum (^in ?) kude 
quae conscrtpsere. 

Sed paganorum quid juvabunt acta . 
dum jam vil[I]escant vetustate multa ? 
Modo canamus Roderici nova 
principis bella. 

Tanti victoris nam si retexere 
coeperim cun(c)ta , non haec libri mille 
capere possent, (H)omero canente, 
sum(m)o labore. 

Yerum et ego parum (I. parvus ?) de doctrina 
quamquam aurissem (I. hausissem ?) e pluribus pauca , 
rihtmice (I. rhytlmiice) tamen dabo ventis vela , 
pavidus nauta. 

Eia ! laetando , populi Catervae , 



(1) GhalcMoioe, du grec XaXxY]0(Dv; quelquef exemples dWf um, ellam, pour 
ce mot maoque dana la uouvelle ^dition de ^n illutn , en illatn : 

d U Ganire* Koaoio qui senez nM>do vontt : eUnm, eonfidens, catas. 

T^rence, Andria, act. v, sc. ii, v. 14. 
(3) Probablement une contraction d*Bn Voyez autsi Adelpki , act. iii, sc. iv, 
ilta; on trouve d^J^ dans la bonne latinil^ v. 95, et Priscien , I. xn , p. 919. 



— 309 — 

Campi-Doctoris (1) tioc cannen audite! 
Hagis qui ejus freti estis ope , 
cuncti venite I 

Nobiliori de genere ortus , 
quod in Castella non est illo majus (2); 
Hispalis novit et Iberum (I. Iberi ?) lit(t)us 
quis Rodericus (3). 

Hoc fuit primum singulare bellum , 
cum adolescens devicit Navarrum ; 
hinc Campi-Doctor dictusestmajorum 
ore virorum (4). 

Jam portendebat quid esset Tacturus , 
comitum lites nam superatu(ru)s , 
regias opes pede calcaturus , 
ense capturus. 

[1] llral ■ppd^diDBlMdoCDnienlslalins (3) S^tine et lei rlyci de 1'6bTe («U, sil'0D 

Campiioclia , Cainpi- Doetor, Campi- ooBBeiTe le UiU du mi., la letre Ati m~ 

DaeloT, Campi-Dator , Campeator . Can- rea) onl bu quel boniine «laft Bodrigue. 

piaior et d»na \m ti^Wires arabo K) ,,, pe^ i^ umpi .pri« le mort do doo 

KambylhoHT,BiKampydhour;^i-eM.toair FernaEd , roi de Cartito , •» fll» . don 

roe noui 1 .von. d.t, unc ™r™piion du non> s.n.io g, ,, guj^, j ^ ^„,,„ j„„ 

de Cfl«y*ador, Guerner, Ch.mpion en es- g.ucho Gareet, n>t de ti«me; U prt- 

ET°,''-''''f ^'<l«^nfJ«./'^'"''«IC.d. iend.it que I» Bioj. , Bnreb, el 1. Vloille. 

DaD.l«e«.taJI«I.ne.O«ia(,,le«.mlede CaniUe hi^ient pirtie de «tn rojaume. 

Bircelone lui dit dins une lellre oH \\\t Se\oa I. ChronEijue de Ban-Jusn de L« 

Mnune do «alir de wn camp pour com- f^ j, „„( ijmoigiioge oriiin.i qui nous 

baltre «n raw campagoe : Sl .nlem eilerii jon ^„iraM , le. premier. ovanlagei du 

■d no.. .. .eri. ip« Bodericn. quem dieonl „, j^ C.itille turent sulvl. de .*rieu. re- 

BtUatortM el CaMptalortm. ,^„ jon, ,j i„diiioD populaire perdil 1« 

(1) RodrigD (et par ■br^riation Hny el .ouienir; roici les parotea : El operaDte 

lii^) Diai (fili de Diego] «tait llla de Diego gr.tla Jesu-Chri91i qul nuDquem deficit 

Laynei, et de lo ramille de Vabo Ba^uera prosequenlibu. Terltatem, dictua rei Caa- 

et de Liin Calro, qui araient Hi: nomm^s tellae ruil dericlu. et opprobriose coactu. 

par 1« peuple Alcadea do CaiUlle ioua le rugere eum quodam equo, cam pRueis 

rigDe d'Alpbon9e it ; voyei KBdeTiau luia, el dicilur quod dielui equui quaada 

toletaiHu, De r«Aut Sii/ianiai, I. v, eqnitabat in fuga, erit .tne adla ot IreiM, 

ch. 1. Qua: ~ ~ cum eapiSn) tamunuBodo al dielDi 

d'une petiu Sancliui (Hamirei, le rol d'Arr*gM) 

de Burgoa, irauriril Iberum capieodo et vaslaBdo 

maiB on oe lerrtni sui Inimici, et reeuperaDdo id 

du Cid , oi I quod Idem luimicui occuparorti de r^no 



— 310 — 

Quem sic dilexit Sancius , rex terrae , 
juvenem cemens adlata subire 
quod principatum velit illi primae 
cohortis dare (1). 

Illo nolente , Sancius honorem 
dare vcdebat ei meliorem 
nisi tam cito subiret rex mortem , 
nuUi parcentem. 

Post cujus necem dolose peractam (2) , 
rex Eldefonsus obtinuit terram ; 
cui , quod frater voverat , pertotam 
dedit Castellam. 

Certe nec minus coepit hunc amare , 
caeteris plusquam volens exaltare (3) , 
donec coeperunt ei invidere 
compares aulae. 

Dicentes regi : Donune, quid facis? 
Contra te ipsum malum operaris, 
cum Rodericum sublimari sinis ; 
displicet nobis. 

Sit tibi notum ; te nunquam amabit , 
quod tui fratris curialis fuit ; 
semper contra te mala cogitabit 
et praeparabit. 



(1) II y a dans le Getta Boderiei Didaei 
eampidoeti : Rex aatem Sanctius adeo 
diligebat Rodericom Didaci multa dilectione 
et nimio amore , quod constituit eum prin- 
cipem super omnem mUitiam suam. Rode- 
ricus igitur crevit , et lactus est vir bella- 
tor fortissimus et campldoctus, iu aula 
regis Sanctii; dans Risco, La CatUlla y ei 
tnat famoto CattellanOf app. p. xyii. 

(S) Don Sanche fut assassin^ par Bellido, 



fils d'Athaulfo, pendant le si^e de Zamora^ 
dont il Youlait d^pouiller sa soeur dofta 
Urraca. 

(3) Le Getta Roderici Didaci campi- 
docti dit ^galement : Igitur post morleni 
domiui sui, regis Sanctii, qui eum nutrivit 
et valde dilexit, rex Aldefonsus bonorifice 
eum pro vasallo accepit , atque cum nimia 
reverente amore apud se babuit. 



— 311 — 

Quibus auditis susurronum dictis , 
rex Eldefonsus, tactus zelo cordis , 
perdere timens solium honoris , 
causa timoris, 

Omnem amorem in iram convertit ,. 
occasiones contra eum quaerit , 
obiciendo per pauca quae novit , 
plura quae nescit (1). 

Jubet e terra virum exulare : 
hinc coepit ipse Mauros debellare, 
(H)ispaniarum patrias vastare , 
urbes delere (2). 

Fama pervenit in curiam regis 
quod Campi-Doctor, agaricae gentis 
optima sumens , adhuc parat eis 
laqueum mortis. 

Nimis iratus jungit equitatus ; 

illi parat mortem nisi sit cautus (3), 



(I) Oa lil dans le savant r^um^ que 
M. Ascbbacb a fait des traditions sur le 
€id : Sanctio interempto, Alfonsus , in pa~ 
trlam redux , Legione ( L^n) , sede regia 
potitus est. Ciatstellae vero magnates, eun- 
dem non esse prius regem recipiendum 
decreverunt quam , se nesciente , Sanctii 
eaedem perpetratam jurejurando coufir- 
masset. Caeteris dubitantibus atque cuuc~ 
tantibus prae timore , ne cum mala forent 
apud regem gratia, Gidus, minime baesi- 
tans , in medium processit et, qua in cae- 
teris animi magnitudiue uti solebat, Alfon- 
sum verbis eoncepiis jurare compulit atque 
diras in ejus caput addidit imprecationes , 
si fratris caedes ipsius consilio patrata 
esset. Neque simul Alfonsi juramentnm 
accepit, sed eliam poposcit, ut rex id 
repeteret. £a ex causa, ut rerum eventus 
postea declaravit, rex Roderico infestissi- 
mus , occasione data , de insolenti procere 
poenas sumere decrevit; De Cidi hiito^ 
riae forUibut, p. 3. Les ^crivains les plus 
circonspects 8'accordent sur cette cause 



premiire de la malveillance d^Alfonse VII r 
Gumque nullus esset, qui jurameotum a 
rege aoderet accipere, suprafatus Roderi- 
cus Didaci, miles strenuus, juramentum a 
rege accepit. Quapropter rex Adefonsus 
semper babutt exosum; Lucas, diaconus 
tudensis, Chronicon, p. 100 ; dans Schot- 
tus, Hitpmiae illuttratae t. IV. Gum 
nemo vellet ab eo (Adefonso) reclpere jura- 
mentum, ad recipiendum se obtulit solus 
RodericusDidaci Gampiator. Unde et poslea, 
licet strenuus, non fuit in ejus oculis gra- 
tiosus; Rodericus toletanus, De rebut 
Hitpaniaey I. iv, cb. 21. Le Chronica del 
Cidf ch. Lxxxix, attribue k une autre 
cause ce premier exil du Gid. 

(2) II semble r^sulter de ce couplet et du 
suivant, que Ruy Diaz se serait veng^ de 
Tinjustice d'Alpbonse en ravageant son 
royaume, mais nous n'avons rien vu de 
semblable , ni daus les po^sies espagnoles, 
ni daus les chroniques. 

(3) G'est la seule ligne. qui manque de 
c^ure apr^ la cinquiime syllabe. 



— 312 — 

praecipiendo qvod si forei ctptus , 
sit jugulatus. 

Ad quem , Garsiam , comitem superbum (1 ) ^ 
rex praenotatus misit debellandum : 
tunc Gampi-Doctor duplicat triumpbum , 
retinens campum. 

Haec namque pugna fuerat secunda 
in qua cum multis captus est Garsia ^ 
Capream vocant locum ubi castra 
simul sunt eapta (2> 

Unde per cunctas (H)ispam'ae partes , 
celebre nomen ejus inter omnes 
reges habetur, pariter timentes, 
munus solventes (3). 



(1) Saivaot QaiDtana, Vida del Cid dont eHe raoonte afaisi les ctuses : Pro 

Campeador^ il 8'agirait de Garcia Ordo&ez, hujusmodi triumplio ac victoria a Deo stbi 

comte de Najera, et commaDdaDt de la eollata, qaamphires , tam profrfnqul quam 

Rioja pour le roi de Castille. M. Romey, extranei , causa iDvidiae , de fatsis et dod 

Hittoire d'Etpagne , t. Y, p. 492, eoDjee~ veris relras illum apud regem accusave- 

ture avec beaucoup de vraisemblance que ruot. Reveno autem cum supradiclo bo- 

ce comte Garcia ^it un des principaux nore ad Gasteliam Roderico, rex Aldefon- 

•Dnemis da Cid , mait on ii'eo trouve aa- sot ad SarraceBoram terraai sibi rebellem 

cune traoe dans les anciens ^ivains ; le cum exereitu nio statim perrexlt , «t eam 

Chnmiea dei Cid lui-mdme ne sait rien de debellaret , ei regnui soom ampUicaret et 

la bataille de Gapra oo Caprea. paeificaret. Rod^icus autea tune temporis 

i^ <T t ' t ^x* u A t ^^ i..>.^ iB Gaslclla reoMDsit laflnBos. Sarraeenl 

(«) Voici les d^iaHs de la geste laUne : ^^^ j^^ ^^^,^ ^^ j^^^^ ^ 

Veneruot Itaque omnem lerram lUam de- ^ ^^^^^ ^ dicltar Qormat, oM 

praedantes, nsque •*» castrum, qui dicitur „ praedaiJ^cceperont. Gom i^olett 

Capra. Quod autem Rodericus Didaci au- {j^^dij^i Rodericosrnlmla motos ira et 

diens et ccrta verilale cognosceos, eis ^rtstitia, ait : PerseqJar btronculos iUo» 

statim cum exercitu suo obviam exiit, ^ ^^^^ ^ cooi^eliendam. Goi«regato 

ibique cum eisdem Mlum crudele commi- jgUu, exercltu soo, et conctlTnSliUbo» 

sit. Quod utique bel lum inler se permistum ^j^ ^^, j^ ^^^^^ j^ ^^ Xolett 

duravlt ab bora diei terUa usque ad sex- depraedans et devasUins terram Sairaoe- 

tam. FacU est autem maxima strages et ^ ^^^ ^j^ ^ ^y^ ^^^ 

inujrfectio exercitus regis GranaUie, Um ^^ ^„j omnesque sobstaiiliaa el 

Sarracenorom quam Ghristianorum dooec ^Jnj^ ^, viriHter VbsUiUt, seeumqoe 

omnes,devlcUacconfu8i,fugeruntafaoie j^ jomum suam attulll. Ut autemlex 

Roderici Didaci. Captus est igitur in eodem Aldefonsus et majores suae ouriae boc 

bello comes Garsias Ordonii , et Lupus f.^„„ ^oderici aodierunt , dore et moles. 

SancUi, et Didacus Petn, et aUi quam- ^ acceperunl; et hujusmodl caosam siM 

pluresillorummiUtes;dan8Risco,f6fd(!m, objicientes , iibique curiales invidentos 

^' ^^'"* regi unanimiter dixeruBt : Domine Rex, 

(3) La geflte laUne parle d^un secoad exil , celsitodo vestra procul dobio seioi; qued 



— 313 — 

Tertium quoque praelium Gom(m)isit , 
quod Deus illi vincere permisit , 
alios fugans, aliosque cepit, 
castra subvertit (1). 

Marchio namque comes Barchinonae , 
cui tributa dant Madianitae , 
simul cum eo Alfagib (2) , Ilerdae 
junctus cum hoste (3) , 

Rodericas hac de caasa fecit hoe , ui nos amare et viriliier ae ad benam praeparare. 

omnes simal io terra Sarraceooram babi- Perrexit itaque cum exercitu suo usque 

tanles , eamque depraedantes , a Sarraoe- ad illum loeum, ia qoo aspexerunt se mu- 

nis interficeremur atque ibi moreremur. tuo, comites scilicet et Alfagib et Rodericus 

Hajusmodi prava hac invida suggestione Didaci. Magno autem impetu facto belli- 

rex injaste commotus et iralus ejecit eum gerantes et vociferantes ulriusque partis 

de regno suo; dans Risco, Ibidem, p. direxerant acies suas et Inierunt bellum. 

XIX. Sed praedicti comites, simal cam Alfagib, 

(1) La Tersion du Getta Roderici Didaci verterunt conlinuo terga , et devicli ac 

eampidoeti est diff^rente dans plusieors confusi fugierunt a facie Roderici. Occisa 

circonslances ; mais nous ne la donnerons est quippe maxima pars eorum , paucl 

pas DDoins tout cnti^re pour suppl^r, au- nempe evaserant : omnia eorum spolia et 

tant qu^il d^pendra de nous, k la mutilation substantia in jure et in manu Rodericl 

de cette cbanson. Deinde adhuc malitiae remanserunt. GMnitem autem Berengarium, 

certamen inter Almuctamam et fratrem et milites suos secum duxit caplos ad cas- 

ejas Alfagib videlur exortum, usque ad bel'- tram Tamariz , ibique misit eos in manus 

lam peragendum perductum. Alfagib autem de Almuotamam , post babitam et factara 

conveuit se cum comite Berengario, et co- victoriam ; dans Risco, Jbidem, p. xxi. 

mite Cwdaviese et cum fratre comilis (jj ^a Chronlque latine que nous avons 

Urgelensis , el cum polesUtibus , yidelicet ^^j ^ ^j ^^^^^^ ^i^^ ^^^ ^^^ renseigne- 

Usason, et Impurdaniensi , et Rocionensi, ^^^ j^^^ ^^t^l,,^, g„r ^^ ^,f^^b : lUe 

atque Carcassonensi, habuitque cum eis autem,deregnoCa8tellaeexien8,adCaesar. 

consihum hujusmodi , quod omnes isti ve- augusUm venit, regnante in ea tunc AI- 

nirent panter cam Alfagib et obsiderent muctamir. Qui mortuus fuit Caesaraugusta, 

supradictum caslrum Almanara : quod regnumque ejus divisum est inter duos 

statim lUi factum fuit. Imto ibi (in caslro ^jj^^^^ g,!^ AlmucUmam videUcet et 

Tamanz) et habito inter se consiho, Al- ^,f jb. Almuctamam autem regnavil in 

muctamam praecipiebat »oderico , ut dimi- caeMraugusta ; Alfagib vero frater ejus in 

caret contra hostes, qui obsidebanl cas- j^^^^ ,g^g ^^^^ AlmucUmam multum dl- 

il[?"* :^.!SfT*H«^"*j"®j;fK2?*«m,m «««^bat Rodericum, et praeposuit, et exal- 

"•' .^^ «.l"aitl« L«?rr^ rr^ iniL ^«vlt cum supcr regoum slium. et super 

quiescat expugnare castrum, quam inre terramsuam, utens in omnibus 

certamen cum eo, quia in maxima mulli- :,. , t^. ' """"^ . . 

. ^- « I^»;„..» «««;. ii«« ...i^». Ai«,./. consUio ejus. Dirum autem et saevissimum 

tudine bominum venit. lioc autem Almac- .... ' •^..•^.. 

Uouim libenter concessit. Rodericus aatem T?"""» «"'■'""«; ""'""? "f.n"' ff 

ad comites praedictos et ad Alfagib statim Almuctamam el fratrem eju. Alfagib, ita 

* Y;. „. t» „. «««^»« o..« „«„e.. • qu<w* statuerunt locum et diem, in quo 

nunuum misit, ut accepto suo censu, a 3fiUp„^-pn. jnig- ^ ^ 

praedicto caslro discederent. lUi autem «eDeiiareni inier se. 

suisdictis adquiescere noluerunt, nec cas- (3) Gette menlion toute gratuile des 

tra debellare desinierunt. Nuntius vero re- ennemis de L^rida , parmi les troupes que 

versus ad Rodericum, retuUl ei omnia le Gid vainquit k Tamariz, nous ferait 

quae ab eis audierat. Rodericus autem croire que cetle chansoa fut composee 

commoto animo jussit omnes milUes suos pour le people de L^ida. 



— 314 — 

Caesaraugustae obsidebant castrum , 
quod adhuc Mauri vocant Almenarum ^ 
quos rogat victor sibi dari locum , 
mit(t)ere victum. 

Cumque precanti cedere nequirent , 
nec transeundi facultatem darent , 
subito mandat ut sui se arment , 
cito ne tardent. 

Primus et ipse indutus lorica , 
nec meliorem homo vidit illa ; 
romphaea cinctus , auro fabrefacta , 
manumagistra, 

Accipit hastam miri&ce factam , 
nobiiis silvae fi*axino dolatam , 
quam ferro forti fecerat limatam , 
cupide rectam. 

Glypeum gestat brachio sinistro , 
qui totus erat figuratus auro ; 
in quo depictus ferus erat draco , 
lucido modo. 

Caput munivit galeam (1. galea) fulgenti 
quam decoravit laminis argenti 
faber, et opus aptavit electri 
giro circinni. 

Equum ascendit quem trans mare vexit 
barbarus quidam , nec ne com(m)utavit 
aureis mille ; qui plus vento currit , 
plus cervoi (1. cervo) sallit. 

Talibus armis omatus et equo , 
Paris vel Hector melioris (1. meliores) illo 
nunquam fuerunt in trojano bello , 
sunt neque modo. 

Tunc deprecatur (£e reste manqm.) 



LEGENDES 



DB 



PILATE ET DE JUDAS ISGHARIOTE. 



II n'est point de chant historique oii tous les caract^res de la 
poesie populaire soient plus marques que dans les legendes qui 
amusaient si utilement les loisirs de nos p^res. Nous ne parlons 
pas ici de ces historiettes morales qui ne s'adressaient qu'i Tes- 
pritpratique dupeuple, et amenaient, le plus naturellement 
possible, une r^gle de conduite vulgaire. Sans doute leur po- 
pularite 6tait grande : peut-^tre un peu par souvenance des 
paraboles de Tfivangile , elles etaient devenues une illustration 
si necessaire des preceptes moraux que les predicateurs se 
piquaient d'emulation avec les jongleurs et en racontaient gra- 
vement en chaire (1) 5 mais personne n'avait la bonhomie d'y 

(1) On en faisait m^e des collectioDS a D'^Uient pas porement moranx , recon- 

Tasage des prMicateurs, tels que le Promp- uaissaient ^gaiement Theureuse inflaence 

iuarium exemplorum de Herolt, et le de cet usage; ainsi, par exemple, od lit 

Swnma praedieanHwn de JohaDDes de au commeucemeDt de Haoeloe le Danois : 

Bromyard ; voyez aussi le Diiciplina ele- voienten deveroit rom oir 

rieali» de PetruS AlfOOSi, le Getta Bo- et reconter et retenlr 

■•>..;■ . Les noblea fez as anciens . 

manorum morallSi et tOUteS les yerSlODS etleaproueace», etleabi^n»; 

du Roman det Set-Saget, Herolt dlt , dans Essamples prendre et remembrer, 

le prologue du recueil que nous citioos tout p" ^^ ^™*" ^°"®* amender. 

k rheure, que saiut DomiDique oiiMuiada^ Quelquefois m6me, les pr^icateurs cher- 

exemplit et Tod sait par Vinceot de chaient seulemeDt k ^gayer leur auditoire 

Beauvais que les prMieateurs racontaieDt par des histoires amusantes ; Tusage s'en 

en chaire jusqu'aux fables d'£sope; Spe^ est conserv^ longtemps en Allemagne, le 

culum hittorialey 1. iv , ch. 8, fol. 31 , ro, jour de PAques, suivant le Conmvalium 

ed. de Venise, l!i91. Les ^crivains qui Hbery fol. K, 8, dd. deBAIe,1543. 



— 316 — 

croire-, on les prenait pour de v6ritables fables (1). Ces petites 
fictions dramatiques n'ayaient rien de national ni m^me d'euro- 
p^en ; le plus souvrat les Juife les apportaient toutes faites de 
rOrient (2), od rimagination plus timide et plus songeuse que chez 
les peuples parmi lesquels la vie sociale s'est developpee avec 
ses n^cessit^s de courage et d'esprit positif , se complatt dans le 
sens toujours un peu mysterieux des apologues. Nous parlons 
de ces legendes religieuses dont la vraie signification se voile 
pour la myopie d'une credulit^ trop simple et pour les aveugle- 
ments d'un philosophisme etroit , mais ou Ton retrouve , quand 
on sait les comprendre , toute Tintelligence , nous dirons m^me 
toute la foi des premiers si^cles chretiens. 

Consid^rer les legendes comme des oeuvres de Fimagination 
populaire , ce n'est point attenter k la v^neration que de pieuses 
superstitions leur accordent encore. Si le po6te qui compose des 
ouvrages individuels produit facilement des fictions, un peuple 
entier ne saurait imaginer que des verites : car il n'y a ni hasard 
ni caprice dans ses creations ; ses sentiments tiennent i sa civi- 
lisation et ses idees k son histoire. Telle est la cause du grand 
int^r^t qui s'attache aux fables purement mythologiques , lors 
m^me qu'elles appartiennent assez compl^tement au passe pour 
ne plus nous paraltre que ridicules. Sous cette forme antipa- 
thique k notre raison , il se cache une idee digne de toute notre 
sollicitude, parce que Fesprit de son temps s'y est reflechi 
comme dans ces miroirs qui concentrent les rayons lumineux. 
U en est ainsi de ces legendes d'une simplicite presque puerile , 
dont les d6tails , d6nu6s de tout int6r6t , se reproduiraient vingt 



(1) Pendant le moyen Age on appelait 
m^me habitoeHement les fables des Exem- 
plet; Entiemplo dans FArcipreste de la 
Hita , Bispel dans Bonner, Exemplum 
dans le recueil de Herolt {piteipulut) ^ 
imprim^ en 1480. 

(2) Une foule de ces bistoires, qui devin« 
rent si populaires pendant le moyeo Age » 
sont emprunt^es , comme on sait , aux fa- 
bles de Bidpalf, au Uitehle S^r^hdr^ k 



VHitopadeta^ au PtmttchalarUra ^ etc; 
voyez YBttai tur let fablet tndiennef, 
par Loiseleur Deslonchamps , XEifdeitung 
de M. Keller, en t^te du Bomant det Sept^ 
Saget et le Liierarhittoritche Vorbemer^ 
kungen tt6er die orientalitchen Bear'^ 
beitungen der Sieben wiun Meitler^ que 
H. Sengelmann a mis en t^te de sa tra- 
daction allemande de la versloD b^braiqae 
du Bomant det Sept-Saget, 



— 317 — 

fois sous no6 yeux sans eveiller notre attention : malgre cette 
insignifiance apparente , dles contiennent necessairemait quel- 
queidee generale et profonde, puisqu'elles nous sont parvenues 
k travers une longue suite de gen^tions. 

L'inteUigence des legendes pieuses importe donc k la philoso- 
phie de Thistoire presque autant qu*i Thistoire de la poe^ ; 
mais elles ont malheureusement des origines trop diverses et 
trop multiples pour se laisser ramener k cette unit^ syst^ma- 
tique que Ton declare volontiers le dernier mot de la science 
quand on ne sait que la moiU^ des choses. Dans un re^ectbien 
peoeclaire, des croyants timores, de jour en jour plus rares, 
les acceptent nalvement pour des histoires authentiques , que 
des sentiments trop vi£s ont pu embellir de certains omements, 
mais en conservant toujours ia purete de la tradition et la v^ritB 
des £aits. A rextremite opposee, de {^retendus penseurs d^ient 
toute base historique aux faits legendaires : ce n'est pour eux 
qu'u]ie spirituelle traduction de quelque id^ trop simple ou 
trop grossi^ pour Hve iaissee sans ycNle. Ils reconnaissent k 
priori qu'au beroeau des peuples , au moment od les croyances 
religieusess'eIaborent, les subtilites dubel-€sprit ont plus de 
vie et de puissaiK» que les continuelles exagi^rations de la peur 
et de respopanoe. Ce n'est pas tssez pour ces esprits forts de 
prendre, comme Dupuis , les aveugles credulites d'un peujrfe- 
^fant pour un systtoe complet d'astrononiie ^ si jamais la 
verit^ ose ^re aussi ingienieuse qu^une oeuvre de Fimagination , 
si la m^moire de rHumanite n'est pas aussi passive qu'une presse 
lithographique qai reproduit invariaMement la m^me image 
jusqu'& ce que les contours s'en soient efEaces et que le dessin 
ait enti^rement dbparu , ils accusent la legende d'6tre en fla- 
grant d^Iit de fietion , et en coiicluent Fimpossibilite radicale de 
tous tes faits qu'elle atteste. La caricature de ce syst^me de 
critique a abouti aux savantes negations du docteur Strauss et 
k cette autre ciucubration d'une logique bouffonne , 06 il esi 



— 318 — 

invinciblement demontre que Napoleon est un mythe ingenieux 
qui n'a jamais eu d'existence historique. 

La plus simple reflexion eHi cependant suffi pour Fapprendre : 
ces explications absolues ne sauraient convenir k tous les pe- 
riodes de Fhistoire des legendes. D'abord , on croit naivement et 
sans examen k tous les contes devots; on admet, comme auto- 
rit^ suilisante , tous les comm^rages de la tradition , et l'oii 
repite niaisement des faits impossibles que Fon veut rendre 
plus venerables par un surcrolt d'impossibilites : c'est Ykge de 
la foi brute et d'un merveilleux qui ne transige ni avec les exi- 
gences de la raison ni avec les lumi^res de Fexperience. Bientdt 
1'esprit critique s'eveille ^ tout en gardant le m^e respect pour 
les faits, on les compl^te ^ on imagine des suppositions histo- 
riques qui donnent une sorte d'explication k des prodiges par 
trop incroyables , et on les affirme comme des faits aussi averes 
que les autres. Puis enfin le scepticisme s'attaque k la croyance 
elle-m^me \ il rejette toutes les circonstances qui ne lui semblent 
pas suffisamment prosaiques, et prend des evenements reels 
pour de pures id^es dont il cherche k perfectionner Fexpression 
par de nouvelles allegories. L'histoire devient renveloppe d'un 
my the , et Fon finit , k force d'esprit , par pr^ter un sens occulte 
et symbolique aux recits sans arriire-pensee d'un temoin ocu- 
laire. 

Sans doute , cependant , certains details des legendes ne 
doivent pas ^tre entendus dans un sens litteral ; ce sont des 
metaphores en action od Fimagination exprime des faits reels 
avec toutes les couleurs de la po^ie. Ainsi , dans ces fers des 
captifs qui se 4^tachaient d^eux-m^nes devant saint Medard , 
on reconnait aisement son empressement k racheter les prison- 
niers. Le z^Ie infatigable de saint Martin k d^truire ridoI4trie 
fait tomber le feu du ciel sur les temples des faux dieux. Si, une 
croix et une hache k la main , saint Gall porte les idees chre- 
tiennes jusque dans la solitude des for^ts , le biographe raconte 



— 319 — 

dans son style figure qull faisait fuir les animaux sauvages 
devant le signe de la croix. Le peuple compare la puret6 de 
VAme des vierges k la blancheur des colombes , et une imagina- 
tion plus bardie fait voler F^me de sainte Eulalie au ciel sous la 
forme d'une blancbe colombe (1). Que dans les ardeurs d'une 
charite puissante quelques saints soient parvenus k soulager les 
malbeurs que les invasions entralnent aprfes elles , la reconnais- 
sance du peuple se plalt k repeter qu'ils ont arr^te les Bar- 
bares (2). II n'est pas de poesies profanes qui tfabondent en 
pareilles hardiesses de langage; mais il n'en est pas moins sou- 
vent bien perilleux de venir aprfes une longue suite de siteles 
disUnguer les metaphores du poSte des recits candides de Tbis- 
torien. Pour que la vie d'un Saint soit devenue le centre d'une 
tradition populaire, il a fallu qu'un grand renom de saintete et la 
memoire de faits merveilleux predisposassent a accueillir favo- 
rablement de nouvelles merveilles , et la critique la plus pers- 
picace ne peut dire avec certitude oxx cessent les donnees de la 
biographie et od les embellissements de la poesie commencent. 
Ces modifications poetiques , dont la pensee premi^re est Tor- 
nement de la forme, ne sont pas m^me les seules que Ton doive 
reconnaltre. Peut-^tre, dans les temps oii la foi est active et 
puissante, n'est-il pas un seul 6venement dont le peuple ait garde 
lamemoire qui ne se soit insensiblement subordonne aux 
croyances , et n'ait fini par en devenir comme une consequence 
necessaire. On ne croirait pas alors comprendre Vhistoire si les 
liens qui la rattachent k la religion ne semblaient pas evidents 



(1) In figure de colomb rolat a ciel 

dit le canlique roman publi^ dans VElo^ 
nensia, p. 6. Prudentius, riept aTe^avov, 
hymn. ix, v. 161 , avait d^j^ dit : 

Emlcat inde columba repens ; 
Martyris os, nive candidior , 
Yiaa rellnquere et aatra eequi : 
Spiritus hic erat Enlaliae, 
Lacteolus, celer, innocuns. 

Voyez aussi Acla Sanctorum^ xiii janv., 
p. 764; III Kv., p. 353; XV mars, p. 391; 



etc. Les anciens disaient d^jk qu'au momeot 
de la mort TAme 8'envolait comme un 
songe : 

*Fux^ 8'^vt' oveipo; dcTCOTCTa(ievT) w&Tconr}- 

[Tttt. 

OdyuiCf 1. XI, v. 992. 

(9) Aussi ce miracle s'est-il souvent re- 
nouvel^ ; on rattribue ^alement k sainte 
Genevi^ve, au pape saint L<^on, & saint 
Germain le Brelon , elc. 



— 320 — 

k toutes les inteUigences , et cbacun les conQoit k sa guise, 
grossiirement mat^riels ou purement providentiels , suivant la 
nature et les habitudes de sa pensee. TeUe est la cause de cette 
variete de traditions , qui paralt si mal k propos , k qudques 
ecriyains prevenus, un temoignage involontaire de rincerti- 
tude des faits. Cette consequence inintelligente n'aboutirait k 
rien moins qa!k un scepticisme universd : tQT les ev^nements 
les plus etroitement li^s avec la religion preoccupent davantage 
les imaginations , et sont par cela m^me soumis k des modifiea- 
tions plus diverses. Dans les premiers siteles du cbristianisme , 
les quatre evangiles authentiques ne pouvaient suffire k Tavidit^ 
de connaltre tout ce qui se rattachait au passage du Gbrist sur 
la terre. D'innombrables traditions , attribuees aux temoins les 
plus dignes de confiance , conservaient pieusement le pretendu 
souvenir d'actions incroyables et de paroles sans importaDce(i}. 
Les moindres circonstances de la Passion surtout ^taient re- 
cueillies avec une veneration superstitieuse, et Fon se plaisait k 
pr^ter un caract^re mythique k des objets materiels , comfd^te- 
ment indifferents en eux-m^es. On regardait le bois de la 
croix comme sanctifie depuis longtemps par les myst^es de 
rAncien-Testament. Cetait Tarbre de la science dont les fruits 
avaient cause la desob^sance de notre premier p^re \ Jethro 
y avait coup6 le b&ton qui mettait k Tepreuve les pret^dants k 
la main de sa fille, et Aaron la baguette merveilleuse avec la* 
quelle il vainquit les magiciens de TEgypte (2) ^ c'etait k son 
tronc que Molse avait attache le serpent dont la seule vue gue- 



(1) II ne nous en reste plus que trois : le ques mineur, saint Andr6, elc. Voyez 

Protevangelvum de 9ainl Jae^$f Yi^ Fabricius, Codex apoeryphmt Novi^Tei^ 

vangile de VBnfanee ou de ioini Thomat tawtenU , P. i , p. sas^-SSS*. 

«t Yivangile de Nicodhne , que Pon d6- (j) D^ns sa prose sur la croix, slr. vi, 

signe ausii aout le nom dicte* de Piiaie; xdam de Saint-Victor serable atlribuer la 

tnais nous en connaissons d une maniere m^nie origine k la baguette de Moise : 

cerlaine cinquante aatres . aUribu|is aux ^^, ^^ „^^^ ^^^^^ 

•apdtreS et aUX dlSCipleS qui devaient le nec recenter eit inTenta 

^ inieax connaltre la vie de J^us-Cbrist : cruou hMo reUgio : 

Miot Pietre , »iat Paul , <.im PbiUpp«, jj? IL°M:;/:j)U«, 

«aint Matluas, salnt Thadd^, samtJac- Moysi otBcio. 



— 321 — 

rissait les blessures des Hebreux , et tous les efTorts de Salomon 
pour le faire entrer dans la construction de son temple etaient 
restes impuissants (1). Les trente deniers eux-m^mes, le prix du 
sang du juste, eurent une histoire legendaire que Gothofredus 
de Viterbe a respectueusement admise dans son Pantheon (2). 

Denariis triginta Deum yendit€alilaeus , 
quos et apostolicus describit Bartholomaeus , 
unde prius veniant , quis fabricavit eos. 

Fecerat hos nummos Ninus, rex Assyriorum , 
et fuit ex auro Thares fabricator eorum ; 
cum quibus instituit rex ninivita forum. 

Regia denariis fuit his impressa figura, 
rebus ut aetemis (3) exempla daret valitura , 
formaque sic fieret perpetuata sua. 

Filius illius Thares, qui dicitur Abram, 
sustulit hos nummos post hoc cum conjuge Sara , 
quando , jubente Deo , transiit in Chanaan . 

(OAdelphusracoDteainsi cette tradilion: (2) Nous avoos pr^fi^r^ aux ^itions de 

Cum Adam moriturus esset, misit Glium U^ld et de Pistor, le ms. de la B. R. 

suum Seth ad angelum custodem paradysi, 4895 « (XlVe si^cle) , P. xiii , (61. 75, ro ; 

ut daret ei lignum scientiae boni et mali do mais nous avons collationn^ uotre texte sur 

arbore vitae in quo peccasset. Et angelus le dm. 4894, et sur le ms. 4895, fol. 100, 

dedit sibi ramum. El cum filius portasset ro , col. 2; nous indiquons les variautes du 

ad patrem , ipse erat mortuus. Qui cum premier par A, et celies du second par B. 

enm reperisset vita fnnctum planiavit ra- Un rhyibme semblable a dt^ employ^ pour 

muB super sepulcrum patris. £t, decursts T^pitapbe de RoUon, qui se trouve dans 

multis retro temporibus, cum Salomo aedi- T^lise Notre-Dame de Rouen : il y a ^a- 

ficaret templum Domini , abscisa fuit ar^ lement un vers pentam6tre, prMd^ de deux 

bor illa , quae non potuit ad aliquam templi vers hexam^tres ; mais au lieu d^^tre li^s 

partem ooaptari : quare ponebatur super par des rimes finales , les hexam^tres du 

flumen pro transitu. Ei postea venit regina premier tercet n*y ont que des rimes l^ 

4e Saba cnm donis et muneribus; videns nines : 
hoc lignum, pedibus transire noluit quia 

COgnOvit redemptorem mundi paSSUrum iu »»xNonnftiinoram, cunctonu» nomia bonorom, 
y^ ,. _«^ ,, .«^ , Bollo ferufl , fortis , qnem gens Nortraanica mortia 

nOC lignO. . . . POSt muitum autem temporiS, Invoeat artlculo, hoc Jacet in tumulo. 

Judaei, hoc H^um accipientes, prqjecerunt ^^^ ^^^^^^^ ,„^ ,j^ ^^^^^^^^ ^,^,^ ^ 

in lOCUm pUtridum, Ubl faCta fUlt piSCina ; ut semper videat, cum coetibus angelicis, t« ; 

in quam angelus descendil secundum tem- fi^i"» *H»° i>ei propitietur ei. 

pus et movebat aquas piscinae , et sana- 

hatur ibi qul primo ingressus erat, ut (^) A et B; il y a dans nolre ms. ex 

habetur Johannis cap. v. Et ibi remausit emerit ou exemeru (d'i5e(i£vai ?) , qui 

adusque tempus dominicae Passionis; dans manque dans lous les glossaires que nous 

Dame\y Thesaurushymnologicus, i. U, avous consulK^s. 

p. 80. 21 



— 322 — 

His nummis tunc emit agros a Jherichonitis (1)^ 
his etiam Joseph est emptus ab Ismahelitis (2); 
hos tenuit Pharao dives in aere suo (3). 

Hosque, sibylla potens, habuit regina Nicaula, 
Austri regina , qui post Salamonis ab (4) aula , 
in templum nummos dat reverenter eos (5). 

Quos Nabuchodonosor, templo prius exspoliato , 
detulit in Babylon, ubi, miiitis in solidatum (1. solidato), 
regibus in Saba dicimus esse datos. 

Hos reges Saba , quos post nova stella vocavit , 
ferre Deo nummos Veterum scriptura notavit , 
cum tria tres socii dona tulere magi. 

Angelicis monitis his regibus inde regressis , 
mittitur e coelis puero dignissuna vestis •, 
haec inconsutilis , mira colore fuit. 

Hanc pater a coelis misit , non femina nevit^ 
longa fit atque brevis , puero crescente recrevit , 
temporis aequevi stamine texta levi. 

Dum jubet Herodes puerum pro morte requiri , 
mater eum timuit fugiens ad climata Nili 5 
ducta metu mortis , virgo latebat ibi. 

Tunc in ea crypta tria sunt haec dona relicta , 
aurum , thus , myrrha , vestisque Dei benedicta 5 
pastores veniunt , ipsaque dona vehunt (6). 



(1) A et B ^crlvent Gerichonitit ; la l^- 
gende aUemande sait plus fid^lement la 
Bible, elle dit qu'Abraham les donna k 
Ephron pour le champ de Machpelah. 

(4) Notre ms. ct B ont par erreur I$ra- 
helitit. 

(3) La I^ende allemande TexpUque en 
disant que les fr^res de Joseph s'en servi- 
renl pour payer le bl6 qu*ils all6renl cher- 
cher en ^gypte , et ajoule que Joseph en 



acheta des parfums pour erobaumer soo 
p^re. 

(4) Ad dans notre ms. et dans B. 

(5) II y a dans B ^ la place de ce vers : 

obtnlit in templo dona mlstica Deo , 

qu'n faut lire en transposant deux mots : 

obtnlit in templo , mTStica dona Deo. 

(6) La l^ende allemande dit que la 
Vierge les perdit dans sa fuite en ^gypte. 



— 323 — 

Vir fuit astrolog[ol]us qui dona relicta removit , 
omneque portentum Christi per sidera novit ; 
Armenus patria , justus, honestus erat. 

Tempore quo Christus doeuit , tunc angelus isti 
dixit : Dona Dei redde quaecunque tulisti ; 
munera sacra Dei restituantur ei ! 

Redditur haec tunica brevis in forma puerili ; 
Jhesus ut induitur, modulo fit longa virili; 
vidit et obstupuit mens tremefacta viri. 

Denarios triginta Deo quos inde tulerunt , 
in gazam templi , Jhesu mandante , dederunt ; 
quos Judam pretio post habuisse ferunt. 

Detulit hos Judas Scarioth ; facta nece Christi , 

quos reicit, quia poenituit pro morte magistri , 

seque necans laqueo ventre crepat medio. 

Tunc in agrum figuU nunmios ter quinque dederunt , 
militibusque suis totidem pro parte tulerunt (1), 
quos vigiles tumuli nocte fuisse ferunt. 

Forte putas , Lector, contraria me posuisse , 
dum nummos illos ex auro scribo fuisse, 
nam Liber argenti nomine gesta dedit. 

Marcus ob argentum Dominum descripserat emptum , 
non auri dixit nummismata sive talentum ; 
sedlicet hoc taceat, non minus illud erat. 

Mos fuit antiquis auri nomen variare 
atque per argentum diversa metalla vocare ; 
hoc usu nunquam regula prisca caret. 

Nosce quod hoc sanctus sic scripsit Bartholomaeus , 

(1) B ; il y a danS HOtre mS. et dans A : miUtibus pro parte suls totidemquo tulernnt. 



— 324 — 

ejus ad Amnenos sermo narratur hebraeus , 
qualiter est auro venditus ipse Deus. 

Ergo , patente nota , solus negat hoc idiota , 
cujus habent vota non discere facta remota ^ 
lectores dociles pagina nostra vocat. 

Tous les personnages qui avaient concouru activement au grand 
drame de la Passion, devinrent le sujet d'une legende en rapport 
avec le r61e qu'ils y avaient rempli. On prit plaisir k accumuler 
sur la memoire de Judas tous les crimes qui pouvaient le rendre 
odieux (1)5 on en fit un lAche ingrat , un meurtrier, un voleur, 
un parricide et le mari de sa propre mfere. II y a 1& certainement, 
sinon un souvenir encore vivant d'(Kldipe, au moins un reste 



\1) Dans son byrone Ad lotionem pedwm II eot rorgueil de ne pas demaoder pardon 

ifi eoefM Domini, Flavius va jusq'ii Tap- de son crime ou d^esp6ra de la bonU^ de 

peler , str. VII : Dieu, et ces deux seotiments sont aussi 

Trax iiip«, Juda peMime. opposds quo possiblo aux vertus ot aux de- 

Peut-^tre m4me est^il la cause premiire de voirs d'un cbir^tien. On aura sans doute 

la r^putalion de perGdie et de m^cbancet^ consid^r^ Judas comme ragent n^cessaire 

qu'on avait faite aux rouges peBdant le de la Passion qui a sauve le OMmde , ou 

moyen Age. Pour premi^re r6gie de con- l'on se sera pris pour ses souffrances d'une 

duite le roi recommande k Ruodlieb, dans pili^ beaucoop plus bumaine que chr^- 

le po^me de ce nom : tienne. Telle est la cause de cette excla « 

Non tibi «it ruftu «nqnam sp«ci«us unicns. mation que nous trouvous daus une bymne 

Fragment iii , v. 4S2, <I"' ^"»"« «^<>»»' ««^' *" «"'^ ' 

«t on lit dans le po«me sur Gerbert , publi^ wM^nSta i«IlS" * 

dans VAnteiger, pour 1833, col. 188 : d«M dn nns«ra hemm 

giWas linqnentem , poet haec tcholas repetentem ,/° Z„.*« sl. -i— i.«ii^ 

Doctor deSlt : RnVtu es , hlnc perildns . inquit. ^12"««" X" 

Ce iugement naturel du cbristianisme , sur Luoifers geteue „ . , . ' 

le iux-disciple qui a livni le Cbrist k scs ""'/" •''"^ "•'»• " '^^•«^•^»- 

bourreaux, n'e«t cependant pas universel ; ^*^ Kambacb, Luthers Verdienit 

on a pn^tendu que Judas itait sauv^, et Ton «•« <*«•» Kirehengetan^ , p. H3. 

est all* jusqu'* rechercber pleusement ses ^ i^ y^it^, ainsi que l'a dit M. Didron, 

reliques; voyezGoeiius, D« cta<u Jttdae iconographie ehritienne , p. 160-166, 

proditorii, Lubeck, 1713, in-4o. Mals quelques peintures le repr^senlent avec un 

nous sommes tent^ de ne croire k une nimbe, mais on lait que SaUn lui-m^me 

semblable opinion aucune aulre base que ^1^^ quelquefois nimb^, et, si, comme 

des faits mal observ^ ou mal compris; la y^^ ^ru plosieurs ^crivains eecl^astiques 

sinc^iti de son repenlir est elle-m^me fort (gajm ir^nte, saint ipiphane et Th^o- 

suspecte : r6te), un 6 vangile lui fut r^ellemen t altribue, 

Ne de Jndas n'aiad-ii issi , i\ ^un conlralre au christianisme , et son 

veritee est que son sclgneur vendi ; . «.j » a. j • 

mais ne 1' osat unkes crior merci , auloril^ n'a pu Htc admise quc par unc 

a un sen pur dnei se pendi. secie aussi hostile aux enseignemeuts du 

Roman des romans , str. ccxli. Chrlst , que celle des Gainites. 



— 325 — 

des croyances du paganisme k la fatalite qui doit Mre fort ancien : 
car Judas ne connatt ni son pfere ni sa mfere , et ce sont les pre- 
cautions par lesquelles on veut le faire echapper k sa destinee 
qui en preparent Taccomplissement (1). Cependant cette legende 
est tout k fait contraire k un passage de r£vangile de rEn- 
fance (2) , qui etait deji devenu populaire k une epoque fort 
recul6e (3) , et nous n'en connaissons aucune trace , m^me dans 
le XII® si^e (4) *, mais , comme nous en donnerons bient6t une 
nouvelle preuve , des traditions contraires n'etaient nullement 
incompatibles, et celle que Fon va lire avait deji cours dans le 
XIII» sifecle , en Allemagne et en Italie (5). Malgre la recherche 
de sa forme, elle ^tait incontestablement destinee au peuple (6), 
et il n'est peut-6tre pas de pays en Europe oi elle ne se trouve 
dans des manuscrits dont recriture remonte au XIV* sifecle (7). 



(I) Dans fe Gregoriui uf dem Steine , quo percusserat iUum Judas, Judaei lancea 

de HartmannTon Der Aue, dont Tinspira- confixerunt; ch. xxxv. 

tion est toute chr^tienne , le fils et la m^e (5) On Tattribue k saint Tbomas , et il 

connatssent les liens qui les unissent. qq ^i d^j& question dans saint Ir^n^, saini 

(«) Alia iWdem muUer degebat» CHJus ipiphane, Orig^ne et Eusibe, Huloria 

filiBS • SaUna vexabatur. Hic , Judas no- eerlesiaslica ^ L iii , cb. 85. 

miBe , quotiescuuque Satanas iste illum (4) Leyser a cit^ dans son Biitoria poe- 

eorripiebat, quosvis praesentes dentibus tarumetpoenuUum medii aevi,p.H9&i 

appet«bat, ac, si ntminem juxta se inve- un po^me sur Judas, conserv^ k la Bibiio- 

niret , suas ipee manus et caetera membra th^que de Helmstadt , et qui commence 

morsa vexabat. Audiens ergo mater bujus par ce vers : 

miseri famam divae Mariae et filii ejUS Canctorom Teteram pUeaere poemAta moltom ; 

Jesu, surrexit propere, ac filium suum mnig n est anonyme et l'lige du ms. le hii 

Jodam in ulnas sublatum ad dominam Ma- faisait croire du XVa sidcle. 

riam deluUt. Interim Jacobus el Joses ^ ^ ^^^ ,.^„ ^^ ,j,^ ^^ 

commodum Domimim Jwum infanlem ^ ^^Biblioth^que de Munich, et r^criture a 

ahduxerant, ut cum caet<iris infantibus ,3, earactir^ordinaires du Xllla siicle; 

coUuderent, ac domo egressi ccmsederant . / Voragine, qui naqult en 1230 et 

etcum|MisDominu8Je8us.Accedebatvero ^^^ archev%ue de G^es, en 189^, 

Judasobses8U8,et addextram ^s» «ssi- .^^h aussi d*Jii wcueilH ces tradilions dans 

dens, cjim agitaret eum pro consuetudine f J j^^ ^^^^ .., ^ 

sua Satanas, dentibus Dommum Jesum ,^„5^0^* i Fapdlre saint Malhias. 

appetebat, et quoniamatUngerenonpote- "T,, . *T „ i^ ^u i.,j «a«>« 

ritT latus ipsius dextrum p^rcutiebat; ita (6) yauleur du po«me le ^it lu^-mjme j 

ut Jesus ploVaret. EademqJIe bora fugitns v. 5, dans d«. termes qui ne laissent pas 

exivit ex puero isto Satanas, cani rabido »« moindre doute : 

Similis. HiC autem pUCr , qui JeSUm per- Et me, «l qoi. «net, legst et per compit» cUmet. 

cuasit, et ex quo Satanas sub forma canis (7) Nous cilerons seulement ceux de la 

exivit, fuit Judas Ischariotes, qui illum B. R. nos 4895, 4895 a, et fonds de Saint- 

Judaeis prodidit; et idem ejus lalus, in Gcrmain latinyno376. 



— 326 — 



Legende de Judas hcariote (1). 

Dicta vetusta patrum jam deseruere Iheatrum 
Et nova succedunt , quae prisca poemata laedunt : 



(1) l^ubli^ par II. Mone, Anteiger fUr igitur iosula Judas Seariotei appeHalus esl. 

Mwn4e det Uik$ehe% Vorneit^ 1838, Ragloa astom ffiiu loci carens liboris aA 

col. B33. La rime porte coostaminent sur littus maris caosa spatiandi processit et 

deux syUalies ^ et fon reconnatt sans peine llscellam a marinis ftuctibus jactari Tidens, 

d'autres recherches de ferme qoi , nialgr^ ipsam aperiri pveecepitc inTenieo«qpie ibl 

lCTers (juenoos citions tout-ii-rheure, ne puerum elegantis Cormae, suspirans ait : 

permettentpasderegaftiercepotaieeonHnt O ^iolittis tanlte subleTarer sobolis, ne 

appartenantiilapo^iepopuIairepropremeDt regni mei prirarer successore! Puerum 

dite^maisraotears^estbom^iiezprimerde igitnr seereto nntriri fecit et se graTidam 

son mieoz ooe traditioo qoll acceptait toot simulaTit; taodem se fiiium peperisse men- 

enti^ et reprodoisait sans la moindre in- titor et per totum regoum fama haec cele- 

noTatk». 8i M* Mooe aTait oM^ h une ten- bris dlTolgatnr. Princeps pro Buscepti^ 

tatiOD bieo commuoe, eo Tieillissaot soo sobole rehemeoter exsultat, et iogeoti 

maooscrit de quelques aoo^, oous croi- gaudio plebs laetatur. Ipsum igitor secuo- 

rioos m^me qoe ce petit po^me n^est dum magnificentiam regiam educari fecit; 

qu^une ^laboration du r^cit de Jacobus a noo post multum Tero temporis.regina de 

Toraglne. Non senlement toutes les cir- rege conceptt , et suo tempore filium par- 

oonstances sont identiques, mais on y turivit. Gum autem pueri aliquautulum jam 

retreure ^lement des formes iusolites et crevissent, ad invicem saepius colludebant, 

des mots d^toomte de )eor signification et puerum regiom Judas crebris molestiis, 

habituelle. Yoici la Tcrsion du crMule 16- et iojuriis molestabat, et ad fletum saepios 

gendaire : Legitor aotem in quadam histo- proTocabat. Regina aotem hoe moleste fe- 

ria llcet apocrypba, qood (^it qoidam Tir rens, et Jodam ad se non pertinere sctens 

in Jesusalem nomlne Roben , qvi alte no- ipsom orebrios TerberaTit. Sed nec sie a 

mine dictus est Staioo , de tribu Dan Tel> motestia poeri desfstebat. Tandem res pm^ 

seeimdota Hierooymum, de tribu Ysasehar; ditur, et Judas non Tems reginae fiRm» 

qoi habuit uxorem, quae Gyborea noncu^ sed inTentos, aperitor. Quod Judas ot 

pata est. Qoadam igitur nocie, com sibi eenperit, Tehementer eruboft et fratren 

iMtoD debitam exsolTistent , Gyborea eb- soum p«rtatiTom, filiam regis, totenier 

dormieos somniom vidit, qood perterrita ocoidH. Ob boc capitafem seotentian ti-^ 

cum gemittbus et suspiriis tIfo suo retulit mens , eum tributarifs in Jerusalem aofo- 

diceos : Videbatur mihi , quod fiUum flagi- git seque euriae Pilati tonc praesidis , 

tiosum parerem , qui totius gentis nostrae mancfpaTit , et (quoniam res similes sibi 

oansa perditionis existeret. Gui Ruben : sunt babiles) Pilatus Jodam sais moribas 

NefBriam rem, inqait, nec reiatu digoam invenlt congruere, et ideo eoepil ipsum 

proCaris «t spiritu, ceo puto, pbytonico Taldecarombabere. CniTersaeigitorairiae 

raperis. Coi illa : Si me concepisse seosero Pilati Jodas praeficitor, et ad ejos natnm 

et filium peperero , absque dubio non spi- omnia disponuDtar. Quadam igitor die , 

ritus pbytonicus exslitit, sed revelatio certa Pflatas de palatio suo io qooddam pomee- 

talL Procedenle igitur tempore , cum filium rium aspicieos , illorum pomorum tanio 

peperisset , parentes plurimum limueruot , desiderio captus est , ut peoe defioere 

et quid de eo facereot , cogitare coeperunt ; Tideretur. Erat aotem illod pomoeriom 

cumque filium abhorrereot occidere, oec Rnbeo, pakris Jadae; sed nec Jodas pa^ 

Tellent deslractorem sui generis enutrire, tremneque Ruben fifium agnoscebat , qoia 

fpsom in fisceHa positum mari exponont, et Ruben ipsom [Iris] marfnis flHCtibas 

quem (l.quam?) marinl fluctns ad insalam periisse putabat, et Jodas, quis pater aot 

propolerunt, quae Scarioth dicitur. Ab illa quae patria sua fuerit, peoitus igoorabat. 



— 327 — 

Ergo novis quaedam placet ut nova versibus edam , 
Quae discant multi novitatis stemmate culti , 



Pilalas itaque accenito Joda{e) ait : Tanto aiunt, omninro, quae pro Christo dabanlur, 

illorum fructuum captus sum desiderio, decimam partem furabatur, et ideo pro 

quod, si his Arustratus fuero, spiritum decima parte, quam in unguenlo amiserat, 

exhalabo. Goncitus igitur Judas in pomoe- scilicet pro triginta denariis , Dominum 

rium insiliit et velocius mala carpit. lute- vendidit. Quos tamen , poenitentia ductus , 

rea Rnben venit et Judam mala sua retulit et abiens laqueo se saspendit , et 

carpentem invenit. Fortiler igitur ambo suspensus crepuit medius et difTusa sunt 

contendunt et jurgia superaddunt; post omnia viscera ejus; p. 184-186, ^d. de 

jurgia surgunt ad verbera et mutuis se M. GrAsse. La Vie qui se trouve dans le 

injuriis afTecerunt. Tandem Judas Ruben in ms. 4891>a, fol. cxx, vo, col. 1 , semble 

ea parte, qoa cervix collo connectilor, aussi tir^ de la Ligende dorie^ puisqu^il 

lapide percussit, pariter et occidit. Poma n'y a d'autres difTerences que des retran- 

igitur sustulit et Pilato, qaid acciderft, chements insignifiants. Elle commence 

enarravii. Jam die inciinante et nocte ainsi : Fuit in diebusHerodis regis, Pylato 

superveniente , Ruben mortuus invenitur praeside, vir in Judaea, Ruben nomine, ex 

et sobitanea morte praeventus esse putatur. tribu Joda , qui noctis in tempesta(te) , 

Tonc Pilatus omnes facultates Ruben Ju- legaiibus uxoris suae Gyboreae ailigabatur 

daetraddidit et Gyboream, QXoremRoben, amplexibus; et on lit k la fin, Ibidem, 

conjogem Judae dedit. Qnadam igitur die, col. 2 : Et triginta Dominum vendidit ar- 

dum Gyborea gravit^r suspiraret et Judas, genteis. Videns autem quia innocentem 

virejus, quid haberet, diiigeDl^r interro- condemnaverat , projecto in templo san- 

garet, iila respondit : Heu ! infeficissima guinis pretio, laqueo se suspendit et me- 

sum omnium feminarum, qula infantulum dius crepuit. L*histoire que Abraham a 

meum marinis fluctibus immersi et virum Sancta-Clara publia en 1687 , sous le titre 

meum morte praeventom inveni, sed et de Judae der Erxtehelm (Judas rarcbi- 

dotori misere Pilatus addidit dolorem , qui coquin) , est au contraire plus d^velopp^e , 

me moesUssimam nuptoi tradidit et invi- et il y a des variantes notables ; ainsi Ru- 

tissimam tibi in conjugem copulavit. Gum- Jben et sa femme vivent en fort mauvaise 

que illa omnia de infantulo enarrasset, et inteliigence; c^est m^me pour cela dat tie 

Judas illa quae siU acciderant , retulisset , einen tolehen Unflalh gezeuget; Judas 

inventum est , quod Judas matrem suam revient h pied de Ptle Schariotb, et Rul)en le 

in oxore doxerit et patrem soum occiderit. provoque mit tchmdhlichen Schelm-^und 

Poenitentia igitur ductus , suadente Gybo- Diebettitul. 11 existe aussi en su^dois une 

rea , Dominum nostrum Jesum Christum Vie populaire de Judas, dont nous connais- 

adiit et suorum ddictorum veniam implo- sons uue ddition de 1833, qui a ^t^ traduite 

ravit. Hocosqoe in praedicta historia apo- en allemand dans le Neuet Jahrbuch der 

crypha legRor; qoaeotrom recitanda sit, berlinitchen Getelltchafl filr deuttche 

leci(Mi]t arfoitrio reKnqaator , lioet sit pocios Sprache und Alterthumtkunde , t. VI, 

relinqoenda qoam asserenda. Dominos aa- p. 144. Malgr^ la grande re8seml>lance , 

tero soum eom fecit discipolam et de dis- noos avous presqoe dit ridentil^ des faits , 

cipolo in suum elegit apostolom , qui adeo elle 8'appuie tr^s-certainement sur one 

sibi familiaris exstitit et dilectos , ot eom tradiiion diff^rente : Roben y est de la 

faceret suum procuratorem , quem post- tribu d'Isaschar, sa femme s*appelle Liboraj 

roodum pertufit suum proditorem. Portabat la reiue donne k son fils le nom de Judat , 

enim ioculos, et ea, quae Ghrlslo da- parce qu'elle se doute bien qu'il vient de la 

bantur, furabatur. Dolens vero tempore Jud^, et Judas tue son p6re sans aucune 

dominicae Passionis , quod unguentum , provocation. Quant k la version du vieux 

quod trecentos denarios valebat, non fue- Pattional allemand, dont les ms. remon- 

rat venditum, ut illos etiam denarios fura- tent au XI V« si^cle , nous la croirions vo- 

retur, abiit et Dominum trigenta denariis lontiers une ^laboralion de la Ligende 

veodidit, quorum unusqoisqoe valebat de- dorie\ la m^re de Judas s'y appelle Gybo- 

cem denarios usoales et damnum unguenti rea ; le changement de terminaison des 

denariorum recompensaviti vel,utquidam noms propres, suivant ie cas oii ils se 



— 328 — 

Et me , si quis amet , legat et per compita clamet. 

Orbi multimodis dum jus coiistaret Herodis , 
Nec non Pilato florente viro scelerato, 
Scripta ferunt nuda de claro semine Juda 
Mundo prolatum quemdam Ruben vocitatum. 
Uxor erat grata cui , tunc Cyboraea vocata. 
Confert tranquilla nox^ iUi jungitur illa 
Digno jure thori; pactum famulatur amori; 
Oscula congeminant ^ in amoris vota propinant , 
Taedarumque Deo ludendo vacant hyminaeo (I. hymenaeo). 

Res ea finitur solito, postremo venitur 
Ad sonmum laete ; foverunt membra quiete ^ 
Pausant. Interea videt in somnis Cyboraea 
Acriter ardentem faculam de se venientem , 
Quae surgens omni flanmias immitteret orbi. 
Somnia sunt varia , nisi quae dat vera sophia 
Cum monitis justis , patribus velut ante vetustis ^ 
Caetera qui curant, sub sollicitudine durai\t. 

Post expergecta (i) gemit intra viscera secta 
Justicio tristi , quod somno venerat isti. 
Audit ut hos gemitus , stupet admirando maritus r - 
(( Cur doleas aperi , )> moestae dixit mulieri ; 
« Dic , age , si memor es , quo turbine turbida plores. m 
Uxor ait : « Quando thalami famulamine blando 



trouTent {Jttdai ^ Judae , Judam^ Cri$t, 
ChristOf Christum)t indique ^Tidemment 
une source latine, ei on lit au conunence- 
ment : 

lian lisot an eioem bache , 
Dar uz ichz ouch lu date las 
das da so Jhenualem was 
Bin nan , Buben der hies , 
der an daz geslechte stlez , 
Daz da heizet Ysachar. 

Das aite Passional, p. 312, col. 2, 
M. de M. Hahn. 

L'analogie de la fin nous semble encore 
plus significatiTe; Jacobus a Voragine avait 
dit : In aere etiam interiit , ut qui angelos 
in coelo et bomines in terra ofi^enderal , ab 
angelorum et bominum regione separaretur 
et in aere eum daemonibus sociarelur, et 



la Passional r^p^ en insistant encore sur 
cette singuliire id^ : 

Br aolde ovch hangen in der Inft 
Zuschen himel ond erde ; 
wande er vil unwerde 
Mlt aller sanden scbimele 
sioh Ton dem himele 
Unde von der erden lute scliiet , 
do er den gotes sun verriet : 
Des solde er dalden diisBen pin 
unde zaschen liimel mnde erden sin 
Mit den vil ubelen geisten , 
die im da solden leisten 
Mlt ewenclieher marterat , 
Bwas er uf si geborget liat. 

Ibidem, p. 318, coi» 1-9. 

(1) Probablement il faut lire experreeta; 
cetie forme r^guli^re d^Expergo ne se 
trouve pas dans du Cange. 



r 



— 329 — 

Nos simul absque malis sociaret taeda jugalis , 

Tristitiae moles parienda mihi mala proles 

Editur in somnis, qua disparitura sit omnis 

Vis nostrae gentis ; aut fallor imagine mentis 

Aut somnis vanis, aut fallitur alvus inanis. » 

Ruben miratur , timet interiusque gravatur , 

Attonitus super his quae lingua monet mulieris ^ 

Inquit : « Digesta per te mihi sunt inhonesta 

Nec fari digna , cum sint portenta maligna. 

Saevi rumores perturbant undique mores , 

Et mentes pleve (1. plenae?) stabunt formidine poenae 

Verbaque credentur vix cum miranda videntur. 

Nescio quo raperis, vel qua levitate moveris, 

Mira mihi faris , Phytone (1) furens agitaris. » 

F^ina cui jurat : « Haec visio vera figurat , 
Quam miro more vidi sopita sopore. » 
Menses praedixit , partusque diem sibi dixit ; 
Vitae pressuram simul edocet esse futuram. 
« Jam tibi detecto videas hoc ordine recto ; 
Qui modo nascetur , a quo fax egredietur 
Totius sceleris ; non , examinate , moreris 
Mundo prolatum praetaxa (1. praetacta) morte reatum , 
Ne per sentinam vitii nostram peregrinam 
Efficiat gentem proprio sub jure virentem : 
Praevisis telis fis tutior absque querelis. » 

Decurrente rota lunari , tempora mota 
Jam defluxere ; mensesque , dies rediere , 
In quibus impletur partus qui certus habetur. 



(1) On lit ^alement dans la Legende ritd quelques autres exemptes dans les 

dorie : Spiritu, ceuputo, pbytonico rape- ^criTains du moyen dge (voyez du Gange , 

ris, et cette analogie porte k croire que le t. V, p. 237, col. 5 et p. 528, col. 3), mais 

poSte a copi^ le sermonnaire : car non le sens est devenu tout k fait diffi^renl : 

sealement la forme ancienne Pythone , il ne s'agit plus de Tesprit de prophetie , 

pythonico, est corrompue par la m^me mais d'un esprit de mensonge et d^etfeur. 
transposilion du h , dont on trouve h la v^- 



— 330 — 

Dum partu premitur mulier, moerore feritur^ 
Sed , fuso nato , gaudet moerore ftigato , 
In mundum natus quod tunc venit sibi natus ; 
Verum propterea gaudere nequit Cyboraea : 
Nam gignit de se prolem quam vellet abesse. 

Hora venit moesta , prodit genitura molesta ^ 
Vir gemit et plangit, et eum dolor intimus angit. 
Inter plangendum dubitat quid ei sit agendum ; 
Aestimat ingratum naturae perdere natum , 
Aut enutriri crimen quo constat oriri. 
Praevalet impietas pietati , debilis aetas 
Non alitur pueri , vir consentit mulieri : 
Tandem vimineae puer immissns Gyboraeae 
Apte viscellae (I. fiscellae), fluctus datur inde procellae; 
Est quasi priyignus , nec matre nec est patre dignus 
Per torvam mentem qui turt)at utrumque parentem, 

Ad Scarioth fluxit, de qua nomen sibi duxit 
Judas Scariothis , ut res sit congrua votis 
Atque rei nomen fluitat (I. fluitet), quia mortis ad omen (1) 
Vitae contem(p)tor mala forma suique pOTem(p)tor. 

Insula dicta freti Scarioth , memoratio lethi 
Vero de more sonat ex interpretis ore. 
Tunc ibi regina residens veneranda Sabina 
Quadam nempe die , cum sol polit aethera die (2) , 
Forte puellarum turba comitante suarum 



(I) L'expUcaUon de ce passage se trouve 
deux Ters plus bas ; Tauleur dit qu*eB 
h^breu Scarioth signifie memoralio lelhi. 
La pluparl des interpr^tes expliquent /<- 
chariote par l*homme de Cariolh : quel- 
ques-uns, comme Eusebe et saint J^6me, 
diseDl que Judas ^it de la iribu d'Ephraim 
et natirdubourg d^ischarioth ; mais les au- 
tres le font Ballre dans le bourg de Cariolh 
qui appartenait k la tribu de Juda, On a 
cru aussi , comme nous le disions teul k 
llieure , qu'il ^tait de la tribu d'Issachar, 



et que ftehariolh itait une abbr^vialion 
dlssachariolhes, 

(2) Gette contraction de Divine ne se 
trouvail pas dans la bonne latinit^ , et la 
nouvelle edilion de du Gange n'en cite au- 
cuu exemple dans le latin du moyen Age ; 
mais les meiileurs ^crivains avaient con- 
tract^ Divinus : 

Quidan notus homo quum exiret fornice , « Iffteto 
Yirtute esto , inquit sententia dia Catonis. » 

Uorace, Saiyraey 1. 1, sat. u, v. 31. 



— 331 — 

Exit, ut est gratum, juxta flumen spatiatum ; 
Cernit et infantem maris in rivo fluitantem. 
Adcurrunt propere comites, libuitque yidere 
Infantis vultum phoebaeo lumine cultum. 
Sub specie pulchra retinet fraus saepe sepulchra : 
Forma tam clarum dum cemit quaelibet harum , 
Dicit, in hoc pelago regalis fertur imago. 
Praesentatur herae , praesentes asserruere : 
<c Hic , paucis horis, peregrinis fluxit ab oris 
Ad nostros passus, nobis hoc littore passus. » 

Tunc regina potis fusis per viscera votis 
Pannos scrutatur , parvi post os speculatur ; 
Cum perspexisset et ei totus placuisset , 
Intulit : « ! tali jam perfruerer geniali , 
Qui regno staret et post nos imperitaret ! » 
Hinc suadela datur , inventitus quod alatur, 
Si maneat sterilis regina , quod hic sit herilis , 
Jure fovens proceres , regni successor et haeres. 

Mox hera prosequitur , proles inventa nutritur ; 
fertur et expresse reginae filius esse ^ 
Id promulgatur per metas , ut gradiatur. 
Plebs et primates laetantur, ovantque penates. 
Rumor ut hoc vexit , revolutio temporis exit , 
Et mora curtatur , regina dehinc gravidatur , 
Certa dies sequitur, alvusque tumens aperitur 
Et fundit partum regali semine partum. 
Infantes aliti sunt ambo fomite miti 
Et parili cura, quamvis dispar genitura. 
Aetatis tenerae tunc ludos composuere , 
Judas exosus, puero puer impetuosus ; 
Concitat indignus ad fletum nobile pignus , 
Obliquo more , vehementer et absque timore. 
Thema futurorum fuit hoc fatale malorum , 
Ignavum miti prohibent geminare periti , 



— 332 — 

Non in sede pari possunt de more locari. 

Secum regina tractat : « Non est uterina 
IUa mihi soboies ; non hoc mihi , quod mea proles. » 
Destitit infesto , jam dicitur in manifesto 
Judas inventus ; moeret temerata juventus , 
Huncque pudor laedit , regem fratrem fore credit, 
Odit, et ardenter adit, occiditque latenter , 
Perque nefas tale timet exitium capitale. 
Qui metuit mortem , variam quaerit sibi sortem 
Qua vitam figat *, mortis timor omne fatigat 
Quod viyit mundo. Judas fugiebat, eundo 
Admixtus genti solvenda tributa vehenti*, 
Ocius ut quibat profugus Jerosolymis ibat. 
Ne paritas desit ^ Pilato varus (I. carus) adhaesit , 
Par quia saepe pari laetatur consociari (1). 

Curia Pilati capit et captat reprobati 
Judae conatus, miscent parilesque reatus ; 
Si sors aequa dabit , compar cum compare stabit 
Atque pari forma vivunt simili quoque norma. 

Pilati praeerit opibus Judas , ita quaerit 
Congruitas morum ; levitas geminatur eorum ; 
Ambo consimiles sibi sunt , ambo quia viles 
Mentis in obtutu : Judas regit omnia nutu 
Praesidis ad votum, subjectum fit sibi totum; 
Ut sibi magna paret , omnis sibi curia paret. 

Ecce die quadam , velut illectus vetus Adam , 
Sic et Pilatus hortum quemdam speculatus 
Ac in eo fructus , horumque libidine ductus , 
Exspirare paene (1. pene) voluit pro turbine poenae (2). 
Vidit ab arce domus bona poma gerens bona pomus (3) ; 



(1) Gette r^Qexion se trouve aassi, comme est longue dans tous les po^tes du bon 

on Ta vu , dans la Ligende dor4e. temps. 

(3) Malgr^ notre correction, le vers est (3) Gevcrs, au moins inutilepourlesens, 

encore faux ; la preroi^re syllabe de Pene semi)le avoir ^t^ ajoute par le coprste pour 



— 333 — 

Fit planctura (1 ) malo , nec vivere quit sine malo. 

Mox accersivit Judam, quem fatus adivit : 

« Est prope nos hortus , quo fructus nobilis ortus ; 

Hoc si frustrabor, labor ingruit et nece labor. » 

Inter terrena pulsat phantastica poena 

Mentes terrenas capientes res alienas : 

Sic flagrat praeses. Judas , minus ad mala deses, 

Insilit arbustis non motibus i(l)lico justis ; 

Servi peccati quia sunt peccare parati , 

Incenduntque minis miseros furtisque rapinis. 

Mente manuque mala convellit ab arbore mala ^ 
Illo carpente, Ruben, currendo repente, 
Fructus pomorum vult defensare suorum. 
Tunc altercantur , ibi viria (1. jurgia) multiplicantur , 
Se nimis irritant , dum non contendere vitant-, 
Sed rapiens lapidem Judas furibundus ibidem 
In Ruben misit , os cum cervice relisit (2) ^ 
Terrae prostratus qui post jacet examinatus. 
Mente minus placida sic Judas fit patricida (3). 



faire une sorle de pendant au Jeu de mots conjiciunt aiii ft«fiie«, inqne or« tabeiias 

dil VerS SUivant. frangunt : rell»a fronte lignum dUtiUt. 

(1) Ce mot manque dans la nouvelle ^di- "^P' ^^^avov, Po€me ix , v. 47. 

lion de du Cange ; si le c qul en fait un sy no- (3) La version dn MysUre de la Pattion 
nymede Plcmclut elail une faute de copisle, rcnd Judas bien plus coupaUe : 
il aurait la m^me racine que le vieux-fran- roben. 

^is PlanU et radjeclif PlantwreUX : Le Slre, c'e*t bien mal falct d'abatre 

mal devient au comble. "*<»" "^™ ^ *^ ^*"* ouitraige. 

. Jddas. 

(2) Ce Verbe, dont nOUS ne COnnaiSSOnS Tais toy, car g'il y a dommaige , 

pas d'exemple dans la bonue lalinit^, ^lait tu en aeras desdommag^. 
employe par Ausone dans le sens de ditap- bubkn. 

•M*A«<»i^ mmimtmm' • Quant vostre saonl enssiez mengd 

•prouvvr^ rejeier . jj^ ^^ j^ ^^^ ^^ rarbre prins ; 

Quae firmata probant aut inftnnata relidnnt. de moi n'eassiex est^ reprins ; 

il ntt rdh -vvu V A(» Mais pensez que trop me deplaist 

JSpttre XXV, v. «. ^^ ^^^^ ^.^^^ ^^^ ^^.^ ^^ 

Fortunatus iui donnait la signification de sans besoing qu'ii en soit. 
repouttery renvoyer le ton, dans ce pas- judas. 

sage si souvent cit^ de la Leltre qui pr6- .,„ fauit que je mette la main 

cWe le premier livre de ses PoCmes : Sola sur ta teste, u y aura bmyt. 
saepe bombicans barbaros leudos harpa bubet. 

relidebat ; mais Prudenlius .'es» servi plu- 5^f Jljr" a"'.n"bo^'TJ''b.o„. 
sieurs fois de Relitut dans le sens de orue judas. 

que nolre potJme sembie donner aussi k faia toy, Viiiain , ne me dis Hen , 

Relitit : ^" *" *'*" pourras repentir. 



ViUain , 



— 334 — 

Lux , hypergaei (1) studiosa ministra diei , 
Cedit, nox sequitur *, Ruben functus reperitur ; 
Creditur et subita sublatus ab hac nece vita. 
Extunc Pilatus, Judae recolens famulatus, 
Res dat et uxorem , pensans mercede laborem. 
Sorte mala dante , mater , quem liquerat ante 
Flebiliter genitum , se nunc flet habere maritum. 
Dum suspiraret et fletibus ora rigaret, 
Inquit ei Judas : <c Gemitus quo pondere sudas, 
Flebilis et moesta? » Gui nunc Cyboraea modesta : 
« Nutu divino , cum perfruerer genuino , 
Fluctibus injeci , dolor heu mihi ! nam male feci. 
Fine dehinc subito moveor viduata marito , 
Sic onerata nimis lacrymis perfundor opimis , 
Sumque dicata viro , nec amore sed pmine diro 
Et contra votum , quod reddit flebile totum. » 

His yerbis tactus , Judas est commonefactus ^ 
Se recolit natum Cyboraeae -, cor tribulatum 
Fluctuat intra se , patrem didicitque necasse , 
Et sponsum matris se post caedem fore patris. 
Lex prohibet patrum , ne sint connubia matrum 
Cum propriis natis , cum sit scelus impietatis. 
Poenituit gesti Judam , cordis quoque moesti 
Fletibus ille madet ; mater censoria suadet , 
Ut satis hinc faciat , dominantis et assecla fiat 



BUBXsr. JTOAs. 

Aossi poQxreB-Toas bien sentir Et ponr ung vons on aoreB siz. 

Combien le coup d'ung Tillain vault. 

JuDAs. Icy s*entrebatent et enfin Judas frappe 

H«5e, viUaini ^^^^ $% grant eoup swr la teste de Au^, 

"""* qu*il Vabat d terre en disoM : 



RUBEV. 
Hais vous. 



JUDAS FBAPi'B. VUlaln , prenez ce manuel. 

Ha, Bibftultl „ . 

RuBBK. Fol. xxH, vo, col. S, M. d^Alain 

Av menrtre, los I Lolriao, 1539. 

JUDAS FBAPPK. 

vous en aurcs (I) Ge mot , qoe nMndiquent ni Facciolatl, 

BuBEN. ni la nouYelle Mition de du Gange , est le 

Et aussi vous emporterez c.,^ * , . 

Ae coup de nm main bien assis. grec 1 iT£pY€to? , avec unc forme latme. 



— 335 — 

Qui peccatores recipit ienitque dolores. 
Se junxit Cbristo , sed non permansit in isto : 
Ni palmes crescens soiitoque virore nitescens 
Manserit in vite , moritur sine germine vitae , 
Mox excidetur et in ignem projicietur 
Ubertate carens , ne terras occupet arens. 
Botryficam (1) vitem scimus Christum fore mitem ,' 
A quo distractus , Judas noxae luit actus. 

La foi du moyen ^ge ^tait trop vivement blessie du crime de 
Judas pour ne pas exiger une satisfaction en rapport avec son 
indigne trahison (2). Mais , quoique reunie au po^me dont on 
vient de lire le commencement (3), la partie de la legende qui 
raconte ses souflfrances est certainement beaucoup moins an- 
cienne. EUe ne peut remonter qu'au X* ou m^me au XI* sifecle , 
lorsque des imaginations exaltees par la pri^re , la solitude et le 
jetlne , prirent nalvement des songes pour des visions de Tautre 
monde. La pius vieille tradition qui nous en soit parvenue se 
trouve dans le Voyage de saint Brandan , dont on connalt une 
version en prose latine du XP sifecle , et Ton pourrait croire 
qu'il n'en existe pas d'anterieure , puisque tous les r6cits invo- 
quent son autorite et en rep^tent (id^lement les plus curieuses 
circonstances (4). Nous citerons seulement celui que Cauthier de 



(I) Fertilo; ce mot manque dans la doq- 
Telle ^ition do du Cange ; on n'y trouve 
que BokrifeT^ dont la significatioa est la 
mtoie. 

(3) On imagina tout ce qu'on put pour 
rendre sa mort affreuse et ridicule ; ainsi 
OB IJt dans le M^re d€ la Pauion de 
Muoi Miohel : 

SATHAir. 

L'ame n'e8t pas enoor dehors ; 
Je m^esbahis bien de ce caa. 
ASTABOTH. 

Tenes qnels bcdieTTee Judas ; 
B^|ardeft-moi qnels groMee Upes. 

BlBITH. 

L*ame est encor dedans ses tri]>pes 

Qul de son ordure s'abreuve , 

et si la pance ne luj crevo ^ 

Noos perdons cy noetre saison. / 



SATRAir. 
Berith a tres bonne raison ; 
Car par la t>ouobe orde et maligne 
qui baisa son maistre tant digtoe , 
Elle ne peult ne doit passer. 

Icy creve Judoipar le vetUre, el le$ tripe$ 
iailleni dehort , et Vame $ort. 

Fol. cxcvi, ro, col. 1, <^. d'AIain 
Lotrian , 1538. 

(3) La seooude partie contient un rdcit de 
la Passion, et la troisi^me raconte en 144 
vers le supplice de Judas. 

(4) La troisi^me partie du po<!me que Ton 
vient de lire , commence par ces vers , qui, 
comme on le verra, sont une traduction 
presque litt^rale du Voyage de saint Bra»' 
dan : 

Torturas Jurtae cunctls , mea Musn , recludc , 



— 336 — 

Metz a insere dans son Image du monde (1). Le caractfere scien- 
tifique que Tauteur ambitionne et une popularite attestee par 
un grand nombre de manuscrits , nous ont paru lui meriter la 
preference (2). 



Vt qoiennqae legat Jadae aine crimine degat. 

Eat peccatorum mors pesaim* crimen eonun ; 
C.og\t eot abici , qni Jaato aant inimici. 
Jadas, nt noatia, qaiJosticiaCe?) fait Iiostia , 
Jaaticiam triste condigne snbstinct iste. [vitae 

Brandanas, placide (l. placitae?) quo falsit sanctio 
(Nam reTerendomm pater ille fuit monachoram) , 
Olim pergebat cum fratribus et peragebat 
Fer ponti metas , septem fiaitando dietas. 

(Prebablement il manque an vers.) 
Apparetque l>onis humanae conditionis 
£t quasi riTentls species petra resideutis. 
Eminus ante datnr pannns fUrcisqae rotatur 
Appensus ferri, veluti soiet aequore ferri 
TorbiBe pulaa ratis sine portu prosperitatis. 
Jam procul inspceta forma , tela quoque vecta , 
Fratrum dissensns oritur, mutant qaoque sensaB , 
Hutuo ceriantes , res diversasque putantes. 
Quidam , quod sit avis ; dicunt alii , quia navis. 
Ad qnos Brandanus ait : « Eat sermo quia Tanus , 
Quem simul liic agitis , essent praoludia litifl. » 

€'e8t l^ tout ce que M. Mone en a publi^. 

(I) Nous suivons Topinion commune, 
quoiqu'elle ne s'appuie sur aucun fait d^i- 
sif; il semble seulement certain que l'au- 
teur 6tait Lorrain, puisquMl dit, en ptr- 
lant d'une Vie de Ctiarlemagne : 

Qui mes en Lohierraigno gist , 
dont cil fU qni cest livre fiHt. 

(3) B. R. no 7991* (Xllle si6clc) , non 
jMgin^; mais nous avons am^Uor^ le texle 
avec le ms. 785i' et redilion que M. Ju- 
binal a pubUito d'apr^ le ms. 7554. Nous 
donnons ici» d'apr^ le ms. de la B. R. no 7595, 
(bl. 963, ro, cd. 2, le passage corres- 
pondant. de la LSgende de saint Bran- 
daine , qui a ^videmment servi de mod^le, 
puisque r^criture du ms. a les caract^res 
ordinaires du XI le si^cle. Quant il eurent 
tres miedi le voie de set jors , une forme 
aussi que d'uQ bomme lor apparut, qui 
seoit sor une piere, et avoit un voile devant 
lui a le mesure d'un sac pendant entre 
deus fourkes fierees; et en lel maniere 
estoit demenes par les flueves, que li nes 
quant eUe est perie par le vent. Li un cui- 
doientque che fust une nes, li autre cui- 
doient que che fust uns oysiaus. Li hom 
Diu respondi a iaus : Mi frere, laissies cesle 
tenchon; adrechies vo nef a che liu. Gom 
li hom Diu fust aprochies la , U areslerent 
entour aussi que en un mont, el Irouverent 
ronme seant sour le pierre, hirecheneus 
et lait, et de toutes pars les eves, quant 
elles acouroient a lui, le feroieni dusque au 



hateriel. Quant elles s'en r'aloient, cile 
piere apparoit toute nue ou cis chaitis seoit. 
Le drap qui pendoit devant cJieloi, li vens 
le metoit en sus de lui et le feroit parmi 
les iex et le front. Dont li demanda U sains 
hom qui il estoit et pour qud chose U estoit 
la envoies, et pour coi U Tavoit desiervi 
k'il sostenoit tel penanche. II dist : Je sui li 
tres maleureus Judas , li tres mahrais mar- 
chans. Je n'ai mie che liu de deserte, mais 
de le tres grande misericorde de Jbesucrist. 
Cis Uus ne m'e8t mie contes a penancbe, 
mais a la misericorde de Diu et a roaneur 
de la resurrectioB nostre Signoar (car il 
estoit dyemenches). U me sanle, quant je 
siec chi qae je soie em paradis des ddisses, 
por le cremeur des tormens qui me sont a 
venir en cesie vespree. Gar jou arc aussi 
que li masse de plonc remise en le buire, 
jour et nuit, en mi le montaigne que vous 
vees. La est U dyables etsi sergant, oaje 
fui quant iou englouti vo frere. Et pour 
chou 8'esleechoit Infiers, et mist haers 
grans flames, et ensi fait adies, quant U 
devoure les armes des malfaiteurs. Jou ai 
men refroidement en tons les jors de dye* 
mencbe dou matin dusques a le vespree, 
et de la NativiU^ nostre Signour dusques a le 
Tiephane, et de Pasques dusques a Pente- 
couste et en le Purification nostre Dame et en 
TAsumption. Tous les aulres jours et toutes 
les aulres nuis sui jou tormentes eu Infier 
avoec Herode et Pylate, Anna et Chaypba. 
Poar chou vous prie-jou pour (I. par ?) le 
rachatenr dou monde que vous voelfiez 
priier pour mi a nostre Signour Jhesucrist 
quMI me laist chi estre dusqu'a demain a la 
jomee , que U anemi ne me tormentent en 
vo venue, et mainnent au malvais yretage 
que j'ai achate par malvais loier. A lui dist 
li sains bom : Li volentes nostre Signour 
soit faite ; tu ne seras mie mors des dyables 
dusques a demain. Encore U demanda li liom 
Diu et dist : Quel chose te vent cis dras ? 
II dist : Je donnai che drap a un mesiel , 
quant je fui cambrelens men Signour; 
mais pour cboa que che n'esloitmie miens, 
k'II ne fust aussi bien nostre Signor que 
lesautres freres, pour chou n'i ai-jou nul 
refroidcment, mais anchois empeecbement 



— 337 — 

Puis un jors virent une forme 

en la mer, seant comme un homme 

Sour une pierre , et out devant 

ausi com un linchel pendant 

Entre deus forchetes de fer , 

demaine par les flos de mer 

Comme nachele qui perist. 

Freres i out dont aucun (1) dist 

Coiseaus estoit ^ autres disoient 

c'une nef estoit : ce quidoient. 

Lessiez, fit le Saint, le tenchier ^ 

pernez cele part a nagier (2). 

Quant pres furent , les ondes virent 

prises , que les Tome choisissent (3) : 

Seur la pierre hisdoz et lait , 

de toutes pars li flo H vait 

Jusc'a la teste (4) tot desus, 

et, quant le flo rabatoit jus, 

La pierre nue raparoit (5) 

sor coi cil (6) chetif se seoit. 

Del drap , qui pendoit devant lui , 

li fesoit li vent tel ennui , 

Qui (L Que?) souvent de lui Tesloignoit, 



et leS fourqueS a COi il pent, je leS dOHOai <2aant pn» forent le» ondes virent , 

as prestres pour soustenir le cauderon ; le p"'" "" ^**"® ^^° " choisirentj 

piere sour coi je siech, je le mis en une ^^^^ certainement elle est faulive, puis- 

ibsse d*une commune voie, devanl chou qu*on lii dans roriginal latin : Cum vero 

que je fuisse desciples nostre Signour. vir Dei appropinquasset illuc , restiierunt 

(1) Ms. 7852'; dans les deux autres ""<*«('• ""dae) in circuitu quasi coagulate 
chascun et easctms, ^'- coagulatae); M. Jubinal, Ugende de 

(2) N«Tiguer;syncopedeJVam^arc, dont ,,. _, ^^, , '/ 

la forme est enlree dans la langue, lorsque ^*' *** "*^5 '®^ "®"* autres ont coste. 

le sensmetaphoriquede iVa^er(Natare)eut l^) Reparaissait ; celle forme, beaucoup 

remplac^ sa signihcalion elymologique. ?•"» r6guli6re que celle qui a pr^valu , a 

(3) II y a dans Tedilion de M. Jubinal : ^"* doute ^e modiaee pour dislinguer le 

Quant prts furent , les ondes virent P^^^»^ ^« ' imparfait. 

Prites qni Ifes l'ome coisirent. (6) Ms. 7852' et Cd. de M. Jubiual 1 tel 

La lejon du ms. 7852^ esl diff^renle : dans le ras. 79912. 

22 



— 338 — 

et elz , et front ren rebatoit. 
Saint Brendan denuinde li fait 
qui il est , et por quel forfet 
A tel merite , et par qod cas. 
Je sui , fait-il, le fel Judas , 
Li pires de toz marcbeans (1) , 
par qui fu vendu li sains sans 
Jhesu Crist ; n'ai pas cest lieu ci 
por penance , mes p(H* merchi 
De la misericorde Dieu ; 
n'ai pas por penance cest lieu , 
Mes por pardon del Sauveor : 
ci sui au (2) dimencbe, en Tenor 
De la resurrection (3) Crist , 
qui au dimenche surrexsist. 
II m*est yis , quant ci sui assis , 
qu'en paradis soie ad delis , 
Por la peor del grief torment 
c'au vespre du jor d'ui atent. 
J'art com masse de plon qui font , 
nuit et jor , en cest (4) ardent mont 
Que veistes ; la est toz tans 
Leviatan (5) o ses tirans : 
La fui-ge quant il eng(I>)uti 
vostre frere , dont s'esjoi 
Et geta ses grans flambes (b)ors , 
et si fet-il ades alors 
Quant ame de mauves deveure. 



(1) Ms. 7852^ ; marcaans dans Ted. de (4) Mf. 78933;^^^ dans M. JuUoal; tel 

M. Jubinal; meschaant dans le ms. 7991* ; dans le manoscrit 7991*. 

II y a dans !e texle latin : Ego sam infeli- ,„. w..x i . ■ -i-i^ • 

ci^mas i»e Jndas, negociawr pesslmns. <* "^5*^^!^"' H ««'«•«"'e ?»' »«'- 

(8) Ms. 785S» e T»4; a dW le ms. f^^\ "»« "•*"'«" "^' Crocodile dont 

_^., la racine se relroove dans le grec Tiivo« 

(3) Ms. 78!«»; mitericorde dansles (Tinia), et tee.aft, Serpenler. 

deux autrcfl. 



— 339 — 

Chascun dimenche fais demeure , 

De vespre a autre , saus grant (1) paine , 

et de No6l a la Typhaine , 

A la Purification 

la Virge , et a TAsumpcion. 

Apres et ainz tormente sui 

el puant enfer plain d'envi , 

Avoc Herode , avoc Pilastre , 

Anna et Gayphas li maistre. 

Si vos conjur del Salveor, 

que vos proiez nostre seignor 

Jhesu Crist , que j'aie puissance 

d'estre ci sans plus de grevance 

Jusc'a demain souleil levant, 

que deable , en vostre present , 

Ne me maint an malheritage 

que j'achatai (2) par malvendage. 

Or en face Dex son vouloir , 

dist saint Brendans ! En cestui soir 

N'auras torment de nul maufe. 

Apres ce li a demande 

Que cil drap fet devant ses iaus (3). 

Je rdonnai , fet-il , as meseaus, 

Quant chamberier sui mon Seignor ; 

mes n'i oi part, suen fu au jor, 

Et por ce nul bien ne me rent : 

ches forchetes ou le drap pent , 

Donnai-je as prestres deu temple , 

por lour chaudiere a cuire (4) pendre : 

La pierre sor coi sui assis , 



(1) Ms. 78522 ; les deux autres ont lor. eaut dans le ms. 79912. 

(2) Le copiste a, sans doute par erreur, (4) Cuivre dans le ms. 79912; le latin 
^crit Vcu;hatai dans le ms. 7991^. dit seulement : Furcas ferreas ubi pendet 

(3) Itf s. 7852' ; iax dans M . Jubinal ; dcdi sacerdotibus ad cacabos sustinendos. 



— 340 — 

dedans une fosse Ta mis 

D'un chemin, c'on n'y prist busche (1), 

ainz que deciple Jhesu fusse. 

Les faits qui se rapporteni k Pilate n'avaient ni la pr^cision , ni 
rauthenticite de Fhistoire de Judas , et deux traditions les ont 
exploites d'uhe mani^re toute differente au profit de la m^me 
idee. Dans les premiferes luttes du christianisme avec la religion 
qu'il venait remplacer , lorsque le debat portait encore sur le 
caractfere mtoe de Jesus-Christ , Fopinion definitive de son 
juge devait parattre une autorite d*un grand poids : personne 
ne semblait avoir une connaissance des faits plus exacte et plus 
approfondie, et une conviction bien arr^tee edi pu seule lui 
faire reconnaitre qu'il avait cede Mchement aux injustes cla- 
meurs d'un peuple aveugle par la haine. L'fivangile attestait sa 
r^pugnance k sanctionner les accusations des Juifs , on en con- 
clut complaisamment quMl etait persuade de Fentifere innocence 
du Christ (2), et Ton finit par imaginer des actes adresses ji 



(1) Faux-pas, Cbute; du bas-laliu Hu* 
lare^ en italien Buttare^ Jeter quelqu'un 
par lerre. II y a dans roriginal latin : Pe- 
iram autem cui semper sedeo publica Tia 
roisi in foTeem(l. foveam), antequam fuis- 
sem discipulus Christi ; M. Jubinal , Li^ 
gende de sairU Brandainei^ p. 44. 

(3) Les efforts de Pilate pour sauver J^ 
sus-Christ sont encore exprim^ avec une 
grande vivacil^ dans le MysUre de la Pas- 
sion par Jehan Micbel , qui suit cependant 
Tautre tradition. 

PlLATB. 
Or me* leigneurs, je voos requier, 
Quelqae chose que ayont traict^ 
que Toua regardes en piti4 
Vostre roy et vous moderess ; 
\e vouH requiers , considerex 
Le piteux estat ou il est. 

TOUS LES JUIFS KNSEMBLK. 

Kien , rien , au gibet ,~ au gibet ! 
II nons deplaist a regarder. 

PlLATE. 

Canse pour quoy ? Qu'a-il mefTait ? 

TonS EirSBXBLE. 

lUen, rien, au gibet, au gibet ! 

PlLATK. 
Ccst ung bien piteux colibet. 

Cayphe. 
Que dlable vault tant le garder ? 



TOUS BirSEHBLE. 

Rian , rien , au gibet , au gibot ! 
II nous deplaist a regarder. 

Jbs<»oam. 
Rien ne gaignes a retarder ; 
Prevost ; tn te monstre trop mixte ; 
il est passe Teure de sixte ; 
Tantost sera Teure de nonne , 
Tuide toet ee proces on ron ne 
Cessera jamais de crier. 

MLardocbeb. 
Ne te fais ja si fort prier, 
Prevost, tn fais pour neant le sourt ; 
plus attens et plus noyse sourt ; 
Plus differes et plus s'eff«>ree 
le peuple de crier. 

Naason. 

C*est force 
Qu'il meure ; on n'y peult secourir, 
et, si tu ne le fais mourir, 
Tu pers ton cas quant a ce point. 
PlLATB. 

Ila gens ! Vous ne regardez point 

Ka quel danger Juge s'^uste, 

<iui Juge a mort ung homnie justc : 

Tel mort se doit bicn soupeser 

ct a la balance peser ; 

Cest grant chose que de mort d'hommr. 

Cayphb. 
Nous rendras-tu en ceste somme ? 
Demourrou(8)-uou8 ici meshuy ? 
Nous aurons produit contre luy 
Et f*elon nos loix mis en forme 
plusieurs cas dont le mains enornif 
Esf digno de mort tres vilalne. 



— 311 — 

Tibere, oii il rendait un temoignage explicite de son divin 
caractere (1). Saint Justin les cite dans son Apologie pour les 
chretiens, sanseleveraucundoute surleurauthenticite(2)- Eu- 
sebe de Cesaree se plait a en reconnaitre i'autorite dans son His- 
toire ecclesiastique (3) ; k une epoque bien plus rapprocliee, Paul 
Orose en parlait comme d'un fait historique incontestable (4) et 
au commencement duderniersitele,Buddaeuscomposaitencore 
une dissertation intitulee Meditatio paschalis de Pontio Pilato 
evangelicae veritatis teste (5). La consequence naturelle de cette 
supposition fut que Pilate avait professe le christianisme ; Tertul- 
lien dit dans son Apologetique : Ea omnia super Christo Pilatus 
et ipse jam pro sua conscientia christianus , Caesari tum Tiberio 



Anitk. 

Ta voys que la ohote est oertaine 

Et rentens mieux qa'aatre qaeicouquea : 

qoe diable difTeres-tu dOncqaes 

De Jager sa mort detestable ? 

Jkboboam. 
Tu es par trop favorisable 
Aux eunemis et anx nuysans 
de Cesar et contredlsans , 
Si ta ne fais mourir cest homme 
qai tant nulst au si^ge de Bomme, 
£n tant que roy des JuifiE se dit. 

Jacob. 
PUate , tu 868 bien l'esdit 
De l'emperear ; donne toy garde. 

YSACllAR. 

8i SA mort par toy se retarde , 
Tu n'e8 paa amy cordial 
de Cesar. 

FlLATB. 
II me fait bien mai 
Qa'il faalt la chose ainsi paaser ; 
mids pour rien ne vuell offenser 
Ceaar, ne Ini desob^jrr ; 
item se Je me fsis hayr 
A ces seigneurs , ilc trouveront 
mojren , qu'ilB me desposeront 
£n me reprenant d'iujnstice , 
et feront perdre mon office ; 
Parquoi J'aymo mieux tort ou droit 
le Juger : car mal m'en vendroit 
Quelque Jour, Je voy bien que c'e8t. 

Fol. M, iiii, reclo. 

(1) Od supposa indme qae sans Topposi- 
tion da S^nai , TiMre lai aurait fait dever 
des aatels. £a»6be disait d^j^, Hutoria 
«eeletiatHea, 1. ii, ch. 3 ; To nepi tt); dx 
vexpci>v dvaoTao-euiK tou Zcmipoc fijjuov 
TyIO-ou XpioTov elc icavra; i\6r\ xa6' 6Xti; 
iraXaiemrivTic pe6oYi|xeva, IltXaTo; Ti6e- 
pita) paaiXei xoivovTat d>c Tac Te &XXac 
aOrco icuOo{i.evoc TepaTeia;. xai (i>; 6Tt 
jiBTa OavaTov ^x vexpwv avaoTa; ^Sy) 



eeo; elvai napa toi; itoXXoi; eireicMrrewro. 
Tov oe TiSepiov &veveYxeiv uiev ttj cwy- 
xXriTw, ixeivYjv t' iicc«><xa<r0ai ^aai tov 
Xoyov , etc. Le Rymbegla , qui ne peut «ti« 
antcirieur au Xllle sitele puisqull cite un 
^criTain du XI le, est beaucoup plus expli- 
cite : Mislykade thad miog Tiberio er bann 
fra thad, hann villde Jesum haft hafa i goda 
tolu, eun dlldungar Romveria villdu thvi el 
trua; P. iii, ch.30, p. 416. 

(2) Kat TouTa drt ysYOve , 3u vaffOe jxaOeiv 
ex T(i>v 61» rfovTiov lltXaTOvi yevoficvov 
axT(i>Y;p. 76. 

(3) Voyei le passage que nous avons citiS 
dans la note 1 . 

(4) Postquam passusest Dominus Ghris- 
tus, atque a mortuis resurrexit, et discipu- 
los suos adpraedicandum dimisit , Pilatus , 
praeses Palaeslinae provinciae, ad Tibe- 
rium imperatorem atque ad Senatum retu- 
lit de passione et resurrectione Ghristi, con- 
sequentibusque virtutibus quae vel per ip- 
sum palam factae fuerant , vel per disci- 
pulos ipsius in nomine ejus fiebant , et de 
eo quod , certatim crescente plurimorum 
fide , Deus crederetur ; Advertut paganot 
hittoriarum 1. yii , ch. 4. II est m«me 
assez probable que ces actes nous ont ^t^ 
conserv^s sous le nom d*£vangile de JVt- 
codime) au moins iis contenaient certaine- 
ment les mdmes d^tails et racontalent les 
mdmes circonstances. 

(5) Jena , 1717. 



— 342 — 

nuDciavit (1). U y eut m^me des esprits plus hardis qui pouss^- 
rent cette idee jusqu'^ sa demi^re limite ^ ils aiSrm^rent qne 
Pilate etait mort pour la foi , dans la grande persecution de 
Neron , et le v6n6r6rent conmie un martyr (2). 

Des traditions , probaMement plus recentes , ne yirent dans 
Pilate qu'un juge pr6Taricateur qui, par ambition etpar Idchet6, 
condamne k p^rir du dernier supplice un innocent qui se trouya 
6tre son Dieu . Dans Thorreur qu'un pareil crime inspirait , on 
Taggraya encore en le supposant commis ayec premeditation (8) ^ 
OQ assimila la m^chancete de Pilate k celle de Satan lui-m^me (4), 
et son nom deyint la plus sanglante injure pour les hommes 
^ey^ en dignit6 qui abusaient de leur puissance (5). Cetait un 
personnage trop peu considerable pour que les details de sa yie 
fussent connus. II paralt seulement que, peu apr^s la mort du' 
Christ, les plaintes des Juifs le firentrappeler k Rome(6) , et que, 
ses explications n'ayant point sembl^ satisfaisantes k Tempereur, 



(I) Cb. XXI. 

(i) yoyez Fabrichw, Codieei apoeryphi 
Noci-TettamenH y P. lu, p. 0(Kk 

(3) Pilate, Herode ne Neiron 
n'orent pln« nukle entention. 

Beoois, Ckronique rimee, I. ii, 
V. 97836. 

PlLATX. 

II e«t vray, il m'en sonrient bien, 
Qne de malbenre Au je n4 ; 
qoant oncqnes Je le condampn^ , 
De llienre mesme bien pensoye , 
qoe nne tola deetralt ta eeroie ; 
Oar le cm m'e«toit bien 'patent 
qa'il estoit Diea Omaipotent. 

Jean Michel , My$Ure de la Pattion. 

(4) A sa fln vlent li onlTere meecrioa ; 
Ja Taveront Pilate et Belgibat. 

Offier de Danemarckey i. II , 
p. 514. 
Dans le Songe d'enfer de Raoul d« Hoa» 
daiiig, c'e8t m^nie Piiate qoi ki ee fait ies 
bonneurs : 

Fylates dlet et Belaebiu c 
Raoal , bien soiea-ta venna ! 

Dans M. Jubinal, MygUres inidilt^ 
t. II , p. 39S. 

(5) 8ub cujos («c. Christi) umbra latitant 
et soa bona dissipant 



in pompa saecnlari : 
U (I* bi) snnt Pilati, non pnalatf , 
plns qaam tjiBani defMmvati , 

[in] virtalibns ignari. 

Bernbardus de Westerrodi^, Plane- 
tut , str. XXIV ; dans Flacius lUy- 
ricus, Deeorrupto Bee^Hiae tUUu, 
p.l06. 

La le^ on de Wolfius , Lectionum memora' 
bilium t. I, p. 6S8, n'esl pas plns satis- 
faisante ; il supprime hi dans le quatri^me 
vers et ijoute in dans le sixidme. 

Jam praelatii 

sunt Pllati, 
Judae successores ; 

dum cognati 

praebendati 
attrgnnt ad honores, 

pulsant dati 

panpertsti 
oatla dootores ; 

litterati , 

spe fraudati , 
egeat post laboces ; 

probltati 

ac aetatl 
deeont provisores. 

B. R.m8. If51 (Xiye sitele), & la fin. 

(6)Joseph, Anliquitatmm judaicarmti 
I. XVIII, cb. 5. 



— 343 — 

il fut envoye en exil dans les Gaules, dont il etait origifiaire (1) , 
et ne tarda pas k y mourir ; mais on profita du silence de This- 
toire pour lui eomposer une vie de sc61eratesse qui abouttt natu- 
rellement k m d^icide juridique. II r^gne entre les diffi^rentes 
versions de cette 16gende un accord bien rare dans les traditions 
qui n'ont pas d*autre base que rimagination puUique ^ elles ne 
diffi^rent que par quelques circonstances de la mort de Pilate , 
qui sont m^me beaucoup moins historiques que geographiques. 
Si celle que Ton va lire ne peut ^ au moins dans sa forme ^ pre- 
tendre k une antiquite plus recul^ que ies autres , elle etait 
certainement une des plus populaires ; car on en connait jusqu'a 
cinq manuscrits (2), et leurs nombreuses variantes prouvent 
qu*ils n'ont pas ete copi^s les uns sur les autres. 

Si, veluti quondam, scriptor vel scripta placerent , 
in nova dicendo multi, velut ante, studerent ; 
Sed sic sub vitio cunctorum corda tehentur, 
ut, si qui scribant , quasi delirare videntur. 
Soli nununosi digni reputantur honore , 
ingenium, virtus animi sunt absque decore ^ 
Quidquid ab invidia tutum , nihil esse videtur : 
si cuiquam placeas, socius livore tenetur 
Atque , probans veteres, reprehendit scripta novorum , 
cumque sit inferior, judex vult esse proborum. 
Ergo scripturu3 nomen patriamque tacebo, 
nec sine scriptore laudari scripta dolebo , 



(1) Pro bisomnibas reportatos esi in eii- boiirg ; 1'ud y est oot^ loban. c, ii« lOS, et 

linm Lugdani, unde oriuDdus erat, ut in Tautre Jolian. c, no 105 ; nous d^signons 

opprobrium generis sui morerolur ; Gomes- le premier par b et le second par c. Ges 

tor cit^ daos Vincentius beHoYacensis, Spe- quatre manuscrits sont parfaitement con- 

cmkm hittoriale , 1. tiii , cb. 124. nus, grAce a M.Mone, Anxeiger fUr Kunde 

(3) Le ms. de la B. de Vienne, no S77, der teuttchen Vorxeity 1835, col., 435- 

qm nous avons prts pOiir base de ootre 433, et 1838, col. 530-538. Le cinquidme 

^ditioo, parce que c'est le seul qui re- ms. est ii la B. de Helmsladt, et oe re- 

moDte au XIV« si^cle ; It ms. de la mdme monte qu'au XVe sidcle ; il a 6t^ indiqu<b 

B., no 390, qui est du sidcle suivant; par Leyser, Hitloria poelarum el poema- 

nous rindiquons par A : deux autres ms. de twm medii ctevi, p. 2185, qai n'en a cit^ 

ia mtoie ^poque se tronf ent k la B. de Stras- que le prenier vers. 



.m 



— 344 — 

Et, prodesse volen&ac delectare legentem, 
scribam rem gestam, muitos hucusque latentem. 
Yera sit an falsa , nihil ad me , sic memoratur, 
sic referunt onmes^ ut scriptum(l) sic teneatur. 
Quod si pars, totumve tibi fictum videatur, 
non nobis , Lector, reputes sed ei tribuatur, 
A quo materiae primum manavit origo , 
nec nos alterius debet fuscare rubigo. 
Assis ergo, Deus clemens, in cujus honore 
sumitur iste labor, solitoque fave mihi more ! 

Urbs fuit insignis , veteres quam (2) constituere , 
Moganus atque Scia (3), flumen rivusque , dedere 
Nomen , et inde fuit priiiium Moguntia dicta 
nomine composito , non est assertio ficta. 
Hic cives veteres monstrant murum cecidisse 
atque domum regis perhibent aulamque fuisse, 
Cujus nomen Atus, qui regni (4) sceptra tenebat 
illis temporibus , nec summa laude carebat. 
Ipse die quadam , silvas latebrasque ferarum 
cum sociis intrans , lustrabat quaeque viarum 
Yenandi studio , donec sol ima revisit 
atraque nox coelum subiit stellasque remisit. 
Tunc abeunt silvis, longe tamen urbe (5) remoti ; 
unius hospitium subeunt hominis sibi noti , 
Et largis epulis Bacchique liquore repleti 
surgunt a mensa , facti pro tempore laeti. 
Rex , ut homo sapiens, stellis ventura videbat ^ 
prospiciens igitur sic visa suis referebat : 
(c Hac in nocte thori si cum consorte cubarem , 



(1) A ; il y a dans notre ms. : (3) U y a effectiveinent pr^s de Mayence 

Sic refcrunt homines; ut scribo, sic teneatur ; UD fDisseau nomm^ Zct, autfefois Zjf, que 

dans B ui scribam et dans C sic scribam. *«« documents lalins appellent Cia. 

(2) C ; dans nolre ms. , dans A et dans B, (*) A , B et C ; magni dans notre ms. 
hanc. (5) A , B et C ; ante dans notre ms. 



— 345 — 

egregiam prolem magnumque virum geiierarem , 

Cujus temporibus mundus tam mira videret, 

ut pariter mare cum terra coelumque paveret. » 

Haec ad verba sui comites responsa dedere : 

« Est regina procul , nec eam possemus habere •, 

Non ideo tamen effectu res ista carebit , 

nec tam grande bonum non obmisisse decebit. 

Villicus iste tuus , qui vir bonus esse probatur , 

formosam genuit natam , quae Pila vocatur ; 

Huic per concubitum vice reginae sociare , 

ut tam mirificae prolis pater efficiare. » 

Praebuit assensum rex , et res acceleratur , 

et conjuncta viro virgo subito gravidatur. 

Mensibus ergo novem decursis more gerendi , 

edidit infantem solito ritu pariendi. 

Mittitur ad regem , qui nuntiet hanc peperisse ^ 

rex gaudet, quae precepit, completa fuisse. 

Nuntius adjecit : « Quis vis puer iste vocetur (1) ? » 

« Conveniens nomen volo , » rex ait , « ut sibi detur •, 

Nam quia dicor Atus et mater Pila vocatur , 

compositum nomen Pilatus ei tribuatur ! » 

Crevit Pilatus et fit prudens adolescens, 

corporis et mentis gemina virtute nitescens. 

Aulam regis adit , tanto laetus genitore , 

quem rex cum reliquis dignum reputabat honore : 

Laetum principium finis quandoque molestus 

perturbat , ceu tranquillum mare commovet aestus. 

Solum nutrierant (2) rex hic reginaque natum , 

et se prole sua gaudebat uterque beatum. 

Cui colludendo Pilatus se sociare 

coepit et in ludo puerum tractabat amare : 



(1) Vocemur par erreur dans notre ms., (2) Nulrieral dans nolrc ms.; mais tous 
puisque la rime porle partout sur deu\ lcs aulrcs ont lcpluricl. 
syllabes. 



— 346 — 

Litibus assiduis discordia multiplicaiur , 

dum puer a puero cniddi morte necatur. 

Non latuit res ista diu (1) , fit manifesta ; 

rex luget, regina dolet, fit curia moesta \ 

Yertitur in luctum dcmius et vicinia regis : 

fit cunctis onerosa piis transgressio legis. 

Tunc adeunt regem , cui talia verba loquuntur : 

(( Inclyte rex , satve ; tibi cuncti compatiuntur ; 

Nil juvat exstinctum , si victurus moriatur , 

sed tamen a tali facto decet ut caveatur : 

Praesens namque malum suadet ventura timeri 

et monet a simiii merito debere caveri. 

Pilatus meruit mortem; sed ne moriatur, 

Romam transmissus obses, numquam redimatur. » 

Praebuit assensum rex et , prece victus eorum , 

misit in exilium Pilatum more reorum. 

Qui, veniens Romam, pro tempore quaeque gerebat 

et procul a patria contraria multa ferebat 

Anglorum regis natus, recta (2) ratione, 

obses erat Romae pro census redditione; 

Gui se (3) Pilatus, non absque dolo, sociavit 

et (4) puerum, sicut fratrem proprium, juguiavit. 

Quo facto cives perturbati doluerunt , 

et quidam punire nefos tantum voluerunt : 

Decretum tamen est, ut non interficiatur , 

ne pater illius (5) contrarius efiiciatur 

Imperio , censumque dari solitum probiberet, 

utpote vir, qui consiliis armisque valeret. 

Insula grandis erat, Pontus hucusque vocata , 

incultisque viris et inhumanis habitata , 



(1) Diu a HA omis dans notre ms. (3) Cuique de Dolre ms. est une Taule de 

(t) A , B et G ; certa oa Ju$tu daas notre quantit^. 
ms. (4) A , B el C ; nam dans nolre ms. 

(5) A, B ei G ; iptius dans notrens. 



— 347 — 

Qui (1) sine praelato, sine judice, quaeque gerebant : 
nam dominos regesque suos gladio perimebant. 
Hunc populum Caesar Pilato rite regendum 
conmiittit, quia credit eum subito perimendum (2). 
Missus ad hos igitur tractabat quaeque modeste , 
proque minis blanditur eis et viyit honeste : 
Talibus ergo modis sibi quoslibet alliciebat , 
et fidos socios et amicos etGciebat. 
Jamque placet cunctis , jam dignus habetur honore; 
jam servant leges , nec peccant absque timore. 

Auxit ei nomen locus hic, est namque vocatus 
Pontius a Ponto , sublimi sede locatus. 
Miratur Gaesar , miratur curia tota 
quod sic barbariem convertit ad (3) sua vota. 

Herodes regnum Judaeae forte tenebat 
illis temporibus , nec eum res ista latebat, 
Quaiiter egisset Pilatus in hac regione, 
quae nunquam sine lite fuit vel seditione (4). 
Exemplo simili credit sua padficari (5), 
si Pilatus ei dignaretur sociari. 
Mittit ad hunc igitur qui sic (6) sua jussa loquatur : 
« H^odes^ rex Judaeae , Pilate , precatur, 
Ut venias ad eum. » Consentit et ingrediuntur 
navem \ sulcantes mare, Jerusalemque feruntur. 
Rex egressus eos suscepit (7) ipse libenter 
et fessos recreat, dans omnia suf&cienter : 
Consiliumque suum Piiato rex »ne teste 
indicat et tandem concludit rem manifeste. 
Conveniunt igitur equites , plebs tota vocatur, 



(1) B; Hi4na A, G et noUre va», (5) Toas les nn. onl par une errenr ^tI- 

(«) A , B et C ; pereundum dans notre **®°^ pacificare. 
m$. 4onne nne rime iniuiBsante. («) Manque dans C ; A , B et notre ms. 

ont «t(. 
(3) BetC; A et notre ms. ont tn. ^^j jj^^g notrems. etdans A : 

<4) A, B et G ; prodiUcme dans notre ms. Egressos cxcepit cos rex ipM ubentcr. 



— 348 — 

in medio quorum consistens rex ita fatur : 
a Egregii cives, hic est vir dignus honore , 
quem socium facio magnum sibi junctus amore, 
Et regni summam trado populumque regendum ^ 
sed nil grande tamen jubeo sine me faciendum. » 
Hoc dictum regis placuit, cunctique (1) decenter 
excepere ducem , paret gens tota libenter. 
Ergo Pilatus, juxta solitum sibi morem , 
in se cunctorum studet inclinare favorem ^ 
Muneribusque suis sibi quoslibet alliciebat , 
et fidos socios et amicos efficiebat. 

Postquam Pilatus cemit sibi cuncta subesse , 
incipit Herodi regi contrarius esse , 
Nec sua reddit ei , nec dignum dicit (2) honore, 
nec tantis meritis simili respondet amore ; 
Sed mittens Romam quamplurima dona precatur , 
ut (3), si praevaleat regi , regnare sinatur. 
Confestim (4) Caesar concessit cuncta petenU : 
nam quaevis Romae venalia sunt tribuenti. 
Caesaris assensu votorum fine potitus , 
arripit imperium vir ad omnia prava peritus. 

Heu ! quantum virtutis habes mala (5) copia dandi I 
Per te damnantur justi florentque nefandi , 
Per te consequitur quidquid mens captat habere ; 
nam vix est aliquis, qui spem non ponat in aere (6). 
Surripis (7) omne bonum (8), supplantas omnia jura , 
illicitum licitumque simul misces (9) sine cura ; 
Tu das ecclesias, praebendas, pontificatum, 

(i) B ; A , C el notre ms. cunetit. (5) Mali par erreur dans notre ms. 

(2) B el C; dueit dans notte ms. el (6) Ces deui vers sont transpos<^ dans 
"*"* ^* B, et manquent dans nolre ms. et dans A. 

(3) B; quod daus notre ms. et dans A it\ a -p r . — j.— • ^ 

^^Q ' ^ (7) A, B, C; subruu dans nolre ms. 

(4) B ; continuo dans nolre ms. et dans {») B ; A , C et nolre ms. ont pium, 

A ; continue dans C. (9; B et C; A et notre ms. ont nUtcens. 



— 349 — 

ordine mutato laicis das presbyteratum ; 
Regibus et ducibus cum praesulibus (1 ) dominaris , 
subdunturque tibi , quorum Deus esse probaris : 
Prostituis dominas , peraguntque vicem merelricis , 
nulli namque fidem servas nec parcis amicis. 
Pellitur Herodes regno , patiens inimicum 
quem fidum socium verumque(2) putabat amicum. 
Conqueritur jus et leges in se (3) violari, 
et sine judicio regni sibi jura negari. 
Asserit econtra Pilatus, non meruisse 
bas inimicitias, regnumque sibi tribuisse 
Caesareo jussu Romanos , seque paratum 
judicio Populi procul hunc removere reatuni. 
Constituere diem , qua rectum discutiatur 
et re quisque sua , decisa lite , fruatur. 
Interea Dominus , qui nos reparare saluti 
venerat , ut per eum possemus vivere tuti , 
Proditus a Juda, sicut tamen esse (4) volebat, 
atque datus poenis vicina morte gemebat ^ 
Quem manus hostilis , quasi culpam dissimulando , 
ofTert Pilato, ne te dedica maculando (5). 
RursumPilatus(l.PiIato?), dumnescit quid meditatur^ 
Mittitur Herodi damnandus si videatur (6). 
Herodes secum reputans (7) quod conciliari 
vellet Pilatus, rursumque sibi famulari (8), 
Utpote vir prudens vitam non vult (9) dare morti 



(I) A, B, G; principibut dans nolre 
ms. 

(3) A , B , G ; fidumque dans notre ms. 

(3) A , B , G ; juslui in te leget dans 
notre ms. 

(4) Les autres ms. ont ipte. 

(5) Ges deux vers qui manquent dans 
notre ms. etdans c, sont necessaires pour 
le sens ; mais le second est , comme on Toit, 
fort corrompu : peul-6lre raut-il llre nece 



dictala; la premi6re syllabc de dicala et 
la seconde do dedita sont br^ves. 

(6) On lit ensuite dans tous les ms. , au 
detriment du rhythme et sans n^cessil^ 
pour le sens : 

Ne sine coiuonsu rcgis Jbesus morifttar. 

(7) A, B, C; credent dans notre ms. 

(8) On lil ensuitc dans A et B : 

llt domino rcgiquc suo flt vems amicns 
ejus cujus erat gravis et fervens inlniiuus. 

(9) A; vull non vitam dans notre ms. 



— 350 — 

nec Judaeorum sese conjungere sorti, 
Atque remisit eum Pilato, qui reproborum 
Yotis ac precibus regem crucifixit eorum (1). 
0(h)(2)! quantum,Rex Christe, dabit tua vita beandis, 
cujus mors pacem confert etiam reprobandis (3) ! 
Dumpatitur Ghristus , tellus tremit atque movetur 
nec tamen (4) esse Deum Christum Judaea fatetur (5). 
Heu ! gens caeca nimis (6) ! Heu ! filia perditionis , ^ 
quae salvatorem socium facis esse latronis ! 
Aegra fugis medicum , vitam moritura repeUis , 
porrigis in potu sitienti pocuia fellis. 
Omnibus impietis (7), sacra quae scriptura ferebat (8), 
ponitur in tumulum Dominus qui cuncta regebat (9). 

Post mortem Domini, cum Tito Yespasianus 
regnabat Romae , sed (10) neuter corpore sanus. 
Titus leprosus, nasus quoque Yespasiani 
plenus erat vespis : studioque frequenter inani 
Yexabant medicos, qui nil prodesse (1 1) valebant 
etsua frustrari nimis experimenta dolebant. 
Finitimas urbes Titus Romamque regebat , 
occiduae partis jus Yespasianus habebat. 
Audierant (12) Christum cunctum curasse dolorem 
et reparare suum sperabat uterque vigorem. 
Ergo Pilato Titus rex mandat ovanter, 
ut sibi mittatur Jhesus medicus properanter. 



(1) Ges deux ters qui manqoent dans {$) Nimis mauque dans notre ms. 
notre ms. et dans A, sont rejel^s dans B et (7) Dans B et G expletit. 

G, apr6s le dislique suivant. ^gj B et G; canebat daus notre mt. 

(2) B et G ; Beu dans nolre ms. (9) II y a ensuite dans B et G : 
(rt) A ; reprobaiii dans nolre ms. Expieto triduo , «urgit co«inm petitanu , 

... . . « y, . . *nd« revertetur judez in flne fntnrns. 

(4) A; stcdansB, Get nolrems. . ^^ ^ « .« .^ . » 

' „ . \ „ . 10) A, B et G; regnabant Romae, nee 

[}i) On llt ensQiie dans B une autre ver- dans notre ms 



slon^ou piut6t uue rcJpi^lition de ce dis- (,,) » et C ; A et nolre ms. ont conferre, 

sTotl^una fugit. tellus tremit atque movetur, ^ (<2) B Ct C ; Audierat daUS A; Audiant 

haec U- nec) eic e8«e Deum Cliristum Judaea fatetur. dans OOlre ms. 



— 35i — 

Perfidus, audito sermone, timet vebementer 
legatosque rogat praestolari (l)patienter 
Per modicum tt»npus ^ donec videat quid agendum 
sit, super hoc regis mandato, quidve tenendum (2). 
Cogitat interea regi dare munera multa , 
ut(3) pro muneribus Christi morsesset inulta. 
Munera mittuntur ; sed qui (4) deferre volebant, 
fluctibus et ventis pulsi quo non cupiebant. 

Romam praetereunt et ad aitera (5) regna feruntur , 
hispanosque iegunt portus (6) ; tunc egrediuntur , 
Perque viam longam redeunt , Romam repetentes (7) j 
et, quod (8) detulerant, argenti pondus habentes. 
Hoc in transcursu (9) veniunt ad Vespasianum 
atque viae causam referunt , cursum quoque vanum 
Commemorant , narrant etiam miracula Christi , 
et quod Pilatus damnasset eum nece tristi. 
Talibus auditis, stupuit (10) rex atque, furore 
concitus ingenti , furit , afQciturque dolore , 
Perque suum nasum jurat mortem meruisse 
auctoraod necis illius, quia damna tulisse 
Ejus morte probat mundum ^ statimque recessit 
a naso dolor , infestans quoque (11) passio cessit. 
Insperata (12) salus subito praecordia gentis 
excitat ad laudem coelum terramque regentis ; 
Adjiciunt regi stimulos, suaduntque petendam 
vindictam de Pilato cunctis metuendam. 
Consilio Titi rex hoc ait esse gerendum 



U) La seconde syUabe de prae$lolari esi (7) A , B , G ; il y a dans notre ms. 

br^ve. l'er tempoB longnm Bonmin repetnnt, redenntM. 

(2) A, B, C ; timendum dans noire m8. (8) Quae par erreur dans notre m«. 

(3) A , B , C ; Cc« dans notre ms. (») » '» Q^ '•« pergenhi dans C ; Ei $ie 

#.\ A n r> ■« j 'j A oeroen(«<dansnotrems. et dans A. 

(4)A, B, C; Munera sed qutd dans ,,^x . „ ^, >. ., ^ 

notre ms. *^ ^ ^^ ^ ' ^'''""*' ^*"^ "^''® "'' 

(H) A et B; nolrc ms. el C ont et, 

(5) A , B, C;€xiera dans notre ms. (,2^ B ctC ; Inspirata dans notre ms. et 

(6) A, B, C; portum dans notre ms. dans A. 



352 — 



pergendumque prius Romam Titoque loquendum (1). 

Dispositis igitur cunctis , iter aggrediuntur 

rex equitesque sui ; cum quo pariter gradiuntur (2) 

Ili quos , ut dixi , Pilatus miserat ante 

excusare malum fraudisque pericula tantae. 

Dum sic res agitur , legati nuntia Titi 

perficiunt Hicrosolymis , sermone periti. 

Sed dum Pilatus responsa referre moratur , 

et fraudes solitosque dolos secum meditatur (3); 

Ecce , die quadam , loca per diversa vagantes , 

singula lustrabant , oculis tanquam spatiantes ^ 

Yidit eos mulier. Quaerens de qua regione 

illuc venissent, qua causa, qua ratione, 

Ordine rem referunt •, tunc rursus femina dixit : 

« Quaeritis in vanum ; Pilatus eum crucifixit 

Goelestem medicum , qui non erat (4), ut reputatis, 

purus homo , sed perpetuae compos deitatis ; 

Qui patris aetemi sancto generatus ab ore, 

humano generi magno compassus amore , 

Venit in hunc mundum, per amara piacula (5) mortis , 

restituens vitam miseris, tanquam leo fortis. 

Post triduum vivus surrexit et absque dolore 

coelos ascendit, coelesti dignus honore, 

Discipulisque dedit morbos aegris vacuare 

credentumque sacro baptismate membra levare. 

Omnibus hunc votis animi ferventer amavi 

et monimenta sui tribui mihi certa rogavi (6) : 



(I) B; dans notre ms. Et Romae for$ 
pergendum; dans A El Bomam fore per^- 
gendum; dans G Aique Romam fore per'» 
gendum. 

(9) Ces deux vers maDquent da^bs notre 
ros. ; mais ils se trouvent dans tous les 
autres. 

(3) A , B , G ; il y a dans notre ms. : 

Kt fraudcs multas sulitosque dolos meditatur. 



(4) A , B , C ; fuit dans nolre ms. 

(5) C'est une conjecture; II y a dans 
notre ms., dans A et dans G : per amara 
pocula, et B a demens periculay que re- 
poussent ^alement le seus et la proeodie. 

(6) II y a dans notre ms. amabam et ro- 
gabam. Les ms. B et C ^outent apr^ ces 
vers : 

Saepe soia etenim dlcebat se morituram 

perque cmcia poenaa patris ad dextram reditomin. 



— 353 — 

Accipiens igitur telam , quam fronte gerebam (1 ) , 
vultibus admovit (2) ; statim multumque stupebanfi : 
Nam, mox ut potuit faciem contingere puram , 
protinus impressam servavit tela figuram. 
Inspecta tela Ghristum vidisse putares 5 
sic barbam nigram , sic lumina clara notares (3). 
Hanc summis studiis amplector ob ejus amorem ; 
nam morbos omnes fugat (4) cunctumque dolorem. 
At (5) nunc consilium sanum non (6) despiciatis ^ 
ne, sine profectu Romam vacui redeatis, 
Omnibus admissis, vobiscum, si placet , ibo ^ 
sed jurate mihi quoniam secura redibo (7). » 
Consilium placuit ( 8), jurant statim mulieri 
quod Yoluit, spondentque (9) nihil debere timeri. 
Ergo (10) Pilato dicunt se velle redire , 
atque rogant quod eos a se permittat abire. 
Perfidus his verbis respondet (11) verba loquendo, 
conatur celare malum sic his referendo : 
(( Hic, quem quaesistis, Judaeos despiciebat 
et contra leges Romanorum faciebat 5 
Quem , culpa poscente gravi , nuper crucifixi ^ 
haec regi narrate meo (12) , quae singula dixi. » 
Mox iter agressi celeri cursu rediere 
ad regem Titum cum praedicta muliere , 
Atque crucis poenas referunt medicum medicorum 



(1) B ; frtmte tenebam dans C ; forte te- 
^bam dans notre ms. el dans A. 
(3) A , B , C ; admovi dans uotre ms. 

(3) B et G ajoutent ces deux vers : 

Hano mihi Salrator tribnens , alt ; « Hoo tibi sig^ium 
in monimenta mei trado ; sic Jndico dignum. » 

(4) A et B; tancU dans G; pellii dans 
notrems. 

(5) B ; Ei dans notre ms. et dans A ; Sed 
modo dans G. 

(6) G ; ne dans A , B el nolre ms. 

(7) On lil ensuite dans G : 

Si rex crediderit natum de virgine pura , 



sanus erit nubito, visa quam portofigura. 

Le premier vers a cette variante dans B : 

Pi rcx crediderit Cliristum vel regna futura. 

(8) B; Talibut auditis dans A, G et 
notre ms. 

(9) G; veniaty tuadentque dans notre 
ms. 

(10) B ; Statim dans A , G et notre ms. 

(11) A et B ; retpondit dans G et notre 
ms. 

(12) A et B ; modo dans G et dans notre 
ms. 

23 

4 



— 354 — 

sustinuisse graves , curando damna suorum (1). 
Titus ad haec fremit atque nimis (2) crudele minatur 
lethum Pilato ; tunc sic (3) muliercula fatur : 
<( Rex , ne doleas , et tristem pone querelam ; 
nam si credideris, mox experiere medelam; 
Ghristum crede Deum , sacra de virgine natum , 
et (4) te curabit morbo facietque beatum. >» 
Credere se dixit rex , inspectaque figura 
quam tulerat mulier , fit ei cutis undique pura ; 
Lepra fugit subito ; redduntur membra vigori , 
atque Dei jussu redit antiquus color ori (5). 
Gaudet cum populo toto (6) rex corpore sanus : 
auget laetitiam veniens quoque Yespasianus : 
Namque refert simili se curatum ratione , 
ut doluit de morte Dei yel perditione. 
Gonsilioque pari prodit sententia regum 
perdere Pilatum justo moderamine legum. 
Mittunt legatos Romamque venire jubetur , 
nec contradicit ne sic reus esse probetur ; 
Sperat mentiri vel reges fallere posse, 
sed non fallit eos quos contigit omnia nosse. 
Vix erat ingressus Romam , cum tota vocatur 
curia ; tunc reges perquirunt quid mereatur 
Proditor iste pati (7) : decernitur esse necandus 
turpi morte nimis tradique feris lacerandus. 
Pilatum res non latuit, tactusque dolore, 



(1) Od lit eosuile dans B : (5) On Nt aprdc daos B et G : 

Tunc , re depoflita , cum praedicta malieT* Convenlaut omnes , euncti mirantar In nrbe , 

et sociis , celeri cnrsn Ronuun rediere. laudantesqne Denm flt magna f^nentia torbse. 
Continao regi reftront quae gesta faernnt , 

et sie Pllati dolus atqu^ soelus patnerunt. ^g) B ; TitUi dailS A Ct G ; tofllo dani 

(3) A et G ; minii dans notre ms. notre ms. 

(5) A, B etG; itc «< dans notre mi. (7) a; pari dans notre ms. par une 

(4) B et G ; Qui dans A et notre ms. faule de eopiste ; Dei dans B et C. 



— 355-^ 

cultello fodit (1) jugulum; manante (2) cruore 

Occidit infelix, et poenas anticipando 

perfidiae summam concludit fine nefando. 

Hunc tamen exstinctum non miserunt tumuiari (3) 5 

sedprocul a patria jusserunt praecipitari 

In Rhodanum (4) , latuitque diu sub fluminis unda ^ 



(1) Johannes Antiochenus dit expresse- 
raent que Neron le fit mourir pour le punir 
de sa parlicipation k la mort du Christ; 
ExcerptOy p. 809, ed. de Valois; mais la 
plupart des anciens historiens disent qu'il 
se tua ; Paul Orose , Adversui paganot 
hUtoriarumy 1. vii , cb. K ; Freculf , 
Chronicon, t. H, I. i, ch. 12, dans le 
Maxima bibliotheca Patrum , t. IX , p. 
4143; Otto de Freising, ChronicoUy I. iii, 
ch. 15 , dans Urslisius , Germaniae histo- 
rici illuttret j t. I, p. 60; Eusdbe, Cas- 
siodore , Beda , Coraestor, etc. Jacobus a 
Voragine a cherch^ k concilier les deux 
traditions : Tunc imperaior ipsum (Pyla- 
tum) in carcere recipi jussit, donec sapien- 
tium consiiio deliberaret, quid de eo fieri 
oporterei. Data est igitur in Pylalum sen- 
tentia, ut morte turpissima damuaretur. 
Audiens boc Pylatus cultello proprio se ne- 
cavit et tali morte vitam finivit. Cognita 
Caesar morte Pylaii dixit : Vere mortuus 
est morte turpissima, cui maous propria 
non pepercit ; Legenda aurea , cb. uii, 
p. 234, M. de M. Grdsse. 

(2) Manente par erreur dans notre ois. 

(3) Une autre version se trouve dans la 
Ligende dorie^ lec. cit. Moli igitur in- 
genti alligatur et in Tyberim flumen immer- 
gitur ; spiritus vero maligni et sordidi cor- 
pori maligno et sordido congaudentes et , 
nunc inaquis, nunc in aere rapientes, mi- 
rabiles inundationes in aquis movebant et 
fulgura , tempestates , tonilrua et grandi- 
nes in aere terribiliier generabant. Qua- 
propter Romani eum a Tyberis fluvio ex- 
trahentes, derisionis causa, ipsum Vien- 
uam deportaverunt et Rbodano fluvio im~ 
merserunt. Cestlam^e, commeleprou- 
vent toutes les Vies que nous avons pu 
coBsulter, ki version la plus populaire. 

(4) Les differentes versions ne 8'accordent 
pas non plus sur Tendroit du fleuve oii Pi- 
late fut jet^; la plupart diseni, commc cc 



po^me , que ce fut k Vicnne. On lit mdme 
dans la Chronique d'Otto de Freising : 
Sunt eliam qui eum apud Viennam , urbem 
Galliae , in exilium trusum , ac post in 
Rhodanum mersum dicant. Unde hodie na- 
ves ibi periclitari ab incolis afiirmantur; 
dans Lrstisius, Germcmiae hittorici il~ 
lustret , t I , p. 60. Mais d'autres trans- 
portent le si6ge de la traditioa en Suisse, 
et sans doute , pour concilier les deux ver- 
sions, on a imagin^ un second d^placement 
du cadavre. Dadurch die ROmer wurdent 
ze rat, und nament den schelmen uss dem 
wasser und scbicktent in gAn Jenff und 
hiesseat in da wArffen in ein wasser, hais- 
set der Roden. Und do mau den verflttch- 
ten schelmen in den Roden gewarf , da fUr 
der tufel mit im glich als dort , das es die 
von Jenff nie mochtent erliden und schick- 
tent das verfliicbt fass zii einer statt , ge- 
nant Losen , das man in do solt vergraben; 
Ms. de la R. de Fribourg, no 335 (1458), 
foU 130; dans M. Mone, Schautpiele det 
MitteliUlert^ t. 1 , p« 59. Jacobus a Vor»- 
glne, qui cherche aussi k r^nnir les deux 
traditions, ajoute au passage que nous 
avons cit^ dans la note pr^c6dente : Vienna 
enim dicitur quasi via Gebennae , quia erat 
tunc locus maledictionis , vel polius dicitur 
Bienna eo quod , ut dicitur, biennio sit 
constructa. Sed ibi neqoam spiritus non 
defuerunt , ibidem eadem operantes, bomi- 
nes ergo illi , tantam infestation^m daemo- 
num non ferentes , vas illud maledictionis a 
se removerunt et illud sepeliendum Losan- 
nae civitatis territorio commiserunt. Une 
tradition contraire existait cependant k 
Vienne pendani le IXe si^cle ; il y avait a 
la porto du cOte de Lyoo une tour oA l'on 
croyait que Pilate avait dle enferm^ et 
s'^lait tu^. L'archev6que Adon , qui ^ri- 
vait sur ies lieux , s'exprime en ces lermes : 
Pilatus qui sententiam damnationis in Chris- 
lum dixerat, et ipse perpetuo exilio Vien- 
nac rccluditur : tanlisque ibi irrogante Caio 



— 356 — 

sed coTncs huic mansit rabies quaedam furibunda : 
Nam naves quaecunque locum transire volebant (1) , 
gurgitis extemplo pereuntes ima petebant. 
Unde Yiennenses , novitate maii stupefacti , 
Lugdunum veniunt causam perquirere facti. 
Pontifices coeunt , clerus populusque vocantur (3) , 
auxiliumque Dei (2) communi voce precantur , 
Ut sibi causa mali (4), Domino praestante (5) , patescat , 
et virtute sua (6) pestis miseranda quiescat. 
Relliquias igitur Sanctorum quos habuerunt, 
in navem missas, sine remige deseruerunt. 
Praecedit navis, populus clerusque sequuntur , 
atque Deo laudes a cunctis rite canuntur ; 
Inque locum veniens , quo perditus ille jacebat , 
constitit et nulla penitus se parte movebat. 
Postquam pontifices portum tenuere secundum , 
coeperunt amnis machinis lustrare profundum , 
Et nutu Domini mox invenere malignum : 
tale dedit famulis divina potentia signum. 
Alpibus in mediis locus est , sicut memoratur 
horrifer et flammas a se proferre probatur , 
In quem Pilatum traxerunt p(r)aecipitandum 
atque gehennali, sicut decet, igne cremandum (7). 



langoribus coarctatus est , ut sua se Irans- 
verberansnianu malorum compendium mor- 
lisceleritatequaesierit; Chronicorum aeUu 
sexta dans le Maxima biblioiheca Pa^ 
irum, t. XVI, p. 787. 
(1) A , B et G ; il y a dans notre ms. : 

Nam tanc forte locum navet transire Tolebant. 

(3) II y a dans nolrc ms. aocatur et pre' 
eaiur. 

(3) B ; Atque Deum coeli dans lcs trois 
autres ms. 

(4) Mali esl oubli^ dans notre ms. 

(5) B et C ; monslrante dans A ; mite- 
ranle dans notre ms. 

(0) B : Vel Domini nutu dans lcs trois 
autres ms. 



(7) On lit dans la Vie allemandc de la B. 
de Fribourg, k la suite du passage que 
nous cilions tout k Tbeure : Do ermoch» 
tens die von Losen nit eriiden und santteod 
in uff das gebirg [da]da haisset die Albe. 
Do stat in dem wifden gebirg ein berg, der 
btisset Toritonlus , do ist ein unrftine pful 
uff , da ward der schelm ingeworffen. Der- 
selb berg ist umbfaugen mit siben bohen 
bcrgen, do lilt das unrain fass Pilatus 
noch hult diss dags in aller tufflen namen ; 
und wil man , das es gar ungehur das syge 
und die turei tAglich an underlass bos spil 
mit im Iribend. Nous ajouterous un passage 
de Kornmann : Quom {tic) in reditu ex La- 
lio Alpes Lepoutinos transirem; haecce 
mirabilia percepi et vidi. Est Mons-Frac^ 



— 357 — 

Vox ibi multotiens auditur daemoiiiopuin , 
gaudia sunt quorum mors et poenae miserorum. 
His igitur gestis redierunt ad sua quique, 
cessavitque vetus submersio pestis iniquae (1)* 



tus nomlne , ad lacam Lucernensero. Huc, 

quum Pilalus Romae sese ipsum interfecis- 

set , Romani ejus cadaver in Tyberim pro- 

jocere , ex qua subita suborta tempestas ac 

si Tybris omnia inundare et perdere vellet ; 

ejus cadaver a sacerdotibus in allissimos 

Helvetiorum montes , in stagnum praedicti 

montis, bannitum et exorcisatum est, ubi 

in lacu profundo , semper aqua exuberante, 

dicitur esse, et summa prohibetur poena, 

ne quis quidpiam injiciat ob metum et pe- 

riculum tempestalis suborilurae; De mt- 

raculis morluorum, P. iv, ch. 78, W. de 

1614, noB pagin(^. Voyez aussi Capelle- 

rus, Pilati MotUii hiitoria, p. 3-11; 

Ravius, Cotfnographia de Helvetiat p. 

220; Gesnerus, Deteriptio Monlit-Fraeti 

juxla Lucemam , et primum chorogra" 

phieaj praetertim quod ad PaludemPi^ 

lati in eo memorabilemt p. 45-67. Dans 

un petit traile , imprim^ k la suite sous le 

titre de Pilati Montit in Gallia detcrip- 

tio, Jean du Gboul dit, sans doute par une 

confusion avec quelque autre tradilion lo- 

cale, que c'est le Mont Gommiue dans les 

Pyrto^s, et ajoute, p. 68 : In-gremio ru- 

pis jacet uda illa et quiescens palus, quam 

Pilati Puteum vulgus nuncupat. La Le- 

gende dorie connaissait dejii ce puitt: 

Qui (les habitants de Lausanne) cum nimis 

praefatis infestationibusgravareDtur, ipsum 

(le cadavre de Pilate) a se rcmoverunt et 

in quodam puteo montibus circumsepto im- 

merserunt, ubi adhuc relatione quorundam 

quaedam dyabolicae macbinationes ebulli- 

re videntur; p. 234, M. deM. Grasse. Une 

autre tradition, tromp^ par le nom, a 

fait de ce puilt une prison : 

De Rome sont torn^ li mesagrer voiUant , 
Qui anmainent Fllato , le gloton sodoiant \ 
Ne sai qne lor jom^ alasse acontant , 
Entreci qu'a Tlonne sont venu maintenant. 
Li borjoU 1e re^oirent , grant joie en vont monant. 
Cil lor Uvret Pilate, le gloton roescrtant ; 
De port I*empertor lor ont fait le comant ; 
Qu^ il le facent yivre longement en morant. 
Les Justises l'ont pris, mult le vont lendengant ; 
Asses anra mais honte des cest jur en avant. 
Dedanz nn puis parfont, lioscur et non-voiant 
Firont nn sego fere , dostros par dodevant : 
1'ilate i avallcrent qui forment vout (1. ^-a) plorant , 
An doux pertuis li botont les douss pii>x maiutonaut, 



Unes boies li ferment et el eol un cliargant ; 
Tot ades U seront tot contreral pendant. 

Prite de Jirutalem , B. R. , 
no 7498> (XI Ve si^le, fol. 
90, ro, col. 2 ; et vo, col. 1 : 

Fu Filate doos ans dedans le pnls parfont ; 

Li maux liginners le destraint et confout ; 

li destort ses dous poins et se(s) chevens desront. 

Droit a chief de douz ans Ten ont trait contrcniout ; 

Trestot avait pelu le visage et le front ; 

Des pies est si baiUis des bnls ou il sont 

Qu'U n'est^ut desore por tot Favoir del mont. 

(I) Le ros. A ajoute ces deux Yers, qut- 
sont ^videmment du scribe : 

Fraemia vitae (1.4ite) petit scriptor snb flne labori»; 
fructus raro meitlt agri pervto (I. perventor?) fertnto- 

[ris. 

Cette tradition ^tait suiYie dans les lfy«- 
tiret ; H^rode dit de Pilate dans le Mgtlire 
de la Paetion de Michel , I. ii , sc. 17 : 

Fils de 1« fllM d'nng monnier, ' 
tel est-il , ne le pent nyer ; 

et Ton trouve dans La vengenee nottre 
teigneur Jeeueritt une r^capitulation som* 
maire de toute l*histoire. Cest Pilale qui 
parle lorsque rempereur Ta fail mettre en 
prison: 

O qne Je snis de vivro las f 
Anssi sans cause ce n'est pas , 
bien faire dojr piteuse cbiere : 
Fere, tn rojr qul m'engendnu 
et toy, Piila, qnl me portas , 
ce te fut portnre trop chiere. 

FaUIarde, mauldicto mosniere, 
orde, puante bordeliere, 
estoit-ce droit que toa enfant 
portast si tres hanlte lianiere 
et si orgulUeuse maniere 
plus que tous autres triumphant ? 

Engendre fus paillardement , 
ce fut pour le commcncement , 
d'une ribtuilde et d'nn ribault , 
et puis nourri meschantoment , 
cn malice, sans chastiement, 
fier, orguilleuz comme ung crapauit. 

£t puis , qnant Jo fus nng iion Iiault ,. 
que J'euz le cuonr l>oulIant et chault, 
sentant rardeur de ma Junesse , 
comme murdrior,.tTaistre, riliauU, 
au filz du roy livray rassault 
ct le tuay,. Je le confesse. 

Ceulx de Lyon, dovans ung bonuna 
par an a la cite de Bomme , 
me baillerent a lcur plaisance ; 
la ou Je vosqui ainsi comme 
je voulu , biou on mal ; en somma 
g'y mis a mort nng flis de France. 

Lors pour pugnir ma deflaiilance , 
commo jett^ a non-challance , 
fuz mis en Tislc do Fonthos , 



- 358 — 

ProbaMement, comme nous Tavons dit, rorigine de la tra- 
dition de Pilate remonte jusqu'au second ou au troisi^me siMe^ 
lorsque des evangiles de toute esp^ce repondirent au besoin 
qu'eprouvaient les cbretiens de connaltre, dans leurs plus 
grands details , toutes les circonstances de la vie et de la mort 
du Cbrist; mais cette conjecture ne peut plus s'appuyer aujour- 
dliui que sur les procedes babituels de rimagination , et This- 
toire des legendes populaires. La plus ancienne version qui nous 
soit parvenue n'est que du XII« siicle^ mais on la trouve deji 
r^roduite presque litteralement dans plusieurs manuscrits de 
la m^me ^poque , qui ne se sont pas sans doute servi de source 
les uns aux autres (1)» II y a plus, Jacobus a Voragine parlait 
vers le m^me temps d*un livre apocrypbe qui contenait tous les 
details de la tradition, et un pareil titre, qui ne se donnait 
guere qu'i des livres saints supposes, fait croire que celui-li 
jouissait d'une sorte d'autorite populaire. A une version latine 
qui reproduirait k peu prfes dans les mtoes termes le recit du 



la on Je fl« nainte valllmnee 

et prlna de ceolx griefVe Tenfence 

qui aToient tn^ leor prerost. 

Qoant en FonthnB Je fna en terre 
et qne j'en en la seignenrie, 
tant de meurdres Je perpetri 
qne ce fot donlenr inflnie 
pour ceste g^nde tlrannle, 
et que malnt tat patibuM : 
je ta» par anthooomasie 
Ponce Pilat^ appellS. 

Aprea de Fonthos m'en all^ 
Teri Herode, le gouTernant 
de Jud^e; taat flajoU^ 
qu'il me crea son lientenant ; 
mais , comme faulx et deceprant 
Je ponrchaflsd et conqnestd, 
par devers cenlx de Bomme tant ^ 
qife son office luy ost^. 

Ainsi faz en la preTostiS 
mauldicte, cn quoy Je me bout6 ; 
et par aTarice et rapine 
moolt de tresors y acquest^ 
de l'ung et de Tautre const^. 
Ma nature y estoit encline ; 
pourtant , present quant gr^Tinagine 
ma Toulente flere et lupine , 
ma condicion dctestable , 
se poTrement ma vie je fine 
en prlson , parmi la vermine , 
e'e8t blen cause raisonnable. 
Encor me sens-Je plus coulpable 
du Jugement faulx ot damnable , 
que Je fls contre verit^, 
quant Jesus le bon , rhonnourabl» , 
que Je congnoissoie veritable , 
aux traistres Juifz j'ay prcsontu , 
aifin d'08tre persecuf^ 



par eulx mcsmes f et tourment^ 
en souflVant mort et pasiaoa. 
Trop mallement raecuti 
oontre la divine bont^ ; 
Je Ini fls grant eatorcion : 
ponr ce Mt me touIx Je frapper 
moy mesme a mort par desespoir, 
affin qne Tame dn corps Tuide 
Tiennent les dlablcs la happer ; 
el ne scauroit en eschapper, 
mais est a eulx sans nul remede. 

ICI SB TUB PlLATE D'UK COU8TEAU. 

fol. K. III, ^. de Jehan Petit , 
s. 1. ni d. 
(1) II y a une version eu prose laline 
conserv^e k la B. de Leuz , A , i, 11 , et un 
po^me allemand publi^ par M. Genthe , 
Deulsehe dichtungen des Jtlittelaliers , 
t. I, p. 351, et par Bf. Massmann, 
Deutsche Gedichte det xwolften Jahr^ 
hunderis , p. 145. La version latine con- 
servee h la B. royale de Belgique , sous le 
no 10148 , est la m^me que celle du ms. de 
Munich, et I'ecriture semble moins an- 
cienne. Nous en indiquerons deux autres 
du XlVe si^cle, qui se trouvent h la B. R.. 
no 4895, et no 376, fonds de Saint-Ger- 
main latin. II en existe aussi uue seconde 
elaboratiou en vers allemands, qui a ^t^ 
ins^r^e dans VAlte Passumal, p. 80-89, ed. 
de M. Habn. 



— 359 — 

po^me que l'on vient de lire , nous avons prefere une traduction 
frangaise inedite , qui remonte au moins au XIII^ si^cle. 

Si comme Pylates fu engenres en le fille un mannier (1). 

Kiconkes cha en arriere estoit rois, il estoit apris de set 
liberaus ars. Et avint c'uns rois estoit ki avoit a non Tyrus, et 
estoit n6s de le dyocese de Maginise , d'un castiel c'on apieloit 
Leich et estoit es parties de Bauvenbierghe (2) •, et estoit cil rois 
ales cachier. Et , la viespree , qant il ne pooit aler cachier , il 
estudioit en phyllosophye, selonc le coustume des rois , et con- 
nissoit Tacordanche u la temprece del air , et mesuroit le region 
del ciei , et regardoit les signes del ciel et le cours des estoiles 
etles lius et les pooirs et les tans, et estoit molt soutius. Et 
aperchut par sen soutil engien et vit que se il gisoit a femme 
en cel tans, k'il engenroit lignie ki molt venroit en avant a 
pluiseurs gens, en pluiseurs pais et en pluiseurs isles, et averoit 
signorie. Mais por chou k'il s'estoit en cachant trop eslongies de 
se femme , il se hasta molt d'aprocher les visines cites de sen 
pais et commanda a se maisnie que se il pooient trouver femme 
ki fust digne de jesir avoec lui , k'ii li amenaissent. Car il amoit 
miex a jesir, ne lui caloit a cui , que perdre les esperanches de 
si grant lignie. Et si serghant , selonc le commandement de lor 
signeur, avironnerent la entour les lius et prisent le fille d'un 
mannier ki avoit non Pyla, et ramenerent jesir avoec lor signeur, 
et le connut li rois cele nuit aussi com il eut se femme connute, 
et icele conchiut un fil de roial biaute. Qant elle Teut porte tant 
qu'ele dut, [et] icele Pyla [ki] ne seut le nom del roi par lequel 



(1) B.R., no 759S, fol. 40i, ro, col. 2. dellcet appellatioae peregrina Bsrleich 

nuDcupato , in partibus BabeabergeQsiun) 

(«) Ce commencement est un peu cor- yenari. Cette croyance h Torigine germa- 

rompu ; on lit dans la version de Munich et njque a eii exprimee dans deux vieux vers 

de Bruxelles : Regibus olim liberalibus eru- leonins j qui donnent une autre patrie h 

dilis in artibus accidit regem nomine Ty- piiate : 

rum (Cyrww dans le ms. de Lenz) , Mogon- Forchhemii natus e.t Pontiu. iiie Piiatus , * 

Ciensem natione, de quodam Oppido, Vi- ToutonicaogcntiB, cruciflxoromnipotentis. 



— 360 — 

ele voloit nommer sen fils, et com il deust avoir le nom de son 
pere, li mere prist sen non Pyla et dei non de sen pere (Atus) 
prist tus^ et Tapiela Pylatus (1). Et qant ii enfes eut trois ans, 
elle Tenvoia a Tyro son pere. Car Tyrus avoit dit (a) Pyla entrues 
qu'ele gisoit avoec lui que, se che fust malles u femiele, qu'ele li 
envoiast a nourir, et elle le fist ensi. Pylatus si fu norris avoec 
un sien frere enfant , lequel li rois avoit engenre de le roine se 
femme, et estoient pres d'un eage entre lui et Pylate. Qant cist 
vinrent a age de discretion , il luitoient souvent ensamble par 
grant mautalent, et se combatoient, et jetoient li uns li autres 
de fondes (2) -, mais tout aussi com li fils le roine estoit plus 
nobles que Pylates , tout aussi estoit-il plus ables (3) et plus 
apiers en tous les jus de coi il juoient. Dont Pylates courechies, 
plains de grant felonnie, ocist tout coiement sen frere, le fil la 
roine. Et qant Tyrus seut chou, il eut grant duel, et il, 
molt corechies de si grant felonnnie, demanda a ses barons c'on 
en feroit , et li peuples commencha a crier c'on le devoit tuer, et 
le cief colper. Etliroisse porpensaet ne valtmiemetre felonnie, 
mais il pensa k'il devoit treuage a(s) Romains, et Tenvoia illuec 
en ostage-, et ne voloit mie estre coupables de le mort sen ffl, 
ains amoit miex k'il fust delivres del treuage k'il devoit as Ro- 
mains. Mais que fist encore Pylate? 11 s'aconpaigna a Romme a 
un noble enfant, ne de Franche, ki avoit non Paginus, fils Pagini, 
et estoit illuec aussi envoies en ostage, et le tua tout coiement 
por chou que il estoit plusplains'de bonnesmours et d'oneste, et 
plus dignes, si com lui sambloit. De coi li Romain furent molt 
corechie, et demanderent entre iaus le quel il feroient, u il le 
tueroient , u il le lairoient, et disoient : « Se cil sorvit ki a tue 
sen frere et occis no ostage par se felonnie , par aventure uns 



(1) Ce passage est assez corrompu ponr le nom de son p^re est celtfque et promre 

ne pas Hre intelligible sans nos correclions ; que la tradilion est fort ancienne. 

voici le texte latin : Regis autem nominis (2) Du latin Funda , Fronde ; le R ne 

ignara Pila , cum merilo nomine patris s'est iutroduit, au moinsd'une manidreg^ 

filiusesset vocandus, mater do nomine suo n^rale, qu'^ la fin du xiii» sidcle. 

Pita et nomine patris sui Alus, indidit ei (3) Gapable; du Iatin£ra6t7u : celteforme 

nomen Pilalus. Cet usage de douner au fils s'est conscrv^e en anglais. 



— 361 — 

tans poroit estre k'il sormonteroit nos anemis ; car il ne seroit 
mie de legier vaincus. » Et eurent conseil et disent : a Com ii 
soit dignes de morir, envoions Tent, en Pontos Tisle, a cele gent 
ki ne pueent souffrir nul juge et soit illuecques jug[i]es5 et s'il 
leur est ne tant ne qant fel , il rechevera chou k'il a deservi , et 
Fotrions. » Adont envoierent Pylate en Pontos Tisle , et fu fais 
juges, par le soutivete des Romains, de cele gent. Pylates, ki bien 
seut a quels gens il estoit envoies, se teut et considera cele sen- 
tenche et garda se vie et sosmist toute cele gent felenesse , les 
uns par promesses, lesautres par loiers, les autres par manaches 
et les autres par torment. Et por chou k*il avoit vaincue si faite 
gent, fu il apieles de Ponto Tisle Pontim Pylatus. Apries He- 
rodes li jones , freres Archaelis, fixHerode le grant, ki estoit 
prinches, en cel tans, de Judee et de Jherusalem, oi parler de le 
visiute (1) et del sens de Pylate, et il estoit si malicieus, entoi(2) 
de chou que cil estoit malicieus ; car choses samblans font vo- 
lentiers joie a leur samblans, et li fist prometre dons par mes- 
sages, et li donna en son liu pooir sor Yudee et sor Jherusalem. 
Et en apres Pylatus abonda en molt grans richoises, et, un jor 
ke Herodes n'en seut mot, il passa le mer, et vint a Romme, et 
donna tant de deniers, q'a painnes les pooit-on conter, aTyberio, 
Tenpereor de Romme , et fist tant par se boisdie que toute la 
terre k'il tenoit de Tyberio fu toute sive propre , et le tint en 
pais , et, por Famour de chou , Herodes et Pylates furent anemi 
ensamble jusques a cel jour et a cele eure que nostre sires fu 
livres a Pylate. Lequel Pylates vesti de vesture de porpre et 
Tenvoia a Herode , et ensi se voloit garder k'il n'eust coupes en 
se mort. Et Herodes crei que che fust por s'onneur et por se 



(1) Savoir, Jugcment; comme 1e vieux- 
fran^ais Vit et nolre Avise , ce mot vient 
sans doute du vieii-ailem^nd Wiseny Sa- 
voir. 

(2) Ge mot est evidemment corrompu; 
peut-6lre est-ce enjoiy Se r^jouit; car on 
lit dans le lexte latin : Herodes ergo minor, 
fliius Arcbelai , magni Herodis Glii , prin> 



ceps diebus illis Judaeae et Jerusalem , ubi 
audivit bominis iilius industriam, versutiis 
congaudent versutus , utpote similia simi- 
libus congaudent, invitatum (1. invitavitt) 
eum muneribus et inlernuntiis , et tradidit 
ei partem et vicem suam super Judaeam et 
Jerusalem. 



— 36» — 

reverenche et il le renvoia par amors a Pylate , et furent racorde 

ensamble Pylates et Herodes en icel jor. Et en apries Pylates ki 

volt servir les Yuis a gre lor bailla Jhesum torment^ et dega- 

b6[r](l) et feru es maisielles (2) , et leur otroia crucefiier et 

nequedent savoit-il bien que li Juif li avoient livr6 par envie. 

Mais il cremi molt a courechier Tyberium Gesaire por chou k'il 

(r)avoit laissie crucefiier a tort et Tavoit condempne, et apparilla 

une nef, et mist ens molt de biax dons, etprist un de ses sergans 

ki avoit non Adranus, et les envoia Cesaire por lui escuser de le 

mort Jhesum, et rouva (3) dire au serghant que, por Fonneur de 

chelui Cesaire et pour garder son droit , par droit jugement et 

par droite sentense, avoit donn^ et otroi^ as Yuis por crucefiier 

un homme c'on apieloit Jhesum , kJ estoit encanteres , et si se 

faisoit roi et contredisoit a Gesaire. Cil Adranus se mist a la voie 

en mer, et eut les vens contraires a lui, et ariva en Galisce , la u 

li crestiien requierent monsignor saint Jacqueme. Et Yaspasiiens 

tenoit adonkes toute cele terre del roi Gesaire. Et estoit cous- 

tume illuec que si auchuns essilli^ (4) arivoit en cele terre , il 

et ses choses estoient sougites en serviche au signeur de la 

terre u il arivoit. Et adonques eut Adranus molt grant peur de 

perdre le vie, et fti amen^s devant Yaspasianus, et dist a Vaspa- 

siano : « Sire , je sai bien que jou et mes choses sommes tien 

par droit et par loy^ mais, Sire, par vo grasce otroies que je 

m'en puisse aler sains dou cors, et tous mes avoirs vous de- 

meure. » Yaspasianus li dist : « Ki ies-tu et d'ont viens-tu , et u 

(1) De nslandais Gabha , RaiUer, Moc- croire qae 1'original du Trangais est une 
qaer. version en quelque autre langue, od un 

(2) Baltu sur les joues , littiralement les ™ot ressemblant h Bxilium aurail signia^, 
mAchoires , en lalin Maxillae. «•»« q«« »« ^»®"^ ^«"««^8 EsttlxSs, Rui- 

/,\ rk I .• D '4 n ' i\ A n^ > Vol6 , Naufrag^. Cette conjecture 

(3) Du latm, Rogamt, Pria, Ordonna. ^^'^^^ ^^.^ „„^ ^^^^^ f^^^ ^3„5 \^ ^^^ 

(4) Cest une traduction litt^rale du latin : analogue du vieux-provencal Issilhary D^- 
Erat autem consuetudo , ut quicunque , hu- truire , Renverser, Rendre malheureux ; et 
jasmodi relegationis «J?t7t«m paliens, terris rislandais Eckill, dont la racine devait 
aliquibus impelleretur, principibus et ter- certainement exister dans les aulres lan- 
rae illius incolis, rebus et servitute, subjice- gues germaniques , quoique nous u'en puis- 
retur. Ce passage est fort important; le gions citer aucune preuve, signifiait Pt- 
sens du latin est loin , comme on voit , rate , Voleur. 

d'6tre salisraisant, et Ton est amen^ k 



— 363 — 

vas-tu? » Adranus li respondi : « Je sui de Jherusalem, et vienc 
de cele part, et cuidoie aler a Romme se li vent contraire a mi ne 
m'eussent chi arive. » Vaspasianus li dist : a Tu viens d'un pais 
u 11 a molt de sage gent ^ tu ses de mienech (1), et tu ies bons 
myres. Tu me saveras bien garir. » Et icil Yaspasiiens avoit 
d'enfancbe une maniere de vers es narines c^on apieloit wespes^ 
et de ces wespes estoit-il apieles Vespasianus , et par aventure 
avoit il cele maIa(Ue por chou que Dex i ouvrast. Adonc li res* 
pondi Adranus : « Voirement vien ge de terre de sage gent , 
mais je ne sui mie myres , ne je ne te saveroie mie garir. Neque- 
dent fu-il uns hom en no pais ki molt faisoit a bonorer et, se tu 
Feusses ne tant ne qant connu, che n'est mie doute k'il ne feust 
sane. » Vespasianus li respopdi : « Qui est cil de cui tu paroles 
tant? » Adranus 11 respondi : a Jhesus Nazares ki fu prophetes 
polssans en ovre et en paroles devant Diu et devant tout le 
peule : lequel 11 Juif condampnerent, a tort, a mort par envle, ne 
ne trouverent en lul nule cause de mort. » Vaspaslanus dlst : 
•( Crols-tu se cil vivoit que 11 me sanast? » Adranus dlst : « Sire^ 
mais plus est , je sal que , se vous le crees , [que] vous aver(e)s 
se grasce, et seres garls. » Vespasianus dist : c( Je croi bien que 
cll kl rescuslta les mors me pora bien delivrer de ceste maladle , 
s'll velt. » Et tantost kll dist chou les wesples (1. wespes) chal- 
rentjus de sesnarines, et tout II vier^ et rechut maintenant 
sante. Qant il senti chou , 11 eut molt grant jole et ne fu mle 
merveille , et dist : « Je sul certains que che fu 11 flls Dlu kl m'a 
cure, et certes, au plus tost que je porai, jou en prendral congie 
a Cesaire, et assemblerai tous mes chevaliers, et destruiral et 
occlrai tous les trahiteurs ki trahirent Diu. » Et salua Adranus 
et se (I. ce) 11 dist : « Et sains et saus , et tu (I. tu et ?) tes choses 
t'^n reva en ten pais. 



(1) Si ce mot n'est pas une corruption vieil-allemand Meino, et signitie Physio- 
par m^lhatb^se de Mechine^ Mddecine, il nomie. 
vient peut-6tre de Tallemand Miene , en 



— 364 — 

Si comme Cesaire Tyberius envoia en Jherusalem por garison 

avoir de sen mal. 

Au tans ke Cesaires Tyberius vivoit , fu une renommee c'uns 
mires estoit en Jherusalem , ki warissoit les gens de diverses 
maladies , et esperoit que cii le waresist de se meselerie , de 
lequele ii estoit tout entrepris, et ne savoit mot que Pylates et li 
Yuis reussent ensi condampne. Et dist Cesayres a un sien ser- 
ghant prive, ki avoit a non Albanus : « Va-t-ent tost outre mer, 
et si me.salue Pylate , et li di k'il m'envoie cel mi(r)e, ki warist 
les gens de diverses maladies, que il me warisse aussi. » Albanus 
s'en ala, et passa le mer, et vintaPylate, et ie salua de par 
Cesayre , et li dist k'il li envoiast Jhesum, le grant myre. Quant 
Pylates oi le message , si ot grant peur et demanda al message 
respit de respondre dusques a quatorze jors : car il ki savoit 
bien comment il estoit n'osa respondre au message Cesaire sans 
le conseil de sage gent. Et entrues Albanus, loiaus messages 
envers sen signeur , commencha a enquerir de Jhesu ; mais nus 
ne Ten savoit rendre raison : car li Pharisiien et li maistre des 
Yuis avoient desfendu que nus ne parlast des fais Jhesu , por 
chou que leur male renommee caist. Et nequedant cil enqueroit 
plus argamment (1) se nus savoit nient de Jhesu, et conmient ne 
en quel liu il le poroit trouver. Au daerrains seut il nouvieles i 
nule chose n'est si secree que en la fin ne soit revelee. Une 
femme ki avoit este molt familiere et bien connute a Jhesu , U 
fu mostree et avoit a non li femme Veronike, et estoit une noble 
dame et caste, et de brele conversation. Et cil li demanda molt 
diligamment de Jhesu, ques hom c'estoit , ne.u il le poroit trou- 
ver. Et cele conmencha a gemir et a souspirer, et li dist: 
(( Cestoit mes sires et mes Dex, chius que tu vels connoistre , 
entrues k'il conversoit en terre, fu il maintes fois en mon hostel„ 

(1) D'uDe mani^rc plus pressanle ; deraUemami Argj M^chanl. 



— 365 — 

et demoroit avoec mi, et me confortoit. Mais Pylates, par envie et 
sans nule raison, le condampna et le conmanda a crucefiier as 
puans Yuis , et morut en crois et rescucita au tierch jor de mort 
a vie, et manga pnissedi (1), et but avoec ses desciples que il 
molt amoit, et apres se mort conversa en terre qarante jors et 
qarantenuis. Al qarantisme jor il monta es chius, et Ti virent 
monter cent et vint neuf gens u plus. » Quant Albanus oi ces 
paroles, ii fu molt corechies et dist a le femme : «Fenmie, en ne 
me dis-tu que Jhesu monta es chius? Et Pylates m'a demande 
respit de respondre al mandement mon signor dusques a qatorze 
jors, et m'avoit promis k'il Tenvoieroit a Cesayre, mon signor. » 
Veronique respondi : « Pylates, ki tout cest mal a fait, doute Fire 
de Cesaire, et, por chou que il ne savoit respondre sans conseil 
de sage gent, demanda ii le respit. » Albanus dist : a Je m'en 
retomerai sans nule esperanche, et ne porterai nul confort 
a men signeur, ki forment est mesiaus. 11 n'avoit en autrul 
confort de garir de sa maladie. » Veronike li dist : « Ki espoire 
en Diu, il ne sera mie confondus : or ait esperanche, et il li 
donra chou que ses cuers desire. » Albanus (dist) : a J'ai trop 
grant duel de chou que je ne puis nient faire de chou que mes 
sires mandoit. » Veronique dist : « Mes sires et mes maistres 
lonc tans anchois k'il morust preecha se passion , et, por chou 
que je voloie avoir ramenbranche de lui , je pris un drap , et le 
portoie au poigneur por faire poindre le figure de sen viaire, que 
je me peusse ens reconforter; et, ensi com je portoie le drap, 
mes sires Jhesus acourut encontre mi et me demanda que je 
portoie , et je li dis , et il meisme prist le drap et la (1. le) toucha 
a se noble fache et le me rendi ensaignie de sen propre viaire. 
Dont je sai bien que se tes sires regarde douchement Tymage , 
il sera aussi sains que il fu onques. » Albanus dist : « Est Tymage 
tele c'om elle (1. c'on la) puist avoir por or ne por arghent? » 
Veronike dist : « Nenil^ mais on Taroit bien por grant desir. » 

(1) Depuis ce jour. 



~ 366 -^ 

Albanus dist s a Que ferai-je , Veronique ? » Veronique li res- 
pondi : « Jou irai avoec ti, si tu vels, et porterai vir (sic) a Cesaire 
rymage. » Albanus out molt grant joie qant il oi chou, et en 
rendi grasces a Veron(ikje. Et apparilla ses nes, et passa mer 
atout li, et vinrent en le cite de Romme par une vespree, si com 
gens se hebergent, et disent k'il atenderoient dusques au matin, 
et s'asisent au souper, et puis alerent couchier. Albanus au 
matin laissa Veronique aTostei, et vint au lit Cesaire, et li noncha 
ces choses ; et Cesaires ki molt estoit angoisseus de sa maladie 
le salua tout premiers , car il cuidoit k'il amenast Jhesum , et li 
fist grant joie. Adont li raconta Albanus tout ensi k'il avoit erre 
et dist:(( Chelui Jhesum que tu desiroies a avoir (por?) ten 
myre , homme que Dex amoit , pur et innocent , Pylates et li 
Yuif le trahirent par envie, et le tormenterent malement, et le 
pendirent en le crois, et li metoient sus k'il estoit enchanteres, 
et le vainkirent par faus tiesmoins. » Cesayres dist : (( Que ferai- 
je donc? Je ne serai jamais garis. » Albanus dist : (( Si seres, se 
Diu plaist. » Cesayres dist : (( Je sueffre trop de dolours. » 
Albanus li dist : (( Une fenmie molt vaillans , Veronique a non , 
et ki molt fait a honorer, et ki fu anciele a chelui Jhesu, est venue 
avoec mi par mer , por ti aporter sante , et a un molt biel 
lincuel, proprement la san(b)Ianche et Tymage dou viaire 
chelui Jhesu , et le t'aporte[rent] a regarder : lequel se tu 
regardes devotement , tu seras maintenant tous sains. » Adonc 
conmanda Cesaires aporter Tymage nostre Seigneur, et fist es- 
pandre parmi le voie ma(n)tiax de porpre , et lues k'il vit le 
sainte ymage il fa maintenant tos sains. Et Veronique benei 
nostre Seigneur de ses dons, et le [et le] clama saint en tous ses 
evres. Et icele Veron(ik)e fu remenee en sen pais a grant honeur. 
Et fu pris Pylates et amenes a Romme, et le conmanda Cesayres 
metre en buies et en fiers , et jeter en prison , dusques cele eure 
que sentense fust rendue de quel mort il morroit. Et s'assam- 
blerent tout li prinche de le cite et tous li peuples, et estrive- 



— 367 — 

rent (i) c on feroit de lui. Et entrementiers Yespasianus estoit 
venus prendre congie a Cesaire de destruire toute Yudee et 
Jerusalem e t tous chiauskila habitoient, et fut apieles au conseil 
des prinches. Et (Pylates) fu condampnes de laide mort , et li 
avala on un coutiel es joies (sic) , et Testrangla on, et colpa la 
gorge crueusement, et puis le teste toute vis, et fist moltjputefin. 
Et qant Cesaires vit le mort Pylate , il dist : « Vraiement il est 
mors de tres laide mort , ne se propre mains ne Ta mie espar- 
gnie. » Car il s'estoit aidies a tuer. Et fu loies a une muele li 
cors, et fut jetes en un flueve c'on apiele Tyberium. Malvais 
espir et ort, ki eurent joie de si malvais cors, ravirent le cors et 
le porterent a le fie (sic), par mi cele iave, et faisoient esmouvoir 
les ondes, con (I. com) che fust ii mers, et a le fois le portoient es 
nues, et adont venoit une tempeste de tonnoiles , de gresil et 
d'esclistre, si que les gens en avoient grant peur. Dont liRomain 
eurent conseil, et Tosterent de cel flueve, et, aussi com par 
dirrision, le jeterent en Rodano , un autre flueve ki n'a point de 
fons, ains va jusques eninfier. Et li lius, la uonlejeta, estoit 
apieles lius de maleichon , et par droit i devoit-on bien jeter 
les maldis. Et couroit en coste une cite c'on apiele Ingemia (2) 
et valt autant Ingemia com voie d'ynfier. Mais les gens de cele 
cite ne peurent souffrir le pueur ne le destempranche de Tair 
nerabitement des malvais espirs, et prisentle cors de malichon, 
et Temporterent ensevelir a Losanne. Et cil autressi ne peurent 
soffrir les assaus des dyables, ki tos dis estoient entour le cors, et 
leprisent etlejeterent en un puc molt parfont, tout avironne 
de grans montaignes, et encore, si com pluiseur racontent voit^ 



(1) Discul^renl, D^baUirent; de l'islan- confondu la rivi^re (Vtgenna) avecla ville 

dais Stridt Guerre. (Vienna), et cette confusion n'a pu avoir 

(3) Voici le passage correspondant de la lieu que lorsque la langue romane leur a eu 

version latine : Quapropter, communicato donn^ le m^menom k toutes les deux. Nous 

Romanorum consilio , a Tiberi resumtus ignorons quelle est Vlngemia de la version 

fluvio, quasi derisionis oausa, Vigennae fran^aise; si le ms. n'^tait pas ^crit avec 

commissus,Rodanofluvioimmergitur,quod beaucoup de soin, nous serions tent^ de 

Vigenna , quasi via Gebenuae nuncupatur. croire que le point est mal place sar la 

Locus enim dicebatur maledictionis. L'au - premi6re lettre et qu'il devrait Hre eff'ace> 

teur de cette version a, comme on voit, Je la troisitoie syllabe. 



— 368 — 

on illueques aparoir tres grans ordures et pueurs que li dyable i 
font, et cil puis si (I. ci) est voisins a une montaigne c'on apiele 
MofU-TranchU , et por cbou que c*est un des plus haus mons. 
En apries qant Vespasianus eut congie de Cesayre de prendre 
venganche de tous chiaus ki avoient destruit Jhesu par envie, 
il retoma en Galisce, et assambia tout son pooir, et venga 
Diu ensi con (1. com) vous aves oi desus (1). 



(1) Comme il ii'est pas qoesUon dans cette 
yersion de la vengeance de Vespasianus , il 
fani supposer ou que 1'original n^a pas H6 
enti^rement traduit, ou que les demiers 
mots ont it^ ajoul^. Ges deux suppositions 
soni fort possibles toutes les denx : il est 
certain, par les versions latines, que cette 
tradition etait ^troitement li^e avec la prise 
de J^rusalem, et le m^me ms. contient, 



fol. 377, ro, col. i , un poSme snr ee snjet , 
intitul<^ De Veupasienf doni l'^riture est 
tout k fait semblable. Voici les premiers 
vers: 

Signor, pUitt roxu oTr nne bonne canohon ? 
Toute eat de yraie eatoire , si com diat la le^on ; 
M*i a mot de meneoigne ne de controvison ; 
Jamaifl n'ore8 parler de ^ltu tres Tral sermon. 
Au tani (le roi?) David et aa tans Salemon , 
Airent Julf em inria et de molt grant renon. 



LEGENDE DE MAHOMET. 



Habitues qu'ils sont aux symboles et aux apologues, les Orien- 
laux n'attachent pas aux faits un sens materiel et purement 
historique : ce qu'ils cherchent dans un recit, ce n'est pas tant 
renseignement litteral du passe qu'une communication sympa- 
thique de sentiments et dldees /pour eux Fhistoire reste toujours 
de la poesie. Dans les ardeurs de leur enthousiasme, les disciples 
de Mahomet groupferent donc autour de lui toutes les legendes 
qui pouvaient , en les mettant en action , exprimer d'une fa^on 
plus frappante sa saintete et sa puissance. Tels etaient le nom- 
bre et le merveilleux de ces legendes qu'ils effrayirent m^me 
rimagination des Arabes •, on ne reconnut plus a la tradition que 
six sources ligitimes (i) , et encore les esprits, qui se piquaient 
de quelque bon sens , ne puisaient-ils qu'avec une reserve exces- 
sive dans cet immense dep6t de miracles et de traditions , qui 
s'appelle le Smnah (2). Abou-Abdallah Mohammed , ou pour lui 
donner le nom sous lequel il est connu dans Thistoire litteraire, 
Bokhari , qui ne vivait cependant que dans le second siecle de 



(0 AYscha . fiemme de Mahomet ; Abou par Bokhari , Malek , EbD David, Termedi, 

HoraYra, son ami; Aboa Abbas ; Ebn Nisa et MosHm. Voyez Pococke, Sptfcttntfn 

Omar; GiAber ben Abd'allah et Anas beo hiitaricorum arabum, p. 298; Holtinger, 

Malek. Bibliotheea orienlalii, p. 163, et Golius, 

(2) Le Sormah ou ^nna a etc recueilli Lexicon arabum , s. v. Suna. 

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— 370 — 

rHegire, nons apprend dans son livre(l) qu'il avait rduni sur 
Mahomet jusqu'^ deux cent milie traditions , mais qu'il n'en pu- 
bliait que sept mille deux cent vingt--cinq , dont Fauthenticite 
lui paraissait incontestable, Les autres collecteurs n'eurentpas 
les m^mes scrupules d'exactitude ; ils recueillirent k peu pres 
indifTeremment tous les faits qui se trouvaient dans la memoire 
du peuple (2) , et les chroniqueurs qui se multiplient si facile- 
ment dans un pays amoureux de recits , oh une connaissance 
approfondie du passe n'est pas indispensable k rhistoire (3), 
imaginerent sans doute une foule de faits nouveaux que bient6t 
ils ne purent plus eux-m^mes distinguer des autres. 

Aussi, peut-6tre n'est-il pas une merveille ridicule qui n'ait 
ete gravement attribuee k Mahomet , et il serait aussi fastidieux 
qu'impossible de les rapporter toutes (4). II nalt tout circoncis et 
sans ^tre tenu par le cordon ombilical (5) 5 une lumiere dont 
Teclat resplendit dans toute TArabie, sort avec lui du sein de sa 
m^re^ aussitot il se jette k genoux, eleve son regard vers le 
ciel et s'ecrie d'une voie distincte : Dieu est grand , Dieu seul est 
Dieu et je suis son proph^te (6). Quand il eut trois ans , deux 



(1) Et-sahihf Le sinc^re. 

(3) Aox reouells, pour atnsi <Hre offlciels, 
qae nous avoos cit^s, nous ajouteroos le 
Mattabih de Hussein ben Hesud cl le 
Mit€hkat de Velieddin. 

(3) Hadscbi Ghaira cite dans son diclion^ 
naire bibliographiqoe jusqu*^ douze cents 
bistorieBs arabes, persans et turkfi; M. de 
Hammer en a fait connatire cent vingt qui 
se seul exclusiyement occup^ de Mahomet ; 
Jahrbuch der Literalwr , t. LXIX , p. 
i4-M. 

(4) Un graod nombre se tioinre dans It 
Ghronique de Tbabari et le poeme du 
Borda. 

(») Abou'kfiMa, V«> de MBkatMUid, p. 3, 
M. de M. Noel Desvergers; Pococke, 
Speeimen hitloricorum arabutn j p. 319- 
.^90. Cette circoncision nalurelle semble 
une id^ entprunt^ aux Juifs qui croicnt 
qu'Adam, Joseph, MoTse et David naqui- 
rcnl clrconcis. 

(6) On a dit auss! que, le jour de la 



naissance de Mahomei , le polais de Kesra 
(Gosroes) trembla; quatorze de ses tours 
s'^croul6rent et ie feu sacr6 des Ptraaiis, 
qui brillait sans interruption depuis mille 
aos, s'^teignit. Daus un ms. latin non pa- 
gind, ^crit probablemeot dans le XI 1« si^ 
de , que Pon eonsenre k ta B. R. sous le 
op 33U1 , U y a une traductioa du Kortn , 
pr^cedee de la g^ndak^e de Mahomet el 
d'uRe relalion des mervcilles de soo eD- 
fance, oii sa naissance est accompagnee 
des mdmes prodigeg : Cum aotem anno iHo 
lola pars terrarum steriiitato damoata 
esset, Deus nali prophetae et nunlii sui 
benedioiione eft «atuntate lolam repleTit. 
Posuitque ea nocie per omnem Arabiam 
iaterslioiam inier masculum et fbminam, 
quod nemo Arabum tota illa nocte transgredi 
potuit. Omnibus et magis , (et) sortilegis, et 
(h]arioUs eo die artificium suum defedt. 
Eversa sunt eadem bora omnia solia regum 
ab oriu soii.s usque ad occasum , ut uuUum 
staret erectum. Qua ipsa hora jecit Deus 
praeconem per coelum et terram natuin sibl 



— 371 — 

anges lui ouvrirent la poitrine pour en enlever une tache noire, 
et la remplirent de lumiere (1). Dans sa fuite k Medine, il soutint, 
suivant Gjannabi , les forces de ses compagnons en faisant jaiilir 
un ruisseau de lait de la t^te d'une brebis maigre. Venait-il k 
8'asseoir sous un arbre mort , les branches en reverdissaient , 
selon Admed ben Joseph , et se couvraient de feuilies pour le 
defendre des ardeurs du soleil, et Gazali raconte que lorsqu'il 
fit construire la premifere chaire , dans la septieme annee de 
rHegire, le palmier contre lequel il s'appuyait ordinairement 
pour pr^her , se plaignit d'^tre ainsi delaisse , jusqu'^ ce que 
Mahomet Tait apaise par de bonnes paroles. 11 est cependant 
deux miracles legendaires qui , malgre leur ridicule , meritent 
une mention particulifere , parce qu'il en est question dans le 
Koran (2) , et qu'ils ont ainsi beaucoup plus d'authenticite que 
les autres. On doit d'abord le reconnaitre ; quoique dans un 
recueil compose au hasard d'improvisations sans suite , et sou- 
vent inspirees par les necessites et les passions du moment , il se 
trouve des textes pour toutes les opinions , le Koran regarde ses 
verites comme trop evidentes par elles-m^mes pour avoir besoin 
de se legitimer par des prodiges (3) , et Mahomet a declare plu- 
sieursfois, en termes parfaitement clairs, qU'il n'avait pas le 
don des miracles (4). Airisi, par exemple, ilecrivait, dans le 

amicum fidelem et benedictum. Teslatur et celui de l'epaule de moulon qui averlit 

mater filium, nec In utero nec in partum, Mabomet qu'elie 4tait empoisonn^, doit 

uUum fecisse dolorem. Au reste, si Ton son origine h une figure de rh^torique, ou 

Ven rapporte aux historieos du moyen Age , au d^sir de neutraliser une circonstance 

des merveilles de ce genre avaient i^ouvent tr^s-fAcheuse pour sa religion : car il mou- 

lieu k la naissance des hommes extraordi- rut des suites du poison qn'une femme 

naires. Aiusi Alexandre de Bernay disait juive avait mis dans une epaule de mou* 

de son h^ros : ton pour montrer son imposture. 

A r«are qu« li cnfes dent de sa mere issir, #.\ c; vnii« avpt Hpq Hniit.A« siir Ip livrA 

D«mo»lra Dix par sigaes qu'U se ferolt cremir : I^) »» ^OUS aVCZ OCS UOUieS SUr 10 livrc 

ct rair oonvint mu«r, et la tere croisAir, que nous avous cnvoye a uotre scrviteur, 

Le firmament corler, la mor par mi rougir produisez UU ChapitrC au mOiUS 6gal k CCUX 

Et les bestcs tranler et les homes fremir. !...»:i «^.^f,».^^ . »-««.«« «.ah»» .. « ai 

Ce ta Beneftance que Dlx flst esclarchir q" »• reuferme ; Koran , SOUra II , y . 21 . 

Por mMtrer de l'enfant qu'en devoit avenir, LeS lufid^leS tC dirOUt : Tu n'as poiut ^te 

Et cora grant signorie 11 aroit a baiiiir. euvoy^ par Dicu. Rcponds-leur : 11 me 

Romant d*JHxandrey B. R. no 6987, suSii que Dieu el ceux qui connaissent le 

ro, col. I, V. 22. livre sacre soienl mes t^moins enlre vouf 

(1) Voyez Aboulfeda, Annalet motlemici, et moi ; Ibidem, soura xiii, v. 43. 

p. 16 et {8. (4) Maracci a r6uni dans son Prodromut, 

(2) Un des miracles les mieux attestes, P. ii, p. 7-12, tous les passages oii Maho- 



— 372 — 

chapitre intitule Raad ou le Tonnerre : « Les infid^les disent : 
S'il faisait queique miracle nous pourrions le croire. Puis ils lui 
reprocbaient : Tu n'es qu'un discoureur et ne te m^ies que de 
pr^cher les autres (1). » Mais soit par une de ces contradictions 
dont sa vie founnille , soit par la necessite de raffermir quelque 
foi chancelante , il n'en a pas moins cherche k faire croire k la 
realite d*un r^ve (2) oix il fut transporte au septi^me ciel et admis 
k voir Dieu face k face. Si le Koran dit seulement , dans la tra- 
dition de Maracci : cc Laus illi qui transtulit servum suum ab 
oratorio Haram ad oratorium remotissimum (3), » un autre 
soura a certainement entendu ce passage dans le sens de la 
legende populaire : <( U Tavait dej^ vu dans une autre descente, 
— prfes du lotus de la limite , — ikoh est le jardin du sejour. — 
Le lotus 6tait couvert d'un ombrage. — L'oeil du prophfete ne se 
detourna, ni ne s'6gara un seul instant. — li a vu la plus grande 
merveille de son Seigneur (4). » Le miracle de la plaine des 
cailloux est tellement ridicule qu'Abou'If6da a dedaigne d'en 



met a reconnu quMl B'avait pas le don det Monumenit arabei, turks et pertant du 

miracles, et Ibidem^ p. 12-33, ceux doni cabinet de M. le due de Blaeaty t II , 

on a voulu lirer des conclusions contraires : p. 85>88. On peut conclure de la conduite 

les premiers 8ont ^Tidemment plus clairf et de Mahomet eo cette circonstauce qney 

plus siguificatifo que les aulres ; yoyex dans la demi^re p^riode de ses publica- 

d'Herbelot, BibHothique orientale , au tloos, il autorisait, au moins par son silence, 

mot aYat, et Prideaux, Life of Mahomet^ les tradilions qui lui altribuaient des aii- 

p. 36. racles. 

(1) Soura XIII, v. 8. La traducUon de ^^X-^T^ "^V^^^' V ^^*^''".*".' t"' 

M. Kasimirski est un peu diff^rente. Les P; ^^: ^, Iraduction de M. Kasimirski est 

incrWuIes disent : Est-ce que par basard l»en P'"» ravoraWe k la I^ende , mais deux 

Dieu ne lui aurait donn^ aucun pouvoir raflheureuses addiiions I onl rendue tout k 

pour faire des miracles ? Tu n»es donc fait inexacle : Louange k celui qui a trans- 

qu'un donneur d'avis; et cbaque peuple a Y^^\' P«"^»"^ }^ »"»'» son servileur du 

eu un envoy^ charge de le diriger. '«"JP'® «Jf * ^^, '« ^f ^««^ «" l«">P»« ^oi- 

Le versel 37 n'est pas moins significalif : g"* ^f Jirutalem, Aoni nous avons bdni 

Les Infidiles disent : II n'a re?u sans doute » «n<^»nl« PO"' '"» ^«'«[e voir nos merveilles ; 

d'en haut aucun pouvoir de faire des mira- ^^ .. ^***! P,*, ^V . J^^V "' ^®" °* 

cles. Dis-leur : Dieu ^are celui qu'il veut 2?\ ^^\ * lf."'*l®°*'2.*f^/.? *^« T®'?^' 

et ram^ne k lui ceux qui se repenlent. Htttonch^Krttttche Btnletlung tn den 

^ '^ Koran^ p. 65, et a montr^ qu'avant de 

(!<) Aiscba et Moavia eux-m^mes en con- s'6tre pos^ comme fondateur d'une religion 

viennent, ainsi qu'Abou'lfdda, ch. ix. Ce nouvelle, Mabomet lui-m^me consid^raH 

n'est au fond qu'un poCme comme le Para- ce pr^tendu voyage comme une pure vision; 

dis de Danle; voyez Gagnier, Vie de Mohammed der Prophet, tein Leben 

Mahomety t. I, p. 353-343; Prideaux, und teine Lehre , p. ZTZ. 

Life of Mahomet, p. 31-40, el M. Roinaud, (4) Soura liii , v. 13-18. 



— 373 — 

parler , quoiqu'il ait dd Hre fait en presence 4e tout le peuple 
de la Mecque, qui demandait ironiquement k Mahomet un signe 
de sa puissance. En reponse k cet insolent defi , d*epaisses tinfe- 
bres couvrirent la terre en plein midi , la lune descendit du ciel 
et vint faire autour de la Kaaba les sept circonvolutions qu'exe- 
cutent les pfelerins ordinaires ; puis elle sMnclina devant Maho- 
met, en disant : Je proteste quMl n'y a point d*autre Dieu que 
Dieu et que tu es Mahomet , Tapdtre de Dieu ; alors elle entra 
par la manche droite de son habit, sortit par la gauche, remonta 
au ciel , une moitie par Torient et Tautre par Toccident , et se 
reforma en un globe rond au milieu du ciel (1). Un miracle si 
eclatant n'eut pas cependant un grand succ^s pr^s des Infid^les, 
puisqu'il determina seulement la conversion de Habib ben 
Malek et de quatre cent soixante-dix habitants de la Mecque ; 
mais il n'en est pas moins atteste par une foule de temoins 
oculaires d'une incontestable autorite (2), et les Persans en 
cel^brent encore la commemoration par une f^te religieuse (3). 
Si Mahomet n'a pas voulu accrediter par des expressions ambi- 
gufts une croyance absurde qu'expliquent k peine Tenthousiasme 
idiot des premiers musulmans (4) et Tamour d6sordonn6 des 
Orientaux pour le merveilleux , rorigine de cette tradition se 
trouve sans doute dans le premier verset du cinquante-quatri6- 
me soura : « Appropinquavit hora et scissa est luna (5) ; » on 
aura donne un sens litteral k une figure de rhetorique (6) et 
invente Thistoire qui rendait plus coupable Topini^trete des 
incredules. 



(i) Voyez Gagnier, Vie dt Mahomet ^ (5) Maracci, Meoranutf t. II, p. 688; 

1. 1 , p. 185-934. la traductioD de M. Kasimirski nous semble 

(.,V.,„ mr.cci, Mcaranus, .. U. iT^^^^e^tXr.^ttnr.; "'^ 

^' (6) 11 y a eu mdme des Orientaux qui 

(3) Ghardin, Voyage en Perte , t. IV, |»ont pense; voyez Beidavi dans Hotlioger, 

P* ^' • Hitloria orientatit^ p. 302 ; mais le Koran 

(4) Ses dlsciples ramassaient pieusement semble toutk fait coniraire k cette opinion, 
et avalaient ses crachats et Teau qui avait car il dit imm^dialement apr^s le verset 
servi k ses ablutions; quand il mourul, que nous venons de ciler : Mais les Infi- 
Omar tira son sabre et jura qu'il abattrait ddes, k la vue d'un prodige, d^tournent 
la tdte des Infid^les qui croyaient k sa leurs yeux et disent : Cest un enchante* 
mort. ment impuissant. 



— 374 — 

En Occident , au contraire , on ne s'est pas contente de faire 
de Mahomet un sorcier (1) , un infdme liberlin (2) , un voleur de 
chameaux (3), un beresiarque (4), un cardinal etablissant une 
religion nouvelle pour se venger de ses colligues qui s'etaient 
refuses a le nommer pape (5) , rAntechrist (6) ou m6me nne 
b^te (7) ; on a imagine aussi une foule de legendes pour rendre 
sa personne odieuse et sa religion meprisable (8). Une partie a 

(1) Richardus, Confutio Mcorani, et magnum , de quo in Saerit fU mentior 

Zonaras, Compendium hittoriarumj t. iti , Anti^Chrittum. 

^) Sclon Hildebert, De Mahumete , v. „.^^j^ ^^\ j^. ^^ ^^ ^^^^^^ ^^^^^^^ 

Q^Te I.udari coeptn.fuitetcelebr.ri u«f *"'/" ^^^^'' ' /". T ^L**"' ^^ 

omnit eoncobitns lege Mtcr. votitns. langoes couDues par tout remplre romam 

Dum tibl, Natnr., rapnemnt In tu. Jnr., et parmi tOUS leS doCteS ? II repoud, mais 

femin. quaequeptoen», ro.« ■ublgendomw^; ^mg^ fnild«inflnt At k Ia maniArf» <1m hn- 

Etcontr«rooremfraterpremitlp»e»ororem, ■■»«* ITOKWmeni 01 a la maniere OeS DU- 

nupta MNPor fratri victiro. flt bMr.tri ; gUCnOtS, qUO SOn AlCOraO OU loStitUtiim 

lBCMt.tra.tTenisi»prole., flll. p.trwn : „»cgt p^, ^^^ y^ RomainS ni leS docleS, 

■ic quicquid libuit le^ nov. lieuit. . *^ %., . ' 

(5) Vincentius de Beaurais, Speeuinm * c^use qu'ds ne se converUroient poml. 

hittoriale^ I. xxiv, ch. 41. Mais ce n'esloit pas pour cela , ains parcc 

(4) Le Glossateur du droit canonique a J»^» ^'^ «"« ^^.* ^^^^^""^} ^^ ?" 
dii qu'a avait il^ le chef des NicolaYtes, h^breu , grec ou ^tin ; G^n^brard , Ora*- 

suivant Bayle, Diclionnaire hitlorique, '^ Am**r« t.'^^'L^'^r'''T^ ^ 

p. 1889, noi X , M. de 17«0. ?? *5i«« <* «P^^ , ^. RebiU6 , GuUlaume 

(5) II faudra pareillement advouer que le ^«^^' rettaura^ur det itudet greequei 
faui proph6te Mahomet a est* cardinal , f.*»/^«^^ J?- «» '. ««' rouvrage d^oA il I a 
puisque Benevenulo da Imola le dit ex- ^^^ n'est indiqu^ ni par Niceron , niparla 
presiiment en ses commenlaires sur Dante ; Biographie umvertelle , et nou» njavoo» 
Naud<i, Jugement de toui ee qui a etU P«]f trouver dans aucune des bibUothique» 
imprimi Vontre le cardinal Mazarin, deParls. M.Lacordaire lui-m^meapu dire 
p. 39. II ne nous a pas *t6 possiWe de vd- ^™. "»«/« ^, «oqueotcs Gonferen^ : 
riC^r cetle singulifereaU^gaUon ; nou» n'a- "^* ^'«n* <*« "»'« »« /«ran d'nn bout k l'au- 
vons pu trouver, m6me dans nos d^pdts ^'«' ««»« »« P«' ^^ T petite piinileiice, 
pubUcs, le commenuiire iUilien attribu^ k JJ.^«"« 1»""^«' ^\ <^ ««' "^ »^i?*l.^* ** 
BenvenuU)d'lmola, qui fut cependant im- ^'^}^ .[«'^ P?^ "«» *<^^»»«'" ^ rtMilorlque; 
prim<^ k Milan en 1473, et k VeSse en 1477, ?,^« J» •, •J<«^ q«e»q«e8 phrases apr^ : 
et nous avons inuUlement cherch^ le pas- ^'es la plus grande preuve de la prolonde 
sage cil6 par Naud^ dans les eitraits du *»af>»'«*^ ^^ «e' homme, davoir ^t^ aasez 
commentaire laUn publi^ par Muratori , P»««?n' ^' «^ P*^<>*!J «*"« f^L^ 
Antiquitatet Ualiae , t. VI , p. 1028-1298 , P'«s"K« *' ^^^^ Confirenee de 9bre 1846. 
et dans le ms. de la B. R. 7002*, qui paratt (8) G'est, ainsi que nous Tavons d^ji dit 
le contenir en enUer. plusieurs fois, par des faits suppos^ que 

(6) Nous citerons entre autres Goellus le peuple exprime ses opinions. Nous ne 
Secundus, Annius de Viterbe, Hantenius connaissons plus sans doute toutes les 16- 
de Malines , Jodocus Clichtovaeus et M6- gendes de Mahomet qui ont ^t^ r^ndues 
lanchton ; Cornelius Uythagius a m6me pendant le moyen Age. On cooserve k la 
publi^ a Amsterdam, en 1666, une disser- Biblioth^que de TArsenal une Vie de Maho- 
tatlon inUtul^e : Anti-Chrittut Mahomelet, met inedite, Hist. latine , no 105, in-folio , 
ubi, non tolum per S. Scripluram ac re- et les anciens biographes ont attribue k 
formalorum tettimoniay verum etiam per EUenne de Langton , qui mourut arche- 
omnet aliot prohandi modot et genera, v^que dc Cantorb^ry, en 1228, un ouvrage 
plene^ fute , invicle iotideque demontlra- intitule De factit Mahumedit , dont on n'a 
tur Mahomelem ette unum illum verum, jusqu'ici trouv^ aucune trace. 



— 375 — 

eteiiiseree, par Hiidebert, dtns son poftmfe I)e Mahumete (i); 
isais il semble avoir recueilii sans diseernemehl des traditions 
peu repandues (2). Le moine que nous publions pour la premi^re 
fois , affiche au contraire des pr^tentions historiques ; il indique 
ses sources d'information avec un soin ordinairement bien 
etranger aux ecrivains du moyen ^ge , et la traduction qu'A- 
lexandre du Pont fit de son ouvrage , environ un si^cle apres , 
prouve qu'il avait obtenu un succ^s veritable. Fabricius ne le 
connaissait point, et THistoire litteraire de la France se borne k 
en citer vingt-deux vers , et k dire : « Wautier, moine fran^is , 
on ne sait de quelle maison, composa, vers le temps de la seconde 
croisade, unemanifere de poSmesur Mahomet, dont on con- 
serve un exemplaire manuscrit k la Bibliothfeque du Roi (3). » 
Uauteur nous apprend seulement , daiis les premiers vers , qu'il 
s*appe1ait Walterius^ et qu41 tenait ses renseignements d'un abbe 
nomme JFamerius; mais la traduction d'Alexandre du Pont 
nous foumit quelques autres indicattons moins vagues. 

S'auchuns velt oir ou savoir 
la vie Mahommet , avoir 
En porra ichi connissanche. 
En la terre le roi de Franche 



(1) Opera, COl. 13T7| M. de BeaUgeD- Q^i rapidoR slc frrex, quasi spernciu quod foret bic 

Jm totus in hono proporat et inisenim lacorat. [rcz , 

De Mahumete^ v. 1025. 

(3) II se trompe grossi^remeDt iur ies Hildebert lyoiite, r. I10< : 

faitS leS mieUX COOnuS ; ainsi Mabomet qui Ex hoc gen* illa, contempta came ■ulUa, 

D.quit daos I. moU tf.vrO »71, e.t MDtem. ..Cl';^^^™ •^.'Zr' ^u ^ril-i . 

porain , dans son poSme , de Th^odose et ficta superstiuo venit ab hoc odio. 

de saint Ambroise qui vivaient i ia fln du Vne autre tradition , recueillie par le tra- 

1V« si^le. II fait de Mahomet un coosul ducteur (iran^is de Guillaume de Tripoli, 

appel^ Mamutius, qui devientroide Lybie, explique aussi d^une fa^on l^endaire la 

parce qu4l dompte un taureau par les cou- d^fea«e de boire du vin. II raconle que les 

Hils d^im sorder qui Iin demaDde pour son compagnons de Mahomet ressentirent. une 

salaire 1'abolition de la rellgion cbr^ienne. vive jalousie de ses rapports avec rermite 

Sa mort n'est pas moins ^range que le Bachut ou Bahayra , qui lui avait appris 

reste de son histoure : un jour quM ^tait les dogmes du chrisliaoiflme , et qu^aprto 

attaqu^ de son ^pilepsie : ' ravoir tu^ avec T^p^e de son ancien disci- 

,, , .. , .u ^, * .u. ple , ils dirent pour excuse qulls «HaieDt 

. . • . Inntaennis dtlnr absttllerat slbi «enkus , : „: ^ , i j- 

Jamqne «ubacta fer« lingua parat tagen. «VreS ; VOyCZ Smner, CalalogUt eodtCUm 

Qaod portendebant spumao quibufi ora rigebant matnucriptorum BibUothecae bementis , 

ct male continuus flatuc et exi^us. t I T n 9ftQ 

Sie, abMote qu«o , tcnct hiMe dma mortis tanafro . *" " * ^' ^^' 

accurere sues, digna repente lues ; ^5> T. 2kil, p. 516. 






— 376 — 

Mest jadis, a Sens , en Bourgoigne , 
uns clers avoccques un chanoigne 
Ki sarrasins avoit este ; 
mais prise avoit crestiiente ; 
' Mahom del tout laissie ayoit; 
car toute la giUe savoit 
Que Mahonmies fist en sa vie , 
le barat et la trecherie. 
II fu clers quant il fu paiens , 
et clers apries fu crestiiens. 
A sonsignour conta la guile, 
ki a un abbe de la vile , 
Lequel on apieloit Gravier , 
le conta « etchil a Gautier 
Ki molgnes estoit de s'abbie. 
Li mdgnes lues en versefie , 
Un livret en latin en fist, 
u Alixandres du Pont prist 
La matere dont il a fait 
cestpetit romanch et estrait. 
Si com aferme li dis moignes , 
Adans avoit non li chanoignes •, 
Li clers avoit non Diudounes , 
pour chou c'a Dieu s'estoit donnes. 
II connissoit par escripture 
et Mahommet et sa nature , 
Comment il s'estoit demenes 
et ou ses linages fu n^ (1). 

Malgre ce nom de Gravier , et ces details sur un chanoine 
Adans et un ancien mahometan appele Diudmnes , dont il n^est 
point question dans notre pofime , c'est evldemment roriginal 
du Roman de Mahomet, et Ton ne peut attribuer ces difTerences 



(1) Ronum de Mahomet edit^ par MM. Reinaud ei Francisque Michel, d^aprte le 
ms. B. R. no 7895 (XII 1« si^le). 



— 377 - 

insignifiantes qu*aux licences que se donnaient les traducteurs 
pendant le moyen ^ge. €e Waltherius yivait donc au milieu de 
la France, et certainement pendant le XII* sifecle, puisque recri- 
ture du manuscrit 8501« en a les caractires ordinaires, et qu'on 
lit k la fin du po^me ces vers qui , malgre leur reproduction dans 
le manuscrit 328 , supplement latin , appartiennent sans aucun 
douteau scribe(l): 

Idus adhuc julii renovantur signa triumphi ; 
Post bis quingentos et centum circiter annos 
Ex quo virgineus de (P)neumate floruit alvus, 
Anno centeno , julii quinto die deno, 
Jherusalem nostris cesserunt maenia Francis. 

Ce Waltherius ou Galterus , qui invoque le timoignage d'un abbe 
Warnerius, devait, conmie le dit Alexandre du Pont, faire partie 
de son monastfere, et il y eut un Warnerius, abbe de Marmoutiers, 
qui mourut en 1155 (2). Le moine de Marmoutiers, qui composa 
le Gesta consulum andegavensium (3) , reconnait s'6tre servi de 
FHistoire de Marmoutiers, par un Galterus de Compiegne (4). C'est 
sans aucun doute celui qui fut le premier prieur de Saint-Martin 
en Vallee, dans un desfaubourgs de Chartres (5), et souscrivit en 
cette qualite une chartre datee de 1131 (6), et cette circonstance 
nous le ferait aussi regarder conune Tauteur des Miracles de la 
Vierge de Chartres , ecrits vers le milieu du XII* si^cle (7) , que 



(1) Ges TMTS sont hexam^tres et Itonios , 
tandis que le pcWSme est en rers <^l^iaques, 
sans aucnne consonnance syst^matiqne. 

(S) Jnnalei ordinii Saneti-BenedicU, 
I.VI, p. !K». 

(3) IVAchery Ta publi^ sans nom d'autenr, 
SpieUegiumy t. X, p. S06; mais, dans ses 
notes sur Pierre de Blois, Gussanville l'a 
attribu^, d'apr^s un ancien ms., Iiun moine 
de Mannoutiers, nomm^ Jean. 

(4) Peut-^tre en poss^ons-nous encore 
un fragment, publi^ par Mabillon et Rui- 
nart, Aeta Sanctorum ordinis Saneti" 
Benedictiy t. IX, p. 391-402, puisquMl s'y 
tromre une Tision de Foulques, comte 
d'Ai]|ioa , qui a ^t^ insihr^ textuellement 



dans le Gesta consulum andegaventium, 

(5) Annates ordinis Saneti^Benedieti j 
t. VI , p. 553. 

(6) Histoire Httiraire de la Franee^ 
t. XII, p. 491. 

(7} L'auteur dit les SToir entendu raconter 
ab uno Teuerabili Goffrido, carnotensi epis- 
copo et aposiolicae sedis legato, in conventu 
nobilium personarum , ei Gaufrid fut nom'> 
m^ ^v^que de Ghartres en 1115 et mourut 
en 1138, suivant Kouillard, Parthenie, 
V. 11, fol. 35, ^. de Paris, 1609. Nous ne 
savons d'apr^s quel renseignement Fabri- 
cius, copie sans doute par VHtstoire lilti- 
rairCf a dit que les Miracles avaient ^tc 
^rits apr^s 1141. 



— 378 — 

Labbe a inseres dans le BiUiotbeca nova manuscriptof am (1 ). 
A la v^ite Tautem* dit au commencmient : a Fratri Tenerando «t 
in Christi visceribus plurimum eomjdectendo Sancti-Venanta mo' 
nacho Gauterius Quniacensis monacbus usqae ad finem pondus 
diei et aestus constanter portare ! » mais les moines changeaient 
assez souvent de monastire (2) et se designaient halMtuelleiaent 
par celui auquel ils appartenaient. Quoiqu'il en soit de c^te dw- 
nifere conjecture, on ne connait, pendant le XII* siecle, malgre les 
travaux de MabiUon et de Martenne , aucun autre abbe, nomme 
Wamerius, que celui de Marmoutiers (3)^ Fauteur de notre 
pofime faisait donc trte-probablement partie de cetto abbaye , 
et tout porte k y voir le Galterus de Compifegne , qui etait moine 
de Marmoutiers et s'occupait \ precisement dans le m^me temps , 
k recueillir des traditions historiques (4). 

La Bibliothfeque royale possfede deux manuscrits de ce po^me : 
le n^ 8501« qui, ainsi qu^on Fa vu, est dat6 du 15 juillet 1199 , 
et le n* 328 du supplement latin qui semble avoir 6te ecrit pen- 
dant le XIV* siecle. Comme les vers du scribe que nous citions 
tout-i-rheure s'y trouvent egalement, lepremier a dil lui servir 
de source (5) 5 mais 11 y a qJi et \k de bonnes variantes qui ne 



(1> T. I, p. 6K0-e65. M«rUD &9 Laon^ qoi florisiail vers itffi; 

(3) Nous avons vu daD3 une pidce sati- un Gualterus de Mauritania , ev6que de la 
rlque, p. m : ii^m« ^^ de Uii»k il74, et Ons^os de 

Tam Deam qnam loc dlmlttunt leriter CODStantiiS, qui fut archev^UO do Rouen 

in quibus voTenmt stare stabiiiter. de 1184 ^ 1208 ; mais aucuDe raisoD d uoe 

C3) II ae faut en exoepter que le W^rne- oature quelconque n^autorise a leur attri- 

rius bomilarius, abb6 de Weslminster, au- buer ce poeme. 

teur d'un Fatciculus temporum^ dont les (5) Une singuli^re coincidencenoossem- 

hom^liesoDt ^t^ iipprim^s ^ B4le eo 1494, ble mdme rendre le doute impossible. Le 

Sous le titre AeJerneri abbaiit defloratio^ ms. 8501 a appelle partout le second fils da 

net tuper Evangelia de tempore per annt No6 Chan , exceptd la premi6re liois quMI 

circtUum ; mais il n'etait pas en France et en parle , oCi la derni^re lettre est assez ef- 

vivait certainement avant Tauteur de ce fac^e pour ressembler k un u au moins au- 

poSme, puisquMI mourut d^s 1106. tant qu'a un «, et le copiste du ms. 3:28, 

(4) L'IUstoire littdraire a cependant cou'- suppl. lat., qui ^erit partout Cham , a mis 
serve le nom de plusieurs autres Wallhe" pr^cis^meut au mdme endroit Chau, Nous 
rius ou Galterut , qui vivaient en France aurons aussi a faire remarquer un vers 
h peu pres dans le m^me temps ; un abbd penlam^tre qui a ^t^ ^alement oublie dans 
de Saint-Vast dans TArtois, qui mourut eu les deux ms., et auoun autre oubli dq ce 
1091 ; un archidiacre de Gbdlons, qui fut genre ne se Uouve ni dans Tun ni dans 
ev^ue de 1080 a 1114; un abbe de Saint- rautre. 



— 379 — 

pennettent pas de douter de rexistence d*un autre manuscrit 
plus correct. 

Quisquis nosse cupis patriam Machometis (1) et actus (2) , 

otia Walterii de Machomete lege. 
Sic tamen otia sunt ut et (3) esse negotia credas , 

ne spernas quotiens otia forte (4) legis. 
Nam si vera mihi dlxit Wamerius abbas , 

me quoque vera loqui de Machomete puta. 
i' Si tamen addidero vel dempsero sicut et ille j 

addidit aut dempsit , forsan , ut esse solet , 
Spinam devita , botrum decerpere cura •, 

botrus enim reflcit , vulnera spina facit. 

Abbas jam dictus monacho monachus mihi dixit , 

immo testatus est mihi multotiens , 
Quod quidam cui nomen erat Paganus , honestus , 

clericus et Senonum magnus in ecclesia , 
Secum detinuit aliquanto tempore quemdam 

qui Machomis patriam gestaque dixit ei. 
Qui de progenie gentili natus et altus , 

Christi baptismum ceperat atque fidem : 
Ergo se puerum dedicisse legendo professus 

quidquid scripturae de Machomete sonant , 
Dixit eum genitum genitoribus ex idumaeis 

et Christi doctum legibus atque fide. 
Rethor (1. Rhetor), arismeticus (1. arithmeticus), dialecticus 

musicus, astrologus, grammaticusque fuit. [et geometer, 
Qui licet , ut Uber, excelleret artibus istis , 

ex servis servus ortus et altus erat. 
Servus erat domini cujusdam nobihs (5) atque 

(1) Vincentias de Beauvais Tappelle aussi nous indiquerons dans la suite par A. 

Maehoinet , et cette forme s'est conserfde U) Fronte dans B. 

dans l'ilalien Btaeometto, (5) II s*appelait Abd Jononephi ; beau- 

(3) Aeta dans le ms., suppl. lat. 3^ , qae coup d'historiens pr^lendent qu'il ^tait dejA 

nous designerons d^sormais par B. mort lorsque Alabomet entra au scrvice de 

(3) Manque dans le ms. 8^1 » , que Khadidja. 



— 380 — 

castellis , opibus divitis et populo. 
Qui licet omnibus his et pluribus esset abundans , 

more tamen gentis illius et patriae , 
Herces mutandas, species quoque pro speciebus, 

longe per servos mittere suetus erat ^ 
Sed magis arbitrio Machometis quaeque fiebant ^ 

utilior reliquis , plusque fidelis erat. 

Illis temporibus et in illis partibus unus (1) 

vir fuit , egregii nominis et meriti , 
Conversans solus inter montana rogansque 

pro se, pro populo, nocte dieque Deum (2). 
Hore prophetarum gnarus praenosse futura , 

totus mente polo, came retentus humo. 
Vicinis igitur de partibus atque remotis 

multi gaudebant ejus adire locum. 
Consilio cujus, prece, dogmate quisque refectus 

regrediebatur laetior ad propriam (3). 
Sic etiam Machomes devotus venit ad iUum , 

recte vivendi discere dogma volens. 
Quo viso, Sanctus, admoto lumine mentis , 

intus possessum daemone novit eum , 
Et, cruce se signans, a Possessio daemonis, » inquit, 

(( vas immunditiae, fraudis amice, fuge I 
Quid luci tenebrae, vel quae conventio Christi 

ad Belial ? Tecum portio nulla mihi. » 

His Machomes motus et scrutans intima cordis 
et manuum , talem se reperire nequit ; 



(I) Cest d^ja, comme od Toit, ridee et la 
forme de nolre article indefioi. 

(S) Ge moine , qui se nommait Bohaira , 
selon la plupart des orieutalisies, ou plutot 
Bahirat est appel6 Bahayra par Guil- 
laume de Tripoli; il habitait k Bosra, dans 
les environs de Damas : Ma^oudi dit que les 
chr^tiens Tappelaient Sergiut. Selon Abmed 
ben Joseph, il reconnut la mission de Maho- 



met k one nu6e qui se tenait rar sa t^te 
pour le garantir des rayons du soleil , et au 
feuillage , dont se couvraient subitement les 
arbres, pour lui donoer de Tombre ; Ga- 
gnier, Vie de Mahomel^ 1. 1 , p. 1:11. Ibrt- 
him de Haleb indique un autre moine chr^ 
tien, nomm^ Nestori qui pressentit tussi 
Tavenir de Maliomet. 

(3) Propria dans B. 



— 381 — 

Unde satis supplex humilisque requirit ab illo , 

quare tam graviter corripuisset eum. 
Sanctus ei : a Vere possessio daemonis es tu , 

lex sacra , sacra fides , te tribulante , ruet. 
Conjugium solves, corrumpes virginitatem , 

judicioque tuo castus adulter erit ^ 
Exlex legitimum damnabit iniquus amicum 

justitiae , pietas impietate cadet. 
Tu facies , mentis ut circumcisio non sit , 

ut redeat carnis , ut sacra cesset aqua , 
Utque loquar breviter (1) , Adam veterem renovabis 

atque novas (2) leges ad nichilum rediges. » 
Tunc Machomes constanter ait se malle cremari 

quam pro se leges ad nichilum redigi. 
Vir tamen ille Dei nichilominus increpat illum 

aque (3) sua facie jam procul ire jubet. 
Abscedens Machomes et Sancti dicta revolvens , 

innumeras animo fertque refert(que) vices. 
Nam de se Sancto plqsquam sibi credere coepit y 

et sicut mentem sic variat faciem ; 
Jamque satis posset advertere quilibet illum , 

non proprii juris esse sed alterius. 
Daemon enim ducebat eum quocunque volebat , 

permissuque Dei prospera cuncta dabat. 
Qui , proprium tamen ad dominum de more reversus , 

exequitur solitum sedulus obsequium j 
Conservos ad se vocat^ adsunt: imperat illis ^ 

illius imperiis accelerando favent. 
Serica cum tyriis et murice pallia tincta , 

plurima praeterea quae pretiosa putant , 
De domini sumunt thesauris atque camelos 

ex ipsis onerant ^ sic iter arripiunt. 

{i) BreviutdunsB. (3) E^ue dans B. .1 

<.2) Noti dans A . 



r 



— 382 — 

AEthiopas igitur , Persas Indosque petentes , 

merces mutandas mercibus instituunt. 
Non sic ad votum Macbometis cesserat unquam , 

nec tantum domino proderat ante suo : 
Nam rediens, commissa sibi duplicata reportat ^ 

quaedam , multa magis quam triplicata refert. 

0(h) ! divinorum scrutator judiciorum 

quis queat esse ? Malis plus sua vota favent. 
Sed si credamus rationi christicolarum , 

quam sacra lex firmat , quam tenet atma fides , 
Retribuit Deus ista mah*s propter bona quaedam , 

quae quandoque mali , parva licet , faciunt. 
Econtra nemo tam sancte vivit ad unum, 

quin aliquando manu , mente vel ore cadat. 
Hic igitur premitur ut et hic deponat amurcam 

quam de peccato contrahit exul homo. 
Sic Job, sic Machomes (bonus hic , malus ille) fuerunt^ 

nunc habet hic requiem , sustinet ille crucem : 
Taliter Antiochus , Machabaei taliter ; hi nunc 

felices gauderit , nunc miser ille dolet. 
Pressifras Sancti sic omnes paene tulerunt , 

ut dolor iste brevis gaudia plena daret. 
Jam non turberis , Domino si judice, justis 

hic mala proveniunt, vel bona saepe malis. 
Divitis esto memor quem Lazarus ille rogabat , 

cujus lingebat ulcera lingua canum : 
Dives inhumanus modo tormentatur in igne, 

nunc Abrahae gaudet Lazarus in gremio. 
Sic Nero , sic Decius , Datianus , Maximianus 

presserunt Christi tempore membra suo , 
Et caput ipsorum (Christum loquor) in cruce misit- 

gens cui promissus et cui missus erat. 
llle resurrexit , ascendit , regnat et illuc 

membfa trahit secum jugiter ipse sua. 



— 383 — 

Sic anUchristos vennis qui non morielur 

rodet, et Inferni flamma vorabit eos. 
Talibus exemplis sta firmus , cum mala justis 

vel bona non justis saepe venire vides : 
Nam , quod de Domino testatur Lectio sacra , 

judicium justis exeret hic patiens. 
Quod quia tangendum visum f uit utile , noster 

est intermissus ad modicum Machomes. 

His intennissis , redeuntes ad Machometem , 

texere propositum jam satagamus opus. 
Tempus adest quo mortuus est dominus Machometis , 

et sine prole man^ uxor (^1) , et absque viro , 
Sed sicut domino Machomes fuit ante fldelis , 

sic etiam dominae subditur imperiis. 
Servit ei, dat consilium, procurat agenda , 

plus solito dominae multiplicavit opes. 
Postquam post domini decessum transiit annus , 

disponit juvenis nubere jam domina ; 
Secretoque vocans Machometem tempore , dicit *. 

(( Sum juvenis, sexu femina, res fragilis ^ 
Possideo servos, ancillas, praedia, villas 5 

sunt castella mihi, sunt etiam proceres ^ 
Sum viduata viro, natis et utroque parenti ; 

ignoro prorsus qualiter ista regam (2). 
Ergo tu, qui consilio callere probaris , 

praemeditare mihi quae facienda probes. 
Utile consiHum rogo provideas et honestum 5 

nunquam laude carent haec duo juncta simul (3). 

H) Vincenlius de Beawvais I^appelail Ca- te» mdmes; et ebacun prdfere rortographe 

diga ; les orientaUsles ^crivent ordioaire- approximative qui satisfait le moios impar- 

ment Chq^ijah, Khadigia, ou Khadidja : faltement son oreille. 

cetle derni^re forme nous semble prefe- ^j) Geram daBS B. 
rable; mais r^crilure des langues orien- 

tales,avec des caract^res europ6ens, prd- (3) Peul-^tre manque-t-il ici deax vers 

scute, ccmme on sait, dMnsolubles difficul- oCi Khadidja parlait en termes plus clairs 

l^s , puisque les sons primitifs ne sonl pas de son intention de se marier. 



— 384 — 

Sit persona decens. sapiens et strenua, sit quae 

non minuat nostrum nobilitate genus. 
DeniqUe, ubi talis sit ut esse per omnia dignum , 

iUum me nemo jure negare queat. », 
Respondit Machomes : « Operam dabo nocte dieque ] 

forsitan inveniam qui deceat dominam. 
Sed , quia vix talis in midtis invenietur, 

quod quaeris longi temporis esse reor. 
Non diOido tamen, quia si Deus ista futura 

praevidit, non est cur remanere queant. » 
His dictis, Machomes abscedens, pervigil instat , 

si quoque forte modo ducere possit eam. 
Transierant vix octo dies cum subdolus iUe , 

veracem simulans, praemeditatus adest. 
VuUum demittit (1) , oculos gravat, afficit ora , 

mentitur facie reUigionis opu§. 
PaUidus apparet, ut quiUbet hunc heremitam 

aut anachoretam judicet aut monachum ; 
Talem se simulat ut dicere vera putetur, 

cum dominam fallet, falsa loquendo sua ^ 
Rhetoricosque suis verbis miscendo colores , 

cum domina tanquam TuIUus alter agit. 
(( Si juveni nubas quem nobUis ordo parentum, 

quem decus atque decor, strenuitasque levet, 
Depopulator erit rerum fortasse tuarum ; 

vastabit viUas, praedia destituet , 
Omnia consumet vivendo luxuriose : 

quae modo dives eras, ad breve pauper eris ^ 
Quodque puto gravius, te spernens, fiet adulter ; 

unde, timens capiti, non eris ausa loqui. 
Qua re consiUum dominae, me judice, non est 

nobiUs et juvenis quaerere conjugium. 

(i) Dimiltit dans B. 



— 385 — 

Sed jam de senibus tecum, puto, mente revolvis : 

iUe vel ille senex est bonus, est sapiens ; 
Congruit ille mihi bene, me reget et sapienter 

• 

omnia disponet; nubere quaero seni. 
Sed non hoc quaeras, quia non sibi convenienter 

junguntur juvenis femina virque senex. 
llla calore viget, nitida cute, corpore recto ; 

pallidus, incurvus, sordidus, ille tremit. 
lUa juventutis amplexus factaque quaerit (1 ). 
lUe dolet, tussit, emungitur, excreat ^ iUa 

sanior et juvenis pene nihil patitur. 
Auditus, gustus, olfactus, visio, tactus , 

integritas mentis in sene deflciunt ; 
Sed, nisi turbetur casu, natura juventus, 

sensibus his sanis, laeta vigere solet. 
Cum sibi dissimiles ita sint juvenesque senesque , 

cum sene quo pacto copula stet juvenis ? 
Non igitur juveni, qualem praediximus ante , 

hec cuiquam vetido conveiuat domina (2). 
Ut vulgare loquar, praesumo docere Minervam ; 

non praesumo tamen, actito jussa mihi ; 
Et solet hoc midtis contingere res alienas 

multotiens meUus quam proprias agere. 
Et quod non fallat haec in me regida, nosti 

namque tuis semper postposui propria : 
Dum tibi vir vixit, me nemo fidelior iUi *, 

nemo tibi viduae me fuit utiUor : 
Cumque tibi maneam tam commodus atque fidelis, 

cur dubites nostro credere consiUo ? 
Quodque loquar dominae non mentem, non gravet aures 

cum cupiam tibi plus quam mihi proficere. » 



(1) Le pentam6tre saivant manque dani certaine licence d'expression. 
les deui ms., probablement k cause d'uiie ^2> Dominae dans A. 

'2B 



— 386 — 

lUa refert : « Constat, Hachomes, te vera iQCutum ; 

et debere Ubi eredere me fateor. 
Dic igitur quodcunque placet, quodcunque videtur ; 

consilium, credo^ credere non renuam (1). » 
Tunc Haehomes solito factus securior, iili 

jam reserare parans abdita cordis , ait : 
<( Quae modo sunt domini dominaeque fuisse probantur, 

ancillae, servi, praedia, prata, domus, 
YiUarum reditus, terrarum commoda cuncta , 

a puero semper nota fuere mihi. 
NuUus de servis dominae sic omnia novit , 

nulius ei tantum commodus esse potest ; 
Et, nisi servili sub conditione tenerer, 

nobilium nulli nuberet utilius. » 
Talibus auditis, ut prudens atque modesta , 

re^nsum tali temperat illa modo : 
a Gonsilium quod das nec prorsus dico probandum , 

nec prorsus dico quod reprobare velim ; 
Nam quod de juvenum dixisti nobilitate, 

ut patet in factis, nemo negare potest ; 
Vix etenim videas cum nobilitate juventam 

quin sit contemptrix, prodiga, vana, procax (2). 
Sic etiam constat te vera fuisse locutum , 

quod senis et juvenis copula non.deceat 5 
Et bene monstrasti disconvenientia quare 

jungi non debent ; id placet , idque probo. 
Sed quod me dicis tibi nubere convenienter, 

nulla mihi ratio persuadere potest. 
Si dominae servus jungatur, nemo tacebit ^ 

ridendi causas omnibus ipsa dabo. 
Clamabunt omnes , simul omnes improperabunt , 

et dicent omnes : femina virque simul , 

(1) Tenuam dans A. <«) ^^^ «J»»» »- 



— 387 — 

Quae solet esse super, nunc subjacet ^ et dominari 

quae solet, ancillae nunc gerit officium. 
Quodque magis timeo , quoniam magis est pudibundum , 

dicent me quondam succubuisse tibi ; 
Quod si vel leviter submurmuret unus ad unum , 

id quoque si sciero , me puto malle mori. 
Est etiam procerum mihi copia , qui mihi debent 

temporibus certis reddere servitia 5 
Quos pudeat servire mihi si nupsero servo ^ 

sic honor, et nostrae sic minuentur opes. 
Quin etiam servi , conservum despicientes , 

nec tua curabunt nec mea jussa sequi. 
Sic et quae spondes ex te mihi commoda perdam , 

quaeque putas per te damna cavere feram. » 
Cautus ad haec Machomes aurem patienter habebat , 

cordis in arcano singula verba locans ; 
Oreque compresso, modicum silet , ut videatur 

responsum magni ponderis esse suum ^ 
Inde levans oculos et (i) oris claustra resolvens : 

<( Crede mihi , » dixit, a non nisi vera loquar : 
Si libertati tibi me (2) donare placebit , 

quae metuis poterunt nuUa nocere tibi *, 
Nobilis aut servus , tibi vel mihi nemo resistet ^ 

aut timor hos subdet, aut sociabit amor. 
Unde tuam nemo praesumet laedere famam , 

sed benedicetur nomen ubique tuum. 
Divitiae crescent , augmentabuntur honores , 

et procerum solito major erit numerus. 
Multiplicabuntur reditus , augebitur omne 

quod minus esse solet , villula , vicus , ager : 
Et , quod promitto si non erit , excute dentes , 

aut fodias oculos , aut mihi tolle caput. » 

(I) Sed dans B. (2) Te dans B. 



— 388 — 

Tam magnis igitur promissis illa ligaia , 

si proceres laudent, nub^ spondet ei. 
Tunc Machomes gaudens exit festinus ab illa ; 

ad proceres ambit -, munera magna parat. 
Hunc trahit in partem , secreto postulat illum ; 

hunc sibi promissis allicit , himc precibus. 
Aurum promittit , argentum , pallia , vestes , 

quidquid amat mundus, quidquid habere eupit (I). 
Rem tamen occultat, nisi qui (1. cui ?) finnaverit ante 

quod ferat ex toto corde juvamen ei. 
Postquam per partes Machomes sic qu^nque ligaTit , 

ut nulli retro cedere jam liceat ; 
Consilio prudens , omnes conduxit in unum , 

et quo res tendat omnibus innotuit : 
Scilicet ut liber fiat , laudantibus illis , 

et per eos dominae possit habere thorum , 
Jamque manumisso sibi reddere non gravet iilos 

antea quae domino debita reddiderant. 
coecum virus quo turget iniqua cupido , 

quo semel imbutus se quoque nescit homo ! 
Hos ita coecavit nnmmi species, rubor auri , 

quod faciunt dominam ducat ut iUe suam : 
Cujus erant domini fiunt ob munera servi ; 

iibera supponunt colla manusque jugo. 
Ad dominam properant et quod Machometis ab ore 

audierant , illi persuadere student : 
« Si dominus noster, » dicunt, n tuus iiie maritus, 

nobilis et sapiens, non moreretur adhuc, 
Non tibi vicinus praesumeret ullus obesse ; 

extemos etiam subderet ille tibi ^ 
Omnia curaret, disponeret omnia; nuUa 

morderet mentem sollicitudo tuam , 

(1) Potfil dans B. 



— 389 — 

Sed quia mortuus est et te sine prole reliquit, 

atque remanserunt multa gerenda tibi , 
Est opus ut nubas , quia non potes absque marito 

pondera curarum, femina, ferre diu. 
Sed , vivente viro , constat quod casta fuisti ^ 

post obitum cujus haec quoque fama manet ; 
Unde timebamus ne forte tibi statuisses , 

sic semper vitam ducere velle tuam. 
Hac igitur causa convenimus ut verearis 

tot vel tantorum spemere consilium. 
Nube viro , quia si de te non venerit haeres 

qui teneat terram , te moriente , tuam , 
Omnia quae tua sunt miserabiliter rapientur, 

particulamque volet quisque tenere suam. 
Immo , si f uerit quis fortior, omnia tollet , 

si quis ei contradixerit ense cadet ^ 
Et nos aut poenis aut morte peribimus omnes , 

si non ut servi subjiciamur ei. 
Quae mala jure tibi vertentur ad impietatem 

si , nos contemnens, nubere nolueris. » 
lUa refert : a Etsi non nubere proposuissem , 

propositum pietas vinceret et ratio ^ 
Sed constat mecum me nil proponere magnum 

quod non ex vestro pendeat arbitrio ^ 
Ergo personam mihi quaerite convenientem , 

quae mihi , quae vobis utilis esse queat \ 
Si tamen ille (I. illa ?) mihi fuerit minus utilis , opto 

consilium vestrum non minus inde sequi. » 
Hoc verbum statim rapuere loquentis ab ore , 

quod procerum placitum spondeat illa sequi ^ 
Tunc quidam fortasse senex, cui credere dignum 

monstrabat gravitas canaque caesaries , 
Antiquos annos memorans et gesta priorum 

alloquiis dominam talibus aggreditur : 



— 390— * 

K Principio nullus servili conditioni 

subditus est , omnis tunc homo liber erat ; 
sed quia primus homo peccavit transgrediendo , 

peccati poenae subditur omnis homo. 
Unde recens natus , si vivat nocte vel una , 

primi peccati sorde nec ipse (1) caret , 
Et, nisi mundetur sacri baptismatis unda , 

semper ei coeli janua dausa manet. 
Hoc quoque mundatis transgressio contulit illa , 

quod peccare, mori, nemo carere potest; 
Qui , nisi peccasset , potuisset utroque carere , 

et modo sub neutro posteritas gemeret ^ 
Sed sub utroque gemit , et Chau (1. Cham) contraxit ab illo 

quod legitur nudum non tacuisse patrem. 
Sed quia fortasse dominae non venit ad aures , 

non reor indignum si referatur (2) ei. 

Gum genus humanum Deus ob peccata sub undts 

deiesset, solis octo superstitibus, 
Obdormisse Noe legitur ; detecta pudenda 

ejus erant ; vidit Cham sine veste patrem , 
Detulit ad fratres \ fratres doluere, pudorem 

patris texerunt : nota tuere patri , 
Qui contristatus, Cham supposuit maledicto , 

et semper servum fratribus instituit. 
Ex hoc eepit homo causas homini dominandi ; 

ex hoc servilis sumpsit origo caput (3). 
Sed quia peccavit Cham vel Chanaam modo servit ^ 

qui sequitur Japhet, Sem quoque liber erit : 
Nam , si quis peccat , peccati servus habetur, 

eque Deo natus crimina cuncta fugit ; 
Non peccando , Dei jam filius esse docetur 



(i) llle dans B. (3) II y a dans B : 

(8) Reteraiur dani B. ez hoc servUe ■omptU lutbflre Mpat. 



— 391 — 

nec servus dici jure nec esse potest. 
Hoc Jhesus dicit et apostolus ille Johannes *, 

hinc ewangelio non mihi quaero fidem. 
Hos quoniam testes constat non posse refelli , 

liber erit merito quisque fidelis homo. 
Est autem dominae servorunhcopia multa , 

inter quos unus omnibus est meUor ; 
Qui bonus et sapiens , qui strenuus atque fidelis , 

qui yalidus membris , qui specie niUdus ; 
Digne rex posset, vel princeps quiUbet esse , 

si non ex servis ejus origo foret. » 
Tunc , velut ignorans quod de Machomete loquantur, 

caUida responsum dissimulando dedit : 
« Quem mihi laudatis ignoro , sed ex(h)ibeatur 

et fiat Uber ; sim sua , sitque meus. » 
Praesentant proceres Machometem , suscipit iUa ; 

de servo Uber protinus efficitur. 
Tractatur de conjugio ; consentit uterque , 

et modico lapso tempore conveniunt. 
Gaudia (1) , prandia , fercula , pocula , vasa , ministros , 

pransores, cytharas, cimbala, sistra, lyras, 
PaUia , cortinas , aurum , lapides pretiosos , 

omamenta domus , quis numerare queat ? 
Auceps , venator non defuit ; ardea , cygnus , 

Grus (2), pavo, mergus, adest ursus, aper, caprea. 
Festivos egere dies dum festa fuere ; 

sed dolor infestat festa repente gravis : 
Nam Machomes morbo qui dicitur esse caducus , 

arreptus , dominae concidit (3) ante pedes. 
Membra volutat humi , decurrunt ore salivae (4) ; 



(I) Grandia dans B. itahomei, 1. 1, p. 118; Sale, Koran^ p. 40^ 

(S) GfMX daos B. ^"^^'^ Gibbon, Hisioire de ia dieadinee et 

. ' •« ^ n de la ehuie de VEmpire nmain^ t. X» 

(3) ArrejHus , eorruti dans B. p ^g ^ ^^ ,g ^^^^^^ ^ presqoe loas les 

(4) Malgr^ l'opiDioD de Gagoier, Yie de ^crivalDS orientaux (royez entre autres 



— 392 — 

jam quasi defunctum flet domus et domina ; 
Pene^ue deGciens , nimio confecta dolore , 

quod spes quae (1) fuerat de Machomete perit. 
Ad tbalamum properat et daudens ostia post se , 

ut dare solamen nemo valeret ei. 
Ingeminat luctus, vestes a pectore scindit , 

abrumpit crines , unguibus ora secat. 
Interea Machomes , animo flatuque resumpto , 

tristitiae causas quaerit et audit eas , 
Et dominam quaerit, thaiamos intrasse (2) docetur ; 

praecipit ut yeniat , ostia clausa vetant. 
Tunc per se Machomes accedit et ostia pulsat ^ 

quae pulsata diu , vix reserantur ei. 
Ingressus dominam solari temptat, at iUa 

nullum solamen ex ratione capit. 
Blandiri dominae Machomes molitur, at illa 

pro blandimentis evomit opprobria ; 
Gommendat Machomes illius nobilitatem , 

illi de servis exprobat illa genus. 
At Machomes , quanquam sibi sit patientia falsa , 



AboulIMa . Anmalei mudemiei, t. I , p. Taatear du Sirai arraHd, Mabomet ^it, 

16, M. de Gopenhague, 1794), rdpilepsie de m^iiie avant la r^vilatioo du Koran, sajet 

Mabomet est d^^mais un fait incontesta- k des acc^ qni finiasaient par une ddfail- 

ble. Non seulement Tb^hane , Zonare et faince. Aprds avoir i^t^ saisi d*un tremble- 

touf les ^eriTains greet raflBrment; mais il ment convulsif, ses yeax se fermaient, soa 

r^sulte 4*aTeax d'aatant plus significatifs, visage ^umait et il mugissait comme an 

que les bistoriens arabes ne serablent pas jeune chameau ; JownuU atiatique de 

en avoir compris Hmportance. Ainsi, selon Parit^ juillet 1843, p. 109. Moslem a re- 

AboulCMa, p. 9, Harith, le pire nourri- cueilli une tradilion, fond^ sur raotorili 

cier de Mahomet, dit isa femrae Haliraa, d'Abou Hurtira, qui est tout k faK sem- 

aprte une sorte d'attaque ou de vision qo'il blabie, et Dlarbekir igoute dans le Khamie 

eot dans sa premiire enfance : Je crains qoe Mahomet entendait alors un tintement 

bien que cet enfant ne soit atteint de folie; seroblable k celui d'une sonnette : ce qoi 

reconduis-le dans sa famille. La traduc- est un des sympt^mes de r^pilepsie. Yoyez, 

tion de Gagnier, qui cependant, comme on pour plus de d^tails, le Jowmal atieUique 

vient de le voir, s'^ignait de ropinion de Parit, joillet 1842, p. 108-112, et 

re^ae, va mdme juaqu^ii dire, t. I, p. 15 : M. Weil, Mohammed der Prophei, p. 49- 

Je crahis fort que cet enfant n'ait con- 45. 

AU Halebi, qui eonsalta surtout, pour la ^ ' ^ 

biographie qu'il nous a laiss^, Ibn ishak, (2) Intrare dans B. 



— 393-- 

parce (1) tamen dominae sustinet opprobria, 
Scilicet ut longo tandem satiata furore 

vel sic suscipiat quae rationis erunt. 
Res ita provenit , dominae deferbuit ira 

unde sit in Machomem jam minus ipsa gravis. 
Laetatur Machomes , supplex accedit ad iUam 

atque salutantem taliter alloquitur : 
<( Si servum velles audire tuum patienter 

(nam Machomes dominae non nisi servus erit) , 
Si velles, inquam (2) , mihi credere, protinus omnis 

ira dolorque tuo cederet ex animo. » 
(( Dic , )) inquit, k patiar tantum , si verba loquaris , 

si me non temptes fallere more tuo. )> 
Respondit : « Nisi vera loquar, si fallere quaeram , 

linguam fallacem gutture velle suo. )> 
Propositum praebens assensum , conditioni 

annuit ore , manu ; protinus ille refert : 
« Quod me sperasti nuper tormenta tulisse , 

nulla fuit morbi passio , crede mihi ^ 
De coelo virtus in me descendit, et illam 

immensam fragilis ferre nequivit homo : 
Propterea cecidi spumans et membra volutans , 

non quia passio me laeserit ulla mali. 
Sed nunc mandatis praebe coelestibus aurem , 

quae mihi de coelo nuntius explicuit. 
Sicut enim Gabriel archangelus ille Mariae 

adventus Ghristi nuntius ante fuit , 
Sic ventura Deus reserat mihi nunc per eumdem , 

et pietate prius, et pietate modo. 
Naturalis enim primos transgressio legis 

infecit patres et genus omne suum 5 
Postea , scripta Dei digito , Moysi data lex est, 

(1) Pace dans A. (2) Inquit dans B. 



— 394 — 

quam , mandante Deo , detulit ad populum. 
Promisit populus Domini se jussa tenere ^ 

sed cito dissiluit transgrediendo viam. 
His igitur causis moriendi lege tenemur, 

exilium patimur tartareasque cruces. 
Sed Deus, has bominum poenas miserando , recepit 

naturam nostram , virgine matre satus (1) ; 
In cunis positus, intra praesepe locatus , 

contectus pannis vilibus et modicis ^ 
Esuriens panis , sitiens fons , dives egenus , 

praeter peccatum cuncta gerens hominis. 
Ex infante puer, sed et ex puero juvenescens , 

denique vir factus, discipulos habuit; 
Yitandum vitium , virtutem dixit amandam ; 

respuit elatos , suscipiens bumiles ; 
Gonjugio docuit praeferri virginitatem , 

de qua praeceptum non tamen ipse dedit. 
Conjugium castum mandavit , ut mius et una 

consociarentur foedere legitimo : 
Nam , reliquo quocunque modo se quis macularet , 

turpis eum dixit criminis esse reum. 
Omnibus impendi sincerum jussit amorem 

omnibus , ut capiat quod sibi quisque cupit. 
Hinc (2) circumcidi carnem vetuit genitalem ; 

usque modo, dicens, ista Ggura ftiit ; 
Re praesente, figura vacet , baptismatis unda 

isti succedat ; haec stet et illa cadat. 
Agnus, ovis, vitulus et caetera signa recedant ^ 

quo sol resplendet , non habet umbra locum. 
jam Pharisaeorum procul absint traditiones ; 

lex vetus impletur, lege vigente nova. 



(1) Nalut dans B; mais 1a prenu^e syl- (3) Hune dans B. 
labe esl longue. 



— 395 — 

Talia dum maDdat constanter homo, Deus idem ; 

saevit Judaeus et Pbarisaeus ad haec. 
Insidiantur ei , verborum retia tendunt ; 

se verbo Verbum fallere posse putant. 
Quod quia non possunt , intendunt crimina falsa , 

sed , nisi cum voluit , fraus nihil illa fuit. 
Nam contra Dominum non est sapientia ; non est 

consilium , virtus , sermo vel ingenium. 
Ergo cum voluit tentus fuit ; aspera lenis 

sustinuit , clavos , verbera , probra , crucem ; 
In cruce defunctus , terrae mandatus , adivit 

Tartara ; confregit , cum spoliis rediit , 
Discipulis visus est quadraginta diebus , 

Thomae palpandum praebuit ipse latus ; 
Corporeumque cibum sumpsit, cernentibus illis , 

ut monstraretur vivere vera caro. 
Denique jussit eos totum transire per orbem 

et veram populis insinuare fidem , 
Ut credant, ut agant, ut sacro fonte laventur 

et salvi fiant , sin alias perient. 
His dictis , benedicit eis ^ coeloque receptus , 

promisso Patris munere firmat eos. 
Spiritus inter eos in linguis venit et igne , 

ut per verba fluant quos sacer urat amor. 
Ergo , muniti ling:uis et amore calentes , 

securi Christi nomen ubique ferunt ; 
Unde flagella , cruces , ignes, gladios patiuntur ; 

sed poenis illos vincere nemo potest. 
Quin sibi coUato (1) virtutum munere reges 

et populos Ghristi supposuere jugo. 
nova res ! Morum mutatio tanta fiebat 

ut qui major erat gaudeat esse minor ; 

(t) Magnarum dans B. 



— 396 — 

Qui fuerat quondam nutritus deliciose , 

cum modico modicam pane requirat (1) aquam , 
Qui prius omari pretiosa veste volebat , 

nunc vili sacco frigida membra tegat. 
Hic cibus , hic vestis , ita strinxerat illa pudenda , 

quod vix inter eos quis nisi castus erat. 
Yirginis hic votum sibi fecerat *, ille maritus 

servabat sancti foedera conjugii. 
Tantam christicolae tenuerunt relligionem , 

dum data lex noviter, dum novus ordo fuit ; 
Sed quod habere solet noviter novus ordo statutus 

primitus ut (2) vigeat , inde tependo ruat ; 
Sic quoque relligio decrevit christicolarum , 

ut quae smnma fuit postea corruerit. 
Invidiae surgunt , sibi quisque requirit honorem 

et frater fratrem laedere non metuit. 
Ebrius efficitur qui sobrius esse solebat , 

et parcus venter solvitur ingluvie. 
Foedantur mentes et corpora commaculantur ^ 

virgo ruit vitio , castus adulterio. 
Nemo fildem €hristo nec fidum (3) s^rvat amorm ; 

nemo tenet castum se ; ruit (4) omnis homo ; 
Et quem jam Christus cruce , sanguine , morte redemit ^ 

ut redimat rursum non morietur item. 
Sed tamen ex ipsa qua praeditus est pietate 

consilium statuit ne penitus pereat. 
Legis onus minuet, toUet baptisma , decemque 

uxores unus ducere vir poterit. 
Scribere mandavit Deus haec mihi per Gabrielem ^ 

caetera jussurus tempore quaeque suo. 
His mihi de causis Gabriele superveniente , 



(1) Requirit dans B. (3) Promittum dans B. 

(2) Ul primo daos B. (4) Sic perit daos A. 



— 397 — 

sicut vidisti , concido , spumo, tremo. 
Qui simul abscedjt , ego , mox virtute resumpta , 

gratulor arcani conscius angelici. 
Tu quoque congaude quia femina sola mereris 

divinum mecum noscere consilium. » 

His Machomes dominam sic (1) decepisse putabat , 

ut quidquid dicat credere non dubitet ; 
Sed , nihil ilia putans verbis fallacius istis , 

conviciis illum taKbus aggreditur (2). 
<( Mendax, plene dolo , te sustinui patienter 

expectando diu te mihi vera loqui ; 
Sed quia nunc video te non nisi falsa locutum 

contra promissum quo mihi vinctus eras , 
Me vix abstineo quin excruciam tibi dentes , 

quin oculos fodiam , quin caput ense (3) cadat. » 
Respondit Machomes : « Ut credas profero testem 

de cujus dictis sit dubitare nefas. 
Nos omnes scimus quod , in isto monte propinquo , 

est quidam magni nominis et meriti -, 
A quo , si quisquam quae sint ventura requirat , 

quidquid respondet indubitanter erit. 
Non prece , non pretio , nullove timore moveri 

a vero poterit •, firma columna manet : 
Hic tibi quae dixi si deneget, omnia membra 

per minhnas (4) partes , annuo , tolle mihi. » 
Illa rapit verbum, sanctum commendat et (< iilum 



(1) Les deax ms. ont se , mais A indique 
Mie comme variaute. 

(S) Ces doQtes de Khadidja sur la mission 
de son mari sont altesl^ aussi par les ^cri- 
▼ains grecs ; voyez Prideaux , Life of Mch- 
homet , p. 8. Mais il n'est pas n^cessaire de 
recourir aux prodiges rapporl^s par AbouM- 
f(6da, entre autres aux anges dont les ailes 
abritaient Mabomet de la cbaleur du soleil, 
pour croire qu'un jeune bomme de 25 ans 



n'eut pas beaucoup de peine ii convaincre 
une femme de 40 de tout ce quMl voulat. 
Au reste, les ^crivains orientaux 8'accor- 
deut a dire que ce ne fut que qainxe ans 
aprte soQ mariage qae Mabomet se posa 
comme propbdte. 

(3) Ei$e dans B. 

(4) Minuat dans B ; cette contraetion de 
min%Uu» n'est point indiqu^ dans la nou- 
velle ^dition de du Gange. 



— 398 — 

cras , » inquii , « dicta conditione , petam. » 
Laudat et hoc Machomes , et , eum de nocte requirens , 

cuncta refert , et post talia commemorat. 
K Praeteriere, puto , jam ires aui quatuor anni , 

ex quo sancta domus haec mihi noia fuii ; 
Tunc nuhi dixisii quod , me facienie , perihuni 

lex nova , sacra fides , conjugium , lavacrum. j 
His adjunxisti quamplurima , more propheiae , j [ 

antea quam veniant noiificata iibi ; . • ^ ; 
Et, si praevidit per me Deus isia fuiura , 

ut praedixisii , res ita proveniet. 
Sic igiiur Chrisii desirucia lege fideque , 

in barairi poenas corruei omnis homo ; 
Nam nisi qui fuerii bapiismi fonie renaius 

ad Chrisii regnum nuUus habebit iter. 
Atiamen haec aliier fieri fortasse valerent , 

si nostris velles credere consiliis ; 
Chrisiicolis aliis desiruciis iu superesses , 

ei iemplum iecum (1), discipulique tui ; 
Et, miseranie Deo, modico de semine posset 

Chrisii cultorum surgere magna seges. » 
Sancius ad haec : « Jura ie non everiere templum , 

quodque mihi parcas discipulisque meis , 
Ei faciam quaecunque voles, ianiummodo non sint 

adversus Domini jussa sacramque fidem. » 
Ei Machomes : (c Christo contraria multa videniur 

quae dispensanier (2) saepe licet fieri. » 
Sancius aii : « Sic esi ; dic quod placei, impleo ; tanium 

servetur semen christicolae populi. » 
Juravit Machomes et subdidii : <( Esi mihi conjunx 

excellens fama , diviiiis , genere ; 



(0 Solimae templum dans A. (2) Par unc dispense; ce niot nMBqae 

dans la uouvelle ^lion de du Caiige. 



— 399 — 

Qua nubente , mihi venerunt prospera cuncta , 

sed cito turbavit gaudia nostra dolor : 
Improvisus enim morbus mihi contigit, et me 

seminecem stravit ante pedes dominae. 
Ula repentino casu turbata , simulque 

tota domus, flentes unguibus ora secant. 
Sic jacui similis defuncto pene per horam 

et , rursus sumpto flamine , convalui 
Et , satagens moestos solari , dissimulabam , 

aflSrmans passum me nihil esse mali ; 
Sed secreta Deusmittit mihi per Gabrielem, 

cujus virtutem ferre nequiret homo. 
His illa non dante fidem , te nomino testem , 

laudat, et idcirco cras tua tecta petet. 
Haec tibi confiteor ; haec antea dicere veni 

quam veniat, ne tu dicta negare queas. 
Haec et in occulto teneas , cum venerit illa (1) ; 

quae si testeris , tuque tuique ruent ; 
Et , quod jam dixi , sic christicolae perimentur 

ut jam non valeat surgere vestra fides. 
Tunc Sanctus, Ghristi plus quam sua commoda pensans , 

dicere promittit quae Machomes monuit. 
Regrediens Machomes aurorae praevenit ortum , 

ne quis eum videat et referat dominae. 
Jamque die facto, montem petit illa prophetae , 

nescia quod Machomes nocte fuisset ibi ; 
Omnia narrat ei , quae sit , cur venerit ; ille 

quae fuerat doctus a Machomete refert (2). 
Illa redit gaudens tanto nupsisse marito , 



(i) Ce TerS mabqiie dans Ji. NeqnedentJeeroiTraiemene 

(8) Le bon sens d^Alexandre du Ponl 8'esl JoL cSIT«idr» ^iilSSliW 

rifolt<& contre le mensooge de rermite ; H • Mahommet, le losengier, 

.linutA T 4 IKft • ^* " •ngrie» • lul renolt 

«ij«ui« T. iioo . q„^m jj Tllalns maus le prennelt, 

Loengee m'en convenrft faire Et qne loj nouTlele fer«It 

de IqI , lelonc mon ezaropUlre ; U de par Dlu falte ■erolt. 



— 400 — 

qui mundi matet jara , jubente Deo. 
Jam veniam poscit ; jam se peccasse fatetur 

quod jussis ejus improba restitmt ^ 
Jam yeneratur eum ; jam prorsus subditur ejus 

imperiis ; jam se non rq[)utat dominam. 
Laetatur M achomes ita se vicisse prophetam ^ 

ut per eum dominam »c sibi subdiderit ; 
Et dicit : a Nosti tibi me non falsa locutum ; 

certam te (1) fecit iUe futura videns. 
Nunc igitur quid agas te doctam convenit esse : 

quando superveniet angdus iUe mihi , 
Sicut jam dixi , virtuton ferre nequibo ^ 

sed tremulus, spumans , protinus ipse cadam. 
Tu yero statim me veste teges pretiosa , 

donec item redeat angelus ad superos. 
Si quis enim videat me ialem , nescius alti 

consilii , morbo me cecidisse putet » 
liia refert : « Pro posse geram quaecunque jubd[)is ; 

intendent in te mens, manus, os, oculi ; 
Contra stare tibi praesumet nemo meorum , 

nam tua sunt melius , quam mea quae mea sunt. » 

Hinc simulat Machomes vultum solito grayiorem , 

et , yelut e coelo venerit , alta sonat. 
Sic risum vitat et verba moventia risum , 

ut stupeat quisquis antea nosset eum. 
Sub terra Machomes cameram fieri sibi fecit , 

in quam praeter eum nullus haberet iter. 
Quam Machomem conjunx ideo fecisse putabat , 

ut Domino posset vivere liberius. 
Sed vitulum niveum Machomes absconderat intus , 

cujus erat potus Bacchus, et esca Ceres, 
Qui sic doctus erat studio Machometis ut ejus 



(!) Me dans B. 



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— 401 — 

se genibus flexis sterneret ante pedes •, 
Et persistebat in teira sicut adorans , 
donet surgendi signa daret Macbomes (1). 

Contigit ut fierent illic solemnia quaedam , 

ad quae convenit patria tota fere 5 
Per se magnates, per se plebs , et muliebris 

a maribus sexus dissociatus erat. 
Femineus sexus in veri)is semper abundat ^ 

dixeris arcanum , vix reticere potest. 
Sic uxor Machomis conventu dixit in illo 

quae celanda sibi crediderat Machomes. 
Namque sui dum quaeque viri laudes memoraret, 

omnibus ipsa suum praeposuit Machomem , 
Dicens : « In vestris quidquid laudabile constat 

longe praecellit in Machomete meo. 
Quin etiam , nova si qua Deus proponit (2) agenda , 

angelus iile meo nuntiat ante viro ^ 
Et , quia conjugii nos castus amor facit unum , 

nuUa putat Machomes non retegenda mibi. 
Unde, fidem mihi si facitis secreta tenere 

quae vobis dicam., mira futura loquar. » 
Affirmant omnes se nulla prodere causa , 

donec eis Machomes ipsave praecipiat. 



(!) Oa a dil aussi qne Mabomet avait 
habitu^ une colombe k voler sur son ^paule 
et k lui becqueter roreille, el qullpr^ten* 
dait recevoir les ordres de Dieu par son 
interm^diaire ; voyez Scaliger, Notae in 
Manilium ; Grotius , De veritcUe religio^ 
nis christianae, I. vi, p. 102; Naud^, 
Coups d^Hat, ch. iii, p- 322, et M. Di- 
dron, Iconographie chritienne, p. 460. 
Pococke , Specimen historicorum arabwn, 
notes, p. 187, et Gibbon, Histoire de la 
dieadence de VEmpire romain, t. X, p. 
124 , note 1 , ont assur^ qu'aucune trace 
de cette tradition ne se trouvait en Orient; 
mais on lit dans Gabriel Sionita et Jean 
Hesronita , Tractatus de nonnullit orien- 



talibus urbibut , cb. vii, p. 21 , a Tappen- 
dice du Geographia nubientis : Summa 
columbarum copia invenitur; quae quia 
sunt de genere atque stirpe ejus quae ad 
Mahomedis aures (ut Moslemanni nugan- 
tur) accedebat, eo polient priviiegio atque 
auctoritate, ut non solum eas occidere, 
sed aut capere aut fugare nefas esse existi- 
ment. Le siience que gardent Hildebert et 
Galierus prouve cependant que celte Iradi- 
tion n'^tait pas fort r^pandue pendant le 
XUesi^le, quoique, ainsi qu'ou le verra 
plus bas, Vincentius de Beauvais en eikt 
connaissance dans le Xllle. 

(2) Ditpanit dans A. 

26 



— 402 — 

Tunc quidquid Machomes seeretum dixerat ilU 
ipsa revelat eis , ordine quaeqne suo. 

Omnes mirantur, omnes hanc esse beatam 
dicunt, quod tanto sit sociata viro. 

Finito festo , redeunt ad propria qoique 

atque domi referunt diota vel acta foris ; 
Cumque referretur quonmdam plurima Tirtos , 

yirtutum Macbomis mentio majorOTat; 
Nec tamen ullus adhuc procerum secreta scidiat 

quae dominabus ^rant cred^ de Madiome. 
Quae licet illarum fidei mandata fuisseiil , 

una nocte tamen non tacuare yiris : 
Scilicet arcanis Machomem coelestibus uti , 

et ventura prius noscere quam venianl ; 
Quod lex a Christo data dura nimis, moderanda 

per Machomem , Domino praecipiente, forel^ 
Multaque praeterea quae supra diximus, aut qoae (1) 

sunt retegenda suo tempore sive loco. 
Mirantur proceres super his , seeomque revolyiiiil 

quidnam portenti talia significent. 
Hi dubitant fieri tot tantaque per Machoo^tem ^ 

hi dubitare putant de Machomete nefas. 
Nam , dum respiciunt virtutes anteriores , 

coguntur per eas his quoque ferre fidem ] 
Ne vero quisquam remaneret pendulus ultra , 

de se dicturus ille vocatus adest. 
Excipiens illum summo conventus honore 

surgit 5 et in primo dat residere loco. 
Tunc Machomes causam conventus quaerit, et unus 

quem commendabat lingua, genus, probitas , 
Cygnea canities (quis enim praesumeret alter, 

aut sciret tanto reddere verba viro ?) , 

(l) Atque dans B. 



— 403 — 

Hic igitur talis ac tantus , supfdice voce , 

vultu demisso , sic revemiter ait : 
(( patriae custos I spes ! gloria no8tra ! 

nos omnes servos noveris esse tuos , 
Nec servos durum qui te dominum patiamur, 

sed quos more patris corripiendo fbves. 
Propterea quotiens audinma grandia de te , 

quisque velut proprio gaudet hoAore luo. 
Quae vero de te miranda modo refa^untur, 

extoUunt coeli nomen ad alta tuum. 
Nam si eonsiliis divinis participaris 

et Deus arbitrio tractat agenda tuo , 
Angelus aut Deus es humano corpore tectus , 

jam tibi divinus e&hibeatur honor ! 
Jam tibi donentur thymiamata , thura crementur, 

ut te pacatum mundus habere queat ! » 

Respondit Machomes : <( Ne me jactare viderer, 

propositum fuerat ista silere mei (1) ; 
Sed quae vult per me fieri divina potestas , 

per me non fieri criminis esse reor. 
Ergo locus certus et terminus instituatur, 

in quo conveniant cum populo proceres , 
Ut referamus eis quae sit divina voluntas , 

qualiter infirmis parcere provideat. 
Longinquas igitur percurrat epistola partes , 

nuntia conventus , temporis atque loci. » 
Dictum laudatur ^ edictum mittitur ^ omnes 

tam Machomi(s) nomen quam nova fama movet. 
Conventu facto , Machomi(s) facundia captat 

aures et mentes , gestibus , ore, manu ; 
Unde satis miroi^ si vel fuit unus in illis 

qui Machomis verbis nollet habere fidcm. 

(i) Mihi dans fi. 



— 404 — 

Dixit quae supra jam me scripsisse (i ) recordor ; 

propter quod breviter sont memoranda nrihi : 
Quod Moyses redeat , Ghristo cedente , vetusque 

ritus agatur item, lege cadente nova ; 
Quod sacramentum cesset baptismatis , et quod 

circumcidendi moa itennn redeat ; 
Quod licite denas uxores dncere possit 

unus , et una decem p0(ssit habere viros. 
Haec postquam dixit Machomes , et caetera quae se 

dicere dicebat , praecipiente Deo , 
<( Ascendamus, » ait, « mcmtem quem cemitis illic ; 

fortassis nobis coelica verba sonent r 
Sic etenim quondam Moyses de monte refertur 

in tabulis legem dante tulisse Deo. » 
Hic praetendebat Machomes verissima , venim 

sub specie veri deciiMebat eos. 
Nam prius occulte montem conscenderat ipsum 

in quo mel multum lacque recondiderat. 
Montis enim culmen , qua nescio foderat arte , 

ut tuto liquidum quid retinere queat. 
Mel igitur Machomes foveae commiserat uni , 

altera lac tenuit dum Machomes voluit : 
Sic quoque cespitibus fovearum texerat ora , 

ut nullus fossae possit habere notam. 
Praeterea taurus , quem me memorasse recordor, 

cujus erat potus Bacchus et esca Ceres , 
Haud procul a foveis lactis mellisque latebat 

leges confictas a Machomete gerens. 
Huc igitur postquam Machomes , proceres populusque 

venerunt, Machomes quemque siiere jubet. 
Quo facto , quasi consilium Domini , manifestat 

quid de mutandis legibus instituet ; 

(I) toixiite dansB. 



— 405 — 

Sed cum nonnullos super his dubiiare videret , 

immo per paucos his adhibare fidem , 
Sit ait : (( A Domino devote signa petamus 

quae valeant servos certificare suos. » 
Tunc , genibus flexis , stementes oorpora terrae y 

ex desiderio cordis ad astra volant -, 
Cumque rogata diu pietas divina fuisset , 

surgens, surgendum signifieat Machomes. 
Post haec assumptis secum senioribus , iUuc 

ducit eos quo mel lacque recondiderat ^ 
Erectis igitur oculis manibusque, refertur 

ad Dominum tales exbibuisse preces. 

<( pater omnipotens qui verbo cuncta creasti , 

quique creata regis , cuncta movens (1) stabiUs , 
Qui de te genitum fecisti sumere camem , 

qui mundo vitam mortuus ipse^dedit; 
Quique novae legis per eum mandata dedisti , 

quae si quis servet vivere semper habet ! 
Sed quia jam senuit mundus , vix illa tenere 

quis valet ; unde prope jam perit omnis hoitio ; 
Si placet ^go tibi le^s mollire rigorem 

(quod te facturum me docuit Gabriel) , 
Digneris praeter solitum mundo dare signum , 

per quod noscat in hac te sM parte pium. » 
Sic prece finita , Machomes inquirere coepit , 

nunc hnnc , nunc illum dissimulando locum; 
Post , tanquam casu , fossas divertit ad illas 

mel ubi lacque prius ipse recondiderat. 
Porro cespitibus , nunc hinc , nunc inde , remotis , 

altera fossarum mel dedit , altera lac , 
Quo magis indicio pietas divina placeret ; 

dulcia mel superat, lacte quid albius est? 

(1) Regii cuncta, manent slabilis dans B. 



— 406 — 

Attamen ut dubius Machomes probat ore saporem ; 
post illum gustant ordine quique suo (1). 

Tunc extollentes voces et corda manusque , 

grates divinis laudibus accumulant ; 
Et Machomes , lacrymis ficta pietate profusis 

atque diu tonso pectore, sic loquitur : 
« Ecce videtis , » ait , « quanta dulcedine mundum 

et mundi leges conditor orbis agat ; 
Melle figuratur quod legis amara recedant , 

lacte quod ut genitos nos alat ipse suos. » 
Hisdictis, rursus ita flesse refertur, utomnes 

illius exemplum moverit ad lacrymas ; 
Tunc ait : « Oremus, ut sicut raontis in alto 

Ghristum discipulis jura dedisse tiqii^ 
Et sicut iegem Moyses in monte recepit 

quae fertur digito scripta fuisse Dei , 
Sic quoque nos scripto dignetur certificare 

qua genm humanum vivere lege Tdit« )) 
Quo facto^ Machomes tanto clamore replevit 

aera, quod coelos intonuisse putes ; 
Tunc taurus qum nutrierat (quod jam nMinoravi) , 

qui juxta gracih fune ligatces arat ; 
Exilit ad vocem Machoraetts , vincuia rumpit (^) 

et domini pedibus stratus tdorat eum. 

(I) Pour ne pas sciider le passage de oeiusuetiidiiie quadam edooluf ut de maDo 

Vinceutius de Beauvais, nous le donnerons ejus pabuluro acciperet, ad vocem ejus co- 

ici en entier, quoique une partfe ne se rap- ram po|M]lo viBDit, et quast )egis novae 

porte qu'aux vers suivants : Et ut ejusdem mandata coelitus missa, quae ipse comibus 

missioni ad instar Moysi prodigia quaedam e;ju9 alRgaverat, detnlit. Sed et picerias 

viderentur attestari , populum assignala die lacte ac meUe plenas, quas ipse in certis 

convocavit ad certum h>cum , quasi legem locis terrae latenter infoderat , quasi per 

divinitus missam in signis ei prodigiis a«cep- divinam revelatlooem iMdcm effodi fecit, 

turum. Tunc, eosermocinante ad populum, et populo, velut in signum abundantiae 

columba quae in vicino erat, ad boc ipsam Aiturae qunm per ejusdem legis observan- 

fallaciter edocta , super bumerum ^us ad- tiam idem populus mereri juberetur, osteo- 

volans stetit , et in ejus aure , jutta morem dit ; Speculum historiaU , I. ilxiv, ch. 40, 

solitum, grana inibi reposita comedens, ^. de Nuremberg, 1483. 

quasi verba legis ei suggere simulavit. (2^ Rupit dans A. 
Taurus quoque , similiter ad boc ipsum 



— 407 — 

Hic igitur leges comu gestabat utroque 

fictas et scriptas arte, maou Machiuais. 
Quo viso, HaclKmies coepit simulare stuporem 

ac si noa alio tempore nosset eum. 
Tunc propius pl^ et [sw^res accedere jussi , 

sollicite (1) vitulum scriptaque prosptciunt (2). 
iDveniunt illie ea quae confinxerat ille 

astutus Uacfaomes mente , dolo , maiubus ; 
Ut sacramentum baptismi destituatur, 

circumcidendi l^e levante caput ^ 
Ut Christi camis et sanguinis ocddat usus 'i 

et redeant aries, hircus, ovis, vitulus; 
Ut denas ducat uxores mascutus imus . 

et (3) pc 
Plurima pi 

quae,ii 
Hultaque 

quae sci 
Verum qui 

quas lai 
Viri.utes e' 

quod sil 
Et,satisa 

de coelo missum quisque putabat eum. 
Hinc quam detulerat legis mandata probantes 

obsequium spondent nutibus , ore, manu. 
Esactis igitur solemnito' octo diebus, 



H)Soilerl» dans B. '^^^'1^1»° "^a/^^^i"!^ 

(S) Le wureaa Hane «mime du lail et ° " giitori» Mahamttit, t.3«. 

*leY* ea Becrel M trouye aossi dms Hilde- „^^^ [■hiaioirB est differente ; cdui qni 

™*' parrieDdia h domplei ce tsureau doit de- 

Bn^^inDUiidUiiuu^iiuriii cuiemu' que HBhomet eu a piis, c'esl lui que le 

nt miiiL p.io.1 <|kJi1uio« 1«««. peuple teconnall poui 50Uvct»iii. 



— 408 — 

laetus et admirans ad sua quisque redit. 
Taurus cum S(rio solus Hacfaomete remansit; 

at Machomes illum claosit ut ante fuit , 
£t pascebat eum dum vixit ut ante soldiat ^ 

se tamen excepto nemo videbat eum , 
Cumque rogaretur Macfaomes quo taurus abisset , 

per quem de coelo lex nova missa foret , 
Ad superos iUum Hachomes dicebat (1) abisse , 

unde petisse prius ima docebat eum. 
Credebant quidqui^ Machometis ab ore sonabat 

ac si coelestis nuntius iile foret : 
Credebant igitur quia taurus ad astra regressus 

virtutum numero consociatus erat : 
Credebant Machomem terris ideo superesse , 

ut praesit mundo cum Deus astra regat. 

His ita transactis, modico post tempore, cum jam 

gens sua tuta satis sub Machomete foret , 
Insurrexerunt in eos, gens effera , Persae 

omnia vestantes igne , fame , gladio 5 
Namque querebantur Idumaeos fraude tenere 

juris Persarum praedia, castra, domos : 
Quae nisi restituant, possessa minantur eorum 

subjicienda modis omnibus exitio. 
Talibus auditis , turbatur gens Idumaea , 

et contra Persasbella tenere (2) parant. 
Attamen inter eos qui consilio meliores 

esse videbantur, corde vel ore graves, 
Ante requirendum persuadent a Machomete 

quam contra Persas tale quid incipiant (3). 
Qui respondit eos non posse resistere Persis , 



(t) Fingebat dans A. en prpse ; ainsi on trouve dans Giceron : 

(2) Movere dans B. Si ei contigissetf ut te ante videret quam 

(s) Gette tm^ d'antequam ^tait quel- a vita discederet ; Epiitolae ad fawMia- 

quefois usit^ dans la bonne latinit^ , m^me res , 1. ii » lettre 2. 



— 409 — 

credendum potius quod sibi jure petunt. 
Tunc quidam juvenes ingenti corde , lacertis 

fortibus instructi spicula dirigere , 
Muniri clypeis , etiam fugiendo sagittis 

hostes Parthorum more ferire suos , 
Sic aiunt Machomi.: (c Si sic dimittimus ista 

quae r^tunt Persae, tollere cuncta valent : 
Nam , velut infirmos nos et pavidos reputantes , 

a modicis tendent ad potiora manum *, 
Nostraque libertas periet ; sic nostra manebunt 

regis Persarum subdita colla jugo *, 
Sed Deus avertat ut vivi sic pereamus , 

et nostrae gentis (1) vivat ad opprobrium! 
Nam cur portamus pbaretras , cur tela tenemus , 

cur tegimur clypeis , spicula cur gerimus , 
Si sic uxores , si sic sine sanguine terras , 

si sic servitio pignora cara(2) damus? 
Per gladios veniant , sit eis transire per hastas ^ 

mors gentem nostram vincere sola potest : 
Si vinci tamen est ubi non animus superatur , 

sed caro solajacet, dum caput ense cadit (3). » 
Omnes collaudant dictum, Machomemque precantur 

ut contra Persas dux sit et auctor eis. 
Opponit Machomes aetatis tempora longa , 
' vires consumptas corpore jam vetulo , 
Se bello modicum vel nullum ferre juvamen , 

quin magis ut senior ipse juvandus erit. 
Praeterea coeli dicebat abesse favorem, 

quo sine nil vires, nil valet ars hominum. 
Has propter causas dicit se beUa cavere, 

ne quibus esse velit utilis, hic noceat. 



(1) GefUi dans A; ce vers est ainsi cor- (2) Noitra dans B. 
rompu daus les deax ms. , peu(-6(re faut-il (3) Dum cadit ente eaput dans A. 
lire aut nome» ffentit. 



— 410 — 

Ad quod dum , tftmquam victi , rattone sttereiit , 

sic Machomi quemdam verba dedisse fenuit : 
(( Quod Dominus noster Machomes excustt iaire 

praelia , ne juvenes impediat seoior : 
Dicimus econtra juveoum minus acta valere 

si non consilium dirigat illa senom; 
Unde necesse reor nt sis quoque corpore praesens , 

ut gens no^xa tuum currat ad arbitrium. 
Praeterea scimus te tot non esse dienmi , 

quin bene si sit opus arma mov^re queas ; 
Scimus et audacem ; melior te nemo fuisse 

creditur , haec semper fama tui maneat ; 
Quodque negas coelum nobis ad bella movere, 

ob culpam nostri criminis esse reor 5 
Sed constat quoniam Deus est ^mmae pi^atis , 

parcens peccanti (t) si l^ene poeniteat : 
Sic de flente Petro , sic de latrone beato , 

sic de Ma(t)thaeo pagina sancta docet. 
Hi peccaverunt graviter, sed poenituerunt •, 

unde Dei pietas cuncta remisit eis : 
Sic et nos culpas nostras punire parati , 

omnia spondemus quae £acienda <k)ces ; 
Carnem torm^tis quantislibet afficiemiis, 

extensis sursum mentibus et manibus« 
Sic Ninivitarum non desperamus ad i!»tar 

placandam nobis , si qua sit ira Dei ; 
Si magis hircorum , taurorum vel vitulorum 

victima delectat , sacrificemus et haec ; 
Quod cum fecerimns , qua te ratione re^rdes 

a servis dominus , a genitis genitw ? 
Si placet , uxores , infantes , tota supellex 

sit commissa tibi , cum pueris sedeas , 

(1) Peccati dans B. 



— 411 — 

Des modo consilium , nos pradia sustineamus ; 

nos fcriant hostes ^ nos feri^us eos ; 
Si supei amus eos , laus sit tua *, si superemur , 

stultitiae nostrae deputet omnis homo! » 
Hoc laudant omnes ; Hachomes plorasse refertur 

quod sie quisque suum tendit ad interitum : 
Attamen assensum faciens , se spondet iturum *, 

sicque datur pugnae terminus atque kMnis. 
Dicitur hoc Persis ; verum nihilominus ipsi 

insistunt, rapiunt, excruciant,^perimunt. 
Terminus advenit , locus insinuatur , adesse 

Persae non metuunt, hostis uterque roit : 
Pugnant, oppugnant teiis , nuicronibus , hastis; 

sed socios Machomis bella premunt grayius. 
Porro cernentes Idumaei se superari 

a Persis bello (1) , viribus et numero. 
Dimittunt Machomm , loculos aurumque ferentem , 

quae natis reddat conjugibusque suis ; 
Ne , si forte patres perimantur sive mariU , 

paupertas matres opprimat et pueros : 
Dumque redit Machomes, quorumdam tenq^a Deorum 

temporis antiqui cemit et intrat ea. 
In quibus argentum , loculos aurumque reponens 

quae sibi servanda gens sua tradiderat , 
Exiit accludens et signans osUa post se , 

et sic ad dominas tendit, et ad pueros ; 
Tendit et ad reliquum vulgus, quod inutile bello 

dimissum fuerat haud procul in casulis. 
Ejus enim gentis mos dicitur iste fuisse, 

et fortassis adhuc istud enim faciunt, 
Ut, si quando procul vadunt (2) ad bella gerenda , 



(i) Qvofqiie ostte le^ se tronve dans prtf^rence armis ou Persarum a copHt. 
les deux ms. , peut->6lre doit-on lire dc {^) Vadani dans B. 



— 412 — 

ducant vd (1) portebt iiKd>ile quidqoid btbent. 
Ergo , dum Haobome» et yidgus inutile bdli (2) 

stat procul , eyentum noBse rei ciqnens , 
Astute Machomes cunctis Manditur, nt aeti» , 

ut genus , ut sensus bujus et bujus erant , 
Dicens : « comites , yestri mibi cura reUcta , 

et juvenum pietas , debilitasque senum , 
£t fragilis sexus monet et movet intima cordis , 

usibus ut vestris commoda provideam. 
Scitis quod nostris ad bdk volentibus ire 

adversus Persas ut facerent vetui ; 
Quod non fecissem , si non divinitus iUud 

praescissem vetitum , praecipiente Deo ; 
Et quoniam vetitum divinum praeterierunt , 

omnes, ut timeo , destruetira Dei. 
Sed vos insontes quid poenae promeruistis , 

infans , mater , anus , vema , pueila , senex ? 
Ergo Deus vobis parcet ; vestraeque puellae 

et pueri tbalami foedere convenient ; 
Taliter ut denas sibi copulet unus , et una , 

si libeat, denos copulet ipsa sibi ^ 
Nec tamen ille , Deo mandante , putetur adulter , 

nec reputetur ob boc criminis illa rea. 
Cultor enim terrae , si multos seminet (1. seminat?) agros, 

messibus e multis horrea multa replet (3) ; 
Sic et ager quando multis versatur aratris , 

si fecerat sterilis , ferUlis efficitur. 
Sic gignet (4) multos multis e matribus iUe ; 

illa (5) vel ex uno semine concipiet : 
Nam si de tot erit natura frigidus unus , 

(1) Bt dsns B. Interea, quoties hansttun craten repleri 

_ „ , _ Sponte sua, per seqne vident succresoere vin». 

(a) BeUwn dans B. « * i i - ««« 

) i ^ ^ . . • . . .. . Metamorphoseont I. vm, y. 680. 

(3) Refert dans B ; mais la premi^ syl- _ . . , . j « 

labe de refdet «talt doutoose, mdme daos W ^»*^^ ^^ A ; ffemnei dAHS B. 

la boDoe laUnit<i : (5) lUe dans B. 



— 413 — 

alter erit calidus et sobolem faciet ^ 
Sicque volente Deo , sine fructu nuUa mand>it 

nec sterilis metuet (1) arboris illa rogum. » 
Dum sie sermonem Maehomes praetendit ad omnes , 

nuntius unus adest, solus et ipsemalus; 
Omnibus occisis, se clamat ab hostibusunum 

esse reservatum tanta referre mala. 
Exoritur luctus ; clamor tentoria replet^ 

plorantum ad coelos tollitur usque sonus. 
Vir, matrona sonat , pater, infans, sponsa , maritae^ 

flet genitor genitum , vemula flet Dominum. 
Tunc Machomes inquit : « Deus hoc providerat esse , 

non aliter decuit ^ parcite jam lacrymis ; 
Quin magis oremus omnes Domini pietatem , 

ut nos et nostros , cunctaque nostra (2) regat, 
Etquibus abstraxit solatia tanta virorum 

vobis vel loculos reddere susUneat ! » 
His dictis , procedit eos ad templa Deorum , 

in quibus ipse prius abdiderat loculos. 
Tunc, velutignorans, girabat^ denique, tanquam 

munere divino , repperit introitum. 
Ingrediens rqperit loculos , et signa quibusque 

in loculis monstrant singula cujus erant. 
Femina quaeque sui cognoscit signa mariti 

et recipit juris quod patet esse sui. 
Inde maritantur juxta legem Machometis, 

et vivunt omnes ejus ad arbitrium. 
Plurima pax illic viguit, Machomete vigente, 

pacatis cunctis hostibus arte sua ^ 
Unde Deum Machomem reputabant , atque per illas 

parte^ ipsius (3) nomen erat celebre. 
Transactis igitur in tanta pace diebus 

(1) Mutuet dans B. (") Illius dans B. 

(2) Ifostraque cuncla dans A. 



— 414 — 

qui vitae Hachomis exstiterant spatium (1) , 
Mortuus estMachomes et praemia digna recepit, 

infemi poenas , ut teoet ahna fides. 
At sua gens cred^is quod spiritus ejus ad astra 

transisset , metuit subdere oorpus humo. 
Instituens igitur operis miralHlis arcbam , 

intus eum posuit quumnelius potuit. 
Nam , sicut fertur , ita vas pendere yidetur , 

intra quod Machomis membra sepulta jacent , 
Ut sine subjecto (2) yideatur in aere pendens ^ 

sed nec idem rainat ulla catena super (3). 
Ergo, si quaeras ab eis qua non cadat arte , 

fallentes Mach(Mnis viribus hoc reputant. 
Sed yas reyera circumdatur undique ferro , 

quadrataeque domus sistitur in medio ; 
Et lapis est adamas per partes quattuor aedis , 

mensura distans inde yel inde pari *, 
Qui yi naturae ferrum (4) sibi sic trahit aeque , 

ut yas ex nulla cedere (5) parte queat (6). 

(I) qul «patlum vltao MachomU eMtiterant Poeloe lotini minOTeSf t. I, p. 

daos les deux manuscrits. ^* 

/ax C.....W..VIO H.n. « '^^^y^ *"^* "*"' Auguslin , De civilaie 

(«) Suppoitto dansB. Dei, I, xxi, ch. 6. Mon RaOki, Bisto- 

(3) Le tombeau suspendu en 1 air de Ma- rias eeeletiasUcae , I. ii, c*eftt *l^ dans le 

homel, ffr^pLa tieTCtdpi^otitvov, se trou?e temple de S^rapis k Alexandrie, el Cassio- 

aussi dans Laonicus Chalcocondyles , De dore, Variarum, I. i, let. 45, raconte la 

rehus iurciciSy I. iii, p. 66, et on lit dans m«me chose d'une sUtue de Cupidon, qui 

Hildebert : ^i( saspendue dans le temple de Diane. 

Sic opn» elatom, »olo magnet* paratmn, U) Feretrum daUS B. 

in medio «teterat quodvelut»rcu»«mt, ,^y. rnAMm-M A«^a i» . «.-»- i^ -x 

subquoportaturMahumet, tumuioqueiocatur; w tyaaere dans B; mafs U prcmidre 

qui, si quii quaerat, aere paratus «rat : Syllabe CSt brdVC. 

Et sic pendebat, quod yls lapidum faoiebat. bien plUS detaiUeO : 

BiUoTia UakimetU, r. «27. S'UlrML^m°<^S«VS; 

C*est une tradition populaire qu'on appli- Uno maiaonnete voit*e 

quait k diffircits endroits; ainsi Ausone K>nm'frii*ir^Jli^ 

disail daUS SOn po^me De MoSella : nl a rlen ne ront atachi^ ; 

Conditor hic forsan fuerit rtolemnidos aulae mais li aj-mans le sonstient 

Dinochare.;quadroculinfa9(lsiacono Par sa nature seukment . 

Suririt , et ipsa suas consumlt Pyrami» umbraa , j, touto partie injraument. 

Jussus ob incesti qui quondam foedus amoris Noquedont n'l atouche mie 

Arsinoen pharil suspendit in aere templi : ^ „.j, ^^^^^^ ^ y^^^^ . 

Spirat enim tocti testndino Corus Achatcs Alns dist que Mahons par miracle 

AlBatamque trahit ferrato onne pueUam. ^^ soustient en son nbitacle. 

Idyllium x, v. 31 : dans Lemaire , Roman de Mahomet^ v. 1902. 



Sic igitur Macbomem divo venerantur honore , 

et venerabuntur dum Deus ista sinet. 
Urbsubidicuntur Hachometis niembra sepulta, 

nou sine portento Mecha vocata fuit \ 
Nam Uachomes immunditiae totius amator 

moechiam docuit , moechus et ipse fuit (1). 
Sic, ob praeteritos actus vel signa fntura, 

multis imponi nomina saepe solent ; 
Sic est dicta Babel (2) quod e»m qui constitueba{n)t , 

dum per eam vellent scandere sununa poli , 
His Deus indignans linguas confudit eorum, 

ut linguam nemo nosceret alterius. 
Sic reor Aegyptus tenArae (3) sonat, obtenebrata 

et ducis et populi corda futura docens. 
Plenius hoc dicit Moyses, ego taedia vito; 

tuUoysen,si vis caetera nosse, lege. 



POESIES DABilLA^RD. 



Personne ne prouve mieux qu'Abailard(l) la versatilit^ de la 
gloire (2). Les plus vives intelligences de son temps se pressaient 
au pied de sa chaire pour recueillir ses moindres paroles (3) ; 
chacun de ses livres agitait son si^cle comme un combat k main 
armte -, les plus savants docteurs attaquaient k Fenvi et d^fen- 



(I) Pierre Abailard naquit en 1079, k 
Palais, prte de Nantes : son p^re 8'appelait 
Birenger el sa m^re Lueie; car on lit dans 
le calendrier da Paraclet : « %i\ cal. novem- 
bris obiit Lucia» mater magislri nostri Pe- 
tri.» 11 mourut au prieur^ de SaintrMarcel , 
pr^ de GhAlons, et T^pitaphe qu'on lisait 
autrefois sur son tombeau ne laisse aucun 
doute sur T^poque de sa mort : « Obiit mag* 
nus ille doctor xi cal. maii mcxlii, anno 
suo climaterico. » 

(3) On connatt jusqu'ii six ^pitaphes d'A- 
bailard , oii les doges les plus emphatiques 
lui ^taient prodigu^s : 

Est Mtis , in tumalo Fetras hic jacet Abaelardas , 
cai soU patait scibile qaicqaid orat. 

Voyez sur ces ^pitaphes VHittoire 1%U6~ 
raire de la Francey t. XI 1, p. 102, note. 
Sa grande r^putation lui survdcut bien peu 
de temps , puisque P^trarque disait dans le 
Xrv« si^cle : «Damnavit Bernardus, cIa-> 
raevallensis Abbas, Petrum Abaelardum, 
literatum quondam virum. » 

(3) Quand Abailard se fut fait moine d 



Saint-Denis, une d^putation de ses el^es 
alla le prier de reprendre ses le^ons , et , 
lorsquMI eut consenti k rouvrir une ^cole h 
Saint-Ayoul de Provios, il compta , si Tou 
en croit plusieurs t^moignages contempo- 
rains , jusqu'^ Irois mille auditeurs. II dit 
lui-m^me quMIs ^taient si nombreux «Ct nec 
locus hospitiis nec terra sufficeret alimen- 
tis ; » Opera , p. 19. Pour conlinuer k Ten- 
tendre, une partie ne craignit pas m^me 
de le suivre dans la solitude oCi il se relira 
prds de Nogent-sur-Seine , et la chanson 
latine ayaut pour refrain : Tors a vers 
nos 1% mestres , dans laquelle Hiiarius se 
rendit Tinterpr^te des regrets de ses con« 
disciples, fut compos^, selon VHistoire 
liU4raire y t. IX, p. 86, quand Abai- 
lard quitla le Paraclet pour son abbaye de 
Saint-Gildas de Ruits. Mais dvidemment 
c'est une errenr; il ne faut, pour le recon- 
naltre , que Ilre le troisi^me couplet : 

Detestandos est ille nuticos , 
per quem cessat a scbola clericas ; 
gravis dolor, quod quidam publtcus 
id eflSclt ut cossel logicus. 



— 417 — 

daient ses idees (1) , et il n'^st reste de tout le bruitqui se faisait 

autour de lui que le souvenir de ramour qu'il avait inspire k 
une jeune fille (2) , et d'une mutilation qui le rendit presque 
aussi ridicule que digne de pitie. L'histoire de son enfance, le 
nom du maitre qui developpa son amour de la dialectique et ses 
premi^res id6es m^taphysiques (3) , Tetendue et la profondeur 

(1) Roscelin, Albericus, Lotultus, GuiHauine el d*Bilo'ite ton 6pouse , par dom Gervaise, 
de Saint-Tbierri , saint Norbert et safnl eHe serait morte le 17mai 1164; maisrin- 
Bemard Pattaqu^rent avec beaucoup de concevable obscurit^ qui rend incertaines 
force (voyez enire autres saint Bemard , les circonstances les plus remarquables dc 
OperQt p. 640-657); et Ton compte parmi la vie d'Abailard 8'est ^tendue aussi sur 
ses admirateurs Arnaldus de Brescia ; Jo- elle : on lit dans r^pitaphe que nous cition» 
hannes de Salisbery, qui dans sou Metalo-* tout-^^rheure : « Heloissa vero (obiil) xvi 
gieutf I. II, ch. x,p. 802, rappelle C/oriM cal. jun. an. mclxiu. Creditur enim xx 
docior et admirabili» omnibut; B^ranga- annis et amplius marito supervixisse, » et 
rius de Poitiers, qui ne craignit pas d'atta- comme le dit VHittoire liUiraire de la 
quer saint Bernard lui-m^me de la ma- Franee^ t. XH, p. 629 : « Aucun des ancieos 
ni^re la plns vive dans une apologie ins^r^ monuments ne nous instruit ni de Tann^ 
dans les GEworet d'Abailard (p. 302), et de sa naissance, ni de celledesa morl, ni 
Pierre>*te-V^n^rable , qui disait dans une de sa patrie , ni de sod extraction. » 
^piiaphe, rapporl^e par Niceron, Jf^motrea (3) Dans son Introduction aux Ouwaget 
pour tervir d Vhittoire det hommet il- iniditt d*Abailardt p.XL-XLiii, M. Goa- 
luttret dcmt la ripublique det lettret , sin a pr^tendu qu*il avait re^u des le^ns 
t. IV, p. 19 : de Roscelin; et cette opinion aVait Ailk M 

GaUoram Bocrates, puto mazimtu Hesperiarum , avanc^ par Othon dc Freisingeu, De gettit 

i^oster Ari»toteies, logici. quicunqae fuerunt Frederici f, 1. 1 , ch. 47; mals lo contraire 

▲ut par aut meUor, studlomm cognltus orbls .^ , ' ' « • u * ni. .t a. • 

PrinJeps, Ingenlo VErius, suMUls et acer, a ^t^ SOUtenU par Salabcrt, Ph%lotopkut 

OmnU Tl superans rationis et arte loquendi Ifominalium Vindicata (Paris, 1651, ill-8o), 

Abaeiaidus erat. ^j p^j l^ auteurs dc VHittoire littiraire^ 

(2) L'abb^ Papillon a dit avec beaucoup t. IX, p. 3;i9, et t. XII, p. 87. Malgr^rex- 
deraison: «Queique m^itequ^Abailard ail pression respect^ieuse dont Abailard 8'est 
eu du c6ii de Tesprit et du c6t^ de la servi en parlant de Roscelin {Ouf)rage$ 
science, on parlerait moins de lui sans Fin- iniditt^ p. 471)', qui t^tait regard^ comme 
trigue galante qu'il a eue avec la belle et 'le chef des Nominaux, dont il avait fini par 
savante H^loYse. » C^tait une femme fort soutenir les id^ , cette deroiire opinioa 
extraordinaire et bien plus r^llemenl dis* nous paralt beaucoup plus vraisemblable. 
tingu^ qu'Abailard. lHalgr^ T^clat de sa D'abord , quoique les d^tails que nous 
faute et Tint^^t de son enfant, elle aimait avons sur cette partie de la vie des deux 
mienx rester la matlresse d'Abailard que de pbilosophes sofent assez circonstanoite, on 
devenir son ^pouse : Si autem sic (coeltbes) ne saurail ddterminer avec quelque raison 
laici gentilesque vixere , quid te clericura T^poque k laquelle Abailard aurail pu rece- 
atque canonicum facere oportet? lui ^crit- vnir cet enseignement , et plusieurs laits se 
elle; Abaelardi opera, p. 16.Elle va mdme concilient fort mal avec cette supposition. 
jusqu'^ dire, Ibidem, p. 45 : «Eisi uxoris Dans rhistoire quMI a faite de ses mal* 
nomeu sanctius ac vaKdius vide(a)lur, dul> heurs, Abailard nomme plusieurs mattres 
clus mihi seroper exstitit amicae vocabu- dontilrecutdlrectementlesle^ons, elRos- 
lum; aut, si non indigneris, concubinae celinn'en faitpoint partie : lorsquMI vinl k 
vel scoTli. » On comprend que ses contempo- Paris, il ^tait R^aliste puisqull y fut d'a- 
rains en aient fait le plus grand cas, et que bord disciple et commensal de GuiUaame de 
saint Beraard lui-m^me, malgr^ la s^v^rit4i Ghampeanx , et quand il eut chang^ de sys- 
de sa morale et son peu de sympatbie pour tdme , Roscelin fut le premier k dt^noncer 
Ahailard , n'en ait jamais parl^ qu'aveb un ses erreurs sur la TriniUi k T^v^que de 
profoud respect. Selon la Vie d'Abailard Paris. 

27 



— 418 — 
de son ^rudition (1 ), la nature et la portee de son talent {2\ son 

(i)MmSt^iJkmeT,AkAiwrdmndDmlein, compldtes. Abailard ne vouUU pas dire 

Leben einei Sehwdrmeri nnd einei Phi- aolre chose , comme le prouve cette pbrase 

loiophen, p. 115, Abailard avaii Mudi^ que M. Cousin n*en cile pas moins li l'appai 

Plalon dans roriginal , «4 on lil dans Tar- de soo opinion : « Nec nos quidem quod auo- 

Ucle Abailard de la Biographie «mtoer- toritas indeterminatum reliquit determinare 

ielle : « Langues grecque, b<^bra1que el praesumemus, ne forte aliis ejus operibus, 

latine , lout lui ^tait facile , tout lui de- quae latina non novit eloquentia , contrarii 

vini bieot^t familier. w Au conlraire , reperiamur. » M . Gousin trouve encore une 

M. Gousin lui cooteste dans son Intro^ preuve dans cette phrase : « Sed quoniam 

duction la connaissance du grec et de Platonis scripta in bac arte nondum cog- 

Th^breu ; roais ses raisons uous paraissent novit latinitas nostra , eum defendere in 

encore sur ce point bien peu convaio- bis quae ignoramus non praesumamus : » it 

cantes. D'abord, Abailard cite assez sou- d^lare m^me, p. l, que c'est \h te seul 

vent des mots grecs et leur conserve leur sens raisoouable de ce passage ; mais nous 

forme v^rilable; ilavait persuad^ auxreli- craignons beaucoup qo'il n'ait commis ici 

gieuses du Paraclel de substituer, dans TO- un contre-sens qui , poor un ^crivain d*une 

raison dominicale,|)anem tuperiubtlantia' imaginalion moios riche , serait fort coosi- 

Itfin, la traduclion du tov lniovaiov de Vi- d^rable : latiniUu nostra ne signifie point 

glise grecque , au quotidianum de r£glise ia langi^e dei Latins , mais notre payi 

lalioe. 8ans doule il ne se serait pas plaint d*Occident oit Von parle latin ; voyez du 

aussi vivemeut de la n^ligence que Ton Caoge , Glostarium , t. lY, col. iH. Plu- 

metiait k apprendre le grec et rhi^breu sieurs passages prouvent aussi qu'Abailard 

[Opera^ p. 263), sMl les avait lui-m^me avait r^ilemeot quelque connaissance de 

ignor^s, el, quelque fCit son outrecuidance, rh^breu; ainsi , pour n'en rapporter qu'un 

il n'eOl pas osi^ , sans avoir au moins su- scui, 11 coromence par cetle phrase la lettre 

perficielleroent ^tudie ces deux langues, qu'il ^crivit k Heloise en lui envoyant les 

s'occuper d'ex^g^ et comroenter Ezechiel. hyrones qu'il venait de coroposer pour le 

D'ailleurs , il dit dans une lettre adress^ Paraclet : « Ad tuaruro precuro instantiam, 

aux religieuses du Paraclet, Opera, p. 260 ; soror mei Heloysa , in saeculo quoodam 

« Magisterium habetis in matre (Heloisa), cara, nunc in Ghristo carisslroa, hyronos 

quae, non tanluro latinae veruro etiaro (luro) graece dictos , bebraice tilliro (I. iehiUim) 

hebraicae quum (L cum) graecae non ex- noroinatot coroposui;» Ms. 10158, Bibl. de 

pers lileraturae; sola hoc leropore illam Bourgogne, fol. 81. 

trium linguarum adepla periliam videlur (2) Doro Gervaise dil dans la Vie d*A^ 

(voyez aussi p. 214) ; » et certaineroent c'^- baiiard et d*Bilcfiie, t. II , p. 267 : « Cet 

tait k lui qu'H^lolL8e devait la conuaissance hororoe sans pareil ^tait graroroairien , ora- 

de ces langues : au rooins ne peul-on ad- teur, po^te, musicien, phiiosophe, th^lo- 

roeltre sans t^rooignages formels qu'eUe les gieu , math^roalicien , aslronome , juris- 

etii apprises chez les religieuses d'Argcn- consulte. 11 jouait des instrumenis, savait 

teuil , cojnme le dit VHittoire litlSraire , cinq ou six langues et n'jgnorait rien de 

t. XII , p. 630. M. Cousin, dans son Intro- rhistoire sacr^ et profane. Quel est le 

duciion, p. xLiv et suiv., a souteou Topi- si^cle qui a produil un homme qui s^ftt 

nion coutraire d'apr^ plusieurs passages tantdechoses? » Tout eo lejugeanlencore 

dontvoicileplussignificaUf:«Quaequidem trop favorablement , en sa qualit^ de mo- 

opera ipsius nuUus adhuc translator latinae nographe et d'homme d'esprit , pr^fi^ant la 

liuguae aptavit ; ideoque minus natura ho- dialectique en elle-m^me k ses riUultats , 

rum nobis esl cognita. » 11 ne s'est pas rap- M. de Udmusat le trouve d^cidemeni au- 

pel6 qu'au comroencement du Xll» siicle le dessous de sa renororo^ ; Phiioiophie d*A- 

texte de la plus grande partie des ouvrages biiard , t. II , p. 54S. Selon VBittoire Itl- 

d'Arislote n'existait pas en France; on ne /^ratre, t. Xll , p. 148 : « C^tait un so- 

les y connaissait que par des traductioos pbiste orgueilleux , un roauvais raisonneur, 

laliues, qui, ainsi que l'a roontid M. Jour- un po^le ro^diocre, un orateur sans force, 

dain daos ses Recherchet critiquet iur un ^rudil superficiel , un thcologien r<^ 

Vdge et tur Vorigine det traductiom /o- prouv^. » En r^lite , Abailard avail une 

tinet d'Arislole , claient fort loin d'^tre imagination active , un esprit flcxible , p^- 



— 419 — 

caractere (1), sa moralite (2), ses croyances religieuses et ses 

doctrines philosophiques (3), le titre et le sujet de ses ou- 

D^tranl et plein de ressources ; mais nulle texte pour faire ramour» et dit impudem' 

profondeur, uuUe di^cision et un jugement ment : « Tanti quippe tunc nominis eram' 

tr^peu sta; ses connaissances (^taient va- et juventutis (il avait k peu pr^ quarante 

rl6es et fort «^tendues pour son temps : son «ns I) et formae gratia praeeroinebam ut 

stylc proKxe, boursouffl^, souvent m«me quamcunque feminarum nostre diffnarer 

affect^ , est toujours facile et clair, quol- amore nullam vererer repulsam • » Opera 

quMl manque d'^l^ance et de correclion. p. 10. « /^ * 

(0 Ce ne fut pas seulement dans ses opi- (3) L'esprit d'Abailard <^tait trop l^er et 

nlons qu'Abailaird montra une mconsis- trop mobile pour que Ton puisse les d^er- 

tance qui pourrait ne tenir qu*i la mobiliui miner avec quelque certitude • les contra- 

de son esprit; 84 conduile prouve une dlctions abondent dans ses ouvraffes sur les 

grande «^g^ret^ de caracl^re el un manque queslions les plus graves. Ainsi , par exem- 

absolu de dignit^. Apr^s avoir choisi saini pie, on lit dans saint Bernard : « Ouid ma- 

Bernard pour juge de ses doctrines et s^^re gjg conira fidem, quam credere noHe quid- 

engag^ i souscrire k son jugement quel- quid non possis ratlone allingere? Denique 

quM fat (sainl Bernard , 0;>era, lellre exponere volens illud Sapienlis : Qui cr2dil 

occxxxYii), il demanda une assembWe 06 cito levisest ccrde; cito credere elt, inquit 

U pat entrer en discussion avec lui (/6t- (Abailardus) , adbibere fidem ante ratio- 

dem, letlre» CLXXXix et cxc), et quand eUe nem ; .> Opera, lettre cxc. II a m6me dit : 

ful rdunie 4 8ens, 11 en appela au pape, « Nec quia Deus id dixerat, creditur- sed 

sans lui r^pondrt un seul mol. quia hoc sic esse convincitur, reclpitur- » 

(«) II aait conscieneleux et fort ind^- Opera, p, 1O6O et p. 1063 : aQuid prodest 

pendant de toute esp^ce d'aulorit6 ; mais , locutionis integrltas quam non sequitur in- 

quoique fon amour de la v6rit6 fat incon- tellectus audienlis? » Ce qui ne Temp^che 

testable , il tenait encore moins k la prouver pas d'avancer, p. 98! : « Fides est argumen- 

qii'A faire montre de son UlenU Presque tum non apparentium... argumenturo est 

tous ses d^fauts tenaient k sa vanit^ et k ratioquae rei dubiae fidem facil. » II nie for- 

la turbulente activit^ de son esprit : de \k mellement Iep6ch6 originel : «Qui enim non- 

cetle av^ogle confiance dans sa dialectique dum libero uii arbiirio potest, nec ullum 

qni le faisait ressembler aux anciens so- adhucrationisexcercitiumhabet...,nuHaest 

pfaistes ; la prdsomptueuse frivolit<b avec la- ei Iransgressio, uulla negligentia imputanda 

queUe ii se jeta dans rexplication de FAn- nec ullum omnino meritum, quo praemio 

cienetduNouveau-Testament, sansyMre vel poena dignus sit majus quam bestiis 

pr^par6 par de fortes ^tudes; la t^m^riti^ de ipsis, quando in aliquo vel nocere vel ju- 

ses attaques contre son raaltre Guillaume vare videniur ; » Opera, p 592, et le m^rite 

de Champeaux , et IMngratitude dont il se intrins^que de la r^demption : « Redemptlo 

rendit coupable envers lui. II ne craignait iiaque noslra est illa summa in nobis per 

pas de dire k propos tfun optimlMne qui passionem Chrisli dilectio quae (non) solum 

tfest pas sans quelques rapports avec la nos a servitute peccali liberat , sed veram 

principale doctrine de FEcole de Hegel : nobis filiorum Dei libertatem acquirit ; » /6t- 

" Licethaec nostra opinio paucos aul nulios dem, p. 553. II assimile le Saint-Esprit k 

habeatassentatores,etplurimumdictis$anc- TAme universelle de Platon : « Bene autem 

torum et aliquantulum a ratione dissentire Plato Spiritum sanctum animam mundi 

videatur;i> Opera, p. 1118. II entra dans quasi vitam universitatis posuit ;» Opera 

un monast^e sans la moindre vocalion, p. ioi4, et n'en dit pas moins dans une' 

uniquement pour cacher sa honte ; for^a lettre k H^loKse ; Ibidem^ p. 308 : « Nolo sic 

Hdoise dc se faire religieuse malgr^ elle, esse philosophus ut recalcitrem Panlo, non 

et poussa ses egoifstes d^ances jusqu'li sic esse Aristoteles ut secludar a Ghristo. » 

exiger qu'eUe pronon^t ses voeux la pre- Ses id^s sur la morale n'^taient pas plua 

mi^re. II nous semble mdme fort douteux satisfaisantes : il trouvait que le plus grand 

qu'il Tait reellement aim^e avant de Tavoir p^h^ ^tait de r^ister k sa propre con- 

sMuite; au moins il trouvait que les occu- science. Ainsi , il ne regardalt pas 1« mal 

pations litt^raires ^aient un excellent pr^ comme quelque chose d'absolu et de rdel , 



— 4-20 — 



vrages (1), Tepoque de leur composition , tout jusqu'i la veri- 
table orthographe de son nom (2) est devenu un sujet de doute 

mais comme une id^ subjecUve et d^pcn- vant Le Beuf , DiuerkUiont iur Vhi$toire 

dante des sentiments de chacun; II est du diocite de Paris, t. II. p. 87; c'est 

m^mealW ju8qu'kdire(0;>ero,p. 650)que sans doute une erreur, car Abailard dit 

les Julfo qui firent mourir Jesus-Christ dans sa Dialectique j p. 182: «Cujusqui- 

commirenl unc faute moins grave que sMls dem solulionis, etsi multas ab arithmeticis 

lui avaienl fait grAce contre leur con- solutiones audierim, nuUam tamen a me 

I g praeferendam judico, quia ejus artis igna- 
I- «..• Ahniinrrt fifl- rum omnino me cognosco : » un Discours sur 

(0 Ces '^»«'8»«"»f ^.'"' ^^^^^^^ la Conception, ccTnserv^ k la Biblioth^ue 
raient trop mcomple^, si nous nc donmons j^^j*;,^, Bordeaux, suivant Fossevin, 

poinl le l»Jl^**«s;^«f Vr,„. ^i ZriSs Apparatui ,acer ad icriplores eccleiias- 

ni dans r^d.uon de ^" Che«»«; °» ^J^Jl' u^. s. v. Petros Abaelardus : enfin , 

Out^rj^esxi^d^ts^V^^^^^^^ ,,^.,^ .^^ ^^ ^^ ^,^^,^ ,^ ^.^^^l^^^ , 

en 1836. Scxtote •P»«»»^?/^f^""' \ ^.7| i693, in-l^ , lui a attribu^ le Roman* de la 

saurus anecdotorum fwvxtttmut^ i. iii, « ',» ' 

P. 2, p. C26-688 : CommentariutinBexae' «»*« vi- 

nieron , dans Marlenne, Thesaurutanec- .^ ^^ rappelle Abelard, Abilard, Jbei- 

dotorum, t. V, col. 1363-1416 : Dtalogut ^^^^ ^ AbaUart , AbaUlard , Abalard , 

inter Philotophum, Judaeum et Chrxt" Abajetard, Etbaillarty Bailardy clc. Nous 

tianum ; Berlin 1831 : Epilome theologtae ^^^^g ^^^^ ^^^ j^^ AbaUard , comme 

chrittianae , Berlin , 1835, ^dit^, comme gg.^^ Bemard , Olhon de Freisingen , Gau- 

Touvrage pr^cedent, par M. Rheinwald, ^^.^ ^^ Robert d'Auxerre. On croil g6n^a- 

d'aprds un manuscrit de Ratisbonne (cette |g,„gm qu»j| ^i^^n |'aiD* de toos ses frires : 

puWication ^Uit inconnu»? a M. Cousm . ^y^^^ |'opinion de M. Cousin; de Joli, Re- 

mais il n'est pas cerlain que cet Eptlome ^rquet critiquet tur Bayte , p. 10, et 

soit d'AbaiIard). Les autres ouvrages sonl ^^ Pasquier, Recherehet de la France, 

encore in^dits, et nous n'en ciions une j ^^^ ^^ ^^ ^ passage 06 Abaiiard le 

partie que sur la foi de VBittoireltlte' ^^ ^^^ semble iris-sufBsamment clair : 

ratre, t. XII, p. 129 et suiv. : Phystca , p,iinogenitum suum quanlo cariorem ha- 

Arittotelit k Vanc. Bibl. du Mont-Saint- j^j^^ ^^^^^ diligcntius erudire curavit. 

Mlchel : Scholarius au British Museum, ^^ ^^^^^ quanto «mpUus el facilius in 

probablementl'/nirod«c<tonf«parDtt/or«m g^^^.^ literarum profeci, tanto ardentius 

donl il est parl6 dans la Dlalectique ; ainsi .^ ^.g i„|,aggi ^^ {„ lanto earum amore 

il ne serait pas exact de dire comme mg^jug g„„,^ m miiiiaris gloriae pompam 

M. Cousin, p. XL, qu'aucun catalogue ne ^^^ haeredilate et praerogativa pnmoge- 

rindiauait. aue rien ne permeltait de le -1,.,,,- mPAnim fr«tribas derelinauen» . 



rindiquait, que rien ne permettail de le „i,^yy„, meorum fratribus derelinquen» , 

soup^unner. Ethica (peut-6tre le Sctlote ^^^y^ curlae (I: curam?) penitus abdica- 

i>#tim) dans le cabinet de Thomas Ga.e; pem ul Minervae gremio educarer ;» Opera, 

c'est sans doute de ce livre quun po^le ^ ^ Cependant, dans le ms. fonds de 

anonyme, qui ecrivait en «376, disait, dans gaint-Germain , no 1510, qui semble avoir 

du chesne, Opera, p. HCi : ^j^ ^^rit pendant le Xllle sidcle, il y a plu- 

Plerre Abalord en un chapitre , siCUrS OUVragCS d'Abailard, 04 ll eSl appd^ 

qae c'e8t une babiiit* Vexplication qu*en donnc M. Gousm, imro-' 

D>une (1 Qu'une ?) voulente ralBonnable dUCtion , p. XHI, nOUS SCmble fort «traDgC : 

■oitde bien ou fle mal prenable, " .. ' .\\ '. V. •. «. a -..„ i-. «.Ha» 

ParfraoeestaMenfliireencUne il dil qa'Abailard CUlt dcvenu lc Cadct 

et a mal quand eUe descline. paTCC qu'il avait C^6 SOU droit d'atDeSSe k 

Deux volumes de Commentaircs sur l'his- ses fr^res. Selon Nalalis Alexander, Bis- 

toire sainte , B. R. no 3513 : Introdttctionit toria eccletiatlica saecuti xi el xii, P. m, 

ad theologiam libH tertii supplementum , p. 2 , il eftt ^t^ le cadet, et aurait m^e 

h la Bibl. Bodleienne, suivant Oudin , ^ plus jeune que ses sceurs , suivant l)u- 

Commentariut de scriptoribut eccletiaS' pin , BibliotMque det auteurt eccUttaS' 

ticit, t. II, p. HC9 : Rithmomachia sui- tiques, t. IX , p. 108. 



- 421 — 

sur lequel les erudits eux-m^mes professent les sentiments les 
plus opposes. De nos jours seulement ses oeuvres philosophiques 
ont ete publiees (1) , et Fon a enfin cherche k apprecier d'une 
maniere serieuse et desinteressee la part qui lui appartient dans 
rhistoire de la philosophie et le developpement de l'Humanite(2).. 
Si son eloquent editeur avait quelquefois substitue les pressen- 
timents de son imagination k Tetude approfondie des faits (3), 
son oeuvre a ete reprise par un esprit plus patient et plus pers- 
picace, qui se complait a regarder au fond des choses pour le 



(1) Le Sic et non, le Dialecticaf le Nogenl, atlaqua celle applicalion p^ri('- 

Fragmentum de generibui et speciebut et leute , pour nous servir de Texpression de 

le Gloisae in cathegorias. Cette Mition est M. Cousin ; voyez Venerabilis abbatit 

forl sufllsante, quoique M. Gousin etki pu Guiberli opera, p. 303. Abailard avait 

y mettre beaucoup plus de soin : ainsi, par dit dans rHistoria calamitatum suarum , 

exemple, le Sic et non n'est publi^ que Operat p. 5 : « Erat autem (GuUlelmus 

d'apr^s les anciens ;naouscrils du Mont- campellensis) in ea sentenlia de communi- 

Saint-Michel et de Noirmoutiers , qui sont tate universalium , ut eamdem essenliali- 

maintenant a Avranches et a Tours , et ter rem tolam simul singulis suis inesse 

Ton en connail un aulre k Einsiedlen en adslrueret individuis.... ; sic autem istam 

Suisse ; il y en a deux k Gambridge, Bibl. suam correxit sententiam, ut deinceps 

publique, noi68, et Coil^ge Saint-Benott, rem eamdem non essentialiter, sed indivi- 

no390 (Suivant Oudin, Supplementum de dualiter diceret. » Tennemann et les autres 

tcriptoribut vel scriptit ecclesiattieit a historiens de la philosophie qui ont cit^ ce 

Bellarmino omittis^p. 413), et Martenne passage, Tont trouv^ parfaitement clair ; 

a dit que la fin existait dans un ms. du ca- il est dvident que la seconde phrase est 

binet de Gharles Theyu ; Foyai/e /t/l^ratre, ^liplique et qu'il faut y ajouter apr^s 

p. 316. indiDidualiter rem totam simul singalis 

,-,.,,... X !»■ » j .• A suis inesse individuis. M. Gousin se trompe 

(3) U faut ajouter 4 rintroduction du vo- ^onc arangement en disant, p. cxvii: 

lume pubh^ par M. Cousin, Martenne, „ ^ette nouvelle th^rie est en elle-m«me 

Thet^rut anecdoiorum t. V, col. 1140 ; ^^surde et inlol^rable ; car il est trop 6vi - 

Tennemann GetchxchtederPhtlotophxe ^^„^ .„„^ ^^^^ ^^ J 

V^l 'J^ T'-' ^'T^' Frederichs, De ^. \ ^^ ^^^^^ par son individualit^ , 

Abaelardtdoctrma dogmattca etmoralt, n^idividualit^ d'une chose ^tant pr^cis^' 

Wna, 18^ ; Goldhoro De tummtt prtnct - ^^^^ ^^ . ,^ ^^ ^,„„^ P , 

pttttheologtaeAbaelardt. Leipsu) , 1836 , „.^„ de Guillaume de Champeaux est iJ^e- 

et surlojit le spirituel ouvrage de M. de ^.,^^^^^ ^^,,^ ^^^ ^ ^^^^^ Iui-m6me 

nemusat. exprime un peu plus loin : « L*idenlit^ des 

(3) Sans doute par un exc6s de confiance individus d'un m^me genre ne vient pas de 

dans la parole d'AbaiIarJ [Opera , p. 30) , leur essence m^me , car cette essence est 

il lui atlribue rapplicaiion de la philoso- differente en chacun d'eux , mais de cer- 

phie h la th^ologie ; Introduction , p. iii ; tains ^l^ments qui se retrouvent dans tous 

mais Ansehne de Laon , Guillaume de ces individus sans aucune diffi^rence. » Au 

Champeaux, Roscelin de Compi^gne Ta- reste, cette derni^re erreur est trop forte 

vaient faite avant lui; Gilbert de La Poi- pour que nous rattribuious k M. Cousin : 

r^ et Pierre de Poitiers la faisaient dans il Taura prise avec diffiirentes autres cho- 

le ra6me lemps. Peu de temps aprds , ses dans le M^moire De Nominalium ac 

Albert-le-Grand la fit avec un succ^s Realium initiis, par Meincrs; dans le 

bien plus v^ritable, et d6s les premidres Commentationet Societatit scientiarum 

annees du XI le siecle, Guilbert, abb^ de Gottingentit , t. XI, p. 30. 



— 422 — 

plaisir d'y voir n'iinporte quoi , et loin de se passionner d^avance 
pour des id^es systematiques , expose ses plus curieuses decou- 
vertes avec la bonne gr^ce un peu d^tach^e et sceptique d'un 
bomme du monde qui s'amuse (1). Lors m^e que T^egant et 
tr^ngenieux ouvrage de M. de Remusat laisserait k desirer des 
convictions plus dominantes et une connaissance plus exacte 
des doctrines cont^poraines , la philosophie d'Abailard n'en 
serait pas moins connue et jugto d'une mani^re tris-^ufiisante. 
U n'en est pas ainsi de ses po^ies : la plupart paraissent per- 
dues (2) , et leur reputation (3) , Tardente activite d'Abailard , la 
nalvete de son imagination et ses emportements dans les choses 
les plus graves, son incontestable connaissance du latin(4) et sa 
grande habitude de le plier k tous les besoins de sa pensee, 
doivent donner tout d'abord une haute idee de leur valeur. Si 
celles qui nous sont connues justifient bien mal ces preventions 
favorables , il est impossible d'en rien conclure contre les autres : 
composees presque toutes lorsque son imagination etait epuisee 
par ses luttes theologiques , et dej^ refroidie par Ykge et par le 
malheur, elles roulent sur des sujets qui auraient glace Tesprit 
le plus enthousiaste et le plus jeune. II ne peut donc entrer dans 
notre pensee de juger le talent poetique d'Abailard sur les vers 
que d'heureux hasards nous ont conserves : toutes les chansons 
ou il celebrait Helolfse ont malheureusement peri ; et, quoique 
la popularite dont elles jouissaient ait pu tenir uniquement k la 



(1) Si nous ne nous trompons, la cause (3) Abailard dit hy-m^e : «t Qooraai 
premi^re de ce livre de philosop|^ie fut la (amatoriorum) etiam carminum plera^ne 
n^essit^ de quelques ^udes pour un drame adhuc in multis , sicut et ipse nosti , fre- 
historique sur Abailard qui , quoique ler- quentantur et decanlantur regionibus, ab 
min^ depuis longtemps et lu dans j^usieurs his maxime quos vita similis oblectat ; » 
salons, est encore in^it. Opera, p. i2. Les expressions d^H^Iolte 

(2) La d^couverle que Ton a faite, il y a sonteucore plus significatives : « Amatorio 
quatreans, des hymnes qn'il avait com- ^^^ ▼«* rhythmo composita reliquisti 
pos^s pourrofficedu Paraclet, doit em- carminaquae, prae nimia suavitate tam 
p^cher de perdre toute esp^rance : le ms. dictaminls quam cantus saepius frequen- 
qui les contient avait ^t^ pendant plusieurs ^^ > *""°* '" ^^^ omnium nomen inces- 
ann^es k la BibHe(h6que royale de Paris, ^^^^ tenebant;» Ibidem^ p. 46. 

dont il porte encore le timbre, et personne (4) Voyez ses sermons et, enlre aulres, 

ne s'dtait dout^ de ce qu'il contenait. relui De ianclo Joanne evangelitta. 



— 423 - 

musique qui les accompsignait, et qu'elle ne nous soit attestee 
que par son propre temoignage et la parole encore plus suspecte 
de sa maltresse, ce n'en est pas moins une raison suflisante 
pour ne pas les comprendre dans le jugement peu favorable que 
Ton porterait des autres. Une critique circonspecte doit rccon- 
naltrerinsuflisance des documents que Fonposs^de aujourd'hui, 
et se borner k Tappreciation partielle de quelques pifeces , ca- 
chees dans des recueils peu lus en France , ou completement 
inedites. 

Dansle quatri^me livre de son Elucidatorium ecclesiasticum ^ 
Clichtovaeus a publie une prose, en Thonneur de la Vierge, que 
sur la foi de Demochares (1) et de Bellote (2) il attribue k Abai- 
lard, et du Chesne Ta reimprimee dans le recueil de ses oeu- 
vres(3;, probablement d'apres un autre manuscrit, puisqu'il a 
ajout6 une strophe k Tedition de Clichtovaeus. 

Mittit adVirginem, 
non quemvis angelum, 
sed Fortitudinrai , 
suum archangelum, 
amator hominMi. 

Fortem expediat 
pro nobis nuntium , 
naturae faciat 
ut praejudicium 
in partu virginis ! 

Naturam superet 
natus rex gloriae , 
regnet et imperet , 
et zima scoriae 



(1) De obtervatione mittae , ch. 15. vat., p. 414, note tf. 

(2) Riiut eccleticte laudunentis ^ Obser- (3) P. 1137. 



tollat de medio(l)I 

Superbientiam 
terat fastigia , 
colla sublimium 
calcans vi propria , 
potens in praelio ! 

Forasejiciat 
mundanum principem , 
matremque faciat 
secum participem 
patris imperii ! 

Exi qui mitteris 
haec dona dicere , 
revela veteris 
velamen literae 
virtute nuntii. 

Accede, nuntia; 
dic : Ave cominus ^ 
dic : Plena gratia ; 
dic : Tecum Dominus y 
et dic : Ne timeas. 

Yirgo, suscipias 
Dei depositum , 
in quo perficias 
casta propositum y 
et votum teneas ! 



(1) Peut-dtre faut-tl ^rire ximam ou des croyances cosmogoniques que les ao- 

m^me xymamf du grec 2^v(i,if], Ferment, ciens Scandinaves avaient conserv^. ha 

voyez du Gange , Glouariwn , t. VI , reconnaissaieot VAtgard , Tliabitation des 

col, 1809 , et Carpentier, Supplementum , Ases , le cieL^ le Midgard , l'habitation dn 

t. III, col. 1233. E medio toUere se trouve milieu , la terre , et VUtgard, la demiire 

6i]k dans T^rence , Phormio , act. V, habitation , le s^jour des esprits malfai- 

scin. VII, V. 74, et sc^n. viti, v. 30: sants. 
cette expression se rattache sans doute h 



^ 425 — 

Audit ei suspicit 
puella nuntium , 
credit et concipit 
et parit filium , 
sed admirabilem (1) ^ 

Consiliarium 
humani generis 
et Deum fortium 
patremque posteris 
in pace stabilem. 

Cujus stabilitas 
nos reddat stabiles , 
ne nos labilitas 
humana labiles 
secum praecipitet ^ 

Sed dator veniae , 
concessa venia , 
per matrem gratiae , 
obtenta gratia, 
in nobis habitet ! 

Natura premitur 
in partu virginis , 
rex regum nascitur, 
vim celans numinis , 
et rector superum (2). 

Qui nobis tribuat 
peccati veniam , 
reatus diluat 
et donet patriam 
in arce siderum I 



(1) Les deux slropbes correspoodantes fois aussi par ie sens et par la gramniahre. 
n'etaient pas, comme ou voit, seulement (2) Cesl la stropbe qui ne se trouTe que 
li^ par le rhy thme ; elles T^taient quelque- dans du Ghesne. 



— 42« — 

Aucun caractere particulier ne distingue ce cantique eccle- 
siastique des autres proses du XII* si^le ; c^est la m^me facilite 
de style , la m^me richesse de rime , les m^es jeux de mots 
puerils , la m^me vulgarite d'idees. Rien n'y rappelle Tinspira- 
tion d'un po^te et ne porte Tempreinte d'une imagination 
reellement enthousiaste : c'est le th^e inintelligent d'un 
moine , et non la priire , nous ne dirons pas d'un philosophe , 
mais d'un homme convaincu de la verite de ses paroles(l). 
On ne peut pas m^me remarquer le soin constant avec lequel 
Tauteur a 6vite le concours des voyelles , et l'accentuation de 
ravant-demiire syllabe de chaque vers (2)^ Fhabitude du chant 
en avait fait une indispensable n^cessit6 k toutes les oreilles 
sensibles k rharmonie. 

Martenne a publi^ comme i'ouvrage d'Abailard (3) un rhythme 
sur la sainte Trinite, que Beaugendre et Hommey avaient attri- 
bue k Hildebert. L'assertion formelle d'un vieux manuscrit de 
Tabbaye du Bec lui avait paru d'une incontestable autorite; 
mais probablement Topinion de Beaugendre (4) s'appuyait aussi 
sur quelque ancien temoignage, et les deux manuscrits de la 
Biblioth^ue royale, oi se trouve ce po^me, n'en indiquent 
pas Tauteur (5). Les poesies ecd^astiques de ce temps ont un 
caract^re trop gen6ral et trop impersofmel; elles se rapprochent 
trop de la po6sie populaire pour qu'il soit possible d'en deter- 
miner les auteurs par les formes du style et la nature des idees. 
Peutr^tre cependant le commencement de ce rhythme convient- 
il mieux aux subtilit^ habituelles de Tesprit d'AbaiIard qu*k 
rimagination facile et abondante de Hildebert. 

A et 12 (6) , magne Deus ! 

(1) Sdon dom Genraise , Abailard aurait (5) Fonds de Saint-Victor, no 537, 
compos^ cette prose lors de sa premiire foHo i , recto , et fonds de Saint-Germain 
retraite k Saint-Dem'8. latin , no 376 , fol. 179 , verso. 

(2) Nous prenons ici le mot ven dans (6) €e vers proave que Tauteur de ce 
son acception vulgaire et non dans le sens po^me regardait, m^me dans la vcrsification 
pliilosophique du mot. rhythmique, que la longue ^quivalait k 

(3) Ampliiiifna collectio , t. IX , col. deux br^es *, il faut Ihre poar la mesure a 
1091H096. et 00. 

(4) Hildeberli opera^ col. 1337. 



— 427 — 

heli, heli, Deusmeus, 
Cujus virtus tctum posse, 
cujus sensus totum nosse, 
Cujus esse summum bonum , 
cujusopusquidquidbonuml 
Supercuncta,subtuscuacta, 
extra cuncta , intra cuncta ; 
Intra cuncta nec inclusus, 
extra cuncta nec exclusus , 
Subter cuncta nec subtractus , 
super cuncta nec elatus. 

Un autre passage prouve une grande habitude de U' versifica- 
tion rhythmique et une certaine puissance po6tique que Ton 
retrouve dans les vers d'AbaiIard. 

Reus mortis non despero , 
sed in morte vitam quaero. 
Quo te placem nil praetendo , 
nisi fidem quam defendo. 
Fidem vides, hanc imploro , 
leva fascem quo laboro. 
> Per hoc sacrum cataptasma 

convalescat aegrum plasma , 



jube, vitta dirumpetiu' ; 
Exlturus nescit moras, 
postquam clamas : Exi foras. 
In hoc salo mea ratis 
infestatur a piratis ; 
Hinc assultus, inde fluctus, 



— 428 — 

hinc et inde mors et luclus ; 
Sed tu , Bone nauta ^ veni , 
preme ventos ; mare leni ; 
Fac abscedant hi piratae ; 
duc ad portum, saiva rate (1). 

Quand on se rappelle qu'AbaiIard fut accuse de professer des 
doctrines heretiques sur la Trinite, on ne peut s'emp^her de 
regarder ces quatre vers : 

Hoc est fides orthodoxa ^ 
non hic error, sive noxa ; 
Sicut dico , sic et credo , 
nec in pravam partem cedo , 

qui suivent une exposition trfes-canonique de sa f^^yance, 
conmie une preuve fort vraisemblable qu'il est reellement 
Fauteur de ce rhythme. 

Un manuscrit de la Biblioth^ue royale , que personne n'avait 
encore remarque, contient une autre piece qu1l attribue a 
Abailard (2), et ce temoignage merite d'autant plus d'attention , 
que la forme des caract^res ne permet pas de le croire posterieur 
au Xli* si^le. Aussi, malgre la compl^te nullit^ des idees et la 
puerilite de ses recherches rhythmiques , croyons-nous devoir 
publier en entier cette Priire k la Vierge : 

Lux orientalis et amica Dei specialis ; 
Aula salutaris ; genitrix pacis generalis ; 
Yirgo triumphalis *, persona magisterialis ; 
Regula moralis ; regina puerperialis ; 
Femina regalis ; fidei calor esrigialis (3) ; 
Foedere sponsalis, sed nulli con(n)ubialis , 



(1) Gette pi^ce offre uue particularil^ ronds de Sorbonne, no 1739, non pagind. 

forl remarquable ; les vcrs y sonl divis^s (3) Peul-^tre faut-il iire efficialit qui 

en deux parlies ^ales par uoe c^suro aprds n'est pas non plus indiqu^ daos la nouvelle 

la qualri6me syllabe. edition de du Cange; mais on y Irouvc 

(3) Vertut magittri Petri Ahaelardi ; Efficiaiiter avec le sens A*Efficaciter. 



Nec naturalis usus pariendo jugalis (1) ; 

Spes mea causalis-, mediatris (1. mediatrix) sola vocalis; 

Munere pluralis largaque manu venialis ; 

Hostia paschalis , cujus fuit alta sub alis 

Gloria vitalis^ salvatio spiritualis; 

Os medicinalis ; placatio subsidialis ; 

Mentio festalis ^ operaria prodigialis , 

Dextra maritalis quam non tetigit socialis , 

Sed neque rivalis se miscuit offlcialis 

(Sic immortalis fuit actio spiritualis 

Nullaque camalis corruptio , foeda sodalis) ; 

Flos, rosa vemalis, in fructu perpetualis, 

Cujus odor suavis vitiis est exitialis ; 

Stella diumalis ^ reverentia catholicalis , 

Mentibus humanis non est laus cujus inanis ^ 

Mons (?) rationaiis et Christi collateralis ; 

Plus quam regalis, quia non erit altera talis , 

Nec fuit aequalis, tam fortis et imperialis ; 

Mater ovans regis, in cujus lumine degis, 

Qui dat iri aure gregis divinae dogmata legis ; 

Nobilis, insignis, memorabilis, inclyta, mitis, 

Strenua, sublimis et tota potenter herilis ; 

Jure cluens prole, pariens tamen absque dolore •, 

splendidior sole ^ coelesti plena decore 5 

Fac fore me j ure sine fine tuae geniturae I 

Cette hymne est suivie, dans le manuscrit, d'un autre po^me de 
quatre-vingts vers, k la louange de la sainte Vierge, dontle 
rhythme n'est pas moins recherche : comme il n'offre d'inter^t 
d'aucune espece et que le nom de Tauteur n'y est pas expresse- 
ment indique , nous nous bornerons k en publier le commence- 
ment : 

Pauca loqui cupio , iaudando Dei genitricem ; 

(1) Saiis doule pour jugo submissa : la nouvelle edition de du Gange; mais 
ccMic interpr^tation ne se trouve pas dans Papias donne jugo apta. 



— 430 — 

ipsam nempe scio redd^^ posse vicem ; 
Sed culpae v^ retrahunt et pondus earum : 

has, Virgo, pelle , me teviando p^um ^ 
Quatinus exprimere valeam quae sunt tibi grata , 

et mala respuere sedulitate rara (1. rata). 
Eva suam protem mul(c)tavit morte severa , 

quam solvit'(l. solvis) molem prole saiutifera. 
Tu Patriarcharum fueras promissa choreis 

atque Prophetarum lucidius cuneis. 
Virgo concipiet parietque , refert Ysayas \ 

qui legit inveniet saepius haec alias. 

L'Histoire litteraire de la France avait deji fait connaitre lcs 
«ix premiers distiques des ^^vis dCJbailard d son fils (1), et 
M. Ck)usin (2) , M. Thomas Wright (3) et M. Dareste (4) les ont 
publies en entier d'apris trois manuscrits dilTerents , sans 6lever 
aucun doute sur leur authenticiti. La lecture des deux premiers 
vers a dtl faire croire d'abord qu^Abaiiard en 6tait Fauteur : 

Astralabi fili , vitae dulcedo patemae, . ^ 

doctrinae studio pauca relinquo tuae ; 

mais, si nous ne trompons, un examen plus r^flechi oblige 
bientdt de ne pas s'aiT^ter k une conjecture qui ne s^appuie que 
sur une preuve aussi legfere. D'abord, rien tfetait plus commun 
pendant le moyen ^ge que de donner aux preceptes moraux la 
forme d'une teQon paternelle (5) \ on croyait inspirer plus de 
confiance en les mettant dans la bouche d'un p6re eclaire par 
rexperience et anime par Tamour de ses enfants. Souvent aussi 
on evoquait des personnages renommes pour leur sagesse , et 
Pon plagait ses conseils sous rautorite de leur nom : on compo- 
sait des Enseignements (SAristote et des Distiques de Caton. 

(1) T. XII, p. 154. {4] Biblioth^me de l*6ccie de* ehartet, 

(3) Fragmenlt phHotophiguet , t. l\ , "*/K*f"?' Vj ^* ^L* • i ., i> . 
n lio deuxi^e ^kion '^ " ' (» Le Doeirina elertcaltt de Pelrus 

I». 440, deuiieme MrtiOD. Alphonsi, le Catloiement d'un pire a 

(5) Reliquiae mntiquaey t. I, p. 1S. ton fUt, etc. 



— 431 — 

Abailard avait trop prorondement remue son si^cle pour que 
sa celebrite ne lui suryectlt pas quelques annees ; quand on 
conservait encore le souvenir de son talent et le respect de sa 
parole , il se trouva un mauvais versificateur qui reunit ensem- 
ble ces deux idees et imagina les Avis d^Abailard d $on fils. Des 
considerations de toute espfece prouvent qu'on ne doit voir 
dans le premier distique qu'une fiction poetique. H serait etrange 
quedansune pi^ce morale, au moment m^me od il rentrait 
dans un monastere (1), Abailard eClt substitue au nom chretien 
de son fils un surnoni de fantaisie qui ne pouvait lui rappeler 
que de penibles ressouvenirs (2) , et le vUae dulcedo patemae se 
comprend mal sous la plume d'un moine qui avait renonc^ aux 
douceurs de la famille, et n'a pas eu un seul souvenir pour son 
fils dans les oeuvres volumineuses qui nous sont parvenues (3). 
On chercherait inutilement dans ces vers quelque trace de la 
tendresse inquiete d'un pfere et de rintelligence ^clairee d'un 
penseur : ce sont les preceptes uses d'une morale vulgaire (4) 
qui se suivent sans methode , en manifestant k chaque instant 
Fesprit etroit (5) et le coeur desseche (6) d'un cenobite. Le style / 

(1) Oo a pr^tendu qu^Abailard avait fait Instabills lana« stulttu motatar ad instar; 

ce poeme lorsqae , apris avoir 616 chass^ •***"' '^' ^*»»*^» p«"^** '^"^ ''"''- 

de Reims, il alla se r^fugier une secoode ^* ^^* 

foiS k Saint-DeDis. TUhu est saplens benediotio multa parentnm. 

(9) C^tait H^IoYse qui Tavait donn^. V. 31 . 

(3) On lit dans le n6crologe du Paraclet i ^^^ nous servons dans toutes nos ciUtioos 
IV cal. nov. obiit Pclrus Aslralabius ma- ^^ Tedition de M. Wrigbt. 

gistri nostri Pelri filius; mais Tann^ esl , . „,^_, . ^ *„ , ., 

° ... .. '. . t nj (5) 8lt tibi, quaeso. frequena scripturae lectio sacrae ; 

COmpl^tement inconnue , et quoique la BtO' ' caetJra si qua legas, omnla prauter eam. 

graphie univenelle et plusieurs ^rivains y^ 2^^^ 

aient dit qu'il mourut dans un Age peu 

ay.nc«. oa ne peulUrer de cetle circoDS- (6) "•«"^.llJJIl^SaSfSS^lruSrf' 

tance Une nOUVelle preUVe a rappUI de notre g| ^„0, qntm mater culquam sit carlor uzor, 

opinion ; car , dans une lettre ^crite par constat naturam cedete luxuriae. 

H^ioise k Pierre-le-V^n*rable pour le re- V. 247. 

mercier de lui avoir envoy6 »« /estes ^^^ ,^5 ^^^^^ moralistcs rigidiert du 

d^Abailard, elle lui demanda un b^nefice ^^^^^ ^^^^ Vmeur de ces vers esl d'une 

pour son fils : « Memineritis, el amore Dei grossi^t* pour les femmes que cerUine- 

et nostri , Astralabii vestri , ut aliquam ei , ^^^^^ Abailard ne se fai pas permise : 
vel a parisiensi , vel alio quolibet episcopo, . ., ^ ,,uia 

praebendam acquiratis; ».46aeterd» opera, ^^^^^^^^ZS^^^iTr^^^^VSI^^^^^ 

P. 343. y^ igA^ 

(4) Ve tibi dllectl Jures in verba magistri. * * 

V. ii. II faut sans doule supprimer le second 



— 432 — 

n'a point la facilite et Fesptee d^elegance qui distinguent les 
autres poesies d^Abailard (1) , et une versification embarrassee 
trahit k chaque instant Tignorante inexperience de Tauteur. 
L'affectation puerile k renfenner dans chaque distique un pre- 
cepte complet, ne s'expiique que par Timpuissance de mettre 
aucun inter^t dans le fond des idees ou la servile imitation 
d'un poftme du mtoe genre (2) , et nous y trouverions une rai- 
9on sufBsante pour ne pas attribuer cette triste compiiation k 
un homme si jaloux de son independance , que dans un sitele 
de foi religieuse il protesta audacieusement contre Tautorite du 
dogme lui-m^me , et poussa Toriginalite jusqu'^ Tinconsistance 
et la bizarrerie. D'ailleurs , tous les manuscrits diff&rent profon- 
dement les uns des autres , et Toeuvre d'une inteiligence , dont 
les plus grands «nnemis ne contestaient pas la superiorite , etlt 
ete certainement trop respectee pour devenir, quelques annees 
seulement aprte sa mort (3), un thime abandonn^ k la fantaisie 
des mauvais versificateurs qui la defiguraient k Tenvi par des 
additions , des suppressions et des deplacements egalement de- 
nues de raison(4). Les deux manuscrits du British Museum sont 
les plus semblables , et cependant 1'ordre des vers y est diffe- 

guidf ou le remplacer par quae; il y a d'«tre r^iinprira<& par M. Wiggert daii$ soo 

dans r^ilion de M. Gousin quid agal , qui Zweylei Seherflein , p. 6-22, et il y en a 

ne forme aucun sens. €es deux vers man- trois traductions en vers allemands et une 

quent dans le teite de M. Dareste et dans en vers fran^ais par Jacques de la Hogue , 

le ms. de la B. R. » doot nous aurons bien- que nous ne connaissons que par La CnAx 

tdt k parler trte-kmgueinent. du Maine, Biblioth^gue franfoiie,^. 189. 

(l)Nousciteronf,commeexemplesd'une (3) ^x^^^ ^^ Wright, le ms. Burneyen 

mauvaise lalinitd, iihi dUeett, v. 1 1 : /tfi- ^^^n <j„ jlle ou du XlVe si^le , et le ms. 

guota^ V. 1»7 et 199; eatus, v. 227; mais CoUonien paraltrait un peu plus vieux; 

nous devons reconnaltre qu'Abailard n evi- ^„3^ jy ,„g jg Saint-Omer, on le croit 

tait pas toujours les barbarismes. de la fin du Xlle ou des premi^res annees 

(2) On connatt jusqu*^ quatre traductions du XI 11« si6cle. 
en vers fran(?ais des Distiques de Caton , et ^^^ ^es auieurs de ces pr^eptes moraux 

plusieurs autres po«mes latins onl^Ki com- .nachaient si peu dlmportance k la valeur 

pos^ sur le m6me plan : le Floretut, alln- lin^aire, quMls ne craignaient pas de nS- 

bu<^ par erreur a samt Bernard et Iraduit p^^^^ presquelitt^ralement le radme vers en 

deux fois co fran(5ai8 ; te Moretut (1509, jyj donnanl un sens dilKrent : ainsi on lit 

in-40) et le Pacetut (B. R. fonds de Samt- ^^^^ ^ ^^^^ ^ Saint-Omer, v. 420 : 
Victor, no 444), que Ton attribue sans 

preuve suffisanle h Jean de tiarlande et k 1° <=«»««• •«*»«»• *^ t«^°»Po" <i««» J<x» p«»«*» 

Thays, Recleur de rUoiversile de Paris et v. 448 : 

pendant le XII« siiclcPubli^. SOUVCnt dans i^ dandls (l. dttndo) sapien» tam tempora quom loc» 

les premiers lemps de rimprimerie , il vlent [ij«nMt. 



— 433 — 

rent(l), les variantes sont nombreuses (S) et les 39 derniers 
vers du manuserit Bumeyen (3) manquent enti^rement dans le 
texte de la Bibliotheque Cottonienne (4). Au lieu des 267 vers 
que produit cette augmentation, le manuscrit de Saint-Omer (5) 
en a 451 , et la difference est encore bien plus grande que ne 
rindiquent ces deux chiffres -, car il y a dans le manuscrit Cot- 
tonien 92 vers qui ne s'y trouvent pas , et Tautre n'en a pas 
moins de 125. Lequatri^me manuscrit, que jusqu'ici personne 
n'avait remarque, appartient k la Biblioth^ue royale (6) : c'est 
un in-16, en parchemin, dont recriture a les caract^resordinai- 
res du XIV* sifecle. II ne contient avec cette pi^ce qm le po6me 
legendaire sur Mahomet , et une main , probaUement du XYII* 
sifecle , les y attribue tous deux k Waltharius. Le texte , beau- 
coup meilleur que celui de Saint-Omer (7) , ne suit pas coqstam- 
ment le m^me ordre (8) et a regu une nouvelle augmentation 
de douze vers. Quatre se retrouvent dans les deux manuscrits 
du British Museum : 

Quae se luxuriae gratis supponit , amica 
censetur-, meretrix, quae pretio gerit hoc. 



(I) Let vers m-163 de rMitioB de cumqne, 1. euique; v. 4^7 : qitde mala, 
M. Gousin soot les vers 191-S36 dans celle 1. ted mala; v. 310 : teeuit 1. tanetut; 
de M. Wrighl. v. «16 : tune^ I. tamen^, v. 219 : eonducat 



(2) Elles ont M indiqtu^ par M. Wrighl, ^f ' *• ^^*^*"^ ^musum ; v. 251 : piut, 
„Mquiae antiquae, l. I , p. 15-20 , et re- >•/''««' ', ^- 2*2 :unc , I. tamen ; v. 280 : 
levuS>ar M. Darcste. Bibliathique de ^^'^^ *' n*''**^!*'.^ ^/. ««^'^' »• 
l'£eoledet ehartet , If Kirie , l. II, utere;y,^ imetirt,\.menttrt; y.Z4S: 
D 419>'420 *P'*» *• **^* ^' ^' '«'*^<*"»» pareum, 

» « # . -^^ *• P<^reum , largum; v. 403 : nota, I. vota; 

(3) No 216, fol. 100 . vcrso. ^, 4Qg . ^^i^^ ^ |^ mvitum; v. m : aet 

(4)Vitel. G. viii,foLl8, reclo. velut^ I. et velut; v. 418 : dandis, I. 

(5) Ko 115; il provient de Tabbaye de <*«»rfo. II y a un vers dontle sens esttout 
Clairmarait. * '*'' <J>ff"^rent; mais le texte de Saini-. 

,«x fl i^ . 1 .• ^ mc^ Omer est pr^f^rable : c*e8t le 226« : 

(6) Suppl^ment latm , no 328. _ „ "^ _ , ' 

^ ' *^*^ ' BeUa gerant Juvenes , aeniorea eontiKeDtair : 

(7) NOUS .indiquerons Seulement leS va - hos quld egant ilU constituisse decet. 

riantes qui amdiorent le texte : v. 31 : non- Le ms. de Paris remplace ce dernier vers 

dum , lisez non ; v. 49 : quod pottit, 1. quod par celui-ci : 

protit; V. 66 : hie ett y I. erit; V. 68 : hoc quid agant «in conHcuisse decet. 

praeminetf I. pertinet; v. 70 : perpeti, (8) Les vers 21-22 et 2S-24 sont transpo- 

I. populi; V. 80 : viliij I. vitium; v. 82 e s<^s; le v. 128 du lexte imprim^ est rejct^ 

rem, I. remque ; v. 98 : ti qua ett, I. ii dans le ms. aprdsle v. 176, et les v. 209-212 

quid ett; v. 138, eum, I. quem; v. 161 : sont mieux ranges dans le ms. 

28 



— m — 

Ib vitio tamen hoc ardeDtior ilU yideiur , 
quae praeter sordes suscipit inde nihil (1) ^ 

deux ne sont que dans le manuscrit du fonds de Bumey : 

Quo fuit asperior quae postea nupsit amanti , 
tanto gratior est ipsa futura viro (2) ^ 

et les six autres sont enti^rement nouveaux : 

Si non dormierit tecum tristabitur uxor ; 

Si oontra sopis turpia multa dabit (3). 
Qualiter hanc autem oenses debere vocari 

quae sordes eiiam comparat hoc pretio (4) ? 
Femineus coitus fructum pariendo reportat ; 

poUuitur tantum dum sodomita coit (5). 

Mais en revanche il y a dans le manuscrit de Saint-Omer un 
dtstique qui lui est propre : 

Haxima sobrietas , tam virtus quam medicina , 
cor simul et corpus conferet incolume (6). 

Enfin il y a , surtout dans les deux demiers manuscrits , des 
vers hexamitres qui , sans Mre suivis de leur complement me- 
trique, forment un sens qui ne laisse rien k desirer k la pensee (7), 
et un litterateur aussi instruit qu'Abailard n'e(]Lt certainement 
pas viol6 les premiers principes de la versification, en les intro- 
duisant ainsi au milieu d'une piice en vers ^legiaques. 

L'Histoire litteraire avait aussi parl^ de la complainte d'Abai- 
lard sur Dina et en avait m^me oite les premiers vers (8) ; mais 
M. Greith Fa trouvto en entier dans un manuscrit du Yatican, 
et Ta publiee avec . cinq autres du m^me genre (9) : Planctus 



(1) V. fSl-185, M. de M. Wright. Aprte le (i) Ge distique termine rinlercalalion de 

V. 173 de rimprimd, il y a buit vers inter- huit vers. 

cal^ , et CC8 quatre Ui sont au milieu. ^5^ ^pr^ ie y. 175. 

(3) V. 339 : ce distique commence rinter- (5) y ^ ^i 334. 

^Snlc?"' """"^ ^'^'''^ **""' *"" """^ <^^ ^- "«' «a. «S, 377, 430 et «. 

(3) Ces deux vers onl et6 inlercal^s apres ^^^ '^' ^^* ♦ P* *^*' 

le V. 165. (9) Spicilegiurh vatieanum y p. 133-131. 



— 435 — 

/aco6 gi^er filiot mo»; PUmctu» virginum /traelis (sic) gujmr filia 
{s\c) Jephtae Galaditae } PlancUts Israel nq>erSanuon; Ptancln» 
David niper Aimer, filio (sic) A'er, quem Joab occidit (1 ) et Planctus 
David mper Saul et Jonalkan (2). Ces complaintes devaient sans 
doute leur principal merite A la musique qu*Abailard y avait 
ajoutee : car la facilite de la rime ^tait une qualit^ trop vulgaire 
pour qu'on y attachat un grand prix ; et il n'y avait rien dans 
Teclat des idees , dans l'6loquence ou la pureti du style (3) , ni 
dans la forme de la versiflcation qui les distjngudt des autres 
chansons du XII" si^cle. L'int6r6t du aujet aurait sufli, si, 
comme1'a dit M. Greith (4) , Abajlard y avatt«ti*nte son amour 
pour Helolse sous des noms symboliques ; mais il ne faut qu'en 
parcourir une seule pour reconnaitre aussitdt que ces preten- 
dues cliansons d'amour ne sont que des cantiques religleux sur 
differents sujets empruntes k la Bible. Comme dans les proses 
ecclesiastiques , le rhythme n'y a rien de regulier ; il change 
plusieurs fois dans chaque pifece de mouvement et de caract^re ; 
mais, quelles que soient les modifications qu'il eprouve. toutes 
les strophes restent li^es deux it denx par une hannonie coni- 
pl^te : ce sont deux veritables hemistiches rhythmiques , dont 
les vers correspondants sont composes d'un mfime nombre de. 
syllabes , et oi I'arrangement des rimes est parfaitement sem- 



(1) >oas l'avoD9 r^mpiinii dina doi 
Poiiiei popatairet laliitet anUHenre* «t 
^iWnM», p. 174. 

(i) Ceii« dernMrc pitce ii'mi pBi iadiqato 
dans reicellenl ouvTigs de M. Grlue, 
LtkTbuth eitter Liltr^gt$clHeUe , l. II, 
- i,S«sec. p.en. 



(3) Aiusi , par eiemple , ii y a 
Pumelui Dinae : 



U faul evidemment : 

(i) Spicilefiuni Balicamm, p. tH; i 
dil mCme, dans ia pags suivanle, qne a 
soal Ui <eB cliaiisogs qui ■raienl rcDdti « 
c«<4bre le nom d*(]«h»se. 



— 43« — 

Mable.. Nous citerons, comme exemple , la seconde de ces com* 
plaintes qui est moins corrompue que les autres : 

Infelices filii y 
patre nati misero , 
novo meo sceleri 
talis datur ultio. 

Cujus est flagitji 

tantum damnum pasiio ? 

Quo peccato merui 

boc feriri gladio ? * 

Joseph, decus generis, 
filiorum gloria , 
devoratiis bestiis ^ 
morte ruit pessima. 

Simeon in vinculis 

mea luit crimina ; 

post matrem et Benjamin (1)^ 

nunc amisi gaudia. 

Joseph , fratrum invidia , 
divina pollens gratia, 
quae , Fili mi , praesagia 
fuerunt illa somnia ? 

Quid sol, quid luna, Fili mi, 
quid stellae, quid manipuli , 
quae mecum diu contuli 
gerebant in se mystici (2)? 



(I) La rime est ici remplacee par une GeiUte , cli. xxxvii , v. 7 el 9. Myitid 

simple atwonaDce ; on en trouve d^assez signifie Symbolique ; voyez rfaymne de saim 

Bombreux exemplet dans les poteies du Hilaire pour le jour de rEpiphanie ; Je$u$ 

moyen age ; voyez nos Poi$ie$ popnlaire$ refultit omntuiii, str. 3; Fhymne attribu^ 

lalin$$ ani4rieure$ au XII« siecle, p. 83, k saint Ambroise pour le Joor de la Pente- 

not. 1, et p. 119, not. 3. cdte : Jam Chrittut atlra atcenderat, et 

(3) Les denx premlers vers de cette Romsaeus, Opera^tMffraria, t*. III, p. 581. 
ttropbe font allusion aux songes de Joseph ; 



— 437 — 

Posterior natu fratribus , 
suis (1. sed) amore prior omnibus, 
quem moriens mater Bennonim, 
pater gaudens dixit Benjamin(l). 

Blanditiis iuis miserum 
revelabas patris sennium (1. senium) ^ 
fratris mihi reddens speciem 
ei decore matris faciem. 

Pueriles naeniae 
super cantus omnes 
orbati miseriae 
senis erant dulces. 

Informes iil facie , 
teneri sermones , 
omnem eloquentiae 
favum transcendentes. 

Duorum solatia 
perditorum maxima 
gerebas in te, Fili ^ 
pari pulchritudine 
repraesentans utrosque , 
reddebas sic me mihi. 

Hinc tecum hos perdidi 
et plus justo tenui 
hanc animam , Fili mi \ 
aetate tu parvulus , 
in dolore maximus, 
sicut matri , sic patri. 

Deus cui seryio , 



(1) Benoni signifie en Mbreu Fils de nia ravantHderiiMre tlrophe une aHaslon ii la 
deuleor, et Set^amin, Fib de ma droite, signiflcatioo Mbral^ae de Benoni. 
mon enCant cMri. On retrou?era daoi 



— m — 

tu nos nobis tacito 
apud te coDjungi (1) ! 

On savait par la lettre qui precMe les sermons d^Abailard 
qu'il avait compos^ un recueil d'hymnes et de sequences pour 
les religieuses du Paraclet (2) ; mais nagii^s encore on n'en 
connaissait aucun manuscrit et on le eroyait perdu , lorsque 
M. £mile Gachet Ta retrouv^ dans un volume in-16 , en parche- 
min, qui n'a quequatre-vingt-teizefeuilles, de trente lignes 
chacune. Ce pri6cieux manuscrit , qui contient douze pieces d'e- 
criture differente , mais conservant toujours les caract^res du 
XII® ou du XIII* sitele , appartie^t ^ la Bihliotbeque de Bour- 
gogne (3). La partie qui est d'AbaiIard , commence au folio 81 , 
et ne (init qu'avec le manuscrit : elle est inscrite sous le n^ 1015S 
dans rinventaire de M. Marchal, et se compose d'une lettre 
diviste en trois longs fragments , ou il expose k Helolse ses id^ 
sur rhymnologie (4), et de quatre-vingt-dix-sept hymnes dont 
la demiere est restee incoinpl^te. Cette circonstance prouverait 
donc que nous ne possedons plus le recueil entier quand Abai- 
lard n'aurait pas dit dans sa teltre d^envoi : « Ifis vel consimili- 
bus vestrarum persuasionibus rationumad scribendos per totum 
anni circulum hymnos animtim nostrum. vestrae reverentia 
sanctitatis compulit. » Comme toutes ces hymnes sont encore 
inedites , on pouvait esp^rer y trottver enfin les donnees neces- 
saires pour une appreciation compl^te du ta^ent poetique d'Abai' 



(1) Pour indiquer la fin d'une lirade o^ liarum a me hnper precibas tuis consuiih- 

d'une pi^ , on laissait quelquefois le malo.; Opera, p. li^. 

rliythme incomplet; voyei la Chroniqoe (3) Getle biUioth^ue, ainsi appel^ de 

proven^ale de Guilhem de Tudela , Amitet «es anciens possessenrs, les ducs de Bour- 

AmUet, Girar de Viane , le Doctrina gogne, est maintenant k Bruxelles, oA elle 

ehritiiana espagnol , VEcken Autfahrt dte forme une parlie de la BiUioth^ue royale. 

Seppen von Eppishusen. etc. Le vers qui m.n^ ^,^ Gachft «n a d'abord pofalie 

n'6tait plus U par la rime avec aucun |,ne'partie i BruteUes dans sa Noliee tur 

autre , a vait m6me , dans plusieurs langues , ^ tnanuterit de la BmiotMque royale ; 

un nom particulier; on lappelait en fla- ^ ^e Noble Fa r^imprim^ k peu prte en 

mand SUert, Queue, et en allemand Waite, ^^^ ^,„,^5 ^1^^, i^ Bibliothique de l^t- 

OipheUn ; teyes noUe Ettai philotophiqw ^^Z* Mt ehmet. U^ III , to. 1T7, et Vn don- 

twr la vertifieation , p. IM. j^ „„ eilti» dans les Aimaiet de pkih- 

(3) Libello quodam hymnorum vel sequen- tophieehritienne^ 



— 439 — 

lard , mais leur lecture est loin de conlinner cette esperance ; 
il n'y a rien , ni dans la couleur du style , ni dans la nature des 
idees, qui les distingue des proses d'Adam de Saint-Yictor et des 
autres hymnographes du xn* si^Ie. Peut-^tre seulement la 
versification estr-elle moins irreguliire , et le style conserve-t-il 
habituellement plus de naturel et de gravite ^ mais ces diffe- 
rences sont si peu caracteristiques et les mdmes pensees se re- 
produisent dans toutes les pitees de ce genre avec une si cons- 
tante uniformite, que nous croirions volontiers que le po6te 
voulait s'y cacher derrifere le chretien , et bornait toutes ses 
pr^tentions k rappeler au souvenir des fidfeles les livres saints , 
ou d'anciens cantiques consacres depuis longtemps au culte. 
Quelle que soit rintelligence que Ton y mette, un choix de poe- 
sies nous semble un mauvals moyen de caract^riser la mani^re 
d'un auteur •, on preftre involontairement celles qui s'accordent 
plus entiferement avec le jugement que Ton en porte , et souvent 
le lecteur attribue ces preoccupations naturelles k une partia- 
lite syst^matique. Nous citerons donq au hasard les huit pre- 
mi^res hymnes (1) ; cette apparente indifference est ici d'autant 
plus k sa place que, si nous en exceptons des variet^ de rhy thme 
que nous nous reservons de faire connattre , il serait impossible 
de trouver dans un pareil recueil aucune raison qui determindt 
des preferences legitimes (2). 

1. 

Universorum conditor, 

conditorum dispositor, 
universa te laudent condita , 
glorificent cuneta dispostta ! 



(1) Ce soot les seules dont la copie soit veDions de faire dans ce seol but, et rao* 

entre nos maios, mais nous en aurions fait torisatiou qu'avait bieu voulu nous donner 

transcrire un plus grand nombre , si nous le minislre de Flnt^rieur belge , M. Gousin 

Faviens ero n^cessaire. a refosd de noos en laisser prendre commu- 

(t) Ce manuscrit ^it prM^ i M. Gbusin, nication chez lui. Cest ii TobligeaDce de 

lonqoe noos sommes alld k Braxelles pour M. £m(le Gachet que nous devons la copie 

r^tudi^, et , malgril le voyage que noot que Pon va Ure. 



— 440 — 

InstrumeDto non indigens j 

neque thema discuUens, 
soio cuncta comples imperio *, 
dicis : Fiant ! et fiunt illico. 

Auctor es praestantissimus , 
omnipotens nec hemulus (L aemulus) j 

tantum ergo quae (1) facis omnia , 

quantum decet facis eximia. 

Cujus enim judicium 
non censet huic imperium (2) , 
qui commodum scienter subtrahit , 
quod nec gravat tandem nec minuit ? 

Fit ergo mundus optimus 

ac perfectus in omnibus -, 
fit pondere, mensura , numero , 
ne vacillet in quoquam ratio. 

Opus dignum opifice , 

pulchrum , indissolubile , 
ad exemplar fit perfectissimum , 
instar cuncta concludens optimum. 

Nec minore disponitur 

bonitate quam conditur ; 
quidquid male gerit iniquitas , 
summa bene disponit aequitas. 

) t perpes Deo gloria , 

ex quo sunt quae sunt omnia L 
ipsum cuncta per quem sunt praedtcent , 
ipsi senq)er in quo sunt jubilent ! Amen. 



(1) Sunt eit sous-eateDdu V voyez U der- probablement quani; ce qui oe foriBe au- 

ni^ stropbe. cun. sens et donne au seeond vers une syl' 

(3) U y a dans nolre copie t7/tiiii «nipe- labe de trop ; mais la restitution que bous 

rium et un g dont la queue est bariie , propoaons nous semble fort suspecte. 



— 441 — 



11. 



Deus , qui tuos erudis 
testamentorum paginis , 

ex eorum intelligentiae 

cantus nostros condis dulcedine. 

Tibi sit acceptabile , 

nobis sic fiet utile , 
quod de tuis solvemus laudibus , 
si quod sonat tntellexerimus ! 

Triplex intelligentia 
diversa praebet fercula ; 

delitiis abundat variis 

sacrae mensa Scripturae fertiiis. 

Alunt parvos historica , 
pascunt adultos mystica , 

perfectorum fermenti studio 

suscipitur moralis lectio. 

Illis (ides astruitur, 
ex hac fructus coUigitur, 
fructus hic est et consummatio 
quam des nobis, morum instructio. 

Haec nobis , Deus , fercula 

tua paravit gratia , 
ut his nostra peregrinatio 
sustentetur quasi viatico. 

Sit perpes Deo gloria , etc. 

III. 

In ortum mundi sensilis 
mundus intelligibilis , 



— 44« — 

coelo simul et terra eondito , 
de divino jam prodit animo. 

Coelum mox ^iritaiibus 
redimitum est civibus ^ 
haec auctorem suum laudanUa 
matutina sunt iUa sidera. 

Tellus inanis , vacua , 

latebat aquis obsita ; 
hac (hanc?) facies profundi gurgitis 
caligabat obductis tend)ris. 

Aqua (1. Aquam) fovens, viviflcus 
jam incumbebat spiritus , 
ut hinc aquae jam tunc conciperent 
unde prolem nunc sacram parerent. 

Mundi quoque primordia (1) 
lucis venustans gratia , 
dixit Deus : Sit lux ! et facta est, 
a tenebris inde divisa est. 

Sit perpes Deo gloria , etc. 

IV. 

In coeterno Dominus 
verbo dixit altissimus : 
Firmamentum sit interpositum 
ut dividat aquarum medium. 

Dictum eflTectus sequitur, 

abyssus ititerciditur -, 
jacentibus aquis inferius, 
suspenduntur aquae superius. 

(1) II y a dans notre copie In mundi qq; peuMtre quaeque» 



Quibus has aquas usibus 
reservat , novit Dominus *, 
constat autem et bftec et caetera 
nobis esse, non sibi t;ondita. 

Nostris necessitatibus 
providetur in omnibus ; 
pro singulis a nobis Domino 
gratiarum debetur actio. 

Sit perpes Deo gloria, etc. 



V. 



Ad laudes , die tertia*, 

nos ejus monent (^)era ; 
congregatis inferiorihus 
aquis , terram detexit I^[>mmus. 

Terra dete6U puliilat (1. pulluiai) 

herbam , et lignmn germinat ; 
omne genus herbae producitur, 
omne ligni genus emiititor, 

In terra terrae princip^ 

collocaturus hominem , 
locum Deus omapdo.praeparat, 
vitae nostraeqiiem usns postulat. 

Recusamur In (nonibus 

si factoreni contemnimus *, 
rationem pra cuncti^ esigit 
is qui cuncta pro n<;A>£S.condidit. 

Disseptat(L fiisceptai)nmndus contra nos, 

factus , ornatus prapter nos , 
si nos Deo non sabdat (tic) gratia 
quibus ipse subjecit omnia. 



— 444 — 

Placemus ipsum laudibus , 
quem irritamus actibus ! 
Quanta laudis sit immolatio 
nos Psalmorum docet instructio. 

Sit perpes Deo g^oria , etc. 

VI. 

Ornarunt terram germina , 
nunc coelum luminaria ; 
sole , luna , stellis d^ingitur, 
quorum multus usus cognoscitur. 

Lucem distingunt , t^pora 
sunt in signa certissima ; 
cuncta fere terrarum commoda 
planetarum ministrat pbysica. 

Haec quaque parte condita 
sursum, Homo , considera ; 
esse tuam et codi regio 
se fatetur horum servitio. 

Sole calet in bieme 
qui caret ignis munere ; 
pro noctumae lucemae gratia 
pauper habet lunam et sidera. 

Stratis dives ebumeis , 
pauper jaeet gramineis ; 
hinc avium oblectant cantica , 
inde flomm spirat flagrantia. 

Impensis , Diyes, nimiis 
domum easuram constrais ^ 
falso sole pingis testudinem , 
falsis stellis in coeli q)eciem. 



— 445 — 

In vera coeli camera 
pauper jacet pulcherrima ; 

vero sole , veris sideribus , 

istam illi depinxit Dominus. 

Opus magis eximium 
est naturae quam hominum ; 
quod nec labor nec sumptus praeparat, 
nec vetustas solvendo dissipat. 

Ministrat homo diviti , 

angelus autem pauperi , 
ut hinc quoque constet coelestia 
quam sint nobis a Deo subdita. 

Sit perpes Deo gloria, etc. 



vn. 

Ornatis luce parUbus 

mundi superioribus, 
loca restat ornandum infima. 
ex his (1) quibus lux est jam condita.] 

Educunt aquae reptile, 

producunt et volatile ; 
uno jussu pisces et volucres 
prodierunt in suas species. 

Simul et cete grandia 

et parva fiunt ostrea , 
uno grypho momento maximus 
profectus (I. profertus) est et passer modicus. 



(1) Ex qui se troave dans le manuscrit est certainement Qoe faote de coplr. 



— 44« — 

Dixit : Aixatbx; (1 ) ! facta sunt ^ 

maDdavit et creata sunt *, 
magna simul complet et modica ; 
cui sunt aeque cuncta facilia. 

Sit perpes Deo gloria , etc. 

VIH. 

Laus instat sextae feriae , 

pro qua debentur aliae , 
qua formatur bomo novissimus , 
praeparatis ei jam omnibus. 

Hac in luce terrestria 

creanturanimantia ^ 
omne terrae de terra reptile , 
omne genus profertur bestiae. 

Fit omnium novissimus 
bomo qui praesit onmibus .- 
ad bunc cuncta spectabant terminum , 
tanquam finem cunctorum unicum. 

Sununus creator omnium , 
in quo summa stat operum ! 

In boc omnis expletur termino 

consilii divini ratio ! 

Hoc unum plasma nobile , 
in quo resplendit, Domine, 

illud tuae decus imaginis 

et gloria similitudinis I 



(1) II y a dans le manuscrit ot/rib) ou trouve d^aiUeurs sa raison dans la Gen^ ; 

Ziyy\(az ; uous avons cru devoir y substi- il y a dans l'hdbreu Dieu vU que eela etait 

tuer 6txata>; : le k avait k peu pr^ le son hon pour Dieu cr4a, et le grec dit aussi 

du X, et la diphthongue ai se rapproche en plusieurs endroits : xo» ei^ev 6 Oeo;, 

en fran^ais du son de Tb long. Gette le^on 6ti xotXov. 



— 447 — 

Vir primum , inde femina 

de costa viri condita 
postquam viro sopor immittitur, 
sacramentum quo magnum geritur. 

Dantur his animantia 

in potestate caeter^ •, 
potiuntur pro tabernaculis 
paradisi terris (1) gratissimis. 

Sit perpes Deo gloria , etc. 

A la dixi^me hymne le rhytbme cbange , tous les vers ont 
douze syllabes (2) ; puis trois vers de dix syllabes s'entrelaeei)t 
avec un de huit (3) ; plus loin , ils en ont tous egalement huit (4) ^ 
ailleurs, la consonnance devient interieure (5), et dansune 
autre partie du recueil , les quatro lignes qui compp^t 1« 
strophe ont, chacune, une mesqre difiBerente (6). Un fait d'autant 
plus remarquable qu'il n'existe pas encore, m^Boe dans la poesie 
frangaise du XIII^» si^cle, c'est que les vers de dix syllabes ont 
constamment une cesure aprfes la quatri^me , et Fon trouve deja 
un artiflce qu'empIoyferent aussi les poetes qui ecrivaient en 
langue vulgaire : quelquefois , pour marquer la fin du rhythme, 
la consonnance, qui formait le caractere le plus sensible de la 
versification , etait entierement supprimec (7). 



(I) II y a dans notre copie tpre ; il faut 
un substanlir do deux syllabes qui com* 
mence par une consonne el s^accwde avec 
gratiitimit, 

^) Voici la demi^e strophe qui se re- 
produit a la fin de toutes les bymnes dont 
le rbytltme est le m6me : 

Perenni Domlno perpet sit gloria ! 
ex qno sunti p«r quQm sunt, in qno sunt omnia, 
ex quo sunt' Pater et per quem sunt Filius , 
in quo siint Patris et Hlii Bpiritus. 

(3) Nous citerons encore la strophe qui 
termine tontes les bymnes semblables, et 
nous eontiuuerons h donner ce paradigme 
dans les noies suivantes : 



In exeolsis sit Deo gloria, 
pacis in terra foeder», 
quam super his voces anfrelieae 
decantasse noscuntor bodle ! 

(4) Deo Patri cnm Filio , 
cum Spiritn paracUto, 
ut est una substantia , 
sic et nna sit gloria ! 

(5) Fax in terrls , in excelsis 
sit glorla, sitCqne?) summa 
regi snmmo, Patri, Verbo, 
Spiritul, per saeenla I 

(6) Deo Patrl glorU , 
Filio salus, et vlctoria 

Christo Domini, par honor 
per saecnla sit Bpiritul I 

(7) Voyez p. 438, note 1. 



— 448 — 

A ces po^ies rhythmiques il faut ajouter (1) un distique 
leonin qui termine la seconde lettre d'Abailard k H6lo!se : 

Vive, vale, vivantque tuae, valeantque sorores , 
vivite, sed, Christo quaeso, mei memores (2) ! . 

et un distique : 

Arbiter hic ambos reges conjunxit amore , 
et tenet illustris stemma ab utroque decus. 

compos^ selon les auteurs du Gallia christiana (3) en rhonneur 
d'Alphonse de Goulaine, seigneur de Bretagne, k qui, pour 
reconnaltre le service qu'il leur avait rendu en retablissant la 
paix entre eux , Philippe I , roi de France , et GuiUaume 11 , roi 
d'AngIeterre , auraient accord^ le droit de reifnir leurs armoi- 
ries dans son ecusson. Mais le fait qui aurait donne lieu k ce 
distique est lui-m^e fort suspect : les armoiries ne devinrent 
herMitaires que plus tard , et ce fut a une ^poque encore plus 
r^enle que Ton en ^rtela de differentes sur le m^e ecus- 
son (4). Enfln plusieurs ^crivains ont pr^endu qu'Abailard avait 
compos^ des vers en langue vulgaire (5) ; mais , quelle que soit 



(i) Peot-Mre Abailard arait-il composd II est (fainears fert probable qa'aii homme 

MMk def ters fAiiloeopbiqiies ; car il dit eu ausai lettr^ qu'Abailard ii'eOt paa fait uBt 

parlant des premiers temps de ses amours longue du pronom Hie, 

«Tee Hdelse : « Ita Begligenlem etiepidum (5) c^h roploioB de Dabos , et on Kt 

lecUo lunc babebat, ut jam nibU ex iogenio, dans VHistoire lUUraire , t. IX, p. 175 : 

aed ex uso concta proferrem, nec jam nisi « Ab^lard fot un des premiers |>oetes qui 

reciutor pristinorum essem inventorom ; et, iravaill^ent k dterasser et embellir notre 

si qoa inrenire liceret carmina, essent ama- po^ie. » La mdme assertion sans preure se 

toria, non pbilosopbiae sccrela ; Opera.i» relroove, t. XII , p. IW, et M. Le NoWc 

p, li. Nous croyons cependant que la vir- « pr^lcBdo dans la Bibliothique de fBeole 

gole seraU mieox plac6e apris lieeret. de$ charUi , t. III , p. 173, que les Ww^- 

(i) Abaelardi operat P* !^7. dicthis araient proutS daus le t. IX, p. 

(3) T. YII, p. 595. ilO (il n'y en est pas qoestion), qoe les 

(4) Si nous avions troovd ces armes do chansons d'Abailard ^ient en langoe ro- 
seigneor de GoolaiDe dans quelqoe armo- mane. Eofio M. Coosin a 6crit dans son 
rial, noos aorions po prouver rerreor InlrodocUon, p. 11 : « U faisait en langue 
d'une maniire posiUve : mais il suffit sans vulgaire des cbansons qui aBMisaient les 
doute de rappeler que ce fut Louis Yll qui ^coliers et les dames. » Lacombe a meme 
prit le premier une fleor de lys dans son dit par une erreur qu'explique facilemefit 
sceao, et qoe la premi^e mention des l'opioien de M. Greith : Qucdques ^i- 
armes d'Angleterre se trouve dans le r^it vains ont cru que rilalie poss^it des 
de la r^epUon de Geoffroi d'Anjou, comme fragmeuls de ses po<^sies Irao^ses ; Dic- 
chevalier du Baio , que le moioe de Mar- tionnaire du vieux langage franfois, 
mooUers ooos a laiss^ daos sa Chronique. Suppl^menl, p. xv. 



— 449 — 

rautorite qui leur appartienne, il est impossible de ne pas re- 
fuser son assentiment k une opinion denuee de tout autre 
espece de preuve que la popularite dont paraissent avoir joui 
les poesies inspirees par Tamour d'Heloise. « Cum me ad tempo- 
rales olim voluptates expeteres, — dit-elle elle-m^me dans sa 
premifere lettre k Abailard , — crebris me epistolis visitabas , 
frequenti carmine tuam in ore omnium Heloissam ponebas. 
Me plateae omnes, me domus singulae resonabant. )> On sait que 
le goiit de la musique etait assez developpe (1) pour rendre 
populaires des chansons dont les paroles n'etaient pas generale- 
ment comprises. Nous n'en citerons qu'un exemple : saint Mar- 
tin etait un des saints les plus universellement honores en 
France et en Allemagne , et dans un temps oii les habitants de 
ces deux pays parlaient des idiomes entiferement differents, 
Thomas cantipratensis disait dans son Bonum universale 
de apibus : « Cantus turpissimus de beato Martino, plenus 
luxuriosis plausibus , per diversas terras Galliae et Teutoniae 
promulgatus (2). » La facilite d'Abailard k composer des vers 
latins , Terudition de sa maltresse et le dedain que , comme les 
autres savants du XII* sifecle, il devait ressentir pour les lan- 
gues vulgaires (3) , ne nous paraissent laisser aucun doute sur 
ridiome dont il s'est servi. Peut-^tre m^me ne fallait-^il que lire 
avec attention la lettre d'Helo'ise pour 6tre persuade que les 
poesies erotiques d'Abailard etaient en latin comme les autres : 
il y en avait, k ce qu'il semble, de metriques et de rhythmiques, 
amatorio metro vel rhythmo composita , et des vers metriques ne 
pouvaient ^tre ecrits dans une langue sans quantite, ou toute 
esp^e de m^tre etait impossible. 



(1) H^loKse dit dans la letlre que nous (5) SeloD la Biogmphie universelle, 
cilkms tout k rheure : Duo autem, foteor, t. I, p. 18, etM. LeRoux de Lincy» Chantt 
tibi specialiter inerant , quibus femiuarum hitlorigues fran^ait , Part. 1 , p. vi , 
quarumlibet auimos statim allicere poteras, Abailard aurait m^me dit qu'il ne pouvait 
dictandi videlicet etcanUndi gralia; Ope- souffrir les jargons vulgaires; mais nous 
ra , p. 46. n'avons pu d^uvrir ce passage. 

(2) P. 436, 6d. de Colvener. 

29 



ADDITIONS ET CORREGTIONS 



Page 10, 1. it : proure, lisez : prouvent. 

Page li : Le si^ei assei bixarre de ce 
petit poeme D'^ait pas cependent perioDDel 
k Tauteur. Prudeotius disait d^4 : 

Ales diei aaBtiiu 
laeem propinqiuun praecinit ; 
noe , exeltator mentiam , 
J«m Clurietaa od Titom vooat. 



Vox ists qon etrepant aTes 
•tantee snb ipso calmioe , 
paah> anteqaam lux emlcet , 
nostri flgara eet Jadiois. 



CaihemerinSn liber, poCni. i , dans 

le BiHioiheea maxima Paimm, 

t. V, p. 998. 

Un passage de saiot Eucberius, Formu- 

ianm spiriialium libeTf cb. S, est eo- 

core plus significatir : Galli nomine desi* 

gnantur praedicatores sancli qui , inter te- 

nebras vilae praesentis, student venturam 

lucem praedicando quasi cantando nuntiare ; 

dans le Biblioiheea maxima Patrum, 

t. VI, p. 8R3. 

Page 15 , uote I, ajoutez : Peut-^tre, au 
liea de tiiiUanteSt faut-il lire triiuraiUes^ 
oar il y a dans un vieux rhytbme intitul^ 
Chrislus ad Saeerdoies : 

Vofl esUs in area bores tritorantes , 
prodeotee a pale* grana sepaimntes. 

Daos Naogeorgus , Sytva earmimum 
m nostri iemporis eorrupielas, 
p. SS. 

Page 3f , note 1 , 1. 6 : numerari , Hsez : 
regnare. 

Page 33, noteS, ^ijoutez : Le Uimoignage 
positif de Naogeorgus (Kircbmeyer) prouve 
que cet usage existait encore au commen- 
cement du XYIe si^le : 

Ligneas ia conis paer hinc imponitar ante , 
Quem circam saltant laeti paeil atqae poellae , 
badiera oantantee in landem carmina Christi ; 
Versibas altemis sacoarraot orsana templi. 

Re$ni papisOei 1. iv, p. 133, M. de 
IMile, 1555. 



Quelqaefois m^me les pri^es du culte 
etaient chant<^ dans les ^ises sur des airs 
bouffons : fair Que ne vous requinqueS' 
f)ouSf Yieille; que ne vous requinquez» 
vous done? est not^ dans plusieurs missels 
au-dessus du Magnifieai ; Neur^, Querela 
ad Gassendum, p. 53. 

Page 51, jgoutez : M. Engelbardt a im- 
prime dans son ouvrage sur Herrad von 
Landsperg, cinq auires NoSls latins extrails 
du Borius deliciarum ; nous reprodoirous 
ici le premier, qui nous semble le plus cu- 
rieux; Herrad ven Landsperg und ihr 
Werk , p. I3a : 

Bece venit ex Sion , 
qai castiget Babyloo , 
et conculcet Gabaon, 
et exterminet Amon T 
Elol eleison t 

De Sion exirit lex 
qaam diotavit regom rex, 
io Jadaea mansit fex , 
et in Gentibos est lex : 
baptlaata gaodet plebs. 

Natas est in Betleem 
qui regat Hierosalen , 
dooans iUis ritae spem , 
et oonsenrans genos Sem , 
dooatoras tandem rem. 

Natos (1. Nata?) est ex Tirgo (1. virga) oux , 
de Maria rera lax, 
ex AegTpto nobis dox, 
eojas Tirga ftiit crox; 
lUis salos , nobis plos. 

Cecidit In TeUns ros ; 

natos est ex Tirgo (1. Tirga) ilos; 

Tlno peperit, non mos ; 

visitaTit Terbum os , 

oanio (1. oaro) factom prt^ter nos. 

Gaodat asinoa et bos ; 

laodet Dominum (1. Deum) omne os ; 

quia i>eiiit chaos 

inter aageloa et nos ; 

qoia Deos est qaod nos I 

Page 70, Dote, ajootez : M. Giles, qui 
s'occape depnis plusieurs ann<^s d'une Av' 
tion des osuvres de saint Tbomai Becket , 
oik il a recueilli tous les documents qui 
peuvent eelairer son bistoire, n'a, si nous 



I 



— 452 — 

eD croyoo. 1« UDonee* dewo li»re, rieo 1^"^^%^^^:^^^., 

trouv^ qui «Klraiie ou eooArne DolTe eoo- ^^j_ m «» «o » «i ctv «- 

Jeclore QooiquH soH pmroou k r<aoir »•*** •*>'•"' '"i il' II' ' 

treize bngreplnes eontemporaioef , le Ira- J^^^^ Smm m • v» ><4i • im du. 

vaUdeGervaiiafdeCbielietterrettJiuvw „ ...... .i™..^ . ». ^».„.»_ 

iei dirobi k tooles >ei recherches. Au re«e, T»«J f . »»^ • rJS~''f , j!,^^™ 

le martyre de saint Thomas Becket iuU oo «•■»«* <'"3^V?*«^ ~ !l?f.^.!l?^ 

sojet qui deviot trop poH*ire pour qu'oo •» •»«»••* •• <^ . '^„^°' f ?E ' 

allacheaucooeimpirtioieidesioojectures «u "»"»» nou» •'•"» '^''* "S"!^'.*?: 

basiessurdesreoSgnemeoUaussivagoe.. "«" '^''V™ *^::!SLtw^2iJ*rii^ 

rMtrd7.i,%'ii';o';^t°o5Lis?'Si *»•--*?'• '•ii^sjr^^srC':^^ 

remoote t hi Ho du III. si*cle, et oo lit ♦» *'!*T''*^*"*' ^I^J J^^.L 

daos ooe partie dupoem» de Caroier de Hildesbeim . J«K , '"-^- «• t^P^J^ 

Pont-SaiotV-llaxeBce. qui oe se ti«.ve «''Ll«'°'J«A*;.^-,^*JL"'w.^ 

pas dao. r«UioD de M. Bekker : «»•" ^lt^^ ^fii, S^T 

eltre ii Ul , mnlne i. dame , mult lei 1 ol mentir ; 194 , n^OSl pas lc SeUl qul COOtleBBe M VOr- 

B< u Tcir iM u puu. ae ue I oi (utmir ; gigg jg Hrabaous Haoras. Le nom de 

:?s.ird'r?.r$L*'p5^^';:i;*uiir. /<>»«» av.it ..ns douu. «»«"£!»•«««• 

B. B. Suppl. fra.K.i.. -o «36. ^'X*Tao:Ll\«^uTm$:^«i" 

IM. 5, T», T. 11. .^ coDtempluHi D. N. I. C. iiiactabant 

Page 71, notes, col. i, 1. 1 : Guernes de {^udaei) atroclter, et bausto saoguine suis 

Sarat - Maxent , lisez : GaiDier de Foot^ jq asymis yesceDlai, foetoM, q«e redolent, 

Saiole - Maxence. christiano se cmore praeiervaot « hpncqoe 

Pag» 81, note 5, 4«««» : Qw«q»««» appoUant M, id ert J^biiaeitm; dan& 

Gig^tei avaSraosii Hf^PhV« Wi «*- Muiatori, Btrum tt^tearwm fmjrtaref . 

gnificatioiftde Forij Braw^ oomne daos le t» XX, col. 9tt, 

deroier couplet de la pagettl. Ge u^estpas p^ |^^ n^te, i^oatei : Lo tefoo 4n 

BicharddeLaci que Garnier de Poot-Saiote- ^^ g r, ^^^8 francato, ne 701«' (XIV» 

Maxence accuse d'avoir le plos contribu^ k ^^^) , fol. iu , eit aoeai diffi^le : 

Tassassinat de saint Tbomas , mais Rogiers c(ii>irtaift «ostM tibi portBt, Di>eoto, miutm t 

del Punt et Randalf del Broc : jn#tf «idobu iw «i i»» k^ 4»** wf«^ 

Bogiers dd Punt, r«TMque, Je. *v«u conTeie», p^ ^g^ «jeoiei e» nole : Lc nedeeiA 

e ft fere le m«l le« a mult entieies : „ „ j*. J ^ -^« ^ «^i^ mm* Ia 

« Par Tbom«s est 11 regnes truble» e enpeWe* ; MoreliOS a dlt daUS SOU LommeniaiBe SUr 1« 

.11 esteit mort, i. co dirt , « tut «erreit ftpeiciw. » ^j|g ^^ Qgig^lte IX : Li|letian Yoeari <*ri- 

De qu«t qu'U (en) ferunt prent .ur «»l^Cl~] j.t^«a«4ianWq«Hj jaioa ««We^aecillil 

B. R. Suppl. fr. , Do 9636, fol. 84, dfeeiplinae et feienlifte *• «'•J>e«'«';|«i'rr 

vo, V. »6. eetempore(versl«l>frodosftiiJOi mlrodue' 

B d«i Riuidui/dei* Broc ta en(cun)tr(«) «1. «1« v los BaccataureoTum , Iicenli*tocum et Doc- 

ei ch«.tei le. aveit oundui» e orteie» : terum sive Magislrerum. Mais, coanDe le 

le.cirge.ftint e.teindre, c'unlot.lume«; QrimaaB IX ifaVMt AUeWM SOrtO 

Ibtdem, fol. 85, ro, y. «i. J^^^^age , donn* plusieurs «i^eles apris, 

Page 83, nole 1, ejoutez : Gondidit Ua> ^^ niarite ^Yidemmept aucuoe «OQ^ee,. 

que (Brutus) civilalem ibidem, eamqoe quoiquMI ait sans doute servi de basepre- 

Trojam noTam TOcaYlt : et hoc oomiue ^1^^^ ^ ropioioo de MosJiieim, In$timi<^ 

moltis postmodum lemporibus appellata j^<,tor<oe ecc/cttoatfcae, si6cleXIlI,P.ii> 

taodem per corruptiooem vocabuli Trioo- ^jj j^ ^^^ 4. x>^ les premi*rcs aooitesdu 

vaotum dicta fuit ; Galfredus de Moomouth, ^e gifecle , on irouve le litre de Qramma^ 

Bittoriae regum Britanniae I. i, ch. 19, ^,-^^ doetor^ daos Alcoio; Opera^ t. 11, 

p. ?i, W. de Jtf. GiJes, p. 451. ^a Cbrooique de Radulphus Glabcr» 

P.IM ftfi nr A. nole. aioQtcE : Cette 1. v, oh. 1, peeuve que lo Bom de Baeea- 

T^1^:^L^.^^., r«. t. iv: t 5.). ei «m d«- Orderic 



Viul, qui «aquit en 1075 et mourut peu sil^ de Paris : Doctoribiw sacrae paginae 

apr6^ 1143 ; Heliae candida» jnsierunt tu- decreiaUum et liberalittm arUum. ' 

Bican indui , pro qua caodidus Bacularif p.-„ .0« mntm t «i^t^ . ^ la - .» 

eUtuuitea, I. x, p, 785. Quaot au tHrt .iAci« nni «iri d« iUiiv«rimL 4 «« 1« jt! L 

TS,lJ"^Z'L,}h^,J^:.!^i'^^ ^^" TeUnquunt .d hie , rt cetew. .d 



fixe k peu pr^ au m6me terops rinelim- *^W *93, note a, iijoutex ; U en dtaitd# 

tion r^uH^re des grades acad^miques : ™*"** * Paderboru, diis ln fin du Xe «i^- 

Postquam D. Petrus Lombardi, parisiensis *^'® • Ludusque fuit oronibus insudare versi- 

episcopus (circa 1151) librum Sententiarum **"*.®* dictaminibus , joenndisque canUbus ; 

edidil, extunc cerUssime scias , FiU, gradus ^f^^nwerci f tto, dans M. MaiUand, r** dark 

in dicUs libris studenUbus ineepisse Bacca- ^^'* P' **^' 

lariando scilicet et Doctorando aliqoos, Page 213, note 1, ajoutez : Lors de la 

ieeundum pompam Uterarum fotfcula- r^cepUoo des ^lftves dans les Universit^s 

rttMii, quod omRino aJicubi non fiebat; allemandes, on chantait encore nagu^res 

Dialogut tubeoele$ii$ hierarchiae , pro- une sorte de chanson attribu<^ k Luther : 

logue, ch. V : la pbrase que nous avons saiTete.ciuididiHoipites; 

soulign^ indique mdme que les grades exis- conririumque , «ospites , 

taient auparavant pour les lellres profanes. SospeJ^JSiu , JilSte. 

Cette date ^tait acceptte par du Boulay : ho* est cibum mi«iuiabus 

Igitur GraUanus , ^eu GraUani opera Eoge- oondire morionibus : 

nius (le pape Eugene III) hi«ce juris civi- MSiir.Tor^SS!"' » 

hs gradus.Baccalamtus, LlcenUatus et Ltgnum Mcamu* horridum , 

DoCtoratUS inSlltUlt Bonomae. Quod exem- cimMnm doUmua nutlcum , 

plum imitatUS Petrus Lombardus , eOSdem currum quod est hec flectimus , 

quoque Parisiis instltuisse didtor in theo- ""'^ ^"^ *** ^p«^«"»** 

logica disciplina , qoorum aute ipsum nulla SS^X^JSiISfS^Uu. . 

mentio fuerat ; t. II , p. t56 : Antony a ut stt noTQs schoiastieus 

Wood la regardait aussi comme la plus pro- prov*iartt de sum^bw. 

bable ; Hisloria ei anUQuiUUe$ Universi- mter^». dnm indiao 

. -. ' . .^ , ym.M ^ , •.• telnpus datls spectaculo, 

tat%$ OXOnxen$t$ , I. 1 , p. 24. Quoiqull en frontem seveiam ponite ; . 

soit, le pape Alexandre lll adressa en 1159 crontem serenam sumite. 

une bulle k PAcad^mie de Bologne, com- DansMoreau, VBicole de Saleme, 

mengant ainsi : Alexander... venerabili proli^., p. 41. 

fratri Girardo episoopo et dilecUs fiUis ca- noh$ i^outeroQS, ouilgr^ 39 licence, on 

nonicis bononiensis Ecelesjae et legis Doc- autre chant tris-poputoii:e en Alleraagne , 

toribus caeterisque magistris Bononiae com- parmi les ^tudlants , que Paulus Olearius 

moranUbus. Selon la Chronique d'Onu- citait di)k dans son De /Me concubinarum 

pbrius, Innocent 111, qui futnomme pape ♦» tacerdolet, qui fut imprim^ dans les 

en 1198, aurait gagn^ k rUniversit^ de premidres ann^s du XYIe si^cle : 

Paris le titre de docteur en thdologie i dans Pertransiyit dericus 

Naud^ , De anliquitale teholae medieae durch einen grtinen waidt ; 

paritientit , p. 84. II dit dans une lettre de i?n Ml^lin**wS"gestait 

1207 (dans Itter, Degradibut academicity saiTe, mi pueiia ; 

ch. lY, par. 24) quTtienne de Langton y oott gnus dich, Megdiein fein ; 

profita assez de se.«. ^tudes, ut meruerit du miJi mX'Buie sein. 

esse Doctor, non solum in Uberalibus facul- noIo, ueber Herre , 

laUbus , verum et in theologicis disciplinis , \^' ^^* "^* "*'' ^**" ^p'»" » 

-, - j,„„^ I V ,1 »•• j .. . .t.r . "* vultis me amare 

et adressa la bulle qu'il accordait a rUniver- so hait ich euwer Gebott. 



— 454 — 



ll^ tidhcmoiMMU, 

die Btfu di« wvMt W«iM. 

Feeenint BiimbDla, 

dA tticMMd Biek* «mb w«i«. 

Und d* dm» Spiel feeplelet wer 

ambo snrrexeraBt, 

da fienff eia JegUcto Mteea Wer 

eti 



EfitMm ekteu r ormm Tvrormm^ 
i. 11 , p. IM, M. de FraBcfort, 
de 1909 ( iBcouMM aax biblto- 
grtpbes). 

€06 aatre chaDfon , probaUenient de la fio 
du XlVasi^le, par laqueUe les ^todianU 
. demandaleot aox digoitaires de lUolyersitd 
ce qo'il leor fallait poor fftler le caroaTal , 
noos a M consenr^ daas on nis. de la B. 
de Strasboorg, E, 60, M. 6f : 

Venite, Stndeiitee ! 



TieinM domnl; 
clemm reTerentee , 
mmiei» petentee 
slmiu, nt monai t 

Hie etat praepoeitiu , 
mire coeliflcue, 
ennetia Tenermtae : 
mdeet seoleribtu ■ 
mite mnniScas , 
olero bene gimluf. 

Qnmm digne petendm 
nobie rererendm 
hf^tu dementim! 
Feretmt eztollendm , 
Temm excolendm 
sic proTidentim ! 

Dmte nobis , dmte ; 
Imrgme nobi* , Imtme 
boniBant tortellme ! 
Dmntibns eic grmte 
ffrmtes sint relmtme 
si mellitme ermpdlme (tic). 

11 paralt mtaie, par les iodicatioos do ms., 
que cette cbanson ^it cbanUie altemati- 
vement par un cbcBur de jeunes garfons et 
de jeones filles. 

Page 331, note 1, aijoutez : La I^ende de 
Tarbre de la crolx se trouve aussi dans le 
MjftUre de la NaiwiiS de N. 5. Jitut- 
Chritij pobli^ par M. Jubioal ; MytUret 
ineditt du Xfe tiMty t. II, p. 17. 



Page 340, oote S, ajoutez : Daos le Jfyi- 
Ure de lc Patticm , consenr^ k Danaoes- 
ehiageo , qoe M. Mone a pobU^ dans le 
Sehautpieie det miUeiaiiert , t. 11, p. 
183-380, PHate s*oppose aussi avec foree 
a la mort do Gbrist , Uot qoMI ne craiot 
pas de se compromettre : 

I^ Tlnd ketn nrsmch in disem mmn , 
dm mtt idi inn getOten kmn. 

P. »8, et p. 304 : 

leh bin imeehnldig ma fllmeM bttk, 
«wer ffeMtste in hie tSten tttt ; 
leh wU nit schnldiff sin dmrmn, 
wma er iat ein geredhter mmn. 

Page 341, note 1, ajootez : La croyaoce 
de PUate k la dirioitd du Gbrist o'a jamats 
M plos Yiyement exprim^ que dans oo 
romao eocore inddit, dont, par oons^oent, 
nous croyons deroir donner ici le passage 
principal : 

Qmat Cesmr ta mom ▲ngnstns , 
sl fti Ceemr Tyberios 
De Bome empereres et sire , 
et si frmns fii mn eel empire , 
Bt tmnt sinples, et tmnt hnmmins , 
et si mmoit tmnt les Bommins , 
Conques ne les toU correcier 
ne de nnle rlen eeforcier. 
Tmnt e*nne foia q'U U mTint 
e'aiie noTele m sm cort Tint, 
Tez con Filmtes II mmndm , 
eU qi Jenumlem gmrdm. 
Pmr son s<ei et pmr escrit 
li m mmnd^ de Jhesu Crist : 
Les mirmcles qe Q feisoit, 
et, s'U btea dlre U osoit, 
Li plasor le timieat pmr Den, 
■por BslTement et por lor pren. 
Cmr tmnt de mirmeles felsoit 
qe li plns de Im gent disott 
Qe Dex estoit U Toiremmat : 
cmr U f eisoit mpertemant 
Les son olfr, les maB pmxler, 
«t les oontrem sordr» et mler. 
Les aTngles ranlominoit 
et les fors del smn rasenoit ; 
Les pech<on reeontortott 
et les eors mors reancitoit. 

Calendre, Det empereort de Bo/me^ 
B. R. (bndsde Gang^, 73, fol. 
3S1, \o, col. 2, V. 17. 

Page 540, T. 33 : Mittitur, lisez : mittitur . 
PageSSO, T. 8 : Totis, lisez : yotis. 



TABLE DES MATIERES. 



Introduction , page 1 . 

Question de dialectique, p. 9. 

Probltoied'arithm^tique, p. 11. 

Pourquoi l'on met des coqs sur le clocher des ^glises , p. 12. 

Prose contre les Turks, p. 28. 

Po^iies religieuses et roorales , p. 43. 

Ohant 8ur la Nativit^ du Ghrist, p. 43. 

Autre, p. 46. 

Autre, p. 47. 

Autre, p. 48. 

Autre, p. 49. 

Autre, p. 50. 

Cbantpour le jour de P^ques, p. 52. 

Autre, p. 52. 

Chant sur la sainte Trinit^ , p. 53. 

Ghant pour la f^te de saint Nicolas, p. 64. 

Ghant des P^lerins , p. 56. 

Epttre farcie pour la f^te de saint Jean , p. 58. 

Vie rhytbmique de saint Chef , p. 61. 

Po^me sur saint Thomas Becket, p. 70. 

Gene de Jobel , p. 93. 

Hymne sur la yanit^ et la mlsere du monde, p. 102. 

Des misdres de la Yie humaine, p. 108. 

Chant sur le jugement dernier, p. 122. 

Du m^pris du monde, p. 125. 

Autre, p. 127. 

Des diverses classes d^hommes , p. 128. 

Lamentation sur la d^deuce de la fbi, p. 136. 

Satire de Gautier de Chdtillon sur T^tat du monde, p. 144. 

Satire contre les prdats, par Gautier de Ghdtillon, p. 160. 

Satire de Pierre des Vignes sur les d^ordres du corps eccl^iastique , p. 163. 



— 454 — 

Satire de saint Tbomat Beciet conire les SynMmiaques, page 177. 

ChaDion conire le mariage, p. 179. 

Po^ies profanes , p. 189. 

Ghanton bachique , p. 202. 

Aulre, p. 204. 

Auire, p. 206. 

Autre, p. 206. 

Chanson de Godrus Urceus pour la f^ de saint Martin , p. 208. 

Chanson sur le retour du printenaps, p. 213. 

Gbanton satirique sur Tabb^ de Glocester, p. 214. 

Chanson en rhonneur d'un pr^lat, par Conrad Marner, p. 220. 

Ghanson contre les Juifs, p. 222. 

Ghanson ^tique, p. 222. 

Autre, p. 224. 

Autre, p. 226. 

Autre, p. 228. 

Aulre, p. 230. 

Autre, p. 232. 

Autre, p. 234. 

Autre, p. 235. 

Autre, p. 237. 

Chant pour la convetsion de rAnfileterre , p. 237. 

Chant pour la rteeption d'un roi, p. 238. 

Chant sur la Tictoire remporl^ par les Pisans, cn 1088, p. 239. 

Chant sur la mort de Lanfranc, p. 251. 

Chant sur la conqu^te de J^rusalem , p. 255. 

Chant funibre sur la mort de Gharles-le-Bon , comte de Flandres, p. 260. 

Autre, p. 266. 
Autre, p. 268. 
Gomplainte sur la vengeance de la mort de Gharles-le-Bon , comte de Flandres , 

p. 270. 
Appel des Bretons aux armes, p. 275. 

Chant sur rentevement de Waldemar I! , roi de Dtnemark , p. 277. 
Chant sur la mort de Pierre de Gaveston , p. 282& 
Chanson sur le Gid, p*. 284. 
L^endes de Pilate et de Judas Ischariote, p. 315. 
L^gende de Mabomet, p. 369. 
Po^ies d*Abailard , p. 416. 
Gorrections et additions , p. 451. 



Kvreax, Xmprimerie de Iiouls TAVElOrTEie et Cie. 



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